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Le pot de confiture

Le pot de confiture

 

Dans un petit village bourguignon, vivait un guérisseur de bonne réputation avec cependant une drôle de pratique.
Ce matin-là, madame Ursula se rendit exprès chez lui. Cette femme était poursuivie depuis plusieurs années déjà par l’arthrose de ces deux genoux. Avançant difficilement sur le pavé froid elle humait l’air et se laissait guider uniquement par son appareil olfactif vers la maison du vieillard.
Elle n’avait jamais cru à ces histoires de guérisseurs qui peuplaient les campagnes depuis des centaines d’années et qui supprimaient n’importe quelle maladie miraculeusement en quelques secondes. Mais depuis longtemps maintenant son médecin de famille ne pouvait plus rien pour elle, alors cette dernière avec beaucoup de désinvolture s’était résolue à consulter ce charlatan, comme dernier recourt en somme !
Charlatan c’était le mot qui convenait, il faut dire que Mr Pipo était un homme un peu excentrique. Le teint jaune couleur d’un  coing, des lunettes posées sur son nez et ses cheveux blancs en bataille lui donnaient l’air d’un savant fou !
La visite n’avait duré en réalité que quelques minutes. Madame Ursula en était sortie avec un pot de confiture. Il lui avait vendu ce remède comme étant une panacée  qui devait lui rendre des genoux de 20ans !
« Une application matin et soir sur tes articulations douloureuses » entendait-elle encore dans sa tête.
Hélas pour elle, elle proférera ses premières insultes au vieil homme une semaine après lorsqu’elle revenue chez lui sans aucun résultat.

- Où as-tu rangé le pot que je t’ai confié ? lui demanda le guérisseur avec patience.
- Dans mon placard, avec mes pots de confitures de fraise et de marmelade !
- Malheureuse, avait-il crié les bras en l’air, les deux sont incompatibles !

Il avait soupiré et s’était retiré chez lui prestement, ressortant déjà  avec un autre pot de confiture qu’il lui avait tendu en lui affirmant :
- Conserve le pot  près de ta télé cette fois, c’est pour les bonnes ondes, lui affirma-t-il. Tu verras, dans une semaine jour pour jour, tu te grouilleras de me rendre visite et tu sauteras comme un lapin !

L’histoire ne le dit pas, mais la confiture stockée près de la télé avait alors fait des merveilles…

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L’amour au fil de l’eau

Il pleut sur la vallée. Les nuages gris enveloppent les montagnes dans un drap de coton. Le jour se lève à peine et je suis déjà debout. Le temps est parfait. Juste ce qu’il me fallait pour que cette partie de pêche soit une belle réussite. Les truites sont mordantes par ces temps orageux.

Arnaché de mon équipement, je sors de la maison les yeux rivés sur le torrent coulant en contre-bas. Toc ! Toc ! Quelques goutes d’eau viennent s’échouer sur mon chapeau. Elles glissent sur le cuir et reprennent leur chute dans un petit filet s’écoulant devant mon nez. Il m’en faudrait plus pour m’arrêter. La passion est plus forte que tous les déluges du monde. Deux tours de clef dans la serrure et me voilà parti. Le pas est léger. Mes pensées sont déjà dans les méandres du torrent.
Il ne me faut pas plus de 5 minutes pour me retrouver les pieds dans l’eau.

Les eaux du torrent sont limpides. Elle s’écoulent lentement entre les rochers. Juste le chant des gouttes d’eau qui s’entrechoquent et quelques oiseaux faisant les chœurs de cette agréable mélodie. L’instant est magique. J’y prends toujours le même plaisir. Pas un matin ne se ressemble. Chaque partie de pêche me réserve de nouvelles émotions. Je n’y laisserais ma place pour rien au monde. Là se trouve l’essence de ma vie. La pluie semble vouloir s’arrêter de tomber. J’entrevoie la clarté du soleil à travers le duvet nuageux. Les eaux vont se réchauffer un peu et le poisson sera plus actif. Je m’appuie sur les flans d’un rocher. Lentement, avec précaution, je monte ma canne à mouche. Après avoir coulissé la soie dans les anneaux et ajusté la longueur de ma ligne, je sors de ma musette une petite boîte blanche. S’y trouvent tous les secrets qui feront la réussite de cette matinée. Je l’ouvre délicatement. Il ne s’agit pas d’en faire tomber son contenu. Ce serait un désastre. C’est un vrai trésor. Une petite centaine de mouches artificielles ornent le fond du coffret. Toutes plus belles les unes que les autres. Et pourtant, toutes ne méritent pas de se mouvoir à la surface de l’eau ce matin. Le choix est judicieux. L’eau est clair, mais il fait encore un peu sombre. Une petite sedge attire mon regard. Oui. C’est celle-ci qui débutera. Elle me semble idéal pour débusquer les salmonidés qui s’éveillent. Un petit nœud efficace et me voilà prêt à dérouler ma soie. J’avance lentement dans le lit de la rivière. Il me faut être prudent. Les rochers sont très glissants. Il ne s’agit pas de chuter. On me dit souvent que je suis imprudent de partir seul. Peut-être, mais la solitude est de rigueur dans ces moments. Ce n’est pas un concours de pêche. Une truite se mérite. L’approche doit être délicate. Le silence est d’or. Tout le contraire de ce qu’on me préconise. D’un geste doux et ample, j’actionne ma canne et fait tournoyer ma mouche dans les airs. Un petit sifflement marque le déplacement de la soie. Elle flotte. A quelques mètres au-dessus de la surface de l’eau, elle décrit de longs arcs de cercle. C’est l’instant que je préfère. Celui où l’on doit faire corps avec la nature. Celui où l’on doit se fondre dans le paysage. Je fais maintenant partie de ce paysage. Chaque mouvement est millimétré. Chaque souffle est mesuré. Je me sens bien.

Deux petites heures se sont écoulées. Les rayons du soleil effleurent maintenant la surface de l’eau. Il va faire chaud. L’imperméable est rangé. Les lunettes de soleil s’imposent naturellement. Les vaguelettes sont éblouissantes. Il m’a fallu changer de mouche pour garder toutes mes chances de prise d’une truite. Le replat fait par le torrent me permet d’espérer un dénouement positif assez rapide.
- Bonjour.
Je réponds « bonjour » machinalement par pur politesse tout en cherchant d’où vient cette sollicitation.
- Ça mord ? Mes yeux se portent dans le soleil. Je suis ébloui. Pourtant, c’est là-bas que se trouve le sujet de toutes mes interrogations. Je baisse la visière de mon chapeau. Mon bras à hauteur de visage, je viens atténuer la lumière éblouissante.
- Un peu.
Ma réponse est comme un enregistrement, comme à chaque fois qu’un pêcheur me pose cette même question. Par principe, je dis juste ce dont il y a besoin. Par politesse. On dira que les pêcheurs sont un peu rustres. Certainement. Je protège d’instinct mes lieux de prédilection. L’étalage d’une belle réussite ferait de ces rives des autoroutes à badauds. Il me faut quelques minutes pour distinguer la silhouette du perturbateur. Mes yeux commencent par se poser sur ses bottes. Pas mal équipé ce pêcheur. Ce n’est pas un novice. Mieux vaut donc mesurer mes paroles. Le soleil perturbe toujours ma vue.
- Vous en avez pris quelques unes ?
Je me redresse d’un coup. La situation est loin d’être banale. Ce n’est pas le type de pêcheur auquel je m’attendais. Une voix de femme ! C’est bien la première fois que cela m’arrive. Je me déplace de quelques pas sur le côté pour enfin être épargné de cette lumière aveuglante.
- Deux. Non, trois.
La surprise me fait bafouiller. En effet, c’est une femme. Je suis pris entre un sentiment de gène et une attitude d’assurance.
- Cela mord plutôt bien aujourd’hui.
C’est bien la première fois que je dis ce genre de sottise, pour un pêcheur. Un de ses pieds repose sur un rocher surélevé. L’autre est calé dans l’eau. Ses bras sont appuyés sur son genoux. Elle doit être là depuis quelques temps à me regarder pêcher. Et bien, j’espère que ma technique était au top pendant les minutes passées. Il m’arrive de m’emmêler un peu les pinceaux. Quelle jolie femme. Jeune femme devrais-je dire. Une trentaine d’année tout au plus. Ses cheveux bruns sont attachés en arrière. Même si nos accoutrements de pêcheurs ne sont pas dès plus saillants, ils laissent entrevoir une silhouette fine et élancée.
- Vous avez pris quelques choses.
C’est beaucoup plus facile pour un pêcheur de poser cette question que d’y répondre.
- Je viens juste d’arriver.
Il n’y a donc pas longtemps qu’elle était là. Elle a dû arriver par le petit chemin qui descend en aplomb du torrent.
- Vous venez ici souvent.
- Oui, j’habite juste au-dessus.
Aie ! Quel imbécile ! Je suis tellement distrait que je n’ai pas enroulé ma ligne. Il y a une branche et elle est pour moi. Comment passer pour un clown ? J’étais tellement absorbé.
- Il n’y a pas trop profond, vous devriez pouvoir récupérer votre mouche.
- Oui, je pense que cela devrait aller.
Je suis tellement embêté par la situation que c’est tout juste si je me rends compte de mes propos un peu brutes. Bon, il faut que je récupère mon matériel, sans me casser la figure. Il ne manquerai plus qu’une glissade pour être un complet idiot. Où est-elle ? Le temps de me décrocher et elle a disparu.
- Tout est bien qui fini bien.
- Euh….oui !
Elle est encore là. Elle s’est juste déplacée sur la gravière. Elle est tout près de moi maintenant.
- Vous êtes en vacances dans le coin. Ma question est machinale.
- Oui.
Elle n’est donc pas d’ici. Je m’approche doucement de la rive en veillant à bien poser chacun de mes pas. Elle a une belle canne à mouche dans les mains. Mais je ne sais plus vraiment si c’est la canne qui attire le plus mon attention. Je suis un peu perdu. Comme sonné par cette rencontre. Naturellement, je lui tends la main pour lui dire bonjour. C’est une habitude quand on rencontre un autre pêcheur. Lorsqu’on prend le temps de discuter. Ses mains sont fines.
- Désolé, mes mains sont un peu humides.
- Le début de matinée était pluvieux.
- Oui. C’est bon pour la pêche.
Elle semble un peu perdue dans ses waders. Ses yeux bleus reflètent l’eau du torrent. Quelques mèches de cheveux ont échappé à son élastique. Elles viennent flirter sur son visage, balancées par la petite bise matinale. Ses traits fins se démarquent de la rudesse habituelle de ceux des pêcheurs mal rasés et groguis en ces débuts de matinée. La fraîcheur de son visage est comme la nature naissante en ce matin. Elle arbore deux petites boucles sur chaque oreille.
- Elles sont jolies
- Euh…oui
J’ouvre mon panier pour lui montrer mes 3 beaux poissons.
- Leur robe est magnifique. Ce sont des truites sauvages.
- Oui. Nous avons cette chance par ici. La nature n’a pas trop souffert.
- Bon, je vais commencer ma partie de pêche un peu plus haut.
- Oui. Remontez le torrent pendant une centaine de mètre. Vous tomberez sur un replat magnifique. Les truites seront surement mordantes à cette heure.
Incroyable. J’étais en train de lui délivrer mes secrets. Je lui offrais ce que j’avais toujours gardé précieusement pour moi.
- Merci pour le conseil. Bonne continuation. Peut-être à une autre fois.
- Certainement. Je viens tous les jours aux mêmes heures. A bientôt. Bonne pêche.
Je la regarde partir le long du torrent. Elle arpente les rochers, passe sous les branches. Au gré d’un méandre, elle disparaît.

Cette rencontre a durée dix minutes. Seulement. Cela m’a paru beaucoup plus. Je sors ma boîte à mouche machinalement. La clarté a changé, il faut que je change de sedge si je veux prendre du poisson. Je suis ailleurs. Il y a quelque chose qui me déconnecte de ma partie de pêche. Je regard ma montre. 11H. Tant pis. Il est temps de rentrer.

Le soleil perce à travers les rideaux. Tac! Tac ! Un jeune oiseau donne des coups de bec dans le carreau. Il est habitué à trouver quelques miettes de pain sur le rebord de la fenêtre. Pauvre bête, je l’ai complètement oublié aujourd’hui. Je suis assis devant mon assiette. Je retire machinalement la peau de cette truite sauvage fraîchement pêchée. Mes yeux se perdent dans ces quelques gouttes de beurre qui perlent. Je suis comme absorbé par ces petites bulles, m’amusant à en faire de plus grosses avec la pointe de mon couteau. Mes pensées se perdent sur les rives du torrent. Son visage est si net. C’est comme-ci elle était devant moi. Cette rencontre me bouleverse. Cette jeune femme m’est pourtant totalement inconnue. Je ne sais même pas comment elle s’appelle. Je ne sais pas où elle habite. Elle est en vacances. Elle m’a dit « peut-être à une autre fois », peut-être la reverrais-je alors. J’aimerais bien. J’espère que la rivière lui a plu et qu’elle a pris du poisson. Sinon elle sera déçue et … Mais si imbécile, tu lui as donné les meilleures indications. Que m’arrive-t-il ? Moi qui suis plutôt solitaire. Un coup de foudre ! Non. Non. Pas moi. Moi qui suis plutôt lent en la matière. Prendre son temps. Apprendre à se connaître. Être sûr de soi. Une inconnue en plus. Même pas quelqu’un de par là. Enfin, elle aime la pêche et la montagne sans doute. Sans m’en rendre compte, j’ai mangé mon poisson et pris mon dessert. Secoue-toi. Pendant que je fais ma petite vaisselle, mes yeux son fixés sur le torrent qui s’écoule en contre-bas. Peut-être est -elle encore là. Il est déjà deux heures de l’après-midi. Elle doit être rentrée elle-aussi. Je m’assieds dans mon fauteuil auprès de la fenêtre. Une petite sieste avant d’aller faire quelques courses, voilà la meilleure recette après ma sortie matinale.
Ding dong. La sonnette me réveille en sursaut. Quelle heure est-il ? 14H45. Voilà un sommeil réparateur. Qui peut bien venir à cette heure -ci. J’aperçois la silhouette de ce perturbateur derrière le rideau de la porte d’entrée. Un homme. Un tour de clef. Ma porte est toujours fermée, même quand je suis à la maison. On ne sait jamais. J’ai toujours fait comme cela. Je titube encore un peu. J’ouvre.

- Salut Seb
- Salut Fred. Qu’est-ce qui t’amène ? Vas-y entre.
- Je suis allé à la pêche ce matin mais je ne t’ai pas vu. Comme tu y es tous les jours, je me suis dit que t’avais peut-être un souci. En même temps, il était déjà quasiment midi.
- J’étais déjà rentré. Ma pêche était faite. Tu n’as vu personne ?
- Non
- Même un peu plus haut dans les gorges ?
- Non. Pas âme qui vive. Faut dire que le soleil tapait dur. Pas folichons pour les truites. L’eau est drôlement claire. Tu en as pris ?
- Trois. T’es sûr qu’il n’y avait personne. J’avais cru voir un pêcheur un peu plus haut.
- Non non, sans blague. T’as du rêver mon Seb.
- Sans doute
Comment pourrais-je lui parler de ma rencontre ? Non. Ce n’est pas judicieux. Il va encore me chambrer. « Ah! Toi et les femmes ». C’est vrai, c’est un peu compliqué pour moi. Je ne suis pas un « collectionneur ». D’ailleurs, il est toujours célibataire lui-aussi. C’est certain, il a des aventures, mais sans lendemain. Non, je n’ai pas envie de passer une fois de plus pour un imbécile. Je lui offre à boire et je file au supermarché. Je ne vais pas passer mon après-midi à la maison à revisiter tous les ragots du coin. Bien gentil le fred mais nous avons quelques longueurs d’ondes qui divergent.
Comment se fait-il qu’il ne l’ai pas vu ? A cette heure ci, elle devait être au niveau du replat que je lui avait conseillé. Peut-être qu’elle aussi trouvait que la clarté était trop importante. Pourtant, elle arrivait tout juste. Et puis, je sais bien qu’à cet endroit, peu importe la luminosité. On y prend toujours du poisson. La gorge est un peu accidentée. J’espère qu’il ne lui est rien arrivé. Non. Fred l’aurait vue dans ce cas. Peut-être devrais-je aller voir.
- Je suis désolé Fred mais j’ai une course à faire. Ça te dérange de repasser plus tard ?
- Non, pas de souci. Je voulais juste vérifier que tout allait bien. De toute façon on se voit samedi chez les FRICHAUD.
- Ouai. Luc m’a dit de venir vers 20H pour l’apéro. Je passe te chercher ?
- OK. Pas de problème. Bon bah à Samedi alors. Salut.
- Salut

En 2 coups de cuillères à pot comme on dit par chez nous, me voilà parti en direction du torrent et des gorges. C’est à pas de course que je file sur le sentier. Pourquoi autant d’inquiétude. Elle a bien de la famille, des gens qui se seraient inquiétés de ne pas la voir rentrer. Il est quand même trois heures de l’après-midi. J’aurais entendu les pompiers peut-être même l’hélico du SAMU pour la remonter des gorges. C’est plus fort que moi. Le pire me passe dans la tête. J’arrive à m’en convaincre alors que tout me dit le contraire. Je vais monter en haut du Roc Noir. Là, j’aurai une vue du fond des gorges sur toute leur longueur. Il ne me faut pas plus de 3 minutes pour me retrouver perché en haut de cet énorme rocher. Comment la nature a-t-elle pu réussir à le flanquer là sans qu’il ne dévale la montagne jusqu’à s’échouer dans le torrent. Toujours est-il que je suis content qu’il soit ici aujourd’hui. Je scrute scrupuleusement le lit de la rivière. Mes yeux dessinent le tour de chaque rocher, fixent le moindre détail à travers les branches. J’ai une vue précise de toute la falaise. C’est vraiment très abrupte. Rien. Je ne vois rien. Elle n’est pas là. Impossible que le torrent ait pu charrier son corps. Il n’y a pas assez d’eau entre les replats. Et l’eau est tellement claire qu’on y voit le fond. Un corps noyé ne passerait pas inaperçu. Ouf ! Quel imbécile. Je le savais qu’il ne s’était rien passé. Mais c’était vraiment plus fort que moi. Je devais vérifier. Pourtant, il y a bien des pêcheurs que j’ai croisés sur le bord de cette rivière. Je ne me suis jamais inquiété de quoi que ce soit à leur sujet. Là, c’est pas pareil. Elle n’est pas d’ici et elle ne connaît pas la rivière et ses dangers. C’est quand même moi qui l’ait guidée vers les gorges. Fred me dirait qu’elle m’a tapé dans l’œil. Je ne sais pas. Je ne la connais même pas. Je ne sais pas qui elle est. Je ne sais rien sur elle. Pourtant, je suis là.

22H30. Je suis avachi dans mon canapé. La télévision est allumée. Pas pour moi, je ne regarde même pas. Mes yeux sont fixés sur la lune pleine qui apparaît dans le coin de la fenêtre au-dessus de l’évier. J’ai les pensées dans mon après-midi. Je suis remonté du torrent après avoir constaté que mes inquiétudes n’étaient pas fondées. J’ai mis beaucoup plus de temps qu’en y descendant. Je ne sais d’ailleurs pas comment je suis passé du Roc Noir à la maison. Je ne me rappelle de rien. J’ai ensuite pris la voiture, fais quelques courses. Le temps est passé. J’ai dû mangé. Oui, la table est encore en plan. Et je me suis assis là. Mes yeux piquent. Je sens la fatigue peser. Que fait-elle en ce moment ? Passe-t-elle la soirée seule ? Avec quelqu’un ? Elle est peut-être mariée ? Quel mari laisserait sa femme partir à la pêche seule dans un torrent. Moi sans doute. On me dit tellement que je suis un peu ours quelquefois. Elle n’est pas restée longtemps dans la rivière. Peut-être que le coin ne lui a pas plu. Elle ne reviendra sans doute pas dans ce cas. Je me suis complètement affalé de tout mon long. Ma tête est posée sur mon coude replié. Mes yeux se ferment. Seules quelques lueurs du feu dans la cheminée apportent un peu de clarté à travers mes paupières. J’irai à la pêche demain matin. Je …

Qui fait ce boucan du diable ? Le voisin. Quelle idée de démarrer son quad juste sous ma fenêtre. Il me fait le même coup tous les matins. A croire qu’il fait exprès de donner des coups d’accélérateur. Il doit être environ 8H. Bon sang, il est temps que je me lève. Si je veux aller à la pêche, c’est maintenant où jamais. Après, je risque de me faire souffler ma place. S’il y a déjà du monde avant moi, la partie sera finie avant d’avoir commencée. Petite toilette de chat comme me disait ma grand mère. Un paquet de gâteaux et deux briochettes. Je mets ça dans ma musette et je mangerai en marchant. Mes cannes sont posées à côté de la porte d’entrée. Mes waders sont accrochés au mur sur la terrasse. Heureusement qu’elle est abritée du dépassement de toit, j’ai complètement oublié de les rentrer à l’abri. Encore qu’un jeune mulot pourrait bien avoir décidé de découcher du tas de bois et de se réfugier au font d’une des bottes. Je secouerai tout cela avant de l’enfiler. Chapeau. Gilet de pêche. C’est parti.

En marchant sur le sentier, je boulotte quelques gâteaux au chocolat. Il fait meilleur qu’hier matin. Le ciel est clair et le soleil va bientôt sortir de derrière la montagne. Je vais monter directement dans les gorges. La clarté sera moins gênante. Le chemin se fait plus étroit. Quelques branches en travers m’obligent à faire quelques acrobaties. Encore une centaine de mètres. Non. Ce n’est pas possible. Je le savais que j’étais trop tard. Il y a déjà un pêcheur. Bon, je vais rebrousser chemin. Je vais changer de torrent pour aujourd’hui. Je vais peut être m’approcher un peu pour voir. Peut-être que c’est Fred qui m’a devancé ce matin. Quel bougre celui-là. Pour une fois qu’il se lève tôt. Mais non. C’est elle ! Elle est là. Elle est revenue dans la gorge. Je marque le pas et m’appuie le long d’un arbre. Elle se débrouille bien avec sa canne à mouche. Sa soie décrit de grands arcs de cercles. Elle flotte dans les airs. C’est magique cette pêche. C’est somptueux. Je vais me rapprocher un peu. Je ne veux pas la déranger. Il y a un petit éperon rocheux un peu plus loin qui va me permettre de la regarder pêcher sans la déranger. Elle est là, légèrement en contre-bas. Elle dépose sa mouche entre deux rochers. A cet endroit, l’eau fait un petit remou. Hop ! A peine posée, l’esche a disparu et elle a ferré d’un coup sec. Cela à l’air d’être un beau poisson. Elle s’avance lentement dans l’eau, la canne relevée. La truite tente à plusieurs fois de se décrocher en pompant vers le fond. Même quelques cabrioles au-dessus de l’eau n’y font rien. Elle échoue dame fario sur la berge de sable.
- Superbe ! C’est plus fort que moi. Il a fallu que je dise quelque chose.
Elle parait un peu déroutée d’entendre une voix. Son regard se porte vers moi.
- Bonjour. Je suis contente, c’est la première de la saison. Une sauvage en plus.
Je m’approche doucement. Elle prend le poisson dans ses mains et le regarde avec jouissance. On sent la passion dans ses yeux. Un sourire illumine son visage.
- Vous m’aviez dit que c’était un bon coin. Vous aviez raison.
- Ici, ce n’est pas possible de faire une bredouille. Vos gestes sont vraiment parfaits.
- Ah ! Vous étiez là.
- Oui, pas depuis longtemps. Il y a un peu de tout dans les pêcheurs à la mouche. Vous avez l’air d’avoir pas mal pratiqué.
- C’est de famille. Je dois tenir cela de mon grand-père. Il habitait ici. Peut-être que vous le connaissiez. Camille DUROUET.
- Le père DUROUET ! Sûr que je le connaissais. Combien de fois j’ai pu le regarder pêcher quand j’étais gamin. C’était votre grand père ?
- Oui
- Je ne pensais pas qu’il avait de la famille. On le voyait souvent seul, même ces dernières années. Il n’ y avait pas grand monde à sa sépulture. C’était pourtant un bonhomme sympa.
- Je sais. Depuis qu’il avait perdu ma grand-mère, on le voyait très peu. Mes parents …..enfin bref. Je suis sur la région parisienne et j’aime bien m’évader à la montagne. Je me suis dit qu’il était temps de venir voir où avait vécu mon grand-père.
- Vous ne connaissiez pas la région.
- J’avais juste vu des photos. Mais bon, la famille c’est parfois complexe, les vacances se passaient ailleurs.
- C’est certain qu’avec les gènes de Camille, vous ne pouvez qu’être douée pour la pêche. Ça se voit.
- Merci.
Nous étions face à face en train de discuter. C’était comme la veille. Mais cette fois-ci, nous avions plus que la pêche en commun. Elle était presque d’ici. Les relations de famille semblaient avoir été compliquées entre Camille et ses parents. Pourtant, c’était vraiment quelqu’un de bien le Camille. Un peu bourru, mais sympathique.
- Je ne veux pas vous empêcher de continuer. Je vais aller sur un autre coin aujourd’hui.
- Vous ne me dérangez pas. C’est agréable de parler avec une personne qui a connu mon grand-père Camille.
- Je pourrais vous parler longuement de quelques magnifiques sorties de pêche qu’il a pu faire ici. Il a bien dû passer à ce même endroit des centaines de fois.
- J’aimerais bien vous entendre parler de lui.
- Bien écoutez, continuez à pêcher et je vais attendre un peu. J’ai vu quelques champignons en venant par le sentier. Je vais aller en cueillir quelques uns. Cela va m’occuper. Je vous parlerai de votre grand-père au retour sur le chemin.
- Oui, je serais vraiment contente.
- On fait comme ça alors
Elle s’agenouille pour reprendre sa canne et entre dans l’eau afin de reprendre sa traque des belles robes sombres à points rouge de la vallée. Je ne peux m’empêcher de la regarder dans ses œuvres. C’est vrai qu’il y a du Camille dans son doigté. C’est presque évident maintenant. Ses yeux sont cachés derrières des lunettes polarisantes. Juste un petit bout de nez qui dépasse. Elle est concentrée sur le moindre de ses gestes, fixée sur la surface de l’eau à guetter la moindre présence d’une truite. Quelques mèches de ses cheveux virevoltent sous l’effet d’une petite bise qui s’engouffre dans les gorges. Les autres sont attachés, comme hier. Sa nuque est dégagée et découvre la courbe de son cou. Tout mince. Le haut de son corps dénudé laisse voir ses épaules. Elle est belle. Je me surprends à être assis sur la gravière. Je devais aller aux champignons. Je suis comme retenu par quelque chose. Gamin, je regardais le père Camille, assis au même endroit. Mais, il en est tout autre. D’autres raisons font que je reste là. Je suis comme attiré par elle. Je ne connais même pas son prénom. Je sais si peu de choses et je reste là.
- Bon, je crois que ce sera tout pour aujourd’hui.
Ses paroles me sortent de mes pensées. 1H est passée. Elle enroule la soie sur son moulinet. La partie de pêche semble terminée. Elle sort lentement du torrent. Elle prend toutes les précautions pour ne pas glisser. Elle vient vers moi. Et maintenant ? Cela me semble si heureux et en même temps, je me sens gourde. Je ne dis pas un mot. J’attends. Comme d’habitude. J’attends. Elle n’est plus qu’à quelques mètres.
- Vous n’êtes pas allé au champignon finalement ?
- Euh ! Non. Je vous regardais pêcher. Je pensais à votre grand -père en vous voyant. Il était doué. Vous lui ressemblez.
- Merci
Pour la première fois, j’aperçois une légère rougeur sur ses joues. Je l’ai gênée avec ce compliment.
- On avance alors ? Que je vous parle de Camille.
- Oui. Allons-y.
Nous partons alors sur le chemin. Il fait maintenant très chaud. Le soleil est au plus haut et domine les sommets. L’ombre des arbres sur le sentier dissémine quelques semblants de fraîcheur sur notre passage. Elle marche devant moi. A quelques moments, le sentier s’élargit. J’active le pas pour revenir à sa hauteur. Puis, je repasse derrière en feignant la courtoisie.
- Vous pêchiez souvent avec mon grand-père
Elle lance la conversation. Je n’ai pas encore dit un mot depuis que nous sommes partis du torrent.
- Surtout pendant les vacances scolaires. Quelques fois le week-end. Je passais beaucoup de temps à le regarder pêcher. J’apprenais. C’était un peu comme mon grand-père. J’aurais passé des heures dans ce torrent si ma mère n’avait pas sonné le rappel au moment du déjeuner.
- Vous avez l’air vraiment passionné ?
- Je suis tombé dedans quand j’étais petit, comme on dit ! J’aime cette montagne , ces torrents. C’est chez moi. Je m’y sens bien. Pour rien au monde je ne partirais. Et puis, la pêche, c’est aussi une histoire de famille.
- Mon grand-père était connu si je vous écoute ?
- Oh oui ! Tout le monde connaissait Camille. Pour ses prises exceptionnelles. Les plus beaux poissons de la rivière. Mais aussi pour son petit côté ronchon. Il fallait pas trop l’enquiquiner. Il faisait aussi rire tout le monde au village lorsqu’il commençait à mimer ses combats avec une truite. Il était un peu théâtral.
En levant le nez de mes bottes, je vois un sourire sur ses lèvres. Elle semble heureuse d’entendre ces histoires. Je sens qu’elle découvre son grand-père à travers mes mots. Un instant nos regards se croisent. Juste un instant. Notre marche en avant se poursuit. La vigilance nous impose de regarder là où nous marchons pour ne pas trébucher. Quelques cailloux pourraient bien se jouer de nous. Nous repartons dans notre jeu de questions réponses.

Il nous aura fallu une bonne demie heure pour remonter du torrent là où il faut un quart d’heure habituellement. Déjà. Notre conversation arrive à son terme. C’est passé tellement vite. Je prends goût à sa présence. C’est si agréable de parler avec elle. Je n’en sais toujours pas plus sur elle. Par contre, elle sait beaucoup plus de choses sur son grand-père. Et sur moi.
- C’est votre voiture ?
- Oui. Vous êtes venu à pied ?
- Oui. J’habite juste au-dessus. De l’autre côté du champ. Vous voyez le chalet avec le balcon en bois.
- En effet, vous êtes proche du torrent.
- Je ne changerais pour rien au monde.
- Venez prendre un verre à la maison si vous le souhaitez. Nous continuerons à parler de Camille.
Je me surprends tout seul. Je viens de lui proposer de venir chez moi. Je me sens tellement serein.
- Je ne veux pas vous déranger
- Non non, c’est avec plaisir. Vous tournez tout de suite à gauche après le calvaire en montant et vous arriverez directement à la maison.
- Je vous emmène si vous voulez ?
- Non non, ça va aller. Le temps que vous rangiez votre matériel dans le coffre, je serai chez moi. Que je mette un peu d’ordre avant votre arrivée.
- Ne vous cassez pas la tête. Ce sera très bien. Vous verriez chez moi ! Ce n’est pas la maison du rangement.
- Quand même. A tout de suite

3 jours se sont écoulés. Les pieds dans le torrent, mes pensées sont restées accrochées au délicieux moment partagé avec Estelle. Je connais maintenant son prénom. Elle est venue à la maison. Nous avons continué à discuter autour d’un verre. Dans la conversation, il avait été tout à fait naturel d’échanger nos prénoms. Après son départ, j’ai passé mon après-midi à fabriquer des mouches artificielles, assis sur un tabouret en bois, en-dessous de la pergola. Je ne l’ai pas revue depuis. Elle n’est pas allée à la pêche les 2 matins suivants. Elle m’avait dit que des rendez-vous l’empêcheraient de revenir au torrent pendant plusieurs jours. Cela l’embêtait sérieusement. Moi aussi d’ailleurs. Pas un matin, je n’ai manqué l’appel des truites. Plusieurs fois par matinée, j’ai regardé en direction du sentier. Mais comme prévu, jamais elle n’est apparue. Je pêche instinctivement. Je suis ailleurs. Les poissons ne risquent pas grand chose aujourd’hui. Sa rencontre a tout bouleversé. Je suis là sans l’être. Mon regard se perd dans les eaux claires. Là où je contemple habituellement la magie des lieux, là où je ressens habituellement une communion parfaite avec la nature, je suis aujourd’hui comme un corps étranger. Il me manque quelque chose. Quelqu’un. Mon amour des lieux est absent. Il est ailleurs. Mon amour s’est détaché. Je sais maintenant où il se trouve et à qui il est destiné. Estelle. Elle a tout chamboulé. Elle m’a changé. C’est à elle que je pense. C’est elle qui détient maintenant mes émotions. Le reste est inhibé. Plus rien n’existe d’autre qu’elle. En quelques jours, elle a absorbé la moindre de mes pensées. Son visage m’apparait à chaque instant. Aussi clair que l’eau qui s’écoule à mes pieds. Je repasse le film des instants partagés à parler de son grand-père, Camille. C’est donc ça le coup de foudre. Elle m’a arraché à ce que j’étais. A ma solitude. Je ne vois qu’elle. Je ne vois plus qu’elle. Elle me manque. J’ai mal. J’ai le mal de son absence.
- Bonjour
Je me raccroche brusquement à la réalité. C’est elle. J’ai reconnu sa voix. Mon cœur s’est mis à battre rapidement. Je suis comme affolé. Les émotions sont si vives. Je sens une chaleur envahir tout mon être. Mes joues me chauffent. C’est comme une décharge. Plus rien ne compte que de la voir, que de croiser son regard. Elle est là. Elle marche vers moi. Elle n’est plus qu’à quelques mètres. Que vais-je faire ? Que vais-je lui dire ? Saurais-je encore lui parler ? Je lui dis ? Non. Si. J’ai tellement envie qu’elle sache. Oui, mais si … Elle est superbe. Elle n’est pas venue à la pêche. Elle n’a pas son équipement. Elle est en jean. Elle porte un tee-shirt rouge carmin. Ses cheveux sont toujours attachés et laisse voir la finesse de ses épaules. Elle est coiffée d’une casquette. Son sourire est radieux. Elle me fait un signe de la main. Mes yeux la parcourent de la tête aux pieds.
- Bonjour
Machinalement, j’enroule ma soie. Je marche vers la gravière. Je ne la quitte pas du regard. Chaque pas se fait naturellement. Les cailloux ne glissent plus. Je ne sais pas ce que je vais lui dire. J’aimerais…..je ne peux pas, je n’y arriverai pas.
- Ça va ? Ça mord un peu. Je sortais d’un rendez-vous et je me suis dit que vous seriez certainement là.
Elle est maintenant arrêtée. Je ne suis plus qu’à trois pas de pouvoir la toucher. Plus je m’approche et plus mon cœur bas rapidement. Je me sens fébrile. Je frissonne. Pourtant j’ai chaud. Deux pas. Je n’arrive pas à répondre à sa question. Le temps est comme suspendu. Un pas. Je m’arrête. J’ose.
- Vous me manquiez.
Son visage change rapidement. Une pommette rouge apparaît sur chacune de ses joues. Ses yeux fixent les miens. Je ne sais si c’est la clarté éblouissante ou l’émotion qui les font briller. Ses bras descendent le long de son corps. Elle ne bouge plus. Elle semble aussi tétanisée que moi. Mes mots ont comme arrêté le temps.
- …aussi.
Ses lèvres se sont légèrement entre-ouvertes. Comme un enfant hésite à prendre la parole face à son maître autoritaire. Je n’ai pas tout compris. C’est allé trop vite. Comme pour vérifier ce que je ressens d’elle, je ne peux m’empêcher d’ajouter encore quelques mots.
- Je me sens tellement bien avec vous
- Moi aussi
Tous mes doutes s’évaporent. C’est un vrai soulagement. Comme si toute ma vie ne dépendait que de la réponse qu’elle donnerait. Et en instant, tout se dénoue. Je lui prends la main, juste par le bout des doigts. C’est la première fois que je la touche. Non. Je lui avais serré la main. Oui, mais … Mon geste est assuré, sans hésitation. Je suis tellement proche d’elle maintenant que je sens son souffle sur mon visage. Mon front vient se porter contre le sien. Son petit nez touche ma joue. Sa tête glisse lentement le long de mes joues. C’est une caresse extraordinaire. Sa peau est douce. Alors qu’elle pose sa tête sur mon épaule, elle glisse ses bras autour de moi. Ses mains remontent dans mon dos. Elle me sert contre elle. Comme-ci elle cherchait un réconfort. Je l’enlace également. Ma tête se penche légèrement et se pose sur ses cheveux. Si doux. Si brillant. Ma main droite s’y glisse et vient caresser sa nuque. Je suis bien. Je sens son cœur battre contre ma poitrine. Non. C’est le mien. Il bat si fort, si vite. Elle relève lentement sa tête et s’écarte légèrement. Pour mieux me regarder. Je me perds dans ses yeux. Un petit sourire se dessine au coin de ses lèvres. Elle est heureuse. Je le suis. Elle s’approche doucement jusqu’à poser ses lèvres contre les miennes. J’attendais ce baisé avec impatience. Plus rien ne compte. Sa seule présence me suffit. Son odeur et la pulpe de ses lèvres. Ses lèvres se séparent des miennes. Déjà. Elle me regarde, toujours aussi souriante. Pas un de nous ne dit un mot. Nos regards suffisent à se comprendre. Elle s’adosse au rocher juste derrière elle et me tire vers elle jusqu’à ce que nos corps se touchent. J’ai envie de l’embrasser. Encore. Toujours. Je la serre de nouveau contre moi. Je ne peux résister au goût de ses lèvres.
Quelques minutes sont passées. Une heure peut-être. Peu importe. Nous sommes enlacés. Elle est dans mes bras, son dos contre mon torse. Sa tête légèrement penchée repose sur le haut de mon bras. Nous regardons tous deux le torrent. Ce fameux replat que je lui ai conseillé lors de notre première rencontre. Les branches des arbres viennent effleurer la surface de l’eau. Un rayon de soleil vient se refléter dans l’eau et fait scintiller de milles feux les gouttes d’eau sur les rochers à demi immergés. C’est comme-ci les lieux nous donnaient à lire ce qui se passe en nous. C’est magnifique. Je ne me lassais pas de la beauté de ces gorges. Je les trouve encore plus belle.
- Je pense que tu ne prendras pas de poissons aujourd’hui
Je sens quelques petits sursauts de son corps qui trahissent son rire.
- Je ne pêchais pas. Je t’attendais.
- J’aimerais que cela ne s’arrête jamais.
- Moi aussi. Cela peut continuer.
- Qui es-tu ? Qui es-tu pour me rendre folle amoureuse aussi vite ?
- Un ami de Camille
Je sens une nouvelle fois son rire se communiquer à l’ensemble de son corps.
- Si mon grand-père me voit !
- Il y a de grandes chances qu’il soit là
- Tu crois ?
- Sa conscience navigue certainement dans ces gorges. Il guide la mouche du pêcheur pour qu’elle se pose judicieusement
- Il guide sa petite fille dans les bras d’un pêcheur inconnu
- Il me connaît bien
- Alors je suis en sécurité. Il a fait le bon choix pour moi.
- Pour nous
- Rentrons. Je veux savoir qui tu es.
Elle s’était tournée vers moi. Je la regarderais pendant des heures. C’est vrai que nous nous connaissons si peu. Nous avons encore tellement à nous dire. Tellement à découvrir.
- Oui. Rentrons. Je veux bien que tu me déposes aujourd’hui.
Et nos rires se mêlent au chant des eaux du torrent.

Les neiges des glaciers fondent lentement.
Les gouttes d’eau s’unissent et ruissèlent sur les flans des montagnes.
Des torrents se dessinent et dans leurs méandres arpentent les vallées.
Les fleuves formés iront à la mer, et les gouttes d’eau en s’évaporant retourneront à la source.
La vie se déroule ainsi au gré du temps. Des histoires se créent, se vivent et se terminent. Seules les gouttes d’eau coulent dans une immortalité insolente.
J’ose croire que l’homme aussi reste et demeure. Sa conscience perdure en ces lieux majestueux.
Son amour ne succombe pas. Il enveloppe dans ses bras ceux qui vivent ici bas.

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On a crié mon nom dans la rue…

Un jour de février 2014, mes pas foulaient le trottoir immaculé de blanc, quand mon regard se posa sur un bout de papier rose. La curiosité l’a alors emporté, je me suis alors baissé et l’ai ramassé… Au toucher, le papier était doux… un morceau de papier toilette sûrement. Mes yeux ont alors parcouru ces lignes :

« Mercredi 29 février 2012,

Cher toi qui me lira,

On a crié mon nom dans la rue
Je me suis retourné déçu
Voyant qu’il n’y avait personne
Voilà ce que vieillir donne…

À mon âge j’entendais déjà
Des voix qui n’existaient pas…
Mais contrairement à nos aïeuls
Je ne suis pas de ceux qui parlent seuls…

On a crié mon nom dans la rue
Encore un malentendu ?
Non  il y avait bien quelqu’un
un inconnu me tendant la main

Assise sur une chaise en formica
Une tasse à la main d’arabica
Mon seul moment d’évasion
Loin des murs de cette prison

Il y a des rêves bien illusoires
Mais vous allez comprendre l’histoire…

J’entends des voix c’est ce qu’ils disent
Alors on me prive de friandises
Car je ne suis plus une enfant
C’est ce qu’ils me répètent souvent !

On a crié mon nom dans la rue
Enfin c’est ce que j’ai  cru
Quand j’ai ouvert les yeux
Ils étaient encore là tous les deux

Un à la menthe l’autre à la fraise
J’en avais déjà mangé treize
Ou peut-être était-ce vingt
Je me souviens plus très bien !

Si un jour vous ne faites rien
Je ne suis pas très loin
Venez donc me rendre visite
À L’asile chambre dix-huit !

P.-S. :
Si vous venez me voir demain
Venez donc un sachet à la main
De friandise bien entendu !
Et criez mon nom dans la rue ! »

À la lecture de ces lignes, je ne sais pas pourquoi j’ai levé les yeux vers le bâtiment que je longeais…  Une immense et imposante bâtisse en pierre avec des barreaux a toutes les fenêtres… 10 ans que je vivais là au bout de la rue et j’avais l’impression de la découvrir pour la première fois…

Le papier toujours dans la main, mon regard un instant dessus, je l’avais alors rangé dans la poche… me rendant déjà à la boulangerie du coin…

L’histoire ne dit pas si le passant a finalement rencontré l’auteur du petit mot.

Quoi qu’il en soit, il était ressorti quelques minutes plus tard de la boulangerie avec un sachet de bonbons dans la main…

Quant à l’histoire, je vous laisse en imaginer la fin… tout cela après tout, n’était peut-être qu’une blague…

Et vous ? Vous auriez fait quoi ? Lui en tout cas avait choisi d’y croire !

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L’amour dans l’âme

Mes yeux peinent à s’ouvrir. La lueur du jour à travers les volets vient rompre un sommeil léger. Pourtant, je ne fais pas un geste. Rien ne bouge. Je sens dans mon dos la chaleur d’un corps qui m’enveloppe. C’est vrai ! Elle est là ! Je sens sa jambe qui glisse lentement. Quelle douceur ! Dans mon cou, juste un souffle chaud. Elle dort. Son odeur. J’avais presque oublié ce parfum qui la veille au soir m’avait enivré. Un instant je referme les yeux.

Elle avait sonné à ma porte juste avant le dîner. Je n’attendais personne. J’avais été surpris de la voir là. « Je te croyais à Paris ». Elle était vêtue d’une petite robe de mousseline noire. Ses longs cheveux bruns reposaient délicatement sur ses épaules et venaient mourir dans son dos. Elle tenait son petit sac entre ses mains croisées. Ses jambes toutes fines prolongeaient ce corps vers lequel plus d’un passant se serait retourné. Elle me regardait fixement. Quelle intensité ! Ses cils ne vacillaient pas. Son regard brillant laissait percevoir une émotion intense. J’étais tout à coup comme envouté. « Je..je ». Son sac venait de tomber sur le sol. Ses deux bras étaient venu se glisser autour de mon cou. Sa chevelure effleurait mon visage quand je sentis ses lèvres passer sur ma joue jusqu’à rejoindre les miennes. Je ne m’y attendais pas. Mais j’en avais tellement rêvé. Avait-elle enfin ressenti ce que j’éprouvais pour elle? J’étais si triste de la voir partir pour Paris. Elle devait y faire ses études. Sans doute on ne se reverrait jamais. La vie sépare parfois les chemins. Mais elle était là. Quelques minutes étaient passées. Nous avions lentement fait quelques pas. J’avais refermé ma porte. Elle s’y était adossée. Je l’embrassai. Pas un mot. Juste des regards. Juste des caresses. Cette sublime lenteur nous avait conduit jusqu’à ma chambre. Nous nous étions allongés. Je ne me souviens que de la moiteur de nos corps enlacés.

Lentement je me mets sur le dos. Je ne veux pas la réveiller. Je tourne ma tête vers elle. Quelle visage paisible! Elle dort. Ses lèvres si délicates qui la veille m’avaient ensorcelé sont légèrement ouvertes. Les draps un peu retirés laisse entrevoir les courbes de son corps. Elle est si belle. Je n’ai pas encore eu le temps de le lui dire. Tout est allé si vite malgré tout ce temps passé. Je suis impatient qu’elle se réveille. Qu’allons-nous nous raconter ? Que va-t-on se dire ? C’était si facile sans les mots.

Je décide de me lever. Je veux que cette magie continue. Un petit déjeuner sur la terrasse ensoleillée devrait prolonger cet instants de bonheur. Je la vois déjà venir s’asseoir sur la chaise, en face de moi, enveloppée dans le drap blanc de mon lit. « Vite, vite, réveille-toi ! » Non, pas tout de suite. Je dois avant tout lui préparer cette jolie tablée. Je réussis à m’extirper du lit. Elle dort. Encore. Café. Sucre. Croissants ! Aille ! Je m’habille vite, sans faire de bruit. Je file chez le boulanger. C’est à deux minutes à pied. J’ai le temps de la surprendre.

Des gestes doux et délicats. Il ne faut pas que je la réveille. Je tourne la clef lentement dans la serrure tout en appuyant légèrement sur le montant de la porte d’entrée. Autant éviter le CLAC habituel, si familier, mais qui ferait sursauter n’importe quelle personne dans son sommeil. Un cambrioleur devrait d’abord m’endormir avec un gaz asphyxiant pour entrer chez moi. Cette porte peut être une sécurité mais là, c’est une calamité. Bon, elle ne grince pas, c’est toujours ça ! Pour refermer, même rituel en tirant sur la poignée et en la soulevant lentement. Voilà ! Ouf ! Je descends du troisième au deuxième en chaussettes et sur la pointe des pieds. Ma petite surprise mérite encore un peu de prudence. Il n’est pas rare d’entendre les voisins qui sortent de chez eux dans ces vieux immeubles des années 20. Les marches en bois grinces à chaque pas. Le bruit des talons résonnent dans la cage d’escalier. Je m’assieds sur la première marche qui mène au premier étage. Je lace mes chaussures et c’est parti. Me voilà enfin devant la porte de l’immeuble. Les rayons du soleil viennent frapper les deux vitres rectangulaires aux angles biseautés. A travers, je vois l’ombre des passants sur le trottoir. Des barreaux en acier teinté de noir jouxtent chaque face vitrée de cette porte. La poignée hexagonale, centrée sur le bois vieilli de la porte attire mon œil. Qui est cet individu dont le visage s’y reflète ? Cheveux ébouriffés, barbe mal rasée, de petites fossettes au coin des lèvres qui laissent entrevoir un sourire… J’étais tellement différent hier soir avant de la voir sur le palier de ma porte. Déprimé. Résigné. En quelques heures, ma vie vient de basculer. J’attrape la poignée, tire la porte vers moi, passe sur le trottoir et prends bien soin de ne pas la claquer. Prudence jusqu’au bout. Je pointe mon regard vers le bout de la rue. Une ligne droite. Elle me paraît bien longue tout à coup. Ensuite la rue de droite, l’autre en face et la boulangerie sera la troisième vitrine de l’autre côté de la route. Moi qui ne suis pas un grand fanatique de sport, je me retrouve en train de courir à grandes enjambées. Tout ce que mon professeur de sport du lycée me demandait de faire et qui me paraissait si fastidieux devenait tout à coup d’une simplicité.

J’arrive devant la boulangerie. Je ne me rappelle pas avoir croisé un seul passant, entendu une voiture klaxonner, vu un camion en double file en train de décharger…rien de ce quotidien qui rythme ma vie habituellement. Comment suis-je arrivé là ? Le temps d’une pensée et … C’est ça, une pensée ! Pas n’importe laquelle. Mes idées étaient restées accrochées à l’image de cette jeune femme couchée dans mon lit. Il y avait une telle magie dans cette réalité que plus rien autour de moi n’avait pris corps durant ce trajet.

Je pousse la porte vitrée. Ding dong. « Bonjour Monsieur ». Je suis emporté par d’agréables odeurs de viennoiseries toutes chaudes. Croissants. Pains au chocolat. Mmmmh ! « Bonjour. 2 pains au chocolat, 2 croissants et une baguette s’il vous plaît ». La boulangère attrape un petit sac en papier de dessous son comptoir. D’un petit geste, elle le secoue. Il s’ouvre dans un léger bruissement. A mesure qu’elle y dépose les viennoiseries, le sac devient transparent de leur beurre. Quelques tâches bien agréables se dessinent. Trois tours de mains pour le fermer. « Cela fera cinq euros trente cinq monsieur, s’il vous plaît ». J’ai déjà ouvert mon porte feuilles et suis en train de chercher ma monnaie. « Voilà ». « Merci Monsieur, je vous souhaite une très bonne journée ». « Merci, vous aussi ». Je ressors de la boulangerie.

Ça y est ! Tout est réuni pour réussir ma surprise. Je vais regagner mon appartement. Entrer tout en délicatesse. Surtout, pas de bruit, elle doit encore dormir. Je vais installer la table sur la terrasse, préparer le café. Un sucre, si elle n’a pas changé ses habitudes. Et je n’aurai plus qu’à la réveiller d’une légère caresse sur ses joues si délicates. J’aurai auparavant entre-ouvert les volets. Un rayon de soleil viendra illuminer la chambre et se poser sur le lit. Elle tournera alors sa tête vers moi. Ses cheveux glisseront dans son cou. Je devine déjà son sourire. Elle viendra poser sa tête sur moi. Sans doute me dira -t-elle quelque chose. Quoi ? Peu importe.

« Arrête de rêvasser imbécile ! . Le temps s’écoule et tu es toujours devant la boulangerie ». Je sers le sac empli de viennoiseries dans ma main droite et me mets à courir.

Je sens quelque chose qui coule de mon oreille. Quelle est cette chaleur qui chauffe mon visage ? Mes yeux sont fermés ! Je dors ? Je rêvais ? Je n’arrive pas à bouger ma main droite pour me frotter les yeux. Où est le sac de viennoiseries que je serrais si fort ? Tout doucement, une lumière aveuglante perce à travers mes paupières. Le ciel ! Mais, pourquoi suis-je allongé sur le sol ? Le visage d’un homme vient cacher le bleu du ciel. « Monsieur, monsieur, répondez-moi, monsieur ». J’entends le bruit d’un moteur de voiture. J’ai l’impression qu’elle est juste là, à côté de moi. Je suis étendu sur la route. Je tourne légèrement ma tête. La boulangerie est juste là, devant moi. La boulangère me regarde du pas de sa porte. Aurais-je oublié quelque chose ? Non, elle semble terrorisée, sa main devant sa bouche qui décrit un cercle. Elle paraît horrifiée. Ma joue est humide. Mais qu’elle est ce liquide rouge qui ruisselle le long du trottoir ? Mon oreille me fait mal. Pourquoi ne suis-je pas dans mon appartement ? Mon appartement ! La boulangerie ! La route ! Ma belle ! « Monsieur, vous m’entendez ? Restez éveillé, on va s’occuper de vous, les sec…………..rivent ».

Tout me revient à la mémoire. Je suis sorti de la boulangerie. Je me suis mis à courir. Je suis là. Il y avait la route à traverser. La route. Les voitures. Quel imbécile ! J’étais trop pressé de rentrer. J’ai dû être renversé. Je ne sens plus mes jambes, ni mes bras d’ailleurs. Que se passe-t-il ? J’ai froid. « Aidez-moi à me relever bon sang, aidez-moi ! » On dirait que personne ne m’entend. J’ai du mal à respirer. Ma bouche, fermée. Je ne parle pas, les gens ne peuvent pas m’entendre ! Je suis comme paralysé. Elle va se réveiller. Il faut que je bouge. Vite. Il n’est pas trop tard pour lui préparer le petit déjeuner. Je suis figé. Non ! Pas maintenant ! Mon bonheur trouvé d’hier soir s’envolerait-il déjà ? Elle va m’attendre. Que va-t-elle penser si elle ne me voit pas à son réveil? Je ne suis pas parti, je reviens. J’ai de plus en plus froid. Je donnerais tant pour la serrer dans mes bras. Tant. Un baisé comme dans les contes et tout rentrerait dans l’ordre. Elle va se réveiller, me chercher du regard. Elle va m’appeler. M’appeler ! Mon téléphone portable ? Où est-il ? Je ne l’ai pas avec moi. Il est resté sur la table du salon. Elle va s’inquiéter. Elle ne va pas comprendre cette absence. Je n’ai pas laisser de mot sur la table bien-entendu. C’est une surprise. Et si elle prenait cela comme une invitation à sortir de ma vie. C’était juste pour un soir ! Non reste ! Je t’aime ! Elle va faire le tour de la maison, penser que je joue à cache cache avec elle comme le font les amoureux qui se taquinent. Elle ira sur la terrasse. Je n’y serai pas. Elle ne peut même pas me voir de là-haut, les immeubles nous masquent l’un à l’autre. Si je pouvais les effacer pour lui faire un signe. Je suis là ! Viens près de moi ! J’ai besoin de toi ! Elle va s’asseoir et m’attendre. Plus les minutes vont passer et plus elle va douter. C’est comme cela que je réagirais moi ! Ne doute pas ! Je reviens, promis. Allez ! Bouge bon sang ! Bouge ! Je n’y arrive pas. Plus rien ne répond.

J’entends une sirène. Les pompiers arrivent. Peut-être l’a-t-elle entendue aussi. Peut-être va-t-elle comprendre. C’est moi ! C’est pour moi ce tintamarre. « Monsieur, comment allez-vous ? Monsieur, vous m’entendez ? Bougez un doigt si vous pouvez. Est-ce que vous m’entendez monsieur ? Clignez d’un œil si vous m’entendez ». Mais si je pouvais faire quoi que ce soit mon cher sauveur, je serais déjà bien loin de là. Je serais dans ses bras. Je l’embrasserais tendrement, lui ferais l’amour. Nous passerions une partie de la journée couché. Nous irions nous promener dans le parc d’à côté. Nous flânerions dans les allées, l’un contre l’autre. Serrés. Enlacés. Nous nous asseyerions sur un banc. Quelques baisés puis reprendrions notre chemin jusqu’au petit troquet, au bout du parc. Nous prendrions un café sous les mûriers. Je lui tiendrais la main. Nous échangerions des regards, des mots doux. Nous parlerions de demain. Nous profiterions de l’instant présent. Peut-être irions -nous dîner en ville. Où peut-être rentrerions -nous tout simplement à mon appartement poursuivre nos conquêtes amoureuses.

Je n’ai plus froid. Je me sens bien tout à coup. Peut-être vais-je pouvoir me lever et rentrer. Vous avez-réussi à me soigner monsieur le pompier ? Aidez-moi à me mettre debout maintenant. Non, ce n’est pas ça. Je n’entends même plus le moindre bruit maintenant. Mais comment vais-je pouvoir lui parler en rentrant ? Je veux entendre sa voix, cette si jolie voix qui tant de fois m’a fait frissonner. Que se passe-t-il ? Ma vue se brouille. C’est comme si un rayon de soleil me tapait dans les yeux. Je ne vois plus rien. Aveugle ? Non, je veux encore pouvoir la déshabiller du regard. Je veux pouvoir fixer ses yeux bleus, essayer de deviner ce qu’elle pense. Je ne suis plus rien et pourtant je me sens bien. J’ai l’impression que mon corps s’éteint. Je n’arrive même pas à en pleurer. Je n’ai plus de larme. Elle va me manquer. Non, puisque je ne serai plus. Je vais lui manquer. Sans doute. J’espère. « Non, égoïste ! Vit ma belle ». J’aimerais la serrer dans mes bras une dernière fois. C’est ça la mort ! C’est long ! Tant mieux ! J’ai le temps de penser à elle. « Ne m’oublie pas !  Si ! Excuse-moi ! Penses à toi. Nous aurons vécu un moment très agréable ensemble. Cela fera partie de ta vie. Mais ce n’en sera qu’un moment. Vit ma belle ! Je pars en t’aimant. J’emmène ton amour du moment avec moi. Ne m’en veut pas de te faire souffrir d’un départ si rapide. Ne m’en veut pas de terminer notre histoire comme cela. Ton amour m’a donné des ailes. J’ai oublié le reste. Il n’y a que toi. Il n’y avait que toi. Je m’envole ».

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C’est une merveilleuse journée (Première partie)

Il est 8h15 et Bastien, 19 ans fera sa première rentrée à la fac de droit d’ici quelques minutes. Comme tout les étés, il est partit avec ses parents faire du camping dans son Ardèche natal accompagné bien sûr de son ami Spike, un étrange berger argentin tout blanc aux yeux vairon. Ses parents, tout deux chirurgiens dentiste, se sont rencontrés en fac de médecine au même âge que Bastien. Mais ce n’est pas la raison pour laquelle je vous écris et ce à la troisième personne. Je reprends.
Bastien, a passé les pire vacances de toute son existence, non pas qu’il s’est ennuyé encore une fois, non plus à cause de cette chaleur étouffante en ce merveilleux mois de juillet, mais bien à cause du comportement irrévérencieux de ces parents. Deux jours après leurs arrivés sur le Camping du Coin Charmant, Bastien alla comme à l’accoutumé se percher sur ce vieux chêne et regarder ce campement de citadins en mal d’air frais, ce rassemblement de stress impatient de déstresser. Au moment de redescendre, il vit une silhouette, une ombre en train de dégarpir comme un lapin pourchassé par une meute de chien de chasse. Tes parents ne sauront rien de notre petit jeu
- Bonjour.
Un cri strident suivit d’une pluie de frêles poings pleuvait sur le torse déjà bien développé du jeune homme qui ne bougeât pas d’un cil attendant que celle-ci finisse de se vider de toute sa peur.
- Mais tu es complètement con ma parole!! Tu fais souvent peur aux jeunes filles?
Environ 1m60, menue, brune aux cheveux de satin, des yeux qui lui faisais frôler le fou rire car ils étaient de la même couleur que son chien. Des mains plus délicates que celles des poupées de porcelaine que sa mère collectionnait. un claquement de doigts.
- Tu comptes encore me mater comme ça longtemps? Qu’est ce que tu fichais en haut de cet arbre?
Quel toupet ! Je vais te plaquer contre ce fichu arbre et te faire fermer ton bec.

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