Pont-levis

Je rentrais en courant, il était déjà tard,

Mais j’approchais enfin des immenses remparts ;

La herse était levée sur le pont qui bascule,

La garde menaçait les gens qui se bousculent.

Leurs lances, les épées, tout tenait en échec

Les marchands, les voleurs, qui tiennent en leur bec,

Ce qu’il faut échanger pour boire à la taverne !

Dans les champs d’à côté, jouaient dans la luzerne,

Des enfants, des lapins qui ne s’inquiétaient point

D’être si peu de chose, et même beaucoup moins…

Profitant du désordre et de leurs algarades,

Je rentrais sans souci de ma folle escapade.

Partie tôt le matin, fuyant ces négociants,

Revenus au marché vendre tout en criant,

J’emportais sur la route aux silences bancals,

Ces chansons que mon cœur sifflait au soleil pâle.

Mon chemin serpentait sûrement dans les cieux,

Tant les anges en joie m’en remplissaient les yeux !

Je volais te rejoindre, et volais l’âme pleine,

Muse qui te voulais ma servante et ma reine.

Etais-tu la plus douce, étais-tu la plus belle ?…

Tu étais à l’amour mon jardin d’éternel !

Tout était surprenant, c’était même incongru,

Que toujours le jeudi je trouve dans ta rue,

Ce paradis que d’autres cherchent dans les airs…

Mais ce ciel maintenant que je vois à l’envers,

A laissé sur ma vie son imposante empreinte,

Et cette ombre gravée bien plus qu’elle n’est peinte,

Me laisse comme hier sur ce pont, ce rebord,

La folle envie de vivre enivrante des morts…

Sébastien BROUCKE

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Sieste de mai

La scène parait bucolique,

L’arbre est chargé, le soleil haut,

Les cerises vont en gâteaux,

Aucun oiseau ne revendique…

        *

C’est donc à nouveau le printemps,

La chaleur luit, blondit les mèches,

Vois, chaque fleur part à la pêche

De son papillonnant amant…

       *

L’amour s’endort, bordé de songes,

Puis quand les blés s’y sont dorés,

Le ciel où les anges s’allongent,

Se drape d’un soir coloré…

 

Sébastien BROUCKE.  18 & 19 mai 2012.

 

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Les amants cathares

Voici donc revenue cette heure où tout se cambre :
Les arbres, les chevaux, le soleil de septembre.
L’été s’achève encor, tout se tend, c’est la fin,
Il n’y a que tes doigts qui tremblent dans ma main.

Je voudrais déjà être hier, et voir, ému,
L’ombre dans ton regard implorant ces statues.
Mais le temps ne sait plus aller comme autrefois,
Lorsque tu l’en priais, en arrière pour moi.

Il attend et se fige et, même sur le sol,
Les herbes ne croient plus au dieu qui nous immole.
Si la rosée descend, aucun rayon ne vient,
Et ton corps devient cendre et noir comme le mien…

Je n’ai plus un instant, tu n’as qu’une minute,
Et de tant de fumée c’est l’ultime volute ;
Mais comme elle tu sais que demain sera mieux,
Car toujours le nuage a su se plaire aux cieux.

As-tu froid ? Ne crains rien ; mon cœur crépite et flambe,
Et s’affaisse vers toi comme un corps sur ses jambes !
Dieu leur pardonnera le mal qu’ils nous ont fait,
Car notre amour, regarde, ils n’ont su le brûler.

Sébastien Broucke

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Offre-moi ton fils, ton unique !

On ne distinguait déjà plus le point qu’avait été la ville,
Ni les nuages au lointain amoncelant leurs vagues blanches ;
Ruminant de sombres pensées, l’homme avançait presque tranquille,
Sur un chemin de sable tendre où son âne emportait ses branches.

Il ne faisait ni vent ni froid, pourtant, à voir sa descendance
Trembler comme une ultime feuille arrachée trop tôt de son arbre,
Le patriarche avec effroi, meurtri par l’accent de l’enfance,
Se demandait si son amour n’était pas qu’un amour de marbre…

Inquiet, son petit s’étonnait : bon père, où donc est l’animal ?
A quoi servira tout ce bois, sais-tu ce qu’on y brûlera ?
Où sont les pigeons, la brebis, allons-nous offrir le cheval ?
Cher fils, allons ! Ne crains pas… Crois-moi, L’Eternel pourvoira !

L’obéissance est à l’amour ce que l’angoisse est à la nuit ;
Pensant devoir aimer bien moins l’enfant que le dieu qui l’offrait,
L’ancêtre ligota sa chair sur l’autel qu’il avait construit,
Et doutant de plus en plus fort, se préparait à l’immoler…

Déjà son long poignard d’argent s’était élevé dans les airs,
Le cœur de l’homme le meilleur allait ensanglanter la pierre !
Heureusement dans sa bonté, Dieu figea le bras centenaire,
Bien plus attristé que content, et bien plus consterné que fier…

Tu obtempères, crois m’aimer, quand j’ordonne n’importe quoi !
Croyais-tu montrer ton courage et par ce sang m’être agréable ?
Ainsi tu m’allais sacrifier l’enfant que j’offris à ta foi,
A qui pensais-tu rendre gloire avec ce geste lamentable ?…

Vous demandiez, j’ai obéi… Ancêtre d’une multitude,
Comment le père des croyants serait celui des assassins ?
Pourquoi reprendrais-tu la vie quand je l’offre avec plénitude ?
Je veux te voir peupler le monde et non précipiter sa fin !

A vouloir rendre un culte à Dieu on sacrifierait bien des gens,
On brûlerait de grands parfums en tranchant la gorge aux enfants,
Mais caché par une prière, en assassinant l’innocent,
Ce qui monterait vers le ciel serait rarement de l’encens !

Sébastien Broucke

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Disparue

Quelle joie de cueillir quand on ne peut s’étreindre
Les heures fleurissant aux souvenirs du cœur ;
En frôlant ta bonté qu’un ange essaie d’atteindre,
Le ciel tente créer de nouvelles couleurs,
Et percer les secrets que tu m’offrais de peindre…

Alangui je m’avance au milieu des vivants,
Des oiseaux planent, fusent, et jusqu’en mon vertige,
J’aperçois sur le sol ton ombre qui me fige ;
Quel Dieu veulent prier mes genoux fléchissant ?…

Ah, quoique j’aille hors moi déposer pour ta paix,
Tout ce qui reste en vie, tout ce qui reste pur,
N’offre pour composer mes bouquets chamarrés,
Que la fêlure d’un vase, un sourire, un murmure,
Et ton parfum qui manque à mes roses diaprées…

Sébastien Broucke

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