Je rentrais en courant, il était déjà tard,
Mais j’approchais enfin des immenses remparts ;
La herse était levée sur le pont qui bascule,
La garde menaçait les gens qui se bousculent.
Leurs lances, les épées, tout tenait en échec
Les marchands, les voleurs, qui tiennent en leur bec,
Ce qu’il faut échanger pour boire à la taverne !
Dans les champs d’à côté, jouaient dans la luzerne,
Des enfants, des lapins qui ne s’inquiétaient point
D’être si peu de chose, et même beaucoup moins…
Profitant du désordre et de leurs algarades,
Je rentrais sans souci de ma folle escapade.
Partie tôt le matin, fuyant ces négociants,
Revenus au marché vendre tout en criant,
J’emportais sur la route aux silences bancals,
Ces chansons que mon cœur sifflait au soleil pâle.
Mon chemin serpentait sûrement dans les cieux,
Tant les anges en joie m’en remplissaient les yeux !
Je volais te rejoindre, et volais l’âme pleine,
Muse qui te voulais ma servante et ma reine.
Etais-tu la plus douce, étais-tu la plus belle ?…
Tu étais à l’amour mon jardin d’éternel !
Tout était surprenant, c’était même incongru,
Que toujours le jeudi je trouve dans ta rue,
Ce paradis que d’autres cherchent dans les airs…
Mais ce ciel maintenant que je vois à l’envers,
A laissé sur ma vie son imposante empreinte,
Et cette ombre gravée bien plus qu’elle n’est peinte,
Me laisse comme hier sur ce pont, ce rebord,
La folle envie de vivre enivrante des morts…
Sébastien BROUCKE

