La passion blonde

J’étais debout face à un miroir sans tain, régnant dans l’obscurité où seul la lumière de l’outre-monde me parvenait. Je me perdis dans la contemplation de cet autre terre qui ne semblait pas pouvoir me voir. Tout paraissait identique et pourtant tout était étrange. Je me voyais vivre autrement, faire des choix différents. Une silhouette apparu face à moi. Elle semblait me voir. Je me rapprochai de la vitre et elle en fit de même. Je collai mon front sur la glace et elle vint m’imiter. Lentement, le voile sembla se dissiper et je pus voir ses tendres yeux bleus. Je sentis le vent me caresser le bras. Ses cheveux blonds vinrent me frapper les joues. Je venais de passer de l’autre côté…

Elle s’était assise face à moi avec un tendre sourire. Son regard plongea dans le mien comme il avait du le faire des milliers de fois. Mon cœur se pinça instinctivement. Son visage m’était inconnu et pourtant je connais chaque rictus, chaque partie qui le composait. Je connaissais la saveur de sa peau sous mes baisers, la douceur de ses lèvres et même l’odeur de son parfum. Qui était elle ? Quel était son nom ? D’où venait elle ? Pourquoi étions nous ensemble ? Quelle était l’histoire ?

Après tout, que m’importait tout cela, du moment que je me sentais bien, là, avec elle. Elle posa sa main sur la mienne. Mes doigts glissèrent sur son visage. La table avait disparu et nous étions maintenant face à face. Je me mis à l’embrasser avec passion et elle répondit avec autant d’ardeur. D’où me venait toute ce désir ? Je ne la connaissais que depuis quelques minutes et pourtant je ressentais l’amour de longues années. Je vins déposer un baiser dans son cou, comme elle aimait. Les ténèbres nous enveloppèrent et la vision se mit à disparaitre. Seul, son regard resta quelques instants avant de s’envoler à son tour.

Mes yeux encore embrumé de sommeil s’ouvrirent sur ma chambre. Elle n’avait été qu’un mirage, un fantasme d’une nuit et pourtant… et pourtant pendant quelques instants d’un rêve flou, nous avions vécu la passion d’une vie.

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Le goût des choses

« Monsieur ! Monsieur !!! Vous oubliez votre haut de forme ! »
Il se retourna vers son secrétaire légèrement agacé. Il tentait en vain d’attacher son nœud papillon mais celui ne cessait de se dérober sous ses doigts moites.
- Antoine, je vous serais reconnaissant de m’aider à serrer ce fichu nœud !
Celui-ci posa le chapeau sur un petit meuble à côté de la sortie et s’approcha de son patron.
- Je vous conseille de vous appliquer à le réaliser. Il en va de ma réputation !
- Oui monsieur Met…
- Je ne dois surtout pas arriver en retard ! Ni en avance, d’ailleurs ! Je dois être à l’heure exacte comme tous bons gentlemans !
- C’est un fait indiscutable…
- Je vous prierais donc de vous presser, mon petit Antoine !
- Je fais de mon mieux monsieur…
- Je me demande si ce n’est pas le plus malheureux… Alors ?!! dit Met en frappant ses mains sur ses hanches d’un air excédé.
- C’est bon monsieur.
Il se regarda dans la glace, réajusta imperceptiblement son nœud, se saisit de son chapeau et se rua dans la rue. Son secrétaire avait fait héler une voiture qui l’attendait face à la sortie de la compagnie des chemins de fer du Nord. Il monta dans l’intérieur confortable du cabriolet et frappa sur le toit. Le cocher qui attendait depuis plus d’une demi-heure ne se fit pas attendre pour fouetter les chevaux. Met regarda sa montre gousset, dix huit heure, parfait. Il fallait environ trente quatre minutes pour se rendre chez madame la baronne de Lacarnine avec une tolérance de dix minutes : tout dépendait du trafic et du conducteur. Il put enfin se détendre et savourer ce petit instant de tranquillité. Il tira de sa poche intérieure la lettre qu’il avait reçu deux semaines de cela à la compagnie. Il avait tout de suite été surpris par la calligraphie de l’adresse, d’un style assez ancien et maitrisé. Mais ce n’était rien à côté de son étonnement lorsqu’il avait découvert l’expéditeur de la missive : la baronne de Lacarnine. Une riche aristocrate qui possédait une lignée que l’on disait remonter aux origines de la royauté. Cependant, on la connaissait surtout pour les grandes soirées qu’elle organisait en compagnie notamment de l’empereur Napoléon III. Il se souvint avoir gardé sa respiration en ouvrant la lettre. Il avait tiré lentement une invitation pour un diner convivial entre amis de la bonne société. Il avait d’abord cru à une plaisanterie ou à une erreur sur personne mais lorsque monsieur Papil, directeur de la compagnie, vint le voir en personne pour avoir sa réponse, il comprit instantanément la gravité de la lettre. Certes monsieur Met venait d’une famille de confortable bourgeois mais la prestance requise pour ce type de soirée était au dessus de toutes ses capacités. Il avait d’ailleurs quasiment refusé avant que monsieur Papil ne le rassure : « ne vous inquiétez pas, ce ne sont que des bourgeois avec des noms plus long que leur livret de compte ! ». Ce qu’il l’avait réellement décidé, c’était la présence du directeur au diner. S’il faisait bonne impression, il pouvait peut être aspirer à meilleur poste ! Il sentit la voiture s’arrêter. Il regarda par la fenêtre et reconnu aussitôt les hôtels particuliers. Dix huit heures trente, excellent. Il paya la course au cocher et se dirigea vers le parc face à l’appartement de la baronne. Assez simple avec sa fontaine au centre de parterres de fleurs et autres arbres exotiques, ce petit coin de verdure sentait bon la tranquillité. Il s’assit à un banc et respira à grande lampé l’air ce que lui offrait ce beau quartier. C’est alors qu’un homme âgé d’une cinquantaine d’année se posa juste à côté de lui. Sans gêne, il posa son bras le long du dossier. Il racla sa gorge pour attirer l’attention, déjà tout acquise, de son voisin.
- Monsieur Met, je suppose ?
Il le regarda assez surpris. L’homme tortillait les pointes de sa moustache d’un air amusé
- Euh, oui en effet. Puis-je savoir à mon tour à qui ai-je l’honneur ?
- Il est vrai que la courtoisie veuille que je me présente en premier mais vous apprendrez très vite que courtois n’est pas vraiment le genre d’attribut que l’on me prête ! Général Krokle ! dit il en lui tendant sa main d’un geste ferme. Je crois savoir que nous nous rendons tout deux au même lieu ?
- Et bien, je pense que oui…
- Détendez vous un peu, que diable ! Je ne vais pas vous croquer ! fit il en grimaçant ce qui semblait être un ogre affamé. Il explosa de rire non sans frapper au passage l’épaule de Met.
               Monsieur Met regardait sans cesse sa montre, il était bientôt dix neuf heures moins dix et il ne restait que quelques minutes pour se mouvoir vers les appartements de la baronne. Le général quant à lui, ne semblait se soucier que des jolies femmes qui passaient. Il leur adressait un léger mouvement de tête suivi d’un grand sourire équivoque, puis se gaussait de les voir s’empourprer.
- Mon général, je pense que nous devrions… enfin il serait de bon ton de nous rendre dés à présent chez madame la baronne.
- S’il est de bon ton, alors…
Il se leva pesamment et se dirigea lentement vers l’appartement. Met a ses côtés, ne cessait de presser le pas. Quand enfin ils arrivèrent, il leur restait encore quelques minutes avant l’heure dîtes, pourtant Krokle sonna à la porte. Presque immédiatement, un domestique vint ouvrir en les enjoignant d’entrer. Ils pénétrèrent dans un grand hall éclairé par de grands candélabres dorés aux murs. Il y avait de nombreux portraits de personnages qui avaient du compter dans l’histoire de la famille. On les conduisit dans le petit salon où madame la baronne discutait avec une autre personne. Quand elle les vit, elle se leva prestement et les accueillit chaleureusement. Elle était habillé d’une robe majestueuse tout en soierie dorée, ce qui faisait ressortir ses jolies yeux verts. Ses cheveux blonds retombaient sur ses épaules, attirant le regard sur sa gorge. Quant à son visage, il était d’une beauté ravageuse, chacun de ses rictus vous dévoraient le cœur.
- Mon cher général comment allez-vous ? Cela faisait bien longtemps que je n’avais point vu votre jolie moustache.
Krokle gêné ne put s’empêcher de rougir. Il essaya de lui répondre mais seul un bruit ressemblant à un ronronnement lui échappa. Elle lui fit un tendre sourire et s’approcha de Met. Il sentait ses jambes lui échapper et sa respiration se saccader.
- Nous n’avons pas encore eu l’occasion de nous rencontrer monsieur Met mais j’espère que vous pourrez me pardonner de ce désagrément !
- Sans aucun regret, madame…
Elle se rapprocha de sa première interlocutrice et la désigna.
- Messieurs, je vous présente lady Tast qui est de passage à Paris, accompagnant son mari, lord Tast, chargé d’affaire diplomatique auprès de notre empereur.
- Madame… firent les deux hommes en cœur.
- Je vous invite à nous rejoindre, nous étions entrain de discuter de l’académie impériale de musique et de danse enfin plutôt du projet… dit-elle d’un air légèrement ironique.
- Ce n’est pas un opéra que j’aurais construis si on avait essayé de me tuer ! dit le baron ricanant.
Un domestique arriva soudain amenant monsieur Papil. Il s’excusa de son léger retard et se joignit à eux. Ils parlaient tous aisément hormis Met qui n’osait ouvrir la bouche aillant peur qu’une horreur en sorte. Le temps passa rapidement et ils se mirent à table à dix neuf heures trente sept. Madame la baronne présidait la tablé avec à sa droite le général puis Met et à sa gauche lady Tast suivit de monsieur Papil. On servit d’abord la mise en bouche : un potage bisque d’écrevisse.
- On vous entend peu monsieur Met, seriez vous timide ? demanda Lacarnine souriante.
- Point du tout mais qu’aurais-je à rajouter lorsque l’on dit déjà tout ?! dit-il gêné.
- Et bien votre propre opinion monsieur ! répondit le général amusé.
- C’est qu’elle ne diffère pas de la votre, j’aurais trop peur de répéter ce qui a été si bien dit…
- Mon précepteur disait toujours qu’on ne répétait jamais assez ! Ce qui ne l’empêchait pas d’oublier certaines dates de batailles, surtout quand elles étaient napoléoniennes ! dit lady Tast essayant de changer de sujet.
On apporta assez rapidement l’hors-d’œuvre : des bouchées à la reine. Le goût était exquis ce que le général ne manqua pas de déclarer. Les serveurs ne cessaient de faire des allers retours, remplissant les coupes de vins. L’atmosphère se détendait et les sujets de conversation se faisaient plus légers. On servit ensuite en entrée une matelote de foie gras que chacun dévora sans peine.
- Monsieur Met, on m’a dit que vous étiez un fin collectionneur de montre ? demanda madame la baronne.
- J’ai quelques modèles intéressant, en effet mais de là à parler de collection !
- Il est modeste ! Saviez vous qu’il possédait la montre de Grouchy ? dit monsieur Papil.
- Nous savons donc maintenant pourquoi il a été si en retard ! fit le général railleur.
C’est alors que les serveurs amenèrent le rôt. Met ne put établir la provenance de la viande même en la dégustant mais cela était surement du au vin qui le rendait guilleret.
- Je reconnais là encore les talents de votre cuisinier ! déclara Papil en direction de son hôte.
- Une pièce de noble ! rajouta le général de vive voix.
            La fin du repas approchait et monsieur Met ne connaissait toujours pas la raison de sa présence. Il avait essayé à plusieurs reprises d’en faire allusion mais personne n’avait réagit. Il s’était alors résigné à considérer tout cela comme un mystère insoluble.
- Avant que le dessert ne soit servi, j’aimerais vous montré quelque chose… dit la baronne en se levant.
Elle se dirigea vers le fond de la pièce et prit une toile qui était caché derrière un meuble. Il était recouvert d’un drap blanc le dissimulant. Elle appela un domestique qui apporta un chevalet.
- Je l’ai commandé, il y a quelques semaines de cela lors d’une exposition, à un peintre assez méconnu… Je fus assez surprise et en même temps conquise par ses tableaux. Il arrivait à faire transparaitre toute la puissance d’une scène en quelques coups de pinceau. Je lui avais alors demandé de me faire une représentation de nos petits diners…
Des voix enchantées se firent entendre et tous furent honorés par cette délicate attention.
- Je suis très curieuse de voir le résultat ! fit Lady Tast.
Madame Lacarnine jeta un regard à tous ses invités, ses yeux pétillants de malice. Elle tendit solennellement la main vers la toile et dans un grand mouvement théâtral, dévoila le tableau. Monsieur Met se sentit aussitôt mal à l’aise. Il parcouru la table des yeux et vit qu’il n’était pas le seul. Monsieur Papil avait l’air lui aussi d’être embarrassé et lorsque leurs regards se croisèrent, il se mit à rougir. Il ne pouvait pas nier le talent du peintre, il y avait les grands mouvements vifs et l’impression de vie mais le sujet semblait complètement déplacé.
- Magnifique, n’est ce pas ? dit la baronne heureuse de son effet.
- Je ne peux que reconnaître le talent du peintre ! dit le général légèrement embarrassé.
Personne ne put rajouter quoique ce soit à cela. La baronne se rassit ravie et laissa ses invités perplexes. Elle fit mandée le dessert qui fut servi presque immédiatement.
- Timbale de gaufres garnies de plombière, s’exclama un des serveurs avant de se retirer.
Lacarnine se mit à rire soudainement ce qui provoqua l’hilarité générale. Met se sentit rassuré : tout cela n’avait été qu’une farce.
- Vous étiez tous blême ! dit-elle en s’étouffant presque. Si ce drap avait été un linceul, le résultat aurait été le même !
- Oh certainement, pour avoir côtoyé les deux ! fit Krokle hilare.
- Je dois avouer que vous nous avez placés dans une étrange situation ! continua Papil amusé.
- L’avez-vous réellement commandé à un artiste ou l’avez-vous acheté dans une galerie ? demanda Tast.
- Je l’ai commandé, bien sur ! Vous pensez bien que ce genre de tableau n’est pas des plus recherché dans les expositions ! répondit la baronne.
- Ou alors dans le salon des refusés ! rajouta Papil.
- Oui c’est une horreur, qu’ils auraient pu exposer ! compléta Lacarnine, au bord des larmes.
- Je trouve néanmoins que le peintre a du talent, dit monsieur Met d’une voix assez basse.
- Pour nommer ses toiles, certainement ! Il l’a appelé « Le goût des choses » !
Ils ripaillèrent de bons mots durant un bon quart d’heure avant de s’en lasser. Met ne put rien offrir de mieux que quelques sourires à certaines plaisanteries bien trouvées. La peinture le gênait plus qu’elle ne le faisait rire, ce que la baronne du comprendre car elle la fit déplacer dans le petit salon.
- On m’a dit, monsieur Met, qu’un de vos fils avait été reçu à l’école des mines de Paris ? demanda Lacarnine voulant certainement rompre avec la discussion précédente.
- En effet, oui. Nous sommes très fier de sa réussite mais j’ai moi même entendu dire que votre mari sortait de la même école ? demanda Met.
- Euh… Oui, il est vrai… dit-elle un peu gêné.
La comparaison entre le fils d’un bourgeois et l’époux d’une noble semblait la rendre mal à l’aise. On racontait dans les salons qu’elle s’était mariée plus pour l’argent de l’ingénieur que pour sa réelle beauté ou la pureté de sa lignée.
- C’est un des hommes, les plus prestigieux de France ! Est-ce que vous saviez qu’il gère la construction du canal de Suez ?! dit lady Tast qui semblait avoir parié sur son ignorance.
- Encore des travaux qui nous écrasent sous les taxes ! s’exclama le général rouge comme une écrevisse.
Krokle avait l’air d’avoir bu plus que de raisons. Il s’excusa d’avoir parlé trop fort et s’enfonça dans des grommèlements à peine audibles.
            La baronne les invita à s’asseoir dans le petit salon après. Un domestique vint leur proposer des digestifs que le général prit avec grande joie. On s’installa dans des fauteuils confortables et monsieur Papil proposa que l’on joue au Tarot. Mais la baronne refusa par peur que le général triche, comme à son habitude ce qui le fit grommeler.
- Avouez au moins ce crime ! dit Lacarnine d’un air de plaisanterie.
- Je n’ai pas mémoire d’avoir accomplis celui-ci, dit-il en bougonnant.
Ils rirent de bon cœur ce qui poussa Krokle malgré lui à en faire de même. Ils se mirent alors à parler des nouvelles pièces qui passaient au théâtre. Le général se détacha de la conversation et se pencha vers Met.
- Vous saviez que j’avais participé à la guerre de Crimée ? J’y commandais les forces françaises face aux russes. Et j’ai notamment gagné une médaille suite au siège de Sébastopol. Ah ! Ce fameux : « J’y suis ! J’y reste ! »… On a perdu beaucoup d’hommes durant cette guerre non à cause des batailles elles même, mais plutôt des maladies comme le choléra. On était très mal approvisionné et la faim tordait tous les ventres ! J’ai même vu…
Il s’approcha davantage de Met et se mit à chuchoter.
-…des hommes faire preuve de cannibalisme !
- J’espère que le général ne vous embête pas avec ses histoires de batailles ! demanda la baronne.
- Ce sont les batailles et les morts qui font un pays ! Et je suis fier d’avoir participé du mieux que j’ai pu à l’histoire de la France ! répondit-il en se levant d’un bond. Puis voyant que la tête lui tournait, il se rassit prestement.
- Et si nous allions nous balader ?! demanda lady Tast.
- Certes le quartier est bien éclairé et les patrouilles sont nombreuses mais sortir de nuit reste… dangereux ! dit monsieur Pupil.
- Que risquons-nous, nous sommes protégées par trois chevaliers servants ! fit la baronne amusée.
- Et bien…
- N’ayez craintes, je saurais vous protéger au péril de mon corps ! s’exclama Krokle.
- Et puis notre bon général à besoin d’un peu d’air frais ! continua Lacarnine.
- C’est vrai qu’il est risqué de sortir à cette heure, dit Met légèrement apeuré.
- Quels risques ?!! Vous avez peur de vous faire dévorer par un monstre sorti d’une ruelle peu éclairé ? répliqua le baron.
- D’un monstre non, mais agressé par un bandit…
- Qu’avez-vous à craindre d’un « bandit » ! S’il a un sabre, je me ferais fort de le désarmé ! Je suis un fin bretteur !
- Ils ont plus souvent des couteaux et parfois des pistolets…
- Et bien, je serais plus rapide ! dit le général en sortant un pistolet de son manteau. Il m’a été offert par l’empereur lui-même et je peux vous assurer qu’il fonctionne !
- Messieurs, il ne sert à rien de nous énerver ! Nous resterons ici et ainsi la question sera réglée ! dit lady Tast en essayant d’adoucir l’atmosphère mais le général ne semblait pas l’avoir entendu.
- C’est plutôt moi qu’il faudrait craindre et non un inconnu sortant des bas fonds de la ville. J’ai tué de nombreux hommes dont votre diner de ce soir ! dit le général en pointant l’arme vers Met.
- Cessez donc de menacer ce bon monsieur Met ! Le vin vous a monté à la tête et vous tenez des propos incohérents ! dit la baronne.
Met sortit un mouchoir et essuya les perles de sueur qui lui dégoulinaient dans le cou.
- Incohérent ! Ce qui est plutôt incohérent c’est d’inviter le plat suivant à diner le précédent ! Fusillons le maintenant, soldats, il n’y a plus rien à perdre !
Met se leva, il commençait à avoir peur et les différents convives ne semblaient pas réellement contester ses dires. Peut être parce qu’ils étaient tout comme lui abasourdis par les propos que tenaient le général.
- Il est vrai que je n’ai pas moi-même compris pourquoi vous nous forciez à les rencontrer, dit Papil à la baronne surement pour confondre Krokle dans ses propos.
- C’est bien plus amusant ainsi… dit Lacarnine.
Met remarqua qu’elle se rapprochait lentement de son agresseur. Elle rentrait certainement dans son délire avant de lui arracher l’arme du poing.
- Et puis vous savez que nous les gardons frais le plus longtemps possible… dit-elle se saisissant lentement de la main du général. Soudain le coup parti et Met s’affala sur le sol, perdant tout son sang. Tous le regardèrent sans bouger. Ses yeux parcoururent lentement l’assistance avant de s’arrêter sur le tableau. Il fixa avec intensité ces ogres déchiquetant une pauvre brebis égarée dans leur antre.

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La liberté qui s’envie

Je suis née pour courir, née pour fuir
Où va le vent, je le suis
Poussé par l’envie et la folie
Sans grand bruit je détruis
Ce qu’avec grand fracas on a construit
Qu’importe le temps puisque j’oublie
Riez de moi mais pleurez pour lui
Car dans ses rêves il ourdit
Il prépare, fomente, planifie
Tout ça pour m’avoir dans son lit

Je suis la pleureuse du samedi
La destructrice des envies
J’apparais dans la nuit
Me faufile dans vos appétits
Et sans hardiesse j’ôte la vie

Dans son désir il m’a déjà prise
Un simple regard et je suis conquise
Certes ses grands bras me maîtrisent
Mais lorsqu’il faut braver la brise
Son fier mat agonise
S’il croit que je reprise
Comme toutes ces soumises
Je brûlerais ses chemises
Et le noierais dans ses cravates grises
Avant tout cela, il me faudrait déjà être éprise

Je suis l’amertume du lundi
La cause des épidémies
Je me faufile dans votre patrie
Et d’une simple envie
Je répands la maladie

Maintenant laissez moi partir
De ce monde je n’en vois aucun avenir
Pour des âmes qui soupirent
A chaque pas je vous sens vieillir
Pour mieux vous ramollir
Avez vous oublier de mugir
De bondir, de resplendir !
Qu’importe, la myrrhe, cachemire, saphirs
Car tout cela, je le laisse pourrir
Seul compte la liberté de fuir

Je suis la dame du mercredi
A qui l’on sourit
Car l’on sait tous ici
Elle mène un drôle de train de vie
Cette pute qui fait oublier les soucis

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Séduire avec les fleurs éphémères la mémoire éternelle

Donne moi ta main, laisse moi entrer
Dans ton crâne, laisse moi boire ton âme
Pourquoi toujours essayer de contrer ?
Il te suffit de succomber aux flammes !
Ne sens tu pas ton fol cœur s’embraser
A la seule pensé de me retrouver ?

 

Entends tu les oiseaux chanter ?
Entends tu l’organe du monde,
Battre dans tes veines bleutés ?
Vois tu ce nuage immonde,
Flottant au dessus de nos têtes ?
As tu oublié la silhouette,
Sombre de la vieille Histoire
S’effaçant de notre mémoire ?

 

Le passé n’est qu’un mot dans un vieux livre.
Le futur n’est qu’un de nos rêves lointains.
Alors que le présent n’attend que de vivre.
Arrête de tourmenter ton latin,
Car il te rongera comme l’opium
Tu es une femme, race des Hommes.
Tu descends d’une longue dynastie
Oublie là ! Ou sombre dans l’empathie…

 

Tu me demandes de t’aimer
Mais aussi de tout oublier…
Pourtant, je ne peux effacer
Ce qui a été profané.
Je ne peux oublier ce crime
Que tu cries comme légitimes…
J’ai beau être dans le présent,
Ton passé reste malfaisant.

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La vraie histoire d’Orphée

« Mon âme se sèche et mon cœur brûle« 

 

Il avance dans une caverne sans fin qui ne cesse de se rétrécir à chaque pas.
La roche suinte des larmes de sangs qui coulent le long des parois pour devenir cascade.
Chaque souffle, chaque son est aspiré dans un puissant maelström qui tournoie autour de sa tête.
Des visages déchirés traversent les airs en hurlant leurs peines et leurs remords.
Malgré la peur qui lui tord ses viscères et lui arrache ce qui lui reste d’âme, il continue d’avancer.

 

« Cloué à la terre, elle me dévore« 

 

Un bruit sourd se met à battre pour ses oreilles qui met son cœur à l’unisson.
Une étrange flamme rougeoie au loin qui semble se mettre à pulser.
Son corps se paralyse et sa respiration devient pénible.
Une puissante voix venue des tréfonds s’élèvent alors : « Usque ad sideras et usque ad inferos’ »
Il tombe à genoux et se tient à la gorge, ses yeux lentement se clôsent. 

 

« Plus rien n’a de sens, hormis le pendule »

 

Lentement sa main dans un effort désespéré se soulève pour attraper la lumière. 
Un sinistre rire s’enfonce dans son crâne et joyeusement lui broie l’esprit.
Alors, avec ce qui lui reste de souffle, il crie.
Ses cordes vocales transpercent sa bouche et traversent ses lèvres closes.
La jouissance se mêle à la peine et durant quelques secondes, ce bruit forme une étrange mélodie.

 

« Qui me rappel à chaque coup ma mort »

 

L‘ombre d’une femme apparait alors à ses yeux portant un linceul en lambeau.
Elle s’approche de lui et saisit ses mains avec une poigne décharnée.
Il fixe ses globes d’où coulent des fontaines de larmes qui semblent pourrir au passage sa peau.
Elle vient à son visage et susurre quelques mots à son oreille : « Liberate me ex inferis ».
Rongé par le chagrin, il saisit son visage qui se décompose sous des doigts.

 

« Pourquoi m’as tu abandonné ?« 

 

Il pose ses lèvres contre les siennes et se laisse emplir d’un mal noir.
Il devient de plus en plus livide, laissant la chaleur le quitter.
Des rivières de mort se déversent sur son visage pour atteindre le cœur.
Il se met alors à sourire contemplant une frêle lueur sortir de sa bouche.
Un homme sans lumière s’approche alors et le prend par la main.

 

Pour la dernière fois, il clôt ses yeux et déclare dans un soupir : Acta fabula est

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Diner délicieux pour hommes vertueux

Hubert tira une longue bouffé de son succulent cigare. Louis le lui avait offert après un diner copieux. Noix de St Jacques accompagné d’une sauce au poireau suivi d’un bar au beurre blanc. On leur avait ensuite présenté un carré d’agneau qu’ils avaient dévoré. Ils finirent enfin par une délicieuse crème brûlée. Après ce repas riche, ils s’étaient assis dans des fauteuils de velours dégustant un vieux cognac. Hubert s’amusait à envoyer des ronds de fumés au plafond tandis que Louis fixait le sol d’un regard vide.
- Je me demande s’ils en ont reçus de nouvelles ?
- Certainement, il faudrait demander au maître d’hôtel.
- Garçon ?!
- Monsieur ?
- Pouvez vous demander à Jacques de venir, je vous prie.
- Bien monsieur…
- J’espère que ce ne sont pas des africaines. J’ai été trop souvent déçu, elles n’ont de précieuses que la rareté de l’exemplaire dans nos contrés !
- Moi je les aime bien, elles ont des formes plus rondes.
- Ah ! Vous ne pouvez pas savoir comme cette mode du rond m’agace ! On la retrouve partout même chez nos femmes. Thérèse s’est mise à manger le gras alors qu’avant elle disait ne peut pas le digérer, tout cela pour avoir le ventre rond et les fesses molles ! Je ne vois pas ce qu’il y a de désirable là dedans !
- Vous êtes de la vieille école, c’est tout ! Vous les voulez toujours plates et insipides. Moi je n’aimes pas sentir les os sous les doigts, j’ai l’impression de baiser un cadavre.
- Alors là, je ne vous suis plus mon cher Louis ! Rondes, elles sont plus statiques et attendent presque que l’on fasse tout le travail ! De plus, à chaque fois qu’elles gueulent, on a l’impression qu’on égorge une truie !
- Oh ! Comme vous y allez ! On dirait presque à vous entendre que…
- Messieurs, en quoi puis-je vous être agréable ?
- Jacques, nous voulions savoir si vous aviez récemment reçu un nouvel arrivage de fleurs ?
- Vous êtes chanceux messieurs, elles sont arrivés ce matin encore fraiche du bas pays !
- Magnifique ! Pourrions nous les voir ?
- Bien sur ! Je vous les présente comme d’habitude ?
- Oui, oui faîtes !
- Bien, je ne serais pas long…
- Du bas pays… Ça me laisse un peu perplexe…
- Vous avez peur qu’elles soient trop vulgaires ?
- Non, ce n’est pas ça qui me dérange. J’ai bien peur qu’elles soient trop simple, trop conventionnel !
- Oui mais cela sera surement compensé par leurs fraicheurs. Avec un peu de chance, elles auront encore conservés leurs odeurs délicates !
- Il est vrai, qu’ils ont toujours tendances à rajouter des odeurs.
- Encore quand elles sont bien dosés, cela passe encore, mais rappelez vous la dernière fois avec cette tulipe. Ils avaient ajoutés des odeurs orientales qui n’avaient aucun rapport avec sa consistance.
- Je trouve ça tout autant désagréable que vous !
- Messieurs ! Je vous présente violette et orchidée.
- Je prends orchidée.
- Et moi, violette.
- Je vous souhaite un bon moment, messieurs !
- Vous voyez Hubert, vous qui craigniez une africaine !
- Certes un peu petite mais d’une grande fraicheur, je peux encore humer la rosée du matin.
- Moi, je la trouve trop fine et trop commune
- Vous me faîtes rire ! Votre orchidée, on en croise à tous les boulevards et ce que vous prenez pour de l’extraordinaire ce n’est que de l’exotisme bas marché !
- Toujours les grands mots… Certes c’est dans l’air du temps d’en cueillir mais comparez à votre violette…
- Je suis sur que vous la trouvez vulgaire mais touchez plutôt son pistil, vous voyez ?
- Je dois avouer que c’est un vrai délice, on aurait presque envie d’y mettre le nez !
- Ahahahahahahahahah !!! Il est vrai que l’idée est tentante mais je vous le déconseille néanmoins. On ne sait pas quel insecte la butiné. Mais permettriez vous de pincer ce bouton qui ne cesse de m’aguicher l’œil ?
- Faîtes faîtes !
- Oh mais c’est que je lui ferais presque couler la sève !
- Elle a été sans doute cueillis trop jeune par un rabatteur inexpérimenté.
- Quel dommage !
- Surtout que des fleurs de cette qualité, cela devient de plus en plus rare…
- Ah mais voilà Jacques qui revient.
- Je suis désolé messieurs mais il faut que je les récupère. Elles sont encore toutes fraiches et peu préparé.
- Faîtes faîtes !
- C’est toujours un beau travail Jacques !
- Ah oui, je m’en porte témoin, il n’y a que ici où l’on peut encore trouver de jeunes fleurs de cette qualité !
- Surtout avec la prohibition !
- Je vous remercie pour ses compliments messieurs.
- C’est tout naturel pour un tel travail !
- Je dois normalement en recevoir trois demain, des asiatiques, elles ne font que passer car elles sont destinés à une autre maison. Mais pour des clients comme vous, je pourrais certainement m’arranger pour vous les présenter.
- Ah ! Ce serait avec un très grand plaisir !
- Il est vrai que l’on en voit trop peu souvent.
- Bien, alors je vous attends à la même heure demain ?
- Certainement !
- Ah désolé ! Mais nous recevons demain. Je ne pourrais pas me libérer…
- Quel dommage !
- Il faut bien rester de temps en temps avec nos épouses sinon elles finiraient par en devenir jalouses !
- Oui et finir comme ce pauvre Germain : vendu à la police par sa propre femme !
- Ah mais ça ! Il n’y a qu’une femme pour être jalouse d’une fleur !

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La mort n’est pas si douce

Il monta sur un mur de pierre. Il regarda vers le bas. Il vit les eaux turbulentes de la Loire qui s’agitaient avec son esprit. Des bourrasques de vent venaient lui frapper dans le dos. La lune face à lui ne cessait de l’appeler. La nature voulait son sacrifice. Il avança un pied. Pencha la tête et le monde entier s’inclina avec lui. Il se mit à chuter.

 

Il était devant un médecin main dans la main avec sa femme. Sa magnifique femme. Ils n’osaient se regarder ayant trop peur de porter malheur. Il ne put comprendre qu’un mot, avant de sombrer dans un gouffre sans fond. Ses oreilles vrillèrent. Son estomac se retourna. Ses yeux se perdirent dans les tréfonds. Mais une douce main vint le tirer de sa chute. Elle lui pressa la main pour qu’il revienne dans l’affreuse réalité. Il sortit d’un rêve pour accepter ce cauchemar. Il tourna la tête vers elle. Elle pleurait. Chaque larme creusait un sillon sur son visage. Il lui sourit et lui dit de ne pas s’inquiéter. Mais lui-même ne croyait pas ses mots. Lui-même ne pouvait rien entendre. Cela ne faisait que deux ans qu’ils étaient mariés. Deux ans, qu’ils s’étaient regardés dans les yeux pour mieux dire oui. Deux ans qu’ils s’étaient juré fidélités dans les bons et mauvais moments, jusqu’à la mort… Il revoyait leur première rencontre. Il revoyait leur premier baiser. Il revoyait leur première fois. Il revoyait leur premier jour de vie.

 

Il était allongé dans lit, bouffi par la chimiothérapie. Elle venait tous les jours. Et chaque jour, elle lui prenait la main et ils se regardaient. Ils se parlaient et essayaient de relativiser. Il la vit se décomposer de plus en plus. Chacune de ses visites lui coutaient un an. Il essaya de la convaincre de l’oublier, de refaire sa vie. Mais elle ne pouvait accepter de le perdre. Jusqu’au jour où une idée germa dans sa tête et ne cessa de grandir. Une mauvaise plante qui n’en finissait pas de se nourrir d’une folie qui ne commençait qu’à grandir. Plus il coupait les têtes de cette hydre végétale, plus elle se renforçait et prenait pied. Puis vint un jour où elle ne vint plus. On l’avait retrouvé dans leur baignoire. On l’avait vu avec un étrange sourire. Dans une main la photo de leur mariage et dans une autre une lame de rasoir. Il s’efforça de grandir et de se dire que bientôt il la rejoindra. Bientôt ils seront réunis comme au premier jour… Bientôt il n’aura plus à souffrir.

 

Il n’entendit plus rien, il ne vit plus rien… Ses yeux s’inondèrent d’injustice. Plus le médecin et sa famille souriaient, plus il sombrait dans un gouffre sans fond. Mais aucune main ne vint le sauver, aucune main ne put le tirer à l’air libre. Le miracle devenait malédiction. Il sombra. Les murs s’effondrèrent. La lumière disparue. Chaque jour de plus, devenait souffrance. Une souffrance qui n’en finissait pas de le ronger. Il retrouva leurs maisons, leurs lits, leurs amis. Il trouva aussi une graine. Il ne cessait de la regarder, de tourner autour. Jusqu’au jour où il décida de l’avaler…

 

Il entra en contact avec l’eau et son dos toucha le fond. Il ne sentait plus rien. Il vit sa femme, il tendit la main et cria son nom. L’eau entra dans ses poumons. Tout son corps criait souffrance mais son âme hurlait libération ! Il se mit doucement à quitter ce monde pour rejoindre celle qu’il aimait tant…

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