Electronical Heart Beat

Particule volatile vivotant de masses d’air chaud en masses d’air froid. Une sorte de poussière quelconque, dansant de rues en avenues par-dessus les toits. Entraînée aléatoirement par les divers véhicules passant à sa proximité. Elle saute ici et là et vient se jeter sans raison dans l’œil d’une quidam, elle sifflotante, qui ne doutait de rien.

Vision abîmée, afflux sanguins importants dans tout son organe sensoriel, elle ne distingue qu’à moitié ce qui lui semblait les secondes précédentes, une rue et son lot de mouvements qui va autour. Elle se le frotte énergiquement sans mettre un terme à son élan de passante pressée. Ces yeux remplis alors d’une quantité importante de fluide lacrymal elle emboîte le pas vers le trottoir opposé sans prendre gare à ce bus bondé qui arrivait juste derrière elle.

Le silence retentit dans toute la rue. Tout s’arrête, surtout le bus. Les gens descendent, curieux de ce fait insolite. Elle est en-dessous, personne n’ose la regarder  car déjà un peu de son sang coule sur la chaussée. Certains appellent des secours pour une femme déjà morte, pensant que c’est un devoir. Le chauffeur est dehors, il ne comprend toujours pas, il fixe sa victime accidentelle avec tous deux le même vide dans le regard. L’une dort pour toujours, l’autre ne pourra plus jamais. Au loin des sirènes se rapprochent, un passant fait comme si de rien n’était, tout s’arrête, les vies aussi.

Le passant vient de se faire virer, il n’a jamais fumé une simple cigarette de sa vie et rentre dans un bar tabac s’en acheter un plein paquet, il prend une bière aussi, et se pose en terrasse. Lui il s’en fout de l’attroupement que provoque la collision d’à côté, lui il s’en fout des morts, lui il vient de découvrir qu’il avait encore plein de temps devant lui. Il pense à des rêves, ses songes qu’il avait renié, il se dit qu’il est temps d’être fou, d’être comme tout le monde, cinglé, et comme personne. Une jeune femme qui a presque tout vu de la scène passe devant lui, il voudrait l’interpeller, essayer de faire l’imbécile une minute ou deux, comme d’autres avant lui. Il renonce, comme souvent. Demain il ira chercher du travail.

Elle, elle aime bien qu’on la regarde dans la rue, comme ce type au bar qui  l’a pas lâchée des yeux tout en louchant sévèrement sur son cul. Ça lui plaît d’avoir des regards posés sur ses rotondités, elle sait que ce n’est qu’éphémère mais elle n’y pense pas, comme presque tout ce qui se rapporte de près ou de loin à ce mot, sauf l’amour peut-être. Elle est de ce genre de filles qui transforment la beauté en arrogance de par la peur de déplaire, qui craignent l’amour par celle de le perdre.

Elle rentre dans son appartement. Un peu plus tard celui qui était au bar ira aussi dans cet immeuble ignorant qu’ils habitent au même endroit. Lui, buvant sa monotonie dans les volutes de sa folie nocturne, elle, se trouvant en vacances, pense à cette fête où elle ira demain quand elle pourra alors se laisser aller dans ces battements de cœur électronique.

Le bâtiment ne fait pas tâche dans ce paysage urbain puisqu’il est aussi crade que les autres. Façade dégeulante de merde, aux pieds desquels abondent petits parcs pour caniche ronronnant de retraitées arthritiques. La nuit s’est réfugiée un peu partout, sauf autour des lampadaires qui éclairent quelques étrons fraîchement posés. Dans les habitations ça parle, ça bouffe, ça regarde la télé sur des écrans plus grands qu’un ego surdimensionné, ça discute de cette fille qu’est morte cet aprèm, ça dit que c’est regrettable et que le chauffeur était drogué. Ça bave des saloperies sans nom par tous les orifices pourvus de la capacité d’émettre un son. Rangés méthodiquement case par case, chacun vit le présent comme la répétition du futur. Dehors une patrouille de police dégage un sans-abri qui dormait non loin d’un autre fantôme, à l’arrêt boulevard de la république.

D’un toit, un piaf chie sur le pare-brise d’une bagnole d’un type qui dort dedans et s’envole.

Dans un avion, là-haut le spectacle est anodin, quelques points lumineux ça et là qui parsèment le sol et indiquent les zones de vie. Lui qui est posé devant sa tablette, où repose un repas qu’il ne touchera pas, il regarde par le hublot, obnubilé par son pognon qu’est pas en sûreté, qu’est peut-être mal placé. Il ne pense pas beaucoup, il commande un Knob Creek Manhattan avec une cerise, l’hôtesse s’empresse d’aller le chercher, il est de ceux qui s’amusent à prendre la vie trop au sérieux.

En bas un type regarde le ciel, c’est l’une des rares fois où il est dans la nature comme ça avec des potes autour d’un feu, il est bourré en majeure partie. Il est tard et il va bientôt s’endormir. Avant, il observe, les étoiles, qu’il voit peu, jamais assez. Il voit l’avion et il soupire. Il imagine toutes les destinations inconnues où il pourrait se rendre, il aimerait être dedans et s’amuser partout, être plus libre que ces traits d’onirisme qui l’obsèdent. Il regarde le ciel et il commence à être aspiré dans un tourbillon de songes, demain il repensera sûrement aux voyages, pour l’instant il rêve.

L’obscurité se transforme en un vague souvenir, au coin d’une paupière il peut percevoir un soupçon de la lumière, que produisent les flammes gigantesques devant lui.

Il est dans un endroit bondé, l’ambiance est chaude et agréable alors qu’au-dessus de sa tête une masse convulsante de lumières frénétique tournoie sans raisons particulières. Il saisit chaque seconde de façon bien distincte, comme s’il pouvait voir le temps se matérialiser devant lui. Une fille se trouve là aussi et ils dansent ensemble, et ils s’embrassent, l’air entre en ébullition le temps s’est maintenant arrêté. Ils s’embrassent d’autant plus que la virulence de leur étreinte s’accroît. L’intensité est telle que leurs membres cèdent un par un comme pour s’arracher au monde. Et leurs chairs se broient, leurs os se déchirent, leur corps se rompt.

Il fait frais, un peu trop, le feu fume légèrement et au loin le soleil peine à se lever. Il ne sait pas trop ce qu’il vient de se passer. Une brume matinale couvre le sol comme les restes épars de son songe. Il a l’impression qu’elle est toujours là, qu’elle l’a toujours été, ce sentiment est plus profondément que jamais ancré en lui. Il trouve une moitié de joint sur le sol, l’allume et reste là allongé, il regarde le jour venir et la brume s’en aller, il sait qu’elle emportera avec elle le peu de souvenir restant que cette nuit emporte. De ce qui restera pour lui aussi éphémère que la masse vaporeuse qui l’entoure encore.

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