Le bon mot

Le bon mot

HHan ! ( Je m’arrête là pour inviter le lecteur à bien aspirer le ‘H’, d’ailleurs j’en ai mis deux. Prononcez ce ‘HHan’ en vous imaginant perdu, n’importe où, dans un endroit à l’envers, un non-lieu, un nul- part. C’est exactement ce qui est arrivé à ce mot pris de panique d’avoir perdu son sens, et donc lorsqu’il en saisit le sens, il pousse un grand..).

HHan ! Mais qu’est ce que je fais là, en pied de page ?

J’ai du perdre mon sens, le vrai, non pas celui qui désigne l’endroit ou l’envers, mais le bon, celui qui tombe sous le sens, me caractérise, me rend intelligible.

Si seulement je me souvenais du mot qui me désigne. Ça n’est quand même pas ‘Oubli’. Remarque cela expliquerait que je suis perdu au bas de ce nul-part. Suis-je au bas d’un paragraphe, d’une page, d’un chapitre, pire en fin de livre ? Ce serait un comble moi qui ai tant de mal à en commencer un.

L’horreur si j’étais la FIN. Celle qui ne peut qu’être précédée, que rien ne suit, celle que tant de fous visionnaires ont prédit. Remarque j’aurai échappé au pire, l’avant FIN, les quelques mots juste avant que tout ne s’achève, le bain de sang, les cris, la prise de conscience de l’inéluctable.

Non, je ne me sens pas fini.

C’est terrible d’en être là, un mot sans signification. Si au moins j’étais précédé ou suivi, entre deux mots. Je saurai me définir verbe, nom commun, interjection. Mais là entre les lignes, je n’ai pas de sens.

Je suis peut-être un grand mot. Ça c’est mon côté ambitieux, vaniteux. Non plus sérieusement je me sens plus proche du gros mot, même petit. Pas vulgaire, juste un peu grossier pour mieux déchirer. Une chose est sûre je ne suis pas un mot savant, je n’en serai pas là.

Et si j’étais une maladie, une affection, un de ceux qui la nomment, que l’on ne prononce pas ou dans un souffle, le dernier. Ça n’est tout de même pas ALZHEIMER je m’en souviendrai.

Bon pas de panique, il faut que je me pose. Je vais me mettre là entrele«saint»etl’»esprit»,justesousle«père»etsurle«fils»,voilà.

Pas terrible comme endroit. Le fils comme le père n’ont pas l’air marrant, non je ne vais pas rester cloué ici, je vais aller voir plus loin.

On finira bien par me retrouver, me remettre en place. Je ne suis tout de même pas un de ces mots trop vite lâchés et que l’on se dépêche d’oublier pour éviter d’avoir à le regretter. Un mot d’excuses peut-être. Pourquoi pas si cela se justifie !

Je crois que je ne dois compter que sur moi-même pour me retrouver, ne rien attendre du mot, cette stupide succession de lettres qui d’une langue à l’autre devient imprononçable, incompréhensible, change de sens, de nombre, de genre. Non tout cela ne me ressemble pas.

Pourvu que je ne sois pas une odeur, avec ma chance je serai mauvaise. Ce qui ne m’irait pas, mais vraiment pas serait d’être vélo, fil, bille, mouchoir. Ou alors il me faudrait du vélo les plaies et les bosses, je serais fil du rasoir et du sac de billes je pourrais être celle de nacre qui en vaut dix de terre. Mouchoir j’essuierai les larmes de joies !

Si j’en suis là c’est peut-être que je suis difficilement prononçable, peu usité. Un peu comme ces mots choisis que l’on glisse, pas toujours heureusement, dans une conversation de salon.

Essayons de réfléchir. Il me semble m’être déjà retrouvé insensé, galvaudé et botté en marge. Sans mémoire, difficile à délivrer, mais également si souvent attendu, espéré, chuchoté, hurlé.

Bon sang mais c’est bien sûr ! Je suis même le premier d’entre tous, amour.

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Vice et Verso

VICE et VERSO

Je n’étonnerai personne en confiant la gène que je peux éprouver à parfois me contempler dans un miroir.

Non pas qu’il me soit difficile de pratiquer quotidiennement les opérations nécessaires au bon entretien de mes restes, mais l’exercice me trouble et m’appesantit d’états d’âme dès qu’au-delà de mes traits mon regard me porte vers MOI.

Si chaque matin j’ordonne à mes dents une pâte leur assurant de choir sans plier, si d’autres fois je rehausse ma coiffure d’un cran, celui qui m’a si souvent manqué, ou si d’un revers de main salivée je dompte une mèche enflammée, mon assurance dérive lorsque mon oeil ferré échoue à l’horizon de mon regard.

Un flou bizarre m’indispose alors et semble redistribuer de façon désordonnée sur ma face asymétrique, appendices, orifices et autres excroissances plus ou moins harmonieuses.

En clair, la pertinence objective de ce regard me dérange.

Cependant, le placard d’entrée de mon nouvel appartement supporte un immense miroir où se réfléchirait de pied en cape Gulliver lui-même, et en ce dimanche plus maussade qu’un vendredi saint, je décidais de me rencontrer et m’invitais à me rendre avant toute sortie, dans l’entrée afin qu’au miroir j’y fisse face.

La mission était délicate. Les yeux plongés vers le sol je me déplaçais latéralement jusqu‘à être certain de m’être en vis à vis, puis brusquement, comme un caméléon sur un moucheron, je levai les yeux et léchai mon reflet.

Surprise ! horreur ! je me voyais de dos. D’un demi tour aussi prompt que précédemment je fis volte face et de l’entrée embrassai la porte qui elle ne reflétait rien. Ce rien d’usage me convenait mieux.

Le souffle court je me convaincs alors de m’être mal vu et décidai d’y retourner. Plus lentement, presque trop,  j’accomplissais ma ronde bien décidé quelle qu’en  soit ma vision, à ne pas m’y dérober.

Malheureusement mon illusion n’était pas d’optique. Je me voyais de dos. Je considérais ma face cachée comme n’importe quel observateur de mes lignes arrières aurait pu le faire. De dos je ne pouvais rendre aucun coup. Tirer la langue, cligner d’un oeil malin, ou laisser paraître d’un sourire charmeur l’éclat d’une canine gourmande ne servait à rien en ces circonstances irréfléchies.

Je me précipitais dans ma salle de bain et plongeais, à la briser, dans ma glace du quotidien, du besogneux, du maquillage et du perfectible. Ouf ! Rien n’avait changé. Bien à sa place mon nez trônait sur le reste et ordonnait tout autour de lui les éléments d’un visage auquel je m’étais attaché. Je reconnaissais là mes points noirs et blancs, et aussi mes poils qui de très prés, dans l’intime, donnaient à ma peau l’aspect d’une pelouse malade et clairsemée.

Rassuré mais inquiet vers l’entrée je tentais une sortie et me fis face… le dos tourné !

Le constat était terrible. Ce miroir, certainement maléfique, ne possédait de moi que mon dos et m’offrait à la vue le jamais vu.

J’en profitais pour corriger mon col et rentrer un pan de chemise, et puis j’observais. Je m’observais.

Je ne me reconnaissais pas encore, alors d’un dodelinement de la tête puis d’un dandinement des hanches je m’assurais être moi. J’étais.

Quel sort pouvait m’avoir été jeté ? et par qui ? et pourquoi moi ?

Je restais ainsi de longues minutes derrière moi à me découvrir, m’examiner, m’inspecter, tout sauf à me dévisager. L’exercice s’avérait plus pénible qu’à l’accoutumée.

S’est on jamais maté ainsi ? Déshabillé de son attention, désarmé de ses coups d’oeil, presque nu, complètement nu.

D’ailleurs je me dévêtais et me disséquais sans concession.

Bien qu’assez bas l’ensemble paraissait cohérent et bien équilibré, chaque morceau occupait bien sa place et le partage des masses plus charnues semblait équitable. Mais au détail !

Qui peut se targuer de s’être en l’état reluqué ?

Lestées par des bras raccourcis et trop fins d’où pendaient mes paumes ouvertes, mes épaules convoitaient le sol tirant sur un cou court surmonté d’un ovale avantageusement enchâssé. Plus bas de quelques centimètres mes mollets trop gonflés, pilotis éprouvés de tant de marées, s’ouvraient sur mes quadriceps déplumés. Sur mon cul je resterai silencieux.

Ainsi étais-je donc. Fermer les yeux ne m’aurait dissimulé qu’à l’intérieur de mes paupières et me tourner le dos ne l’aurait pas corrigé. Il me fallait donc faire face à ce moi que je découvrais dans la surprise et la douleur.

Heureusement, et nos Histoires le prouvent, la nature humaine est ainsi faite qu’à l’indicible elle consent.

Dès lors je m’employais régulièrement à l’examen sagace et lucide de cette part d’ombre portée à la lumière par ce miroir que je ne qualifiais plus que de révélateur, et parfois derrière moi, démasqué de mes charmes et attitudes, se dévoilait accroché à l’homme que j’étais, l’enfant que je fus.

Le miracle alors se produisait de m’apparaître face à face.

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ONAN le barbare

Mon ami mon frère ONAN
De mes bacchanales le confident.
Avant que ma nuit ne m’invite à son bord,
Parle-moi d’elle encore.
Ecoute ma prière
Qu’à mes yeux clos jaillisse ta lumière !
Eclaire doucement ma caresse
De la rondeur de ses fesses.
Je vais attendre, ferme sur mon frein,
Qu’enfin tu me portes à ses seins !
Puise en son sexe l’ivre de mon chevet
Notre littérature à ses pages roses
Pour que sur mon ventre d’un ultime jet
Mon corps éreinté j’y dépose.

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Le cri des animaux

Vous qui êtes si érudits connaissez-vous les différents cris et sons des espèces vivantes qui peuplent la Terre ?
Et bien moi, oui.

Je pourrais parfaitement les citer et remplir cette page de vagissements, beuglements, piaillements, rugissements et autres grincements sans que vous n’en reteniez aucun. Alors permettez plutôt que je vous narre l’origine des sons et cris distinctifs de chacun de ces peuples.
Au début, bien avant que les poissons n’habitent les aquariums et que les chiens ne dorment dans des paniers ou que les chats ne jouent avec les souris, régnait sur notre planète un vacarme incroyable !
En effet comme aucune espèce vivante ne possédait de cri particulier chacune s’exprimait comme elle l’entendait et aucune ne se comprenait. Ainsi il n’était pas rare d’entendre beugler un oiseau, braire une cigale ou japper une grenouille. On raconte d’ailleurs la triste histoire de ce ban de poisson buvant la tasse en tentant de rugir, ou bien encore celle de ce lion qui rencontrait les plus grandes difficultés à asseoir son autorité naturelle de roi des animaux en cancanant comme un canard.
Mais le pire brouhaha était bien celui des hommes qui déjà ne partageaient aucun cri, son ou langage distinctif avec ses infortunés congénères. Dans la plus grande confusion et l’incompréhension la plus complète, petits, grands, noirs ou blancs se livraient bataille en s’insultant copieusement et sans aucun sens !
Ainsi bien avant le cri de guerre qu’on leur connaît les indiens discouraient dans un japonais approximatif et teinté d’un fort accent méditerranéen. Nous mêmes français nous exprimions le plus souvent en Inuit et parfois en Ougandais, quand aux femmes ougandaises elles, elles pilaient le millet en entonnant des chants folkloriques d’outre Rhin !!!!
Bref cette situation ne pouvait durer plus longtemps !

Le Maître des sons et cris distinctifs décida alors de réunir autour d’une même table un représentant de chaque espèce vivante, afin d’attribuer à chacune d’elle un son ou cri distinctif.
Il fallut plusieurs mois pour rédiger en autant de sons ou cris connus une convocation compréhensible par tous, puis autant de mois pour l’aller placarder sur les arbres où vivaient les oiseaux, dans les grottes où s’abritaient les hommes et sur les roses des vents qui embaumaient de leur parfum les déserts les plus arides… bref partout dans le monde un représentant désigné vint siéger autour de l’immense table des attributions.
A l’échelle de l’Humanité cette réunion dura longtemps, très longtemps et l’on vit souvent le soleil se lever sous les roucoulements d’un coq et la nuit coucher à son horizon la lune ronde et lumineuse, et qui accueillait en son cercle l’ombre d’un loup hennissant péniblement vers les étoiles.
Fort heureusement la sagesse animale vint à bout des réticences de chacun. Et c’est à l’unanimité ou presque que furent attribué les sons ou cris distinctifs de chaque espèce bestiale en ces termes sentencieux et prononcés par le maître des lieux.
- Nous Maître des sons et cris distinctifs attribuons ce jour au lion, le RUGISSEMENT !
- Nous Maître des sons et cris distinctifs attribuons ce jour à la baleine, le CHANT !
- Nous Maître des sons et cris distinctifs attribuons ce jour au cochon, le GROGNEMENT !
- etc.…

Chaque nouvelle élection était accueillie par le vacarme du son ou cri produit par l’espèce toute entière.
Maintenant c’est une vague d’apaisement qui inondait la planète et l’on pouvait enfin découvrir le bruit du silence ou du vent qui s’engouffrait dans les vallées.
Ne restaient plus autour de la table que les hommes.
Petits ou grands, blancs, noirs, rouges ou jaunes et pleins de leurs mots qu’ils projetaient en l’air comme des armes destinées à vaincre le verbe assassin d’un voisin d’une autre race.
Toujours sur l’échelle de l’Humanité ce tapage devait durer longtemps, très longtemps, et fort heureusement la délivrance vint encore cette fois de là où on l’attendait le moins.
Barbouillé par toutes ces élucubrations, un petit homme malingre et mal installé en bout de table ne put s’empêcher de lâcher un pet, mais un énorme pet qui tonna si fort que tous s’interrompirent interloqués par une telle liberté d’expression.
Terriblement gêné de s’être ainsi fait entendre l’homme s’excusa d’un sourire crispé cependant qu’ un long silence pesant s’installait.
Puis les regards complices se croisèrent et l’assemblée toute entière éclata d’un rire aux milles éclats.
En un instant les bouches à canons des hommes devinrent autant de moues plissées libérant tout à trac les prouts et les pfuiiiits les plus incongrus qu’aucun ne pouvait produire d’une autre manière.
Alors le Maître des lieux se leva et de la façon la plus solennelle qui soit prononça ces mots :
- Nous Maître des sons et cris distinctifs attribuons ce jour à l’Homme ……… le ……
….. le RIRE !
Car il convenait d’admettre en ce jour de félicité que le seul son ou cri distinctif et «prononçable» commun à tous les hommes était bien le rire.
Alors riez, riez et riez encore de tout ……… mais pas avec n’importe qui !!!!!!

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Calligraphie

Griffe ma plume.
Tes larmes noires
Saignent les mots
De mes jets d’encre.
Sang mots,
Mots dits,
Poings à la ligne.
Délié déchiré
S’il te plait
Tire un trait,
Trait d’union.
De mon encrier
Glisse doucement
Au pied de la lettre,
Caresse ses contours,
Danse la suivante,
File encore,
Pluriel.
Porte loin,
Sans point,
Mon sang d’encre de vie !

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La Polonie

Ouf ! j’arrive de POLONIE. De POLONIE ! Vous ne savez pas où se situe ce beau pays qui charrie en bouche l’accent slave et le souffle embué des hivers polaires ?! Non mais je rêve !

Et bien figurez-vous que la POLONIE est un immense petit pays que l’on ne peut trouver à cette époque de l’année qu’en suivant le regard des enfants. Et encore faut-il qu’ils aient vu le père Noël.

Alors si comme moi un de ces enfants vous y accompagne, et si vous répondez aux prédispositions impératives à ce genre de voyage, nul besoin de GPS ou d’autre stratégie virtuelle et sans parcours ! Bienvenue en POLONIE !

Mon guide à moi se prénomme Maëlle, grande jusqu’à là, le teint rosi garanti sans légume, beaucoup de dents et des yeux, qui à peine ouverts, contiennent l’univers. Alors pensez la POLONIE !

C’est en confidence qu’elle m’assura en ce matin frileux savoir d’où venait le père Noël que papa et maman l’avait dissuadé d’attendre cette fameuse nuit de réveillon.
De son timbre de cristal elle me dit ainsi :
- Tu sais d’où vient le père Noël ?
Vieux marin d’eaux troubles j’avouais, l’œil en accent circonspect :
- J’ai oublié.
Sans forcer le ton, comme pour sceller la confidence elle me répondit alors :
- De POLONIE .

Je marquais un temps et masquais mon ignorance en affirmant l’avoir su bien sûr, il y a longtemps, en d’autres temps pas encore obscurcis par l’air du temps. Et je découvrais alors, éclairé par la lumière de son regard et jusqu’au bout du bleu de ses yeux, la POLONIE !

Le temps d’un scintillement j’y retrouvais tout à trac mes genoux écorchés, mon sac de bille, ma trottinette et mon nounours, l’accent de ma grand-mère, ce pantalon velours que je détestais et aussi l’émotion qui m’envahit lorsque j’aperçus hébété la petite culotte blanche de celle dont j’ai oublié le visage et le nom !

Alors de grâce, si vous connaissez des enfants qui croient encore au père Noël, ne les en dissuadez pas et espérez qu’ils vous invitent à leur tour à découvrir la POLONIE .

A Maëlle.

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Crossroad

- Bonsoir.
- Bonjour.
- On avait rendez-vous ?
- Disons que je vous attendais.
- Nous avions rendez-vous et je l’avais oublié ?
- En fait vous l’ignoriez.
- Ah bon ?!… Enfin, peu importe. Nous nous connaissons ?
- Non mais nous allons nous ‘s’appendre’.
- ‘S’apprendre’ ?!
- Oui, s’apprendre. Je vais apprendre à vous connaître et vous en ferez de même avec moi.
- Ah bon !?… C’est bizarre. Ça n’est pas dans ma nature de me ‘s’apprendre’ comme ça, sans plus de liens, sans aimer.
- Une objection ?
- Non pas du tout. D’ailleurs je m’étonne de la sérénité qui entoure notre rencontre, ou plutôt notre presque rendez vous. A vrai dire je me sens plutôt bien. Je pense que l’on doit se sentir comme cela après avoir avalé un tube d’anxiolytiques. Pas vaseux, seulement apaisé. C’est vous qui me faites cet effet ?
- Pas exactement, j’essaie simplement qu’avant de l’inviter au départ, mon hôte soit en paix.
- Départ ? paix ? J’étais en guerre ? je pars en guerre ?
- Non pas vraiment. Mais marchons un peu, avançons.… Est-il besoin d’une guerre pour combattre ? Ressentir l’impérieuse nécessité de lutter ?
- A vrai dire non, vous avez raison. D’ailleurs ne faut-il pas déjà arracher notre premier souffle pour naître à un autre chaos ? Peut-être pire qu’un chemin de tranchée celui qui nous sort de ce ventre sans sexe ! Pas de vainqueurs, seulement une blessure et deux sangs mêlés dans un même tourment.
- Chaos ?! Tourment ?! Mais le jour ne reflète t-il pas la plus céleste des lumières ? Lors de l’une de ses trop brèves éclipses, son astre me confiait se répandre en vagues chaudes, d’une douceur capable de panser les plaies, fertiliser les terres, faire à nouveau battre un cœur tari d’amour.
- Malheureusement aucun rayonnement d’aucun astre ne saurait apaiser les maux des hommes seulement sensibles à leur propre éclat… A propos, c’est normal cette obscurité ?
- Oui. Ce ne sont pas encore là les ténèbres mais déjà la fin d’un jour, le début de votre nuit.
- Ma nuit… Mais vous ne restez pas ?
- Non, je n’assure que le trépas.
- Ah ?! mais au-delà du passage je risque de me perdre. Et puis je m’attends à tout !! Vais-je trouver mon chemin ? vers où… ? seul… ? longtemps… ?
- Vous voilà bien ! Ce besoin d’éclaircissements… Le jour vous habite encore un peu. Cette constante quête du scintillement des choses, des autres, des évènements, votre nécessité absolue d’y apporter ou d’y trouver une nouvelle clarté, la vôtre. Laissez la nuit vous envahir. Les ténèbres allégeront vos pas du fardeau des lumières, sans ces illuminations peut-être trouverez-vous dans l’obscurité une nouvelle lueur ?
- Vous avez certainement raison mais laissez moi le temps de me ‘s’apprendre’… Même si je ne brille plus, mon éclat aiguisé au fil du temps résiste encore et tente en vain de pourfendre l’ombre d’un feu disparu. Si toutefois je ne m’y faisais pas, pourrais-je vous appeler au secours, compter sur votre opacité pour éclairer mon chemin. ?
- Lorsque enfin vous perdrez le sens de la lumière, comme un frêle esquif sur l’océan la nuit vous bercera de ses plus doux remous. Il me faut à présent vous laisser continuer seul votre passe. Un jour m’attends, … le mien.
- Vous allez vers le Jour ??!!
- Oui, c’est à moi d’y apparaître maintenant. D’ailleurs je ne retrouve plus mes lunettes et je crains d’en avoir besoin après tant de nuits.
- Tenez prenez les miennes, elles sont excellentes, indice de protection 3. mais prenez aussi mon parapluie, à la Lumière le soleil n’est pas toujours au rendez-vous. Pardonnez-moi cet ultime halo de clairvoyance, mais si l’on passe ainsi du jour à la nuit et de l’obscurité à la clarté, qu’en est-il du miracle de la vie ? l’Heptaméron ? le sixième jour ?
- Rassurez-vous, je naîtrai nu de mes savoirs. Les hommes apprennent mais ne retiennent rien, ainsi peuvent-ils toujours se raconter des Histoires.
- Bon et bien,… Bon Jour.
- Bonne Nuit.

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