A propos framauro

écrivain autodidacte, 20 ouvrages publiés, Picard, ancien militaire, humaniste avant tout. aime la vie.

Hora la petite hirondelle

Hora la petite hirondelle.

Nous sommes en Picardie dans le sous-sol d’une maison d’un petit village qui se nomme Esquennoy.
Nous allons vous conter l’histoire d’une jolie petite Hirondelle.

Introduction.

-J’en ai marre de rester recroquevillé dans cette coquille !
-Je veux sortir !
-Maman, aides moi au lieu de gazouiller comme tu le fais !
Disait Hora notre petite hirondelle.
Sa maman hirondelle lui répondit ;
-C’est à toi de te débrouiller, tu n’as qu’à donner un coup de bec dans ta coquille et tu sortiras.
Hora était toute triste et ne se sentait pas capable de casser cette vilaine coquille qui l’emprisonnait. Elle se mit à pleurer en disant :
-Je n’y arriverai jamais, elle est bien trop dure, cette coquille !
Alors elle décida après avoir réfléchi un moment.
-Je vais me reposer encore un peu, et après, je vais encore essayer une dernière fois.
Hora fit un petit somme, puis se réveilla très encolérée devenant tout rouge tout à coup. Elle dit très fort :
-Attention les frères et les sœurs, j’arrive !
Un violent coup de bec donné par Hora fit craquer la coquille, qui cette fois s’ouvre toute grande.
Une lumière éblouissante aveugla Hora qui ferma ses petits yeux.
Elle ne les ouvrira plus tard, à présent elle allait dormir encore un petit peu, épuisée par cet effort. Ça dore beaucoup les bébés hirondelle.
Hora se contentait d’écouter les bruits environnants.
Puis elle pensait où je suis ? Que vais-je devenir ? Et puis j’ai froid, et qui sait qui me monte sur le dos ? Et à côté de moi à droite, c’est qui ? Et puis à gauche c’est qui ? J’en ai marre, je suis aussi à l’étroit que dans ma coquille ! alors si c’est ça la liberté ?
Hora n’était visiblement pas contente d’être la dernière de la couvée. Elle se calma un peu, car un bruissement d’ailes lui indiqua que maman venait lui donner sa première becquée.
Elle ouvrit tout grand son petit bec et englouti une large quantité de nourriture.
Ho ! Que cela paraissait bon, on aurait dit du miel, avec des carcasses d’insectes près digérés que sa maman lui donnait.
Hora dressa son petit cou encore chancelant et dit très fort :
-Merci maman, pour ce bon repas, je t’aime maman tu sais !

La maman était déjà repartie chercher de la nourriture pour ses trois frères, les grands goulus.
C’est au même moment qu’arrivait Papa Hirondelle avec lui aussi son bec chargé de nourriture.
C’était trop bon, Hora ouvrit le bec et tendit le cou devant ses frères et c’est elle qui ingurgita la béquée de bons arômes de fleurs des champs de fines herbes, de cuisses de grillons ou, de sauterelles ? Hora ne savait pas encore distinguer vraiment le goût de ses aliments.
En attendant, elle demanda à ses frères.

-Et vous les frangins, ça ne vous ferait rien de me laisser un peu de place, et de me dire vos prénoms, bande de mal poli !

Confus et repentant que les trois frères se présentèrent humblement à Hora leur petite sœur :
-Moi c’est Ballot le gros ! dit celui de droite
-Moi c’est Fred l’étourdi ! dit celui de gauche
-Et moi je suis Malin l’intellectuel ! Celui qui est sur le dos d’Hora.
-Merci les frangins, au fait, toi le Malin, ça ne te ferait rien de descendre de dessus de mon dos, avant que je te balance pardessus bord ?
Hora avait du caractère c’est le moins qu’on puisse dire, les frangins allaient bien vite devoir faire de la place à leur merveilleuse petite sœur.

L’extraordinaire et fascinante histoire d’Hora, hirondelle de Picardie allait pouvoir commencer !

Chapitre premier

La naissance.

Ce premier jour de sa naissance Hora la petite hirondelle allait montrer qu’elle n’était pas une hirondelle facile. Elle avait un caractère à ne pas se laisser faire.
Çà non ! elle ne supporterait jamais de s’incliner devant plus fort qu’elle, rien ne lui ferait peur, ni ses frères, ni les autres gros animaux à deux et quatre pattes, et même tous les autres oiseaux du ciel et de la terre.
Notre petite Hora était une hirondelle pas comme les autres, sa mère avait tout de suite vue que sa fille allait avoir une vie d’hirondelle hors du commun. Elle l’avait dit au papa hirondelle qui lui avait répondu :
-Tu sais, elle n’est pas différente de nos autres enfants si ce n’est qu’elle est la seule fille de notre couvée, mais avec ses frères elle doit avoir du caractère sans cela elle ne pourra pas être heureuse tu le sais bien !
-Oui bien sûr que je le sais, et c’est tant mieux pour elle, ou moins elle deviendra vite forte et il en faut de la force pour notre vie de voyageurs !

La conversation s’arrêta là, les parents avaient trop à faire pour nourrir les quatre bébés hirondelle. Il fallait faire chaque jour au moins 500 voyages d’aller et retour pour alimenter ces petits becs affamés.
Car en plus d’apporter la nourriture il fallait nettoyer le nid des déjections des chérubins, donc double travail, apporter la nourriture, et remporter les déchets. Quelle dure vie pour les parents !

Mais après tout leurs parents avaient fait de même, ce n’était donc qu’un juste retour des choses.
Mais tout ceci ne s’arrêterait pas là, et non, il fallait aussi éduquer les enfants, leur apprendre les dangers de la vie, puis le savoir, reconnaître les bons et les mauvais insectes à attraper, les chants qui étaient leur langage, et beaucoup d’autres choses très importantes, entre autres la navigation dans le ciel pour aller en Afrique hiverner.
Ils en avaient à savoir nos petits bébés hirondelles, avant d’être des grandes hirondelles comme leurs parents.
Mais pour l’instant ils devaient bien manger et ne pas trop se poser de questions, sinon de ne pas rater la béquée et ne pas se laisser voler la nourriture par Ballot le gros qui n’en loupait pas une.
Hora veillait, et si par malheur Ballot lui prenait son tour, elle lui donnait un bon coup de bec sur le crâne. Ballot qui ne l’était pas tant qu’on voulait bien le dire, avait vite compris la leçon.

Jours après jours, nos quatre bébés hirondelles prenaient du poids et des plumes alors que les parents s’épuisaient de plus en plus par leurs incessants voyages pour combler l’appétit des grands gourmands.

Heureusement le beau temps était de la partie, et les insectes proliféraient en grand nombre.
Une semaine pourtant il faisait plus froid, et la pluie et le vent empêchaient les parents de sortir et de trouver le moindre insecte à donner à leurs petits.

Ce fut la disette pour quelques jours, mais ce fut le moment d’apprendre les chants et les cris pour nos petits oiseaux ; donc le temps ne fut pas perdu, même si les petits estomacs criaient famine.
Hora avait appris tous les chants et cris de détresse et de joie, elle commençait elle-même à chanter de sa jolie voix faisant rougir de honte ses frères qui n’arrivaient pas à sortir la moindre note de leur gosier.
-Ridicule les frangins ! Pouffa Hora en gonflant son petit poitrail d’hirondelle.
-Tu peux rire de nous ma chère sœur, mais nous nous sommes plus forts et volerons bien plus vite que toi ! répliqua Malin. L’intellectuel.
-Oui c’est presque vrai ! dit Fred l’étourdi
-Bien sûr tu manges plus que nous, alors c’est facile ! Conclu Ballot le gros.

Papa hirondelle arrivait et dit :
-Les enfants arrêtez de vous quereller, vous avez tous une différence, et cette différence fait de vous votre personnalité. Vous êtes avant tout, des petites hirondelles qui deviendront grandes, comme vos parents en ressemblant à toutes les hirondelles de la terre, même avec nos différences nous sommes identiques et formons un monde d’oiseaux parmi les autres, restez humble et soyez vous-même sans chercher à être plus ou moins que ceux qui vous entourent !
Papa hirondelle venait de donner une leçon de moral à ses enfants, qui du coup restèrent silencieux.

Les jours passaient vite en ce beau mois de mai où les fleurs abondaient en inondant de leur parfum l’espace. Les insectes pullulaient rendant la chasse plus facile pour papa et maman hirondelle qui commençaient sérieusement à montrer des signes de fatigue.
Tandis que nos quatre bébés hirondelle semblaient tout heureux de leur vie de bébé. Manger, dormir et de temps en temps faire semblant de voler en agitant leurs petites ailes semblait les satisfaire pleinement.

Ce matin-là pourtant, les parents avaient décidé que cela allait changer, fini les petits festins de bons et gros insectes portés dans les petits becs à nos goulus. Papa Hirondelle dit à maman Hirondelle :
-Il va falloir que nos enfants se prennent en charges à présent, il fait très beau, les insectes sont lourd et gros et en abondance, c’est l’heure ma chère petite femme de les faire jeûner quelques jours pour qu’ils se décident enfin à faire leur premier vol !
-Tu sais, ils sont encore jeunes, me semble-t-il ? Et Hora est si petite et fragile, je ne voudrais pas qu’il lui arrive quelque chose ! répondit la maman.
Les enfants avaient tout entendu.
-Il est bien évident que nous sommes encore des bébés hirondelle, mais nos plumes doivent pouvoir nous supporter si nous nous débrouillons bien ! dit Malin
-Moi, je dis que nous ne pourrons jamais voler, je me sens bien trop lourd ! dit Ballot.
-Moi je peux voler, et je sais voler, j’ai vu comment les parents font, c’est très simple ! dit Fred.
-Je dis mes frères que nous devons faire des essais en nous entraînant, sans prendre de risque ! dit Hora
-Très juste ! Conclu Malin
Pendant ce temps-là les parents étaient partis se reposer bien plus loin de leur turbulente progéniture, goûtant un repos bien mérité.
Les heurs passèrent dans la solitude ; les bébés hirondelles commençaient à s’inquiéter.
-Je pense que nos parents nous mettent à l’épreuve ! dit Malin
-Moi je vais mourir de faim !dit Ballot
-Soyez patient et faites comme moi battez des ailes mes frères ! dit Hora
-Moi je vais voir si c’est haut ! dit Fred l’étourdi en se penchant dans le vide.
-Non ne fait pas ça hurla Hora !
-Trop tard ! dit Malin alors que Fred avait fait un vol plané de deux mètres à peine en se retrouvant sur le sol.
Les trois autres bébés hirondelle allaient rires, mais ils s’en gardèrent bien en apercevant Minet, un gros chat roux qui arrivait doucement mais sûrement vers Fred.
-Il va le bouffer !dit Ballot
-Mais non il est simplement curieux ! dit Malin
-Envole-toi, tu le peux, agite tes ailes ! hurla Hora
À ce moment arriva un humain, qui prit Minet par la peau du dos en disant :
-Minet il ne faut pas toucher aux hirondelles, elles sont nos amies, car elles mangent plein d’insectes qui sont nuisibles à nos récoltes, sans elles nous devrions utiliser des pesticides en grande quantité !
Ouf Fred l’avait échappé belle ! Car l’humain l’avait délicatement remis dans son nid avec ses frères et sœur en le prenant avec un linge propre afin de ne pas laisser de son odeur d’humain que les parents auraient vite reconnu et Fred se serait fait grondé…
Cet événement passé et remis de leur émotion, les quatre bébés hirondelles firent le point :
-Bon la situation est la suivante, nos parents ne nous nourrissent plus, car ils ont conclu que nous pouvons voler et sortir où tous les insectes nous narguent, vous avez qu’à regarder par la fenêtre !dit Malin
-Oui, c’est vrai je les vois, ils sont gros et beaux et doivent être bons, et j’ai si faim qu’il faut que nous essayions de voler ! dit Ballot.
-Moi je suis la plus légère, et la mieux entraînée ! dit Hora
-Moi je sais voler, vous avez vu c’est facile ! dit Fred
Ce qui déclencha un fou rire des trois autres. Au même moment Hora sautait du nid en un vol gracieux, puis n’écoutant que son courage, elle passa allégrement par la petite fenêtre comme elle l’avait vu faire des centaines de fois pas ses parents.
Elle était dans le ciel à présent, elle chantait de sa plus belle voix.
-Je vole, c’est merveilleux, je plane, je virevolte, je plonge, je gobe ce beau moustique qui ne piquera plus jamais personne, et ce gros coléoptère, et encore celui-ci que ne mangeront plus les légumes de notre ami l’humain que a sauvé Fred de gros Minet.
Hora était ivre de bonheur, mais que lui arrivait-il soudain ? Elle perdait de l’altitude et ses petites ailes ne répondaient plus.
-Vite une branche, une gouttière, n’importe quoi, je tombe ! hurlait Hora
Heureusement un grand et haut noyer lui tendait ses belles branches. Hora en saisie une en s’agrippant de ses petites pattes, la voilà pendue la tête en bas, mais enfin elle pouvait souffler un peu.
Elle se rétablit bien droite cette fois et se mit à chanter, le chant de la victoire des bébés hirondelles.
Ses frères étaient rouge de honte en entendant ce chant ! Alors un à un ils quittèrent le nid pour rejoindre Hora. Seul Ballot restait au nid en pleurant :
-Je n’y arriverai jamais, je suis trop lourd !
Hora revint la première au nid et encouragea Ballot :
-Allez, ce n’est pas difficile nous volons tous ! Regardes ce que j’ai dans le bec !
Voyant une belle grosse mouche, Ballot ne pouvait plus résister, alors il plongea, lui aussi du nid, et fut fort surpris qu’il volait, lui aussi.
Une nouvelle vie allait commencer pour nos quatre petites hirondelles.

Chapitre II

L’envolée.

Les premiers jours de vols furent pour nos quatre frères et sœurs un dur apprentissage. Il fallait faire vite pour attraper les insectes volants souvent plus agile que nos apprentis mangeurs de parasites.
De plus il fallait rapidement faire la différence entre une coccinelle dit « bête à bon dieu » qu’il ne fallait pas manger et un doryphore sale bête nuisible.
En plus il y avait des cousins et cousines hirondelles qui cherchaient des noises :
-Ici c’est notre territoire allez chasser ailleurs, nous sommes ici avant vous !
C’était des prétextes pour s’amuser à se mesurer en comparant leur agilité. Mais ici il fallait voir qu’Hora battait tout le monde, même en vitesse, surtout Ballot qui même à fond n’arrivait pas à la moitié de la vitesse d’Hora.
Bref nos petits oiseaux s’amusaient follement du matin très tôt dès que l’air commençait à se réchauffer, jusque très tard, quand la fraîcheur commençait à arriver.
Ils ingurgitaient leur propre poids dés leur 12 jours en insectes dans la journée soit environ 20 grammes d’insectes divers, fourmis volantes, libellules, mouches à bœuf, tipules, syrphes, etc.
Ces 20 à 22 grammes qu’ils devront peser pour faire le grand voyage de plusieurs milliers de Km, afin d’aller hiverner en Afrique.
Nos oiseaux sont économes et ne consomment pas grand-chose pour voler un si long parcours, 2 grammes de graisse suffiront comme carburant pour faire 6 à 7.000 km. Car en période de migrations bien souvent ils ne s’alimentent que très peu en gobant de-ci de-là de rares insectes, en se contentant de suivre les courants aériens très hauts dans le ciel.
Tout cela nos petites hirondelles l’avait appris durant les premiers jours de leur naissance. En plus ils avaient ce qu’on appelle des instincts inscrits dans leurs gènes.
Mais revenons à notre petite amie Hora, cela faisait maintenant un mois qu’elle volait chaque jour avec ses frères et ses parents qui finissaient de les éduquer en plein vol.
Le soir quand il faisait frais tout le monde se retrouvait au nid pour passer la nuit en se serrant les uns contre les autres. Les parents racontaient de belles histoires des voyages lointains.
Le matin Hora écoutait le chant que ses parents faisaient percher sur la gouttière de la maison, alors qu’eux restaient à flemmarder au nid.
C’était le moment également de taquineries sans fin, jusqu’au moment où tout le monde se décidait de partir explorer le ciel.
C’était une envolée fantastique que cette première du matin, Hora en pleine forme après une bonne nuit en profitait pour épater le voisinage par des montés fulgurants, et des plongeons mirifiques, comme si elle allait s’écraser sur le sol, redressant à l’ultime fraction de seconde remontant droit dans le ciel.
Ses frères l’applaudissaient de leurs cris aigus heureux d’avoir une sœur acrobate.

Ce matin précisément, Hora allait avoir fort à faire pour empêcher une vilaine corneille d’enlever Ballot pour l’emporter et servir de petit déjeuner à ses bébés corneilles.
Alors, n’écoutant que son courage voyant que Ballot était en mauvaise posture, prêt à succomber sous les coups de becs meurtriers.
Hora vola juste devant la corneille et lui donna de violents coups de becs sur le crâne en criant au rassemblement de toutes les hirondelles disponibles. Bientôt une dizaine d’hirondelles entouraient la corneille, en la matraquant de leur bec celle-ci, qui dû vite abandonner son triste projet.
Ballot ne savait pas comment remercier sa petite sœur. Mais il avait compris que jamais il ne devait voler loin d’Hora qui elle avec sa vitesse arriverait toujours à le protéger.
Tandis que Fred lui n’avait rien compris du message et ne trouvait rien de mieux que d’aller explorer le nid des corneilles où les mouches abondaient.
Mal lui en prit, lui aussi faillit faire le festin des bébés corneilles, mais Hora eut encore à intervenir.
Seul Malin évitait tous les pièges et faisait souvent bande à part cherchant une petite amie dans la tribu voisine qui logeait deux maisons plus loin.
Une petite amie lui dirait bien, pour faire le voyage et causer un peu en route, et pourquoi pas de revenir pour faire un nid et fonder lui aussi une famille l’année prochaine.
Malin avait de la suite dans les idées.
Mais faire un nid, en voilà une affaire importante, les parents avaient tout expliqué. Et malin savait la leçon par cœur :
« Premièrement trouver une marre d’eau pas trop profonde, avec de la boue sur les bords, des brindilles, des crins de chevaux, des plumes de poules, des poiles d’animaux. Puis trouver un endroit isolé de préférence une grange où une pièce d’habitation pas très fréquentée et assez haute pour que les chats ne viennent pas. Dans une habitation d’humains c’est l’idéal, car les prédateurs ne se risquent pas d’approcher les humains. Nous, nous n’avons pas peur des humains, car nous volons si vite qu’ils ne peuvent nous saisir. De plus certains nous aiment et savent le bien que nous leur apportons.
Donc résumons, pour faire un nid il faut de la boue et des accessoires divers et un endroit en sécurité.
Le reste consiste à faire des allers et retours et coller avec notre bec des béquées de boue qui en séchant devient aussi dure que du ciment, pour la forme ce n’est pas difficile, il faut regarder comment était fait notre nid »
Puis fort de son savoir, Malin continuait de parler à haute voix, voyant que ses frères et sœur venaient se poser sur le fil de la ligne électrique :
« Il faut également savoir que, aujourd’hui Hora a battu le record de vitesse de notre famille en atteignant les 100 Km heure. Et que Ballot n’a atteint que 60 maximum. Quant à Fred et moi-même nous avons fait du 75 Km heure »
À ce moment tout le monde applaudi sauf Fred qui dit :
-C’est pas vrai, je n’ai jamais fait 75 kilomètres en une heure sans cela je ne serai pas ici, car je vole depuis ce matin !
-Oui ça c’est vrai ! dit à son tour Ballot qui n’avait rien compris.
-Mais ce n’est qu’une estimation pour une vitesse dans un temps très court ! dit Malin.
Hora qui venait de se poser dit :
-De quoi parlez-vous mes frères ?
-De notre vitesse chère sœur, et tu as battu le record avec 100km heure !
-Pas possible ? Et bien, je crois que je ne pourrais pas faire mieux, et je remercie Fred d’avoir été taquiné les Corneilles, cela m’a énervée et j’ai volé bien vite pour sauver Fred !
Alors ce fut un gazouillis sans fin de félicitations et de congratulations sur le fil avec nos quatre hirondelles.
Ceci eut pour effet d’attirer les parents amis et voisins qui s’installèrent sur le fil pour tenir un grand conciliabule.

La plus vieille des hirondelles prit la parole, en sommant tout le monde de se taire et de bien vouloir l’écouter une minute :
-Mes chers frères mes chères sœurs, nous sommes au début de mois de juin il serait grand temps au lieu de batifoler, d’entamer la deuxième couvée pour ceux qui ne s’en rappelleraient plus ! De plus il faudrait aussi songer à élire une autre doyenne de notre tribu, car j’arrive à mes 11 ans et ce sera mon dernier voyage, comme vous ne semblez pas le savoir notre vie n’est que de 12 à 13 ans !
Il y eut un long silence sur le fil, puis une petite voix résonna doucement, la maman d’Hora dit :
-Moi je veux bien être la chef pour quelques années, je pense être la plus vieille de la famille, j’ai 8 ans !
Toutes les hirondelles approuvèrent, elles savaient que cette hirondelle avait déjà fait le voyage Picardie Congo 7 fois et avait couvé 7 fois également, soit à raison de 6 œufs par ponte égale 42 œufs pour 34 bébés hirondelles vivantes. Elle participait au maintien des 3 millions d’hirondelles en France.
Bien sûr nous étions loin des 10 millions d’hirondelles de Russie. Mais nous participons aux 20 millions d’hirondelles en Europe. Évidemment couver pendant 12 à 13 jours ce n’était pas la mer à boire, mais ensuite nourrir les petits, pendant un bon mois n’était pas chose aisée.
D’autant plus qu’il y avait des périodes chaudes et qu’il fallait voler loin pour trouver de l’eau et la rapporter aux bébés en faisant des acrobaties pour récupérer l’eau en vol plané en captant celle-ci avec le bec à raz des flots.

En ce beau mois de juin, les champs commençaient à fleurir de mille fleurs embaumant les champs, favorisant ainsi le venu de nombreux insectes, nos hirondelles n’avaient qu’à voler au ras des jeunes pousses pour saisir les insectes grisés par les parfums multiples.
Juin et juillet allaient être les mois de surabondance ; les mois de reproduction qui allaient multiplier nos hirondelles par 5 dans bien des cas. Cela veut dire que deux hirondelles arrivantes repartiraient au moins à dix.
Pour cela nos hirondelles font bien souvent deux couvées avec à chaque couvée 4 ou 5 bébés. Parfois quand le temps est clément, trois couvées sont possibles.
Mais durant leur premier vol certains ne survivent pas soit par accidents, où maladie et rapace également qui ne se privent pas de manger nos petits oiseaux.

Mais revenons à notre petit Hora, la reine de la vitesse !
Et oui la reine de la vitesse, grâce à sa taille fine, additionnée de sa robustesse et de sa volonté inébranlable.
Ce matin encore une fois elle allait être soumise à une rude épreuve, alors que comme à son habitude elle montait très haut dans le ciel, elle vit un oiseau peu commun, une énorme hirondelle avec un moteur qui faisait un bruit insupportable.
Hora voulait voir de plus près de quoi il en retournait. Elle s’approcha rapidement de « l’oiseau » en question et à sa surprise elle reconnu l’humain qui avait sauvé Fred de Minet. « Mais alors les humains eux aussi volent ? » pensa Hora.
L’humain lui fit des signes d’amitiés en criant des mots incompréhensibles pour Hora.
C’est à ce moment qu’Hora sentit un courant d’aire très fort qui l’attirait vers une hélice aux bras meurtriers qui tournaient pour l’aspirer vers eux.
Hora eut à faire un effort incommensurable pour sortir de l’étreinte des palles de l’engin.
Elle eu très chaud encore une fois sa vitesse la sauva d’une mort certaine. Plus jamais au grand jamais elle n’approchera de ces vilaines hélices qui font mal aux petits oiseaux.
Ce jour-là elle s’empressa de faire la leçon à ses frères.
-Ballot, tu sais qu’il ne faut jamais s’approcher des pales qui tournent, c’est un grand danger pour nous !
-Fred, toi qui ne fait jamais attention regard bien les étoliennes qui brassent l’air avec leurs grands bras blancs, c’est un grand danger pour nous !
-Malin, toi qui sait tout, je te le dis aussi que tout ce qui tourne fait des déplacements d’air plus dangereux que le vent notre ami !
Les trois frères approuvèrent les conseils d’Hora. Le papa et la maman qui avaient entendu les dires d’Hora s’approchèrent de leurs enfants, le papa dit :
-Mes enfants c’est très bien de tirer des leçons de notre vie d’ici en Picardie, cela vous servira dans notre migration, car des choses de ce genre vous allez en rencontrer plus qu’il n’en faut !
La maman prit à son tour la parole :
-Mes chers petits, c’est vrai ce que dit votre papa, mais vous n’avez pas encore subi une tempête et un orage, là aussi il faudra en retenir les leçons, mais je voudrai m’adresser à toi Hora en particulier, vous les frères allez jouer pendant qu’il fait encore beau !
Les frères et le papa s’envolèrent d’un même élan en gazouillant allégrement.
Restée seule avec Hora la maman dit :
-Ma grande fille, tu vas dés à présent me suivre partout où je vais aller, car il faut que je t’apprenne la navigation aérienne en se guidant sur le soleil et les étoiles. Et de plus tu vas me seconder pour interdire à tes frères de venir au nid où j’ai entamé une seconde couvée, ton père et moi, je veux être tranquille !
-Oui maman ! dit Hora, puis elle dit encore
-Maman j’ai une chose à te dire, je peux ?
-Mais oui ma fille tu peux !
-Maman moi et mes frères on vous aime beaucoup. Vous deux, papa et toi ! Hora avait dit cela en rougissant très fort, bien embarrassée. La maman d’une voix brisée par l’émotion dit :
-Nous vous aimons beaucoup nous aussi tu sais ! Mais c’est bien de le dire de temps en temps cela fait plaisir à tout le monde !
Alors Hora partie d’un trait porter la bonne nouvelle à ses frères en chantant à tue tête « Nos parents nous aiment, nos parents nous aiment »

Pendant ce temps-là Fred allait une fois de plus monter combien il était étourdi. Voyant que sa sœur était en conciliabule avec la maman, il ne se souvint plus des conseils d’Hora au sujet des éoliennes et pensa que se percher sur une pale devait être très amusant.
Il suivit dons une grosse hirondelle de quatre fois sa taille au moins. Arrivé à sa hauteur il lui dit :
-Et toi la grosse hirondelle tu veux jouer avec moi à nous percher sur les pales des éoliennes ?
-Oui je veux bien, mais il faut que tu viennes près de moi ! répondit la grosse hirondelle.
En fait, il s’agissait non pas d’une supère hirondelle, mais d’une pie ; Fred le compris à la dernière seconde quand il vit le gros bec pointu prêt à le frapper. D’un bon il évita la Pie qui s’en alla en ricanant :
-Pauvre sot tu ne sais même pas voir que je suis une pie et que je veux te manger !
Tandis qu’elle disait cela la pie ne vit pas la palle qui la heurta violemment l’envoyant voler dans les airs à plus de 150km heures. Heureusement elle ne fut que commotionnée que légèrement et pu reprendre son vol, tandis que Fred était déjà loin.
Notre ami, Ballot avait vu la scène de loin et se demandait pourquoi Fred avait approché de si près les éoliennes et une pie, lui Ballot il savait quand même que tout cela était des dangers pour lui petit bébé hirondelle.
Malin lui ne trouvait rien à dire de tout cela trop occupé à la recherche d’une amie, mais ce n’était pas chose facile, les parents veillaient sur leurs filles et il n’était pas encore l’heure de former des couples, chaque choses a son temps, il faut d’abord grandir encore un petit peu, nous verrons cela au départ du grand voyage et pourquoi pas au Congo ?

Les jours s’écoulaient avec de légers incidents de temps à autre, mais notre petite famille se portait bien. La deuxième couvée était en route de nouveaux petits frères et sœurs allaient agrandir la famille d’Hora.
Qui déjà se sentait investie d’une grande responsabilité étant de la première couvée et bientôt la suppléante de sa maman pour la navigation.
Dans sa petite tête elle répétait les leçons apprises de sa maman. Toujours voler vers le Sud quoi qu’il arrive, ne jamais se poser sur la mer ou, alors sur un bateau ou bien une île.
Ce matin ce fut la grande nouvelle en même temps que se déclenchait un formidable orage, tout le monde était revenu s’abriter dans la grange familiale.
Des petits gazouillis apprirent que de nouveaux bébés hirondelles venaient d’arrivé au monde. Hora demanda à sa maman :
-Qui sont nos nouveaux frères et sœurs ?
-Et bien vous avez cinq petits frères, qui sont beaux comme tous, pour ne pas faire de différence nous les appellerons dans l’ordre de leur naissance, Héro un, Héro deux, Héro trois, Héro quatre, Héro cinq !
-Maintenant que l’orage a cessé allez-vous-en, ne dérangez pas vos petits frères et attendez qu’ils soient grands pour jouer avec eux.
Hora donna le signal de départ à ses frères, très heureuse de savoir sa famille agrandie.
Malin en profita pour dire :
-Nous sommes à présent 9 frères et sœurs !
-Oui mais une seule fille ! dit Hora un peu déçu.

Chapitre III

La croissance.

À présent les frères de la deuxième couvée avaient rejoint la petite bande à Hora, formant un joli petit clan d’hirondelles supères actives.
Pendant ce temps les parents se demandaient s’ils allaient faire une troisième couvée. La maman d’Hora disait ne pas « sentir » le temps et l’hiver devrait arriver assez vite ne laissant peu de chance et de temps pour nourrir une troisième couvée.
Tandis que le papa disait, nous pouvons essayer, nous verrons bien. La maman protestait se souvenant d’une année où ses derniers petits d’une troisième couvée pas assez forts, n’avaient pas pu arriver au Congo, ils étaient tombés en mer. Ce fut trop triste pour la maman.
Le papa hirondelle fini pas approuver la décision de la maman d’Hora.
Ils partiraient donc au Congo à 11 pour cette année.
Le papa dit à la maman :
-Tu crois que nous allons retrouver Babakar et la case de ses parents ?
-Bien sûr que nous irons le retrouver, il aura seulement un an de plus !
-Tu te souviens comme il est, lui aussi un humain gentil et nous fait bien rire avec son cerf-volant voulant voler plus haut que nous !
-Oui je me souviens, cela a le mérite d’éloigner nos concurrents et de ce fait nous pouvons chasser en toute tranquillité !
-C’est vrai et comme elles sont bonnes les sauterelles, et les libellules là-bas, bien grasses à souhait !
-Et oui mais nous ne pouvons rester là-bas pour faire nos nids et pondre nos œufs, car au moment de l’éclosion, nous ne trouverons plus assez de nourriture pour élever nos Bébés. Heureusement qu’un jour il y a très longtemps les hirondelles eurent l’idée de venir en Europe pour nidifier, sans cela nous n’existerions plus !
Puis ne trouvant plus rien à dire les parents s’envolèrent pour chercher de la nourriture afin de prendre des forces pour le voyage qui commençait à pointer le bout de son nez. Dans un mois ce sera certainement le départ.

Un mois cela passe vite même pour des hirondelles. Ce fut à ce moment que Malin fit le point en chantant à tous ceux qui voulaient bien l’entendre :
« Hora faisait à présent 22 grammes, Fred lui 23 grammes, Ballot 25 grammes évidemment, il ne pensait qu’à manger, quant à Malin, lui ne faisait que 21,5 grammes soignant son corps d’athlète.
Tous étaient en formes et prêts à affronter le long voyage Congo, capitale Brazzaville ! Avec une taille de 16 à 22cm. Pour une envergure de 32 à 34 cm et d’un poids moyen de 18 à 20 grammes suivant que la nourriture fut abondante ou pas. Mais pour le jour du départ il faudrait que tout le monde soit à son poids maximum. Car le voyage est très long.
Bien sûr ils n’allaient pas vivre en ville, un petit village de la périphérie leur servait de lieu de villégiature durant ces mois d’hivernation. En réalité au Congo régnait un climat tropical équatorial et nos hirondelles n’avaient pas besoin de construire de nids puis qu’elles ne se reproduisissent qu’en France et en Europe.
Mais où et comment vivent-elles ? Me direz-vous !
Le plus simplement du monde le jour elles s’occupent à voler au ras des marigots ou l’eau croupie favorisant la prolifération de nombreux insectes. Ses régions fortement humides sont des endroits idéals pour nos oiseaux. Pour dormir la nuit, de simple branches d’arbres dénudés servent de perchoir, certaines dorment en altitudes en planant dans des courants d’airs chauds qui les maintiennent en toutes sécurités avec leurs cousins les Martinets, qui eux ne se posent jamais sur le sol.
Le fleuve le Congo apporte tous dont ont besoin nos oiseaux, c’est un peu le paradis pour eux, à partir de la fin du mois de septembre au début mois de mars où ce sera le départ pour le retour en Europe. En gros, nos oiseaux passeront 6 mois en Afrique et 6 mois en Europe ». Disait Malin. Avant d’ajouter :

-Sachez aussi que les petits bébés hirondelle s’appellent « les pullis » de leur naissance au moment où ils commenceront à avoir des plumes. Et quand ils sauront voler ils se nommeront des « Hirondeaux », pour devenir par la suite des hirondelles à part entière, quand ils seront en mesure de pondre des œufs et de former des couples de parents !
-À présent il ne nous reste que quelques jour avant le départ, Hora sera avec la maman notre chef de vol, eux deux devront nous indiquer la bonne direction et le signal du départ qui restera secret jusqu’à la dernière seconde, alors que nous serons rassemblés avec tous nos cousins et cousines des huit et neuvièmes générations d’Hirondelles de Picardie.
Malin, faisait chaque matin et chaque soir le même discours montrant son savoir devant un parterre de jeunes Hirondeaux.
Tandis que Ballot lui ne perdait pas de temps à écouter, il cherchait à toujours manger le plus possible.
Quant à Fred, lui écoutait, mais ne retenait rien des discours de Malin.
Hora suivait à tir d’aille après tir d’aille sa maman qui finissait de lui donner tous les secrets du vol intercontinental.
Et les 5 derniers nés eux suivaient le mouvement écoutant attentivement les conseils des anciens cousins qui avaient déjà fait plusieurs fois le grand voyage de migration au Congo.
Ils avaient retenu que les premiers arrivés auraient les meilleures places pour s’approprier un petit secteur de vol.
Dupuis un mois la température baissait surtout les matins. Le jour raccourcissait à vue d’œil à la fin août, donc, le départ n’avait jamais été aussi proche et les hirondelles devenaient fébriles.

Chacune allait visiter leur lieu de naissance en paillant comme pour dire adieu à l’endroit qui les avait vus naître.
Leur petit cœur se serrait un peu, car peut-être ne reviendrait-elle jamais. Elles savaient que beaucoup ne revenaient pas de ce long voyage.
Et pourtant il fallait partir, car en dessous de 10° pas un seul insecte volant, donc c’est la famine, pour nos Hirondelles qui ne mangent que des insectes volants.
D’un côté il y avait la famine si elles restaient ici en Picardie.
Et de l’autre côté il y avait ce long voyage plein de risques.
Nos hirondelles et hirondeaux avaient donc deux choix, mourir de faim ou risquer le voyage aller et ensuite retour.
Les plus faibles et les dernières arrivées se résignaient à rester encore un peu pour essayer de prendre des forces et tenter le voyage à la dernière minute.
Il se jouait une véritable partie de poker pour certaines hirondelles, l’année prochaine ce sera sûrement la maman d’Hora qui ne repartira pas car elle arrivera en fin de vie.
Pour cela il y avait des conditions multiples, les insectes devenaient de plus en plus rares avec les pesticides mis en trop grande quantité à présent aussi en Afrique.
Sans compter les pièges faits par des filets pour les capturer en grand nombre et en faire des hirondelles grillées, comme de vulgaires merguez.
Nos pauvres hirondelles avaient beaucoup de soucis à se faire et tout cela épuisait les plus anciennes comme la maman d’Hora, qui en secret avait dit à Hora :
-Ma fille écoute bien ce que je vais t’apprendre, car ce sera mon dernier voyage, à condition que tout se passe bien !
Hora fut bouleversé, mais ne fit rien paraître, ne voulant en rien contrarier sa maman.
Ce matin du 9 septembre, un vent du Nord commençait à refroidir l’atmosphère rendant notre faille d’hirondelles encore plus nerveuses que d’habitude, des bagarres commencèrent à éclater parmi les groupes d’impatients ; d’autres avaient déjà fait des tentatives d’envol, puis étaient revenus se poser sur le fil de la ligne électrique qui pliait sous le poids de nos volatiles.
La nuit commençait à poindre. Hora attendait en pensant « ce sera pour ce soir le ciel est dégagé, le vent est faible c’est la pleine lune, le froid arrive, nous allons partir cette nuit, mais avant je vais demander à maman ce qu’elle en pense »
Hora chercha sa mère et se posa à ses côtés, tandis que la nuit était là à présent.
-Maman tu ne crois pas que nous devrions partir cette nuit ?
-Si je le crois ma fille, nous allons faire une montée haut dans le ciel pour trouver le vent qui nous pousse vers le Sud, ensuite au lever du jour nous nous reposerons pour manger un peu, et reprendrons le vol de nuit, comme je te l’ai expliqué c’est un moyen de ne pas être ennuyé par les rapaces !
-Alors c’est moi qui donnerais le départ au moment où la lune sera bien brillante ?
-C’est cela ma fille tu as bien appris ta leçon !

L’attente fut longue cette nuit du 9 septembre ; ce ne fut qu’au lever du jour dans le plus grand silence que l’escadrille d’hirondelle de toute la Picardie prit son envole.
Il n’y avait plus rien sur aucun fil, comme par enchantement nos oiseaux avaient quitté le pays.
Quel vide soudain. Ce matin pas un gazouillis, pas une seule ombre de vol gracieux, plus rien ne laissait entrevoir que des milliers d’hirondelles vivaient dans ce paysage depuis presque 6 mois.

Une profonde tristesse allait envahir les villages, bien sûr les corneilles en profitaient pour clamer leur suprématie territoriale, par des grands croassements faisant déjà la fête au grand froid qui arrivait.
Ce n’était pas le bon signe que ce départ et déjà les enfants étonnés en voyant le ciel vide de leurs amies dirent :
-Regardez, les hirondelles sont parties, il n’y en a plus une dans le ciel !
-C’est signe de froid, mon grand-père me l’a dit ! disait un autre enfant.
-Mais elles reviendront au printemps pour nous annoncer les beaux jours !
Une page se tournait, tandis que nos oiseaux étaient déjà à plus de 100km du village.

Chapitre IV

Le départ.

Hora avait bien accompli son premier départ, toutes les hirondelles valides avaient pris leur envole en montant très haut dans le ciel pour s’orienter avec le soleil levant.
Sa maman à quelques mètres derrière elle l’encourager par de petits cris :
-C’est bien ma fille, alors à présent regarde bien la position du soleil et de l’étoile polaire, ne les quitte pas des yeux et suit la direction que je t’ai apprise !
-Oui, je vois bien la direction, mais c’est plus dur que je ne pensais, à midi nous ferons une pose où tu m’as dit dans les grandes roselières de la Sologne pour manger un peu et reposer nos petites ailes et regrouper tout le monde.
-Bravo ma petite Hora tu as tout compris, c’est exactement cela qu’il faut faire !
Personne ne pouvait voir cette nuée d’hirondelles, brassant de leurs ailes l’air frais du matin.
Ballot était bon dernier, accompagné de Fred qui avait loupé le départ croyant à un nouveau jeu ; il avait dû ramer fort pour rattraper le groupe, si bien qu’il était déjà fortement épuisé.
Quant à Malin il volait calmement au milieu du groupe économisant ses forces et admirant le paysage grandiose à cette altitude.
Les cinq Héros, de la dernière couvée volaient en file indienne, se relayant, comme les coureurs cyclistes faisant de cela un jeu, paillant à souhait, heureux de voyager si loin et si haut, en oubliant même le froid qui mordait leur jeune corps d’oiseaux à peine emplumé correctement.

Les heurs passèrent et midi approchant, ce fut soudain la débandade au sens pur du terme, les hirondelles s’éparpillèrent dans tous les azimutes, selon le plus grand désordre en lançant à tout va des cris de détresses.
Une bourrasque de vent fonçait droit sur eux, il fallait vite se poser au risque de perdre le contacte avec le groupe.
Alors bientôt, le ciel se vida des hirondelles et le sol devient noir de petites bêtes grouillantes sous les assauts de la pluie mêlée de grêle.
On pouvait déjà voir que certaines ne reprendraient pas le vol, avec une aile cassée.
Et le voyage ne faisait que commencer, « combien allait périr encore ? » pensait Hora bien tristement. Elle s’en voulait de ne pas avoir prévu plutôt cette tempête. Car c’était là aussi son rôle de chef de la navigation.
La stupeur passée, le vent ayant molli, les hirondelles voletèrent pour chercher de la nourriture au ras du sol, trouvant des insectes qui comme elles furent plaqués au sol.
Ce fut un lent et triste ballet autour de la roselière, un ballet de pauvres hirondelles épuisées par le premier voyage et les premières intempéries.
La nuit allait se passer dans ce lieu quoique le voyage fût encore long. Hora ne savait plus quoi faire et tournait en ronde regardant sa petite famille regroupée qui gazouillait en se lamentant de ne plus retrouvé Fred.
Une hirondelle voisine dit :
-J’ai vu votre frère continuer à voler dans la tempête, il doit être beaucoup plus loin avec d’autres familles.
Cela n’était pas étonnant de lui, il n’écoutait jamais ce que Hora disait, pourtant elle lui avait bien dit de rester groupé autour de sa famille.
-Enfin demain avec un peu de chance nous le retrouverons, si rien ne lui soit arrivé ! conclu Hora.
La nuit tomba brutale et froide, ce fut une sale nuit pour ce premier départ que durent subir nos hirondelles.

Le matin ce fut une envolée dans la joie, car le soleil promettait d’être chaud. Une dizaine d’hirondelles restèrent au sol en espérant se rétablirent et s’amalgamer à un autre groupe qui ne manquerait pas de faire une halte ici, car ce lieu était une halte habituelle de nos oiseaux.
Ils allaient ainsi progresser vers le centre de la France, puis l’Espagne, ensuite la mer Méditerranée, et l’Afrique du Nord, puis le Sahara et enfin la terre du Congo.
Soit 7000km à faire en moins d’un mois à raison d’étapes plus ou moins régulières de 250 à 300 Km par jour et nuit, car nos oiseaux n’attachaient pas d’importance aux horaires de vol.
Seul le but était d’arriver le plus vite possible laissant le froid sur place.

Hora avait repris la tête du vol du groupe des hirondelles de Picardie, devant elle deux rapaces les narguaient en faisant des vols planés voulant les intimider. Hora connaissait le principe des rapaces :
Isoler une hirondelle et la tuer. Jamais ils n’osaient s’attaquer au groupe compact, car les petits becs auraient vite fait de les incommoder.
-Restez groupé ! Restez groupé ! Piaillait Hora de toutes ses forces.
Ce fut à ce moment qu’elle vit Fred en mauvaise posture s’activant à rejoindre le groupe. Alors Hora se dirigea vers lui à toute vitesse.
Ce fut un regroupement joyeux malgré le danger qui planait devant eux. Les rapaces se dirent que ce n’était pas encore pour cette fois qu’ils allaient manger de l’hirondelle.
L’incident était clos pour l’instant. Maintenant il fallait voler, voler, toujours agiter les ailes pour se maintenir en l’air à la bonne altitude des vents portants.
La maman était comblée de bonheur devant le savoir-faire de sa chère fille Hora.
Le papa lui avait fort à faire avec les cinq frères qui ne faisaient que d’embêter les filles des voisins.
Quant à Ballot, il se désolait de n’avoir rien à manger dans le ciel si haut. Malin lui faisait des ronds d’aile à une petite voisine, qui avait consentie à bien vouloir voler près de lui pour causer un peu sur le paysage et le voyage en général.
Tandis, que les parents de celle-ci étaient venus voler tout près de leur seule fille de leurs couvées. Ils ne comptaient pas que leur fille tourne mal avec un voyou, car chez les hirondelles aussi il y a des voyous, comme chez les humains.
Alors seulement les bonnes hirondelles se marient avec les bonnes hirondelles.
Car le mariage n’est pas pour seulement une couvée, mais pour la vie, comme presque tous les oiseaux.
Donc le choix était important, les hirondelles doivent bien s’entendre pour pouvoir élever les petits hirondeaux.

Après plusieurs incidents, pluie, orages, vent en tornade, rapaces, chaud et froid, nos hirondelles se posèrent aux pieds du massif Pyrénéen dans de grandes étendues de roseaux, riches en insecte.
Ils allaient vraisemblablement rester dans ce lieu plusieurs jours avant de franchir les pics des montagnes glacés.
À ce moment aussi il y avait beaucoup de rapaces qui les attendaient pour s’en nourrir. C’était la dure loi de la vie, le plus gros mange le plus petit, et le plus intelligent évite les pièges.
Cette fois ci Fred qui avait eu fort peur et collait au derrière de sa famille, si bien que souvent il empêchait Hora de voler correctement.
-Tu n’es qu’un étourdi Fred, tu ne vois donc pas que tu gênes tout le monde à rester si près de nous ?dit Hora
-Oui, ma sœur, je vais faire attention, mais j’ai si peur de ne plus vous voir que j’aime mieux rester tout près comme ça !
-Tu n’as qu’à faire comme moi ! dit Ballot
-Comme toi quoi ? demanda Fred
-Et bien tu vas avec les frères Héros, eux ils ne se perdent jamais, car ils se suivent à la queue à leu, leu !
-Bien compris je vais me joindre à eux !
Quant à Malin ce dernier gazouillait gentiment avec sa copine de voyage, la belle hirondelle Clara, il allait lui chercher de beaux et gros insectes, qu’il lui donnait dans son bec comme le faisaient les parents.
Il voulait monter ainsi qu’il était capable de nourrir une couvée.
Clara faisait le bébé approuvant le comportement de son ami Malin.
C’est presque certain que nos deux amis une fois arrivés au Congo formeront un couple.
À présent nos hirondelles avaient pris une certaine habitude du voyage et ne se souciaient plus des caprices du temps et des distances.
Elles formaient un bon groupe de voyageuses prêtes à affronter les pires ennuie.
Le groupe mêlé à d’autres, formait une véritable armada en instance du franchissement de la montagne.
Par une belle nuit étoilée, ce fut le départ massif pour l’Andalousie. Hora était consciente du danger de passer du chaud au froid, puis au chaud de nouveau, elle savait qu’il fallait une bonne constitution physique pour résister à cela.
Leur séjour d’une semaine leur avait fait le plus grand bien. Elles avaient grossi leur effectif par l’arrivée de retardataires venant de Scandinavie.
Malin continuait de batifoler avec son amie et de plus en plus il allait avec le groupe de ses parents.
Bien sûr il resterait de la famille d’Hora, car jamais une hirondelle n’oublie sa famille et arrive toujours à se reconnaître entre eux.
C’est ici une qualité de nos oiseaux. Il y a la famille, c’est-à-dire les frères et sœurs de la même nichée, puis les descendants et les anciens oncles et tentes, cousins cousine, bref toutes les hirondelles savent à quel groupe elles appartiennent.
Pour les humains cela semble impossible croyant que toutes les hirondelles se ressemblent, et pourtant elles sont toutes reconnaissables entre elles.
Finalement elles forment une nation homogène face à tous les dangers. C’est grâce à cela qu’elles sont encore si nombreuses de nos jours, malgré les nombreux fléaux qui les menacent.
À commencer par les produits chimiques épandus sur les plantes pour détruire les insectes, les privant ainsi de nourriture.
De plus les insectes contaminés par les pesticides peuvent rendre malades et même faire mourir nos oiseaux.
Revenons à notre famille d’hirondelles de Picardie, qui était à présent bien plus haut que le col de Roncevaux franchissant les chaînes pyrénéennes.
Fred n’avait jamais vu de neige et en avait pris un peu dans son bec, pour la recracher aussitôt.
Ballot lui avait fait une glissade sur le ventre, trouvant cela épatant.
Malin avait simplement dit à son amie de ne pas s’approcher de cette étendue blanche souvent mortelle pour nos oiseaux.
Hora s’époumonait à rappeler Ballot et ceux qui l’avaient imité.
Pas question de se poser ne fut qu’un instant sur ses étendues glacées. Ne trouvant rien à manger, Ballot revint vite dans le groupe.
Sa graisse l’avait préservée de froid, mais pas d’un bon coup de bec que lui donna Hora en se faisant promettre de ne plus recommencer.
La maman d’Hora suivant avec difficulté le groupe, restant dans les derniers avec le papa, en réalité tous les anciens volaient souvent dans l’arrière garde, pour économiser des forces et en même temps surveiller les arrières pour déjouer toutes attaques d’inopportuns prédateurs.
Enfin de matinée, le groupe fortement épuisé s’abatis sur une plaine marécageuse en flanc de montage, cette fois nous étions en Espagne.
Il y avait déjà de nombreuses hirondelles mêlées à d’autres oiseaux migrateurs formant un immense regroupement avant le départ pour l’Afrique.
Il n’était pas facile de trouver de la nourriture en un tel endroit pour le plus grand désarroi de Ballot.
Hora rassembla autour d’elle ses proches et dit :
-Mes chers amis, nous ne sommes pas encore arrivés, à présent nous allons tous descendre vers le Sud jusqu’à la mer. Puis nous resterons quelques jours, quand le temps le permettra, nous traverserons la mer et beaucoup d’entre nous n’y arriverons pas ! il faut bien vous reposer et manger le plus possible, mais faites très attention ici beaucoup d’insectes sont malades, si vous sentez un mauvais goût dans votre bec, crachez. Toutes les hirondelles avaient écouté avec attention les paroles d’Hora qui termina :
-Voilà ce que je voulais vous dire, maintenant attendez mon ordre de départ pour les rives de la mer Méditerranée !
Ballot n’appréciait pas du tout la concurrence des autres oiseaux bien plus gros que lui.
Fred toujours aussi étourdi répétait « si vous sentiez un mauvais goût dans votre bec, vous crachez » il avait si peur de faire une bêtise et d’être malade.
Malin lui se contentait de faire des projets d’avenir avec son amie Clara cherchant déjà le nom de leurs futurs bébés.
Clara ne se sentait pas encore capable de pondre des œufs, d’abords il lui fallait encore grandir, elle était encore trop jeune, et chaque chose à son temps.
Pendant ce temps Hora avait rejoint sa maman qui de nouveau la félicita pour la prise en main du voyage.
Hora disait que cela été tout naturel, et que maintenant elle se sentait de plus en plus capable de continuer le voyage. Sa maman lui dit :
-Tu sais ma fille, le plus dur reste à faire, la mer et le Sahara sont nos pires ennemis ! je te dirai le moment où il faudra traverser la mer et ensuite si je suis encore avec vous, je te dirai comment traverser le Sahara. Maintenant tu vas te reposer et prendre des forces, car il va en falloir pour traverser cette mer Méditerranée.
-Merci maman ! dit Hora en lui donnant un petit baisé bien tendrement de son petit bec.
Une nouvelle page allait être tournée demain il ferait encore jours sous le ciel de la Costa Brava.

Chapitre V

La traversée fantastique.

Nos oiseaux avaient descendu la plaine Catalogne. Hora savait que devant eux devait normalement se trouver les Iles Baléares où elles pourraient faire une halte pour ensuite continuer leur vol et arriver sur la terre d’Afrique du Nord.

Cette nuit il n’y avait aucun vent, le ciel lumineux, la journée avait été belle, et nos oiseaux étaient repus d’insectes le ventre bien plein.
Ballot et presque toute la troupe dormait bien installée sur de hauts fils des liges électrique.
Mais soudain les cris de détresses que lançait Hora réveillèrent tout le monde et ce fut l’envolée au-dessus des flots.
Les petits cœurs se mirent à battre très fort, pour beaucoup c’était la première traversée, et les autres savaient ce qui les attendait.
Une fois bien au-dessus de la mer à plus de 20 miles des côtes Hora prit des nouvelles de sa famille :
Ballot était relégué à la dernière ligne de vol tandis que Malin le surveillait du coin de l’œil.
-J’ai le ventre trop plein, je vais vomir ! disait Ballot.
-Mais non résiste cela va se passer ! disait Malin.
Les cinq frères de la dernière couvée eux volaient à leur habitude sans dire un mot ouvrant la marche à leur papa et maman.
Fred lui avait peur de l’eau et fermait les yeux pour ne pas voir la mer en dessous de lui, si bien que de temps en temps il heurtait des autres hirondelles. Celles-ci lançaient des mots pas très plaisant à l’encontre de Fred:
-Idiot, regarde où tu voles, tu ne vois pas que tu nous gênes !
-Ce n’est pas de ma faute, j’ai peur de l’eau, c’est pour ça que je ferme mes yeux !
Ce fut un rire général des cousins et cousines qui colportèrent la nouvelle dans tout le groupe.
Cela eu pour but d’égayer le vol.
-Et il y en a un qui vole les yeux fermés, vous parlez d’un âne ! disaient les hirondelles en riant.
Puis soudain ce fut le silence le plus total, le jour venait de se lever et à perte de vue nos oiseaux ne voyaient que le ciel et la mer sans rien d’autre.
Hora se risqua à monter le plus haut qu’elle pouvait pour voir un petit bout de terre, car la terre est ronde et plus nous montons haut plus nous voyons de choses lui avait dit Malin. Il avait ajouté, mais plus il fait froid et plus l’air se raréfie en oxygène.
À sa grande stupeur Hora ne voyait pas la moindre terre à l’horizon, elle ne savait plus bien où elle allait. Bien vite il lui fallait demander à sa maman que faire.
-Maman je suis perdue, où allons-nous ? demanda Hora
-Ma fille tu ne te souviens plus de la leçon où je t’ai dit de regarder le soleil et de voler toujours au Sud quoi qu’il arrive !
-Donc nous sommes dans la bonne direction puis qu’il ait la mie journée et que le soleil et en plein devant nous ?
-Oui c’est cela ma fille continue et ne changes pas de cape sans cela tu vas manquer les Iles Baléares et nous ne pourrons pas atteindre d’une seule traite l’Afrique.
-C’est encore loin les Iles Baléares ?
-Nous devrions y arriver dans la nuit, tu verras les lumières des villages, et les reflets de la lune et des étoiles sur les rivières et le lac. Achevait de dire la maman à Hora, qui à présent était rassuré.
Le vol continua toute la journée, certaines hirondelles donnaient des signes de fatigue et rasaient les flots au risque de se noyer, les plus habiles se posaient quelques secondes sur les vagues goûtant à l’eau salée de la mer. Mais bien vite avant que leur plumage ne se mouille, il fallait repartir au prix d’un grand effort pour rejoindre le groupe. Déjà les plus téméraires allaient payer de leur vie cet écart.
Hora volait au ras de l’eau en lançant des cris de détresses pour inviter tout le monde à prendre de l’altitude et ne pas céder à la fatigue.
Que cela était difficile de voler si longtemps sans arrêter une minute de remuer les ailes. Mais une force irrésistible poussait nos hirondelles à accomplir cette migration.
Après des heurs de vol de nuit, enfin des lumières scintillèrent sur de calmes étendues d’eau.
Cette fois Hora savait qu’elles avaient atteint leur premier but. Elle donna l’ordre à tous de se poser sur la terre. Ce fut une descente vertigineuse en catastrophe pour la majorité de nos oiseaux complètement épuisés.
Ballot fut le premier à toucher le sol, suivi de Fred qui enfin n’avait plus peur de l’eau. Puis Malin avec sa compagne Clara et le groupe des cinq frères avec les parents atterrirent. Tandis qu’Hora vérifiait que tout le monde avait bien compris qu’il fallait atterrir dans ce secteur.
Il n’y avait pas grand-chose à manger sur cette Ile dévalisée continuellement par les migrateurs de toutes plumes.
Seul le repos était faisable ici, « après nous verrons » dit Hora
Exténuées les oiseux se blottirent les unes contres les autres en attendant que le jour arrive.

Ce matin avant que tout le monde ne réagisse, Hora donna le signale du départ. Certaines hirondelles râlèrent ne se trouvant pas assez reposées. Mais il fallait suivre le groupe sans cela que deviendraient-elles ? Il n’était pas toujours sûr d’être bien accueilli par un autre groupe de migrateurs. Dans le choix était vite fait, il fallait suivre le groupe malgré la fatigue, rien n’était plus possible à présent.
Tout le groupe avait une identification propre à lui-même, plus que jamais il était le groupe des Hirondelles de Picardie et rien d’autre. Sans cela c’était la bagarre. Plus les groupe s’approchait de son lieu de villégiature plus la concurrence avec d’autres groupes devait ardue.
Pour quelle raison Hora avait ordonné le départ si rapide à pêne reposé ? Tous simplement que sa maman lui avait dit de ne pas trop se laisser aller, car le temps pressait pour être bien placé là-bas au Congo, les premières arrivées auront les meilleures places bien confortables.
De plus sa maman savait qui les suivait et connaissait bien ceux qui désiraient prendre chaque année leurs emplacements.
C’était à présent une lutte sans merci pour arriver les premières qu’Hora devait mener d’arrache pied.
Ballot râlait à ne plus en finir :
-Elle est malade notre sœur, moi je n’en peux plus, j’ai au moins perdu 10 grammes et je crève de faim !
-Rassures-toi tu es conçu pour faire ce voyage, donc ne râle pas et vol ! lui répondit Malin valant à ses côtés.
Quant à Fred toujours aussi étourdi, ce dernier cherchait à imiter les vols d’autres vautours qui planaient devant eux.
Hora le rappela à la raison :
-Petit frère ne nargue pas ces oiseux, tu sais bien qu’ils sont nos ennemis. Vol derrière moi et les parents ne t’égards pas du bon chemin, les vautours sont de grands voyous qui ne pensent qu’à nous manger.

Encore une fois, la mer déroulait son tapis de vague bleu sous nos oiseaux qui allaient faire encore un long vol, le ventre vide, avant d’atteindre le ciel d’Afrique et le redoutable Sahara.
Quand le jour fut bien entamé le soleil faisait des effets désastreux sur nos petits oiseaux à bout de force.
Hora se détacha du groupe pour explorer les environs si parfois il n’y avait pas un paquebot pour reposer un peu les hirondelles fourbues.
Rien de visible nulle part, ni au Nord, ni au Sud, ni à L’Ouest, ni à l’Est. Que l’étendue bleue de la mer. Alors Hora décida de monter le plus haut que ses forces lui permettaient. Ce fut loin dans le ciel qu’elle aperçu une petite trace blanche d’écume faite par un paquebot.
Elle descendit en trombe lançant son cri de détresse, invitant toutes les hirondelles à la suivre, direction le bateau.
Ce fut un appontage catastrophique sur le bateau parmi les membres de l’équipage.
Les milliers d’hirondelles se posèrent n’importe où au gré du vent. Bien vite toutes les places disponibles furent occupées par les hirondelles sous l’œil amusé des marins habitués à ce genre d’invasion de leur navire. Ils marchaient en évitant les petits corps pantelants cela ne durerait que quelques heures pour un nouveau départ inopiné des oiseaux quand toutes seront bien rétablies.
-Je crève de faim, jamais nous n’arriverons en Afrique ! clamait Ballot
-Moi, je dis que nous sommes bien sur ce bateau et que nous devrions rester ici, ce bateau va en Afrique donc nous n’avons plus besoin de voler, attendons d’accoster ! disait Fred
-Le bateau va bien moins vite que nous et nous serions morts de faim et de soiffe avant d’arriver en Afrique, c’est pourquoi nous devons repartir le plus vite possible ! dit Malin
-Il a raison ! dirent en cœur les cinq frères !
-Au lieu de bavarder, dormez un peu et souffler détendez vos ailes et taisez-vous ! dit Hora
Quand la nuit sera venue Hora choisira le moment opportun pour déclencher un nouveau départ, cette fois le dernier, car la côte ne devait plus être très loin selon ses calculs et ceux de malin ainsi que de sa maman.
Cette dernière avait souvenir du temps passé ; d’après elle la terre était à une trentaine d’heures de vol.

Minuit l’heure que choisie Hora pour donner le signale du départ, ce fut une envolée timide de quelques éléments seulement, alors elle plongea sur le pont du navire en renouvelant ses ordres de départ. Une à une en râlant un peu toutes les hirondelles quittèrent le navire, sous l’œil attendri des marins.
Cette fois c’était la dernière ligne droite, plein Sud, sur la terre africaine. Le vol avait repris dans avec une certaine allégresse.
Alors toutes les hirondelles se mirent à chanter lorsque le jour laissa entrevoir une petite bande brune à l’horizon indiquant la terre.
-Nous arrivons, terre d’Afrique, bonjour ! Dirent en cœur toutes les hirondelles, même celles qui n’avaient rien vu.
C’était une joie indescriptible au sein du groupe, chacun voulant dire son mot.
Si bien que plus personne ne comprenait ce que son voisin ou voisine voulait dire.
Ce fut la plus belle cacophonie qu’Hora entendait pour la première fois, cela la combla de joie ; Elles étaient enfin arrivées !
Ce ne fut que le soir venu que les premières hirondelles se posèrent sur les contreforts d’une terre sauvage dépourvue de civilisation. Cet endroit avait été choisi depuis la nuit des temps. Il fallait prendre encore un long repos avant d’affronter le Sahara. Les insectes étaient en abondance dans cet endroit. Nos hirondelles allaient s’alimenter et s’acclimater en même temps.
Hora était satisfaite de son premier voyage, elle n’avait fait aucune erreur.

Après quelques jours de repos, Hora décida qu’il ne fallait plus rester ici, mais entreprendre la traversée du Sahara, ce mangeur d’hirondelles. Pour cela elle consulta sa maman.
-Quel sera le meilleur moment pour se lancer dans cette traversée maman ?
-Cette nuit ma fille, nous volerons de nuit de préférence, car le jour le soleil est bien trop cuisant avec ses reflets sur le sable. Il faudra aussi le jour venu se poser qu’en cas de fatigue et de bien faire attention aux filets que les humains disposent pour nous capturer.
-Comment sont-ils ces filets ?
-Invisibles, ma fille, souvent nous ne les voyons que top tard, seulement quand un grand nombre d’entre nous est pris dedans.
-Comment les éviter alors ?
-En ne volant pas trop bas, et bien s’assurer où nous allons nous poser
Hora avait écouté sa maman avec attention et en avait déduit que seule encore une fois la prudence serait leur seule chance de survie.

Alors qu’un petit vent frais se levait direction le Sud, que le ciel était bien étoilé cela semblait être le bon moment.
Hora donna le signal du départ ; ce fut une envolée silencieuse. Les hirondelles savaient l’instant grave et fatidique.
Ce ne fut que lorsque le jour fut enfin arrivé, que nos oiseux s’exprimèrent joyeusement en apercevant les étendus de sable à l’infini.
Ballot se lamentait :
-Il n’y a rien à manger dans ce pays, nous allons mourir de faim !
-C’est peut-être bon du sable, il faudrait le goûter ! dit Fred
-C’est notre route, mes frères et le chemin le plus court pour arriver chez nous ! dit Malin
-Chez nous ? mais chez nous, c’est où nous sommes nés en Picardie ?dit Fred
-Non chez nous c’est aussi le Congo et même le monde entier puisque nous sommes des oiseaux libres de nous envoler selon notre gré.
-À bon ! répondit Ballot est Fred de concert.
-Mes frères et sœurs, le moment n’est pas aux discours, mais à la prudence, regardez où vous allez vous poser pour passer la journée sur le sol en choisissant des endroits ombragés. Méfiez-vous des humains et de tout ce qui est étranger, le danger est grand ici, bien plus grand qu’en Europe. Disait Hora à ceux qui voulaient bien l’écouter.
Puis ce fut la descente en masse sur la rocaille du près Sahara, la dernière halte avant le Congo.
Les petites pattes cherchèrent des roches pas trop chaudes pour se poser. Ce fut une petite bagarre bien amicale, où chacun et chacune s’installèrent le mieux possible pour rester de longues heures le bec ouvert les ailes pendantes à survivre pour un nouveau et dernier départ à la nuit venue.
Fred allait faire la connaissance d’un animal étrange qui lui tira la queue fortement. Cet animal que Fred avait pris pour une hirondelle sans plume et avec un drôle de corps n’était autre qu’un lézard des sables, amateur d’hirondelles dont il faisait à la rigueur son repas.
Il ne du son salut qu’a un bond rapide en avant laissant deux plumes de sa queue dans la bouche du vorace.. Les hirondelles s’enfuirent quelques mètres plus loin.
Il en allait être ainsi pour la plus grande partie de la journée. Les plus faibles se trouvèrent victimes des prédateurs du désert, car dans le désert le moindre être vivant est menacé par un ennemi.
La lutte pour survivre est grande.
Le soir venu avant même que la nuit ne tombe, Hora avait donné le signale du départ, car cet endroit était trop hostile à nos oiseaux.
Bien haut dans le ciel, c’était un soulagement de sentir l’air circuler sur leurs petites ailes les refroidissant un peu.
Et bien vite la fraîcheur de la nuit se fit sentir pour ragaillardir les hirondelles. Cette fois tout semblait aller pour le mieux. Un alizé porteur enveloppait le groupe direction la Congo.
Hora était émerveillé de ce courant d’air frais qui les emportait dans la bonne direction. Elle demanda à sa maman des explications :
-Maman c’est toujours comme ça ce vent qui nous porte dans la bonne direction ?
-Oui, c’est souvent comme ça à cette époque, mais il ne faut pas le rater sans cela il nous faudrait trop attendre qu’il veille bien revenir, et le vent à ses caprices.
Donc la nature aidait nos oiseaux, en avait conclu Hora.

À présent il faisait bien frais et bercé par le courant d’air salutaire, nos oiseaux récupéraient de leur dure journée sur le sol brûlant.
Certains en profitèrent pour dormir en planant, réveillés par instants quand par inadvertance ils venaient à sortir du vent porteur.
Le Congo se rapprochait d’heures en heures, ce jour-là les hirondelles ne se posèrent même pas sur le sol durant la journée.
Elles profitaient du courant d’air ascensionnel leur ami bienfaiteur qui allait les déposer sur les rives du Congo dans un jour ou deux sans qu’elles ne touchent le sol sans manger et boire, ne vivant que sur leurs réserves.
C’était l’ultime effort à faire pour arriver à bon port.

Chapitre VI

Le Congo

Cette fois ce matin quand la terre devint lumineuse éclaboussée d’un soleil nouveau matinal.
Nos oiseux n’en crûrent pas leurs yeux. Fini le désert jaune et aride de sable et de rochers. Une étendue de verdure s’étalait sous elles.
Ce fut la ruée sur le sol les plus rapides partirent avant qu’Hora en donne l’ordre.
Fred l’étourdi fut de ceux-là. Hélas pour lui il ne pu éviter le grand filet qui l’emprisonna avec d’autres téméraires.
Il ne lui restait plus qu’à attendre que les humains poseurs de ce filet ne viennent le recueillir. Pas moyen de dégager ses pattes prisent dans les mailles du filet.
Hora vint le survoler en lui disant :
-Petit frère je te l’avais dit de faire attention aux pièges, maintenant ne t’épuise pas et attend.
-Attendre quoi que les méchants qui ont ce piège me mangent ! je vais mourir petite sœur sans avoir vu le Congo dans toute sa beauté !
-Mais non, attends et essayes de te sauver des mains de l’homme qui te sortira du piège, c’est ta seule chance !
Puis Hora quitta Fred bien triste de ce qu’il lui était arrivé. Elle donna l’alarme rapidement à toutes les hirondelles qui arrivaient. Le piège avait attrapé une dizaine d’hirondelles.

Le groupe d’Hora se posa à quelques centaines de mètres plus loin sur des buissons épineux près d’une grande case, comme lui avait indiqué sa maman, c’était la case de Babakar l’ami des hirondelles.

La maman d’Hora fut la première à retrouver son perchoir favori sur le sommet de la Case de Babakar.
Elle se mit aussitôt à chanter de toutes ses forces, tandis qu’Hora voletait devant la porte de la Case.

Soudain un jeune humain de couleur de peau noire sorti en criant sa joie :
-Venez vite les hirondelles sont de retour, vite les amis sortez et allons voir les filets.
Dans les petites maisons environnant ce fut la fête, des enfants sortaient de partout pour courir au-devant de Babakar.
La course était engagée entre Babakar et les méchants qui avaient posé le filet.

Vous avez bien compris que Babakar était l’ami des hirondelles et voulait libérer celles-ci prisent dans le filet. Tandis que les méchants eux voulaient simplement attraper les hirondelles pour le manger.
Ce fut une course sans merci et la groupe de Babakar arriva le premier. Fred fut le premier libéré des mains agiles de Babakar. Celui-ci tint Fred par ses petites pattes entre son pouce et son index très délicatement en murmurant des mots doux pour calmer Fred. Il lui déposa un baiser sur sa petite tête en feu. Puis le lâchât dans l’espace. Fred était encore tout endolori de sa captivité, mais il était libre.
C’était la fête au village, car les méchants n’avaient rien trouvé dans leur filet.

Alors les hirondelles pouvaient enfin prendre toutes leurs aises dans ce nouveau pays pour les jeunes des couvées de l’année.
Ici les mouches moustiques et autres insectes volants pullulaient. L’air était doux ; un climat idéal pour nos oiseaux.
Fred n’en revenait pas de son contact avec l’humain.
Hora était des plus satisfaits d’avoir réussi à emmener à bon port le gros de sa troupe.
La maman et le papa se félicitaient de leur progéniture. Tous étaient arrivés sains et saufs.
Malin lui ne quittait plus Clara. Les cinq frères et Ballot inventaient des jeux pour passer le meilleur temps possible en cette belle terre d’Afrique.
Tout le groupe ne semblait pas avoir souffert du voyage tellement la joie de se trouver ici pour six mois les réjouissait.
Bien sûr il y avait de petites bagarres pour s’approprier une banche d’arbre, un coin de mur, une poutre de grange un petit marigot.
Mais bien vite ces petits problèmes seraient réglés car il ne manquait pas de place dans cette rive du Congo.
Malin allait pouvoir parfaire ses connaissances et s’inscrire à l’école des hirondelles du Congo, car c’est au cours de ce voyage que les hirondelles apprenaient tout ce dont elles avaient besoins pour mener leur vie de petits oiseaux utile à la planète en débarrassant celle-ci du surplus d’insectes nuisibles.
Ballot, Fred et les cinq frères allaient eux aussi profiter de l’école.
Hora allait aller dans une école spéciale où il était appris la navigation aérienne parfaite, car il fallait déjà songer au retour en Picardie.
Le séjour sera aussi consacré à la formation des couples, pour aller nidifier en Europe.
Gageons qu’Hora conduira pour la première fois le retour chez nous avec autant de succès que pour le voyage du départ au Congo.
Souhaitons que les pièges, le mauvais temps les prédateurs, les humains avec les produits chimiques n’empêchent pas le retour des hirondelles en Picardie, comme elles le font depuis des siècles !

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le mot magique

Le mot magique.

S’il nous était donné à choisir un seul mot.

Je le choisirais sans aucune hésitation !

Je pense qu’il est le plus beau, le plus intelligent que l’être humain ait pu inventer !

Il est sans aucun doute le seul qui puisse rassembler, et faire vivre en harmonie la plus grande partie de gens de différentes confessions ou, de couleurs.

Il permet de faire se supporter les jeunes et les vieux, les beaux et les laids.
Les forts et les faibles. Les cultivés, et les ignares.
Voir même les courageux et les paresseux.

Il aplanit les idées sur les opinions, et les convictions opposées.

Il évite les discordes dans les ménages, et la vie quotidienne.

Avec lui la vie devient plus facile !

Il suffit de l’appliquer dans toute la grandeur qu’il mérite de par son nom symbolique.

Toujours cité, rarement appliqué !

Mais qui est ce mot magique, que tout le monde veut s’approprier ?

Ce divin mot est tout simplement ; la tolérance.

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