Le Marché aux Puces
Journaliste dans un magazine bimensuel, je parcours le monde avec un sac à dos en cuir patiné par le temps et un appareil photographique des plus moderne et des plus compact ce qui me permet très souvent de photographier sans être vue. Depuis le décès de ma femme je voyage encore plus, et je ne vis que dans des hôtels sombres. Avec ma haute taille et mes 110 kg je réussis à passer pour un homme banal qui ne laisse aucun souvenir, grâce à mon » Body Language «
J’étais en reportage en Amérique du Sud, je devais interviewer un éminent professeur sur la transplantation d’organes avec une méthode pas encore appliquée en Europe. Deux heures devant moi, je décidais de flâner parmi cette population multicolore, un Marché Aux Puces m’accueillit au tournant d’une avenue, des marchandises éparpillées sur le sol, des vieux appareils ménagers, des boutiques de chiffonniers avec des habits de toutes les modes, une antre où pèle mêle se mélangeaient des montres et de outils de salles d’opérations. Mon appareil cliquait sans arrêt, ça et là un visage s’éternisait, un chien errant à la queue tordue suivit la photo de deux chaises branlantes d’une époque française. Là, au coin, entre la rue et une impasse sombre un mannequin m’attendait, une femme poupée, celles qu’il y a trente ans portaient les habits à la mode dans les plus grands magasins de l’époque. Je me figeais en statue de marbre…. Est-ce possible ? Même taille, même coupe de cheveux, et la robe, la robe verte que je lui avais offert pour son trentième anniversaire et que j’avais brulé avec toutes ses affaires, la robe verte qui laissait entrevoir sa douce poitrine, la robe verte qu’elle n’avait porté qu’une seule fois à notre dernier diner… Sans m’en apercevoir je photographiais, comme un déchainé, moi qui avait brulé toutes ses photos, mon appareil me l’éternisa sous tous les angles avec sa robe verte….
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