Ante-mortem

Sur ma tombe je veux des roses
Nul n’a besoin de chrysanthèmes
Toutes les fleurs disent « je t’aime »

Sur ma tombe je veux des proses
Nul n’a besoin de faire des vers
Pour adoucir les nuits d’hiver

Je me prenais pour un poète
Je n’avais pas réalisé
Que ça faisait belle lurette
Que je n’avais point pué des pieds

Point pué des pieds, point pué des pieds
C’est difficile à prononcer
Sur ma tombe je veux des roses
Et je veux une jolie prose.

Post to Twitter

La voix d’outre-Savoie

Clin d’œil en direction d’un deuil succédané
De tant d’années recouvrées au seuil de l’automne
Sous couvert d’un rictus damné et condamné
A tâtonner sans fin sous la grisaille atone
D’un air glacial et sec, enveloppe sévère.
C’est véritablement, prémices de l’hiver
La naissance de vents violents et pervers
Mutant les prés joyeux en un vil enfer vert.

Les rafales éhontées d’un ouragan voleur
Ont eu raison des derniers relents de mon cœur.
Plutôt que d’esquisser l’embryon d’un sourire.
Mon âme désormais préférera mourir.

Tempête, Ô temps qui (rompt) ; tempête, t’embêtes tout l’monde
De tes tourbillons fous, de tes borées immondes
Orage, Ô désespoir ! (Il fallait que j’la fasse
Un peu d’humour n’a jamais fait perdre la face)
N’ai-je dont tant vécu que pour cette avarie ?
Enfermé en enfer mais jamais aguerri
Je subis tes caprices et Capri c’est fini
Car c’est à Rimini que naquit Fellini.

Les rafales éhontées d’un ouragan voleur
Ont eu raison des derniers relents de mon cœur.
Et puisque le tourment n’a pas de ministère
C’est mon âme qui va dévoiler le mystère :

La tempête en Savoie perturbe de sa voix
Le silence si lancinant et nous envoie
Des accents de Russie et dans cette rue-ci
Ou dans cette allée là où j’ai connu Lucie
(Elle et moi, quel émoi !) Il se crée en secret
Un crépuscule infâme, un destin échancré
Prémisses avérées pour amours impossibles
Que les affres de l’orage ont choisis pour cible.

Les rafales éhontées d’un ouragan moqueur
Ont eu raison des derniers relents de mon cœur
Sous une pluie de pleurs ma jeunesse s’éperd
Mon âme aigrie s’enfuit et délaisse ses pairs

A savoir que sa voix résonnait dans ma tête
Ma jolie savoyarde avait l’esprit en fête.
On s’est aimé de Pâques jusqu’à la Toussaint
Tout simplement. Elle était mon petit poussin
J’étais son spadassin mais le soleil un jour
Cet astre bienveillant pour notre bel amour
A quitté la cité. De celle que j’aimais
Éloigné à jamais, je errais je ramais …

Les rafales éhontées d’un ouragan farceur
Ont eu raison des derniers relents de mon cœur
Sous les foudres des cieux tumultueux et froids
Mon âme torturée a sombré dans l’effroi.

Te voilà à présent mon complice d’un soir
Je t’ai dévoilé la mon complet désespoir
Tu n’as pas tout compris et je t’en félicite
C’est moi qui n’ai pas été assez explicite
Mais essaie un instant, un court instant seulement
De te mettre à ma place et capter mon tourment
Pour ce faire, librement, sans obstacle et sans frein
Il te faut tout d’abord entrer dans le refrain

Les rafales éhontées d’un ouragan rageur
Ont eu raison des derniers relents de ton cœur
Sous les foudres des cieux tumultueux et froid
Ton âme torturée a sombré dans l’effroi

Et sous le vent gourmand, imagine le temps,
Ce tangage de vie : tu attends le printemps
Tu t’engages dans l’eau perturbée de l’étang
Dans les temps, haletant, et tu espères tant
Le retour du beau temps qui te rendra ta mie
Le temps de faire l’amour, nus sur un tatami.
C’est dans cette anxiété que ton esprit divague
T’enlisant, en lisant les tansons de ces vagues …

Post to Twitter

L’homme et l’oiseau

Première version:

Quatre murs griffonnés et rayés et mal peints.
Une fenêtre à barreaux et une porte blindée
Et, gelé dans son coin, un homme qui a faim.
Un oiseau qui se pose sur les barbelés.

L’oiseau s’est arrêté au bord du soupirail.
L’homme l’a regardé, allongé sur la paille.
L’oiseau s’est envolé vers d’autres destinées
Et alors, triste et seul, l’homme s’est mis à rêver.

Il rêvait qu’il était jadis cet oiseau pur
Qui s’envolait ainsi de masure en masure
Et qui faisait comprendre aux gens la liberté.

Les gens le regardaient puis lui tournaient le dos
Les gens se détournaient, n’écoutant pas ses mots.
Le bonheur on s’en fout ! Nous, on a la fierté.

Version remaniée (40 ans plus tard)

Le vent des hauts sommets en ce matin d’automne
Fait glisser lentement l’air probe des glaciers
Dans le cachot maudit. Les rafales entonnent
De rudes mélodies sur les barreaux d’acier.

Ici est enchaîné depuis nombre d’années
L’homme au visage inerte et au regard distant
Fixé sur les relents de son âme damnée,
Fanée, et délestée de ses rêves d’antan

Un oiseau s’est posé au bord du soupirail
Son ombre a caressé l’homme assis sur la paille
Puis il s’est envolé vers d’autres destinées

Durant ce court instant l’homme s’est souvenu
Du prix qu’il dût payer pour n’être parvenu
A crier « Liberté ! » dans ce monde obstiné.

Post to Twitter