A propos Evelyne Patricia Lokrou

Je suis un auteur, née un 16 octobre, à Abidjan en Côte d'Ivoire, diplômée de L'Université de Montréal. Je suis publiée par les Éditions Thélès, Elzévir et Edilivre. Mes oeuvres sont: L'Autobus du village et autres nouvelles (recueil); Royaume (recueil); Amour et recueillement (poésie-peinture); Comme un poème (poésie); La dispute (pièce de théâtre); Le don ( nouvelles). J'écris des contes, poèmes, nouvelles, pièces de théâtre, romans,....Merci. http://evelynepatricialokrou.over-blog.com/ http://www.facebook.com/pages/Evelyne-Patricia-Lokrou/203510286330698

La mort de la fiancée

La fiancée oubliée

Dans le brouillard noir

Râle son agonie

Sur les chemins des ombres.

Les sanglots libérés

Sur la belle sans vie

Dans la ville du désespoir

Atteignent le ciel sombre

Aux mille étoiles éteintes.

Comme une âme éteinte

Dans le glacial cimetière

Le fiancé verse des larmes amères.

Dans une sage prière

Il réclame encore amer

Le repos éternel

Pour sa bien-aimée dans le gouffre

Et il souffre

Pour sa chère Isabelle.

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Sans Objet

 Ma vie est une chanson triste

Dont les rimes éteintes

S’épuisent comme l’eau rare d’un puits.

Mon existence est un soleil sans éclat

Une lumière sans importance

Pour ce monde dur et froid.

Mais mon coeur est une promesse

Dont  le ciel se réjouit.

Il est une douce musique au milieu du désert.

Une musique tendre pour mon âme.

(Un poème tiré de mon livre Comme un poème (un recueil de poèmes) publié par les Éditions Edilivre.)

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L’Alzheimer

Il neige en mon cœur
Cet après-midi d’hiver
Il neige en mon cœur
Cet après-midi froid

Et comme un vil voleur
Le bonheur fuit loin de moi
Et mon rêve doux
N’est plus que tristesse pour vous
Mon pauvre amour jaloux

Il neige en mon cœur
Cet après-midi d’hiver
Il neige en mon cœur
Cet après-midi froid

Et ma mémoire sans gloire
Ne me laisse qu’un faible espoir
De vous revoir encore
Avant que de perdre la tête à jamais

Il neige en mon cœur
Cet après-midi d’hiver
Il neige en mon cœur
Cet après-midi froid

Et la parole n’est plus qu’un souvenir lointain
Que votre sourire ressuscite parfois le matin
Quand les mots s’entremêlent
Et les gestes s’emmêlent
Dans un vacarme sans fin.

Il neige en mon cœur
Cet après-midi d’hiver
Il neige en mon cœur
Cet après-midi froid

J’étais professeur d’histoire
Aujourd’hui je n’ai plus d’histoire
Et mon cœur n’est plus qu’un champ désert
Que les vagues de sable emportent loin dans le désert.
Et mes projets ne sont que des rêves d’histoire.

Il neige en mon cœur
Cet après-midi d’hiver
Il neige en mon cœur
Cet après-midi froid

Et, il neigera encore et encore
Jusqu’à ma fin prochaine
À moins que………….

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Poème pour Baudelaire

Comme de longs échos fragiles
Et parfaitement liés à la vie
Les sons se confondent
Dans un mariage habile.
«Les parfums, les couleurs et les sons se répondent»,
Comme le disait Charles dans son «Correspondances»,
Dans une sensuelle, parfaite et sincère harmonie.
Comme il est bon de prendre l’air
Et de s’unir dans une belle danse
Pour oublier notre mémoire fragile
Et rendre un ultime hommage à Baudelaire.

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Déprime d’un coeur solitaire

Dans un coin de ton immense solitude,
Assis avec toi, pour seule compagnie,
Tu recherches, dans ta mélancolie,
Le souvenir, clair ou imprécis,
D’un amour autrefois partagé.
Et le jour qui décline, sur ta triste solitude,
Par la fenêtre fermée,
Sur un soir tout chagrin,
Te rappelle que l’amour, hélas, a une fin.

 ( Un poème tiré de mon livre Amour et recueillement (poésie-peinture) publié par Les Éditions Elzévir)

 

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La Belle

L’année 1960 voit le jour. La Côte d’Ivoire, ancienne colonie française, devenue République autonome, est entre les mains de Félix Houphouët-Boigny, le premier président, qui doit assurer son destin entant que pays indépendant. Abidjan, «la perle des lagunes», capitale économique et politique, qui s’embellie comme elle le peut, a l’honneur d’abriter les festivités.

***

Alfred Koudjo, jeune homme, grand, mince, idéaliste, a vingt cinq ans. Avec fierté, il voit son pays se construire, petit à petit, comme le fait un oiseau pour son nid.

Lors d’un voyage en France, pour des études en littérature, il rencontre une française du doux nom de Francette Dutronc. Il en tombe profondément amoureux. Malgré les préjugés sur le mariage mixte, les deux tourtereaux s’épousent, trois ans plus tard, le 25 juin 1963. L’année suivante, leur premier enfant naît. Nous sommes en 1964, les fêtes tournantes prennent place. La Côte d’Ivoire souhaite «L’unité nationale» et le développement uniforme de toutes les villes ivoiriennes.

Alfred et son épouse, heureux parents, prénomment leur fils Jacques, comme le défunt père de Francette. Trois autres enfants verront le jour : deux filles et un autre garçon, Jeanne, Lucie et David. Des années de bonheur s’installent, bientôt. Les rires fusent dans tous les recoins de la maison familiale. Aucun nuage ne semble planer au dessus du foyer. Pourtant, un jour, Francette abandonne son mari, ses enfants et retourne en France, sans donner d’explication. Elle meurt, trois mois plus tard, d’un cancer du sein, sans avoir revue son époux et ses enfants.

Alfred, malheureux, rencontre une jeune femme Baoulé, de dix ans sa cadette. Il  se remarie. Adjoua lui donne des jumeaux, une fille et un garçon, appelés Akissi et Konan. Mais, Adjoua meurt, à son tour, dans un accident de la route. Alfred se retrouve seul pour élever ses six enfants. Heureusement, les plus âgés l’aident à s’occuper des plus jeunes. Les aînés deviennent des mères pour les jeunes enfants. Ils les guident, les nourrissent, les surveillent, les encadrent….Alfred, soulagé d’un poids, parvient à assumer mieux son rôle de père. La joie qui se lit sur le visage de sa progéniture lui confirme qu’il a la situation bien en main.

***

Unité, stabilité, discipline, travail, prospérité, fraternité sont les buts recherchés par le gouvernement ivoirien. Les fêtes anniversaires tournantes sont établies. Le principe est unique au monde. Bouaké en est la ville inauguratrice. Pendant toute la journée, des manifestations ont lieu, au grand plaisir des habitants qui se réjouissent de l’expérience. La formule, concluante, est appliquée dorénavant : Korhogo, Abidjan, Daloa, Abengourou et Man abritent l’événement tout au long des années 60.

En 1964, à Bouaké, l’histoire de la Côte d’Ivoire, prend un tournant important : développer «l’intérieur» du pays, avec les fêtes tournantes. Ce quatrième anniversaire du pays est une réussite, un succès. En 1965, c’est à Korhogo, «chef-lieu du département du Nord», malgré des moyens modestes, que la fête est célébrée dans l’allégresse générale, grâce à l’ardeur et au civisme des habitants. Important défilé, retraite aux flambeaux, danses folkloriques et grand bal font la joie des «enfants de la savane» ; des villas remplacent les cases, les rues sont refaites. Korhogo fait preuve d’enthousiasme, de foi et de patriotisme, ce qui enchante le président ; «300 soldats «Voltaïque» prennent part au défilé». En 1966, Abidjan célèbre à nouveau la fête. Ce sixième anniversaire de l’indépendance est sous le signe de «l’unité», de la «stabilité» et de la «fraternité». Les présidents du Togo, du Dahomey et de Mauritanie y assistent.  C’est «un jour de fête et de clémence» : des prisonniers sont libérés. Le président s’adresse à la nation en ces termes : «Que chacun de nous pense et agisse en Ivoirien, par un dépassement constant de lui-même et par un constant et fraternel dialogue avec les autres, à quelque titre, catégorie professionnelle ou sociale qu’il appartiennent. La stabilité à laquelle nous agissons ne peut être que le résultat d’une politique de paix, de progrès, de justice, d’égalité, de solidarité et de fraternité.» En 1967, c’est au tour de Daloa, «capitale du département du Centre-Ouest en plein centre du pays Bété», d’accueillir la fête. Plusieurs centaines de milliers d’Ivoiriens, de nombreux invités du gouvernement sont présents. Daloa, pour réjouir ses invités, réalise le bitumage des principales rues de la ville, construit un hôtel et un stade omnisports, en plus de remplacer les cabanes par des bâtiments confortables. En 1968, Abengourou, « grande métropole de l’Est et capitale de l’Indénié», comme toutes les autres villes, donne un cachet particulier à la fête. Pour recevoir le président et ses hôtes, Abengourou se dotent de toutes les infrastructures administratives, économiques et sociales ; elles s’occupent des infrastructures routières et hôtelières. En 1969, Man, «chef-lieu du département de l’Ouest devient la capitale de la Côte d’Ivoire tout entière.» Les 18 montagnes reçoivent les populations. Les maisons, les rues, le stade sont rafraîchis pour donner un aspect moderne. Mais, la plus grande réalisation est sans aucun doute la mise en service d’un faisceau hertzien : Abidjan-Bouaflé-Daloa-Man et d’une centrale téléphonique automatique de la ville de Man. «Ce faisceau constitue l’annonce des futures liaisons internationales avec Monrovia et Dakar.» Le président affirme : « Malgré ses faiblesses et ses lacunes, la Côte d’Ivoire deviendra toujours plus belle et plus prospère grâce à l’action sacrée de tous ses fils.»

Défilés, danse folklorique, grand bal, construction d’hôtels, de stade omnisports, de villas à la places des cases ; de bâtiments confortables à la place de cabanes, réparation des rues, bitumage, libération de 96 détenus politiques, mise en place de faisceau hertzien et d’une centrale téléphonique automatique…marquent ces années d’allégresse, de foi et d’enthousiasme populaire. Chaque ville tentant le pari de séduire, de plaire et de se développer autant que les autres. D’ailleurs, certains représentants de pays voisins assistent à ces célébrations nationales avec un regard émerveillé et une envie de suivre les progrès et le développement harmonieux et continu du pays hôte.

La Côte d’Ivoire, prend de l’âge, Alfred, aussi.  Il voit, avec humour, satisfaction et fierté, son pays se développer progressivement et aspirer à une existence plus rose, plus rayonnante. Les mots du président Houphouët-Boigny pénètre son âme comme des lames de couteaux : « Jeunes et anciens, des campagnes et des villes, jurons de rendre, par notre travail, dans l’union et la discipline, notre Côte d’Ivoire bien-aimée, toujours plus belle, plus prospère, plus unie, plus fraternelle.»

***

Gagnoa est choisie pour la fête des dix ans d’indépendance du pays. Le bilan de cette décennie est positif. «Cette escalade dans la réussite est inhérente au développement de la Côte d’Ivoire qui, chaque année, doit montrer au cours des fêtes anniversaires de l’indépendance, les progrès accomplis. Il ne fait l’ombre d’aucun doute que le onzième sillon sera plus profond que ceux des dix dernières années.» [1] «Ayamé I et Ayamé II voient le jour. San-Pedro et Kossou s’imposent comme les deux plus importants projets jamais entrepris par la Côte d’Ivoire indépendante.» La «Paix» devient le mot d’ordre de la Côte d’Ivoire. Parce qu’aucune réussite, aucun développement ne peut se faire sans cet élément crucial. « La paix n’est pas un vain mot, c’est un comportement» dit Houphouët-Boigny. Bondoukou, Odienné, Abidjan, Dimbokro, Séguéla et Katiola accueillent la fête dans ces années 70. Mais bientôt, pour des raisons d’accommodement, la formule change. En effet, le 7 août est la date historique, mais le 4 décembre est la déclaration de la République de Côte d’Ivoire. Aussi, le pays trouve le juste milieu. Le 7 décembre, une date qui convient à toutes les couches socioprofessionnelles : les élèves, les professeurs, les paysans,…, est retenu ; la date est choisie également pour son climat plus clément. Abidjan célèbre par deux fois l’importante fête. Dans son message de l’An 17 de l’indépendance, le président s’adresse à son peuple en ces termes :«Pour un pays neuf qui a surmonté ses maladies d’enfance, résisté aux tempêtes monétaires et économiques, accumulé un capital substantiel de connaissances et d’équipements, acquis, avec de nombreux amis, une stature internationale respectée, c’est aussi le moment de se garder des mirages trompeurs, de maîtriser ses défauts, inhérents à toute entreprise humaine, et de redoubler d’efforts pour mettre en valeur les richesses que Dieu et la nature lui ont confiées et assurer avec sa propre existence, un avenir de paix et de prospérité pour ses enfants.»

En 1970, Gagnoa, «jeune préfecture» est choisie pour lancer la nouvelle décennie. C’est le temps des bilans. Dix années d’indépendance, dix années de souveraineté nationale et internationale sont à la porte du pays. C’est l’âge d’un État, d’une nation responsable et consciente. On parle des «sept merveilles de Gagnoa» pour désigner la résidence du chef de l’État, le stade omnisports, l’avenue triomphale et les deux lacs artificiels. En 1971, Bondoukou a la responsabilité des fêtes. La résidence du président, la préfecture, le centre artisanal, l’Hôtel Mont Zanzan placent Bondoukou sur la carte nationale. En 1972, Odienné, « la capitale de l’extrême Nord du pays», plus belle, célèbre la fête à son tour. Le nouveau marché, l’hôtel des Frontières, la résidence du chef de l’État, la nouvelle mosquée et le nouveau complexe sportif donnent à la ville l’aspect moderne tant désiré pour accueillir la fête la plus importante du pays. En 1973, Abidjan (Adjamé) a encore le privilège de recevoir les populations, pour cette fête d’indépendance tant attendue. La fête revient à Abidjan et y reste pendant trois ans. On parle plus ou moins déjà d’austérité : «la grande sécheresse et ses effets n’épargnent pas nos régions, la crise monétaire inquiète le monde entier et les pays sous-développés tout particulièrement.». Le pays a préféré « la fête de famille» aux «manifestations de prestige». Malgré tout, Abidjan fait peau neuve ; les grandes artères de la ville sont élargies et refaites, évitant les embouteillages. La maturité des Ivoiriens se révèle. C’est un climat de détente, et non de gâchis et de dépense excessive, qui règne. En 1974(Treichville) et en 1975 c’est encore Abidjan qui célèbre la fête. Elle inaugure la nouvelle formule, celle du 7 décembre, en remplacement du 7 août. En 1976, Dimbokro prend le relais. Elle célèbre la fête de «la liberté» et  s’enrichie de nouvelles infrastructures. Cette fête reste mémorable. En 1977, c’est le retour à Abidjan (Adjamé). La Côte d’Ivoire a dix sept ans. Elle fête sa stabilité politique et sa maturité, même si elle est dans l’âge des tentations, des faux pas et des mauvaises expériences. En 1978, Séguéla, capitale du worodougou, «ouverte à la fois sur la savane et sur la forêt», revêt ses plus beaux atours. Les maisons sont dépoussiérées et  repeintes. Séguéla construit des villas, grand standing, des voies express, un boulevard pour mieux recevoir ses invités. En 1979, Katiola, bien connue pour ses poteries traditionnelles, son centre de céramique et aussi pour sa cathédrale, accueille la fête. En parlant d’elle, le président dit : « Katiola est devenue maîtresse de son destin et de ses choix, une ville moderne, un marché très actif, une étape et un carrefour qui comptent sur les voies qui conduisent, par-delà nos frontières du Nord, vers les pays frères du Mali et de la Haute-Volta»

« Dix neuf ans d’indépendance, dix neuf ans de stabilité, de réalisme et d’union, mais surtout plus de trente ans de fidélité aux idéaux du PDCI-RDA et à son président : voilà ce qui est célébré le 7 décembre 1979 à Katiola.»

On parle de conjoncture économique partout dans le monde. La crise en Côte d’Ivoire se traduit par une baisse considérable des revenus de l’État. Le café et le cacao connaissent une chute vertigineuse. La montée du dollar et la hausse des taux d’Intérêt alourdissent le poids de la dette du pays. A cela s’ajoutent la sécheresse, les feux de brousse,….Le pays reste solide et cherche à avancer et à progresser dans le succès. «Austérité, rigueur  et solidarité sont au programme. Le train de vie de l’État est réduit : coupe dans le budget de fonctionnement, sélection des activités nouvelles, limitations du recours aux emprunts extérieurs, chasse au gaspillage et aux fraudeurs, réduction du nombre des fonctionnaires et plus de fêtes tournantes.»

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Malgré tout, en 1980 et en 1981, les Ivoiriens ont droit à des fêtes nationales grandioses, mais marquées par la rigueur et l’austérité.  Koumassi et Marcory bouclent donc la boucle des fêtes tournantes avec de grands défilés militaires et civils, le défilé des chars avec un échantillon des différentes richesses du pays, et les danses traditionnelles précédées des retraites au flambeau dans la nuit du 6 au 7 décembre.

Les années 80 sont marquées par l’arrivée de plusieurs danses et manifestations culturelles. Variétoscope, Podium et wozo vacances sont très populaires auprès des jeunes. Les vacances scolaires sont attendues avec impatience par les élèves.

En 1987, Jeanne, comptable, convole en juste noce avec un professeur d’histoire. Alfred est heureux et émue. Il conduit sa grande fille à l’autel, sans oublier de lui prodiguer les conseils d’usage et de lui donner la bénédiction paternelle. La jeune mariée, vêtue d’un pagne Kita et de bijou en or, avance avec assurance aux côtés de son époux, également vêtu d’un pagne Kita. Les couleurs chatoyantes donnent le sourire aux nombreux invités, tant les époux sont beaux. Le mariage à l’église suit le traditionnel. La robe, blanche et séduisante, de Jeanne est celle d’une jeune princesse.

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En 1993, le Président-fondateur de la République de Côte d’Ivoire, Félix Houphouët-Boigny meurt. En 1994, Yamoussoukro accueille ses funérailles. La cérémonie a  lieu en présence de 27 chefs d’État et de représentants de 120 autres pays. Le nombre total d’invités s’élève à 7 000 et le coût de la manifestation est estimé à environ 630 millions de francs CFA. La Même année, le franc CFA est dévalué.

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Assis dans son confortable fauteuil, Alfred lis « Les soleils des indépendances», le chef d’œuvre de son écrivain préféré, Ahmadou Kourouma. Ses enfants sont tous mariés et autonomes ; ils ont chacun une belle situation : Jacques et David sont médecins ; Konan est militaire ; Lucie, professeure de mathématique ; AKissi, professeure de français. Alfred a donc tout le temps pour son plaisir quotidien, la lecture. Les heures passent sans qu’il s’en aperçoive, tant il est concentré et captivé par l’histoire. Nous sommes à la fin des années 90  et pourtant le récit de Kourouma, écrit en 1968, semble encore présent.

Soudain, un bruit inhabituel fait sursauter Alfred. Les fêtes de noël sont dans deux jours, cela ne peut pas être les tirs de pétards d’adolescents qui jouent. Le son est bien plus prononcé. C’est un coup de feu qui vient de se faire entendre. «Qu’est ce qui se passe ?», s’interroge Alfred.

Lentement, il se dirige vers la fenêtre du salon. Il soulève délicatement un côté du rideau, avant de jeter un coup d’œil furtif dehors. Ce qu’il voit le laisse sans voix. Des hommes en uniforme militaire, des armes à la main, mettent un homme, son voisin, en joue. Le cœur battant, les mains moites, Alfred retient sa respiration. Discrètement, il s’éloigne de l’étoffe. Il transpire à grosses gouttes. Il est triste et inquiet pour le voisin, marié et père de trois filles, qu’il ne peut aider. Que faire ? se demande-t-il. Ce sont des militaires, je ne peux appeler la police. Ils sont probablement de mèche. Que Dois-je… et que puis-je faire ?

Il  n’a pas le temps de répondre, quatre autres coups de feu se font entendre. Alfred est convaincu que ses voisins sont morts.

Il rentre dans sa chambre et se couche sur son lit. Il tente, tant bien que mal, de trouver le sommeil. Sa nuit est agitée et cauchemardesque. Le lendemain, il appelle chacun de ses enfants- par chance il parvient à le faire- et leur interdit  de sortir de leur maison ; il leur explique, presque dans un murmure, la situation. Ils sont paniqués et angoissés, mais contents de le savoir en vie.

A midi, en évitant d’attirer l’attention sur sa maison, Alfred écoute les nouvelles à la radio. Il a la confirmation d’un coup d’État contre le gouvernement d’Henri Konan Bédié, par l’officier général, Gueï Robert.  Ses voisins, proches de la politique, le mari était député, sont les premières victimes. Ses jeunes filles, âgées de onze, treize et quinze ans, grâce au ciel, sont épargnées, mais traumatisées par les évènements de la veille.

Les jours suivant, peur, crainte, inquiétude, difficulté à communiquer, à manger, à vivre sont le lot quotidien d’Alfred. Le couvre-feu met le couvercle sur la marmite de son malheur. « Le vrai bonheur on ne l’apprécie que lorsqu’on l’a perdu. Faisons en sorte que nous n’ayons jamais à le perdre, mais à l’accroitre sans cesse. » [2]

***

Le coup d’État est déjà loin derrière. Malheureusement, il ne se termine pas sans drame, puisque Robert Gueï et sa femme Rose sont assassinés, comme d’autres personnes. Peu à peu, la situation revient à la normale en Côte d’ivoire. Le calme s’installe. Laurent Gbagbo est élu président de la république, le 26 octobre 2000. Même si la paix est encore fragile et les coups d’État encore possibles, tout se passe mieux dans le pays, jadis réputé pour être le plus pacifique et le plus stable de l’Afrique de l’ouest.

Alfred décide de partir en voyage, pas loin. Il visite la capitale politique et administrative de la belle Côte d’Ivoire, Yamoussoukro. Il se recueille, en fervent catholique, dans la basilique Notre-Dame de la Paix et apprécie l’intérieur du plus grand édifice religieux chrétien au monde. Il est impressionné également par les caïmans du lac, par l’hôtel des parlementaires, l’hôtel président, la fondation Félix Houphouët-Boigny et par le Parc Animalier d’Abokouamékro. Son séjour est un délice, un régal pour les yeux. Les nuits, grâce aux nombreuses lumières, sont féeriques. Alfred retourne à Abidjan avec pleins de souvenirs dans la tête et des photographies.

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Hommes, femmes et enfants, devant le drapeau, orange, blanc et vert, entonnent l’Abidjanaise, d’une même âme, avec foi et ferveur. Jamais l’hymne nationale n’a été aussi belle. Comme une colombe dans le ciel bleu, en ce 7 août 2010, les voix volent haut et se répondent, agréables et confiantes. Le soleil brille dans les cœurs les plus endurcis; les sourires se dessinent sur les visages, même les plus sérieux. L’heure est à la fête. Le cinquantenaire n’est pas une simple date sur le calendrier, c’est une occasion de se réjouir d’abord d’être en vie entant que peuple et entant que culture.

 « Salut ô terre d’espérances, /Pays de l’hospitalité, / Tes enfants remplis de vaillance/T’ont ramené la liberté. /Tes fils chère Côte d’Ivoire, /Fiers artisans de ta grandeur/Tous rassemblés pour ta gloire,/Te bâtiront dans le bonheur./Pour ta grandeur riche et noble patrie,/Nous marchons de l’avant pleins d’amour et pleins de foi./De cœur unis au cours de notre vie, /Nous œuvrons dans l’honneur pour le juste droit./De cœur unis au cours de notre vie,/A tes appels nous serons tous présents./A toi noble Côte d’Ivoire/Ô grand pays des bonnes gens/Nous apportons dans la victoire/L’hommage de nos cœurs ardents/Dans l’amitié des peuples frères/Dieu, guide nous vers l’idéal/Soumis à la devise chère :Union, discipline et travail.» Les ivoiriens chantent à haute et intelligible voix, comme pour réveiller les anges, les ancêtres, les disparus, qui tous sont présents dans l’esprit collectif. La photographie du père de la nation, le «vieux, le sage», comme on le surnommait, est partout dans la ville d’Abidjan. Plus que jamais, Félix Houphouët-Boigny est vivant, comme le 7 août 1960.

« Quand on ne sait où l’on va, qu’on sache d’où l’on vient » [3] , se remémore Alfred.

***

«Alfred Denis Koudjo est le nom que m’a donné mon père à ma naissance, en 1938. C’est un planteur courageux, persévérant et passionné, qui a appris à lire et à écrire sur le tas. Il cultive du cacao, du café et des bananes. Ma mère, qui élève aussi des poules, vend le fruit de la récolte et des œufs au marché. A l’âge de douze ans, je l’accompagne, mon panier à la main. Mes frères et sœurs aident ma mère à la cuisine et mon père aux champs, moi je suis ma mère au marché. Je suis le troisième d’une famille de dix enfants: trois filles et sept garçons. Je vais à l’école tous les jours, mon père l’exige ; il est catégorique là-dessus, il faut de l’instruction pour ses enfants, filles comme garçons doivent être éduqués, instruits. A quinze ans j’hérite de mon premier lopin de terre ; je décide de planter des ignames. C’est à cette période que mon père meurt de la fièvre typhoïde, non sans m’avoir donné comme conseil de continuer les études. Ma mère le rejoint, deux ans plus tard. Elle meurt piquée par un serpent venimeux ; la même chose arrive à deux de mes frères, des jumeaux. En 1958, je quitte mon village natal, d’Abengourou, pour Abidjan. Quatre ans plus tard, je pars pour la France pour étudier Molière, Sartre, Hugo…..C’est là que je rencontre l’amour….La suite vous la connaissez. Je suis vieux aujourd’hui, mais mes souvenirs sont ma Vie et mon espoir dans ce monde qui change si vite. On ferme un peu les yeux et déjà c’est un autre monde qui naît. La Côte d’Ivoire fait peau neuve chaque jour, on ne sait quel sera sont destin. Comme une personne en pleine évolution, elle grandit, se trompe, change, recommence sans jamais fléchir ni se décourager, d’ailleurs ne dit-on pas «découragement n’est pas ivoirien ?».Depuis l’indépendance, la Côte d’Ivoire, La Belle, ne cesse d’évoluer vers son destin. Elle s’est égarée pendant un temps, s’est disputée avec les règles politiques et maintenant plus sage et plus adulte, elle se calme et cherche avec force à repartir du bon pied pour mieux diriger son énergie et sa force. Elle n’est plus une enfant, plus une adolescente, mais une adulte qui sait maintenant avec certitude ce qu’elle veut, désire et attend de la vie. C’est pourtant une jeune adulte qui a encore beaucoup à apprendre de la vie.»

***

Dans le taxi orange qui le conduit vers sa petite fille, Alfred regarde le paysage, qui défile devant ses yeux toujours aussi émerveillés. «Akwaba», pense-t-il. Les infrastructures d’Abidjan, capitale économique, la troisième capitale du pays, sourient à son passage, comme pour lui dire la bienvenue, elles aussi. L’hôtel Ivoire, le pont Houphouët-Boigny, le pont De Gaulle, la Cathédrale Saint-Paul, la lagune ébrié, les Tours du plateau,…..sont des régals pour l’œil. À la radio, tour à tour, Alpha Blondy, Aïcha Koné, Gadji Céli, Magic System, Meiway, Tiken Jah Fakoly… chantent pour ses oreilles à l’écoutent.  Alfred a le cœur battant. Un événement, qu’il attend depuis des années, vient de se produire. Il est à la fois heureux et inquiet. «Serai-je à la hauteur», se demande-t-il.

La voiture s’arrête enfin. Alfred paye ce qu’il doit avant de se diriger, d’un pas assuré vers son destin. Il est aussi heureux que lors de la Coupe d’Afrique des Nations organisée au Sénégal en 1992, lorsque la Côte d’Ivoire a battu le Ghana d’Abedi Pelé, en finale.

Avant même de voir Julie, ses yeux se couvrent d’eau. Les larmes coulent sur ses joues. Il est ému. Rien ne peut être plus beau qu’une journée pareille ; rien n’est plus précieux que le cadeau qui est le sien, en cette belle journée de fête.

« Je suis l’homme le plus comblé de la terre. C’est un événement qui se produit qu’une fois dans la vie. On appelle cela « une coïncidence heureuse». Je suis heureux car mon pays vie une journée inoubliable dans sa jeune vie d’indépendant. Ma petite fille, elle aussi, vit quelque chose d’unique dans sa vie de femme. Qu’elle joie pour moi d’être le témoin de ces deux cadeaux ; un témoin et un acteur choyé par la vie, en cette belle journée. Je ne céderai ma place à personne. Je suis trop fier et trop heureux de voir la Belle, qui revient de loin, retrouver son chemin et retourner progressivement vers le succès et la prospérité.

***

Le beau temps plane au dessus du Centre Hospitalier Universitaire de Treichville. Comme toujours, des médecins, en blouse blanche, viennent et partent. Il est midi; l’heure du dîner vient de sonner. Chacun s’apprêtent à casser la croûte.

Dans une chambre, jour du cinquantenaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, une jeune femme de vingt cinq ans donne naissance à une petite fille, symbole d’une république jeune et belle, qui sera baptisée, Kouassi Koffi Claire. Le nouveau né, comme si elle n’avait pas mangé depuis des jours, se suce les doigts avec insistance.

-          Que mangeais-tu, ma fille, pour qu’elle soit si affamée ?

Heureux, l’arrière grand-père, Alfred, âgé de quatre vingt cinq ans, excellent conteur, décide de raconter l’histoire de son peuple aux jeunes présents sur les lieux.

« Un peuple, qui ne connaît pas son histoire, est un peuple sans mémoire et sans espérance. C’est un navire sans boussole et sans destination, un navire en errance.» [4]

«Les années soixante, commence-t-il, brillent de tous leurs feux. L’air est aux changements. Les pays africains aspirent à une autonomie politique et sociale. Le désir de tenir son destin dans ses mains habite le continent. Chacun cherche à se libérer des chaînes étouffantes de l’occident avec la force d’un tigre et la détermination d’un éléphant. La Côte d’Ivoire obtient la sienne le 7 août 1960, le cœur réjouit……

***

La Côte d’Ivoire libre, autonome, devient prospère. La Belle peut enfin respirer et rechercher son essence, celle qu’elle a toujours incarnée depuis ses débuts de vie : la Paix durable et véritable ; la paix qu’elle contribue à offrir aux pays de l’Afrique lorsqu’elle intervient dans le maintient de la dite paix. Les célébrations de l’Indépendance acquise peuvent se faire désormais de façon plus grandiose et non plus sobre et austère, des années 80, puisqu’elle est à nouveau un havre de paix. Mais, il n’est bon pour personne de s’endormir sur ses lauriers. Il faut au contraire réagir à chaque changement mondial, à chaque intervention nationale. Il faut vivre avec son temps et vivre son temps. Union, discipline et travail prendront alors un sens avec un climat politique serein. La fête de l’indépendance sera toujours un grand moment de liesse populaire, dont se réjouira la Belle Côte d’Ivoire !

Fin


[1] Moussa Comara, préfet de Bondoukou en 1971.

[2] Paroles de Félix Houphouët-Boigny.

[3] Ahmadou Kourouma dans En attendant le vote des bêtes sauvages.

[4] Samba Diarra, dans Les faux complots d’Houphouët-Boigny.

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