Tu lui ressembles

 

Tu lui ressembles comme ça,
Les plaies ouvertes au vent et les yeux dans le vague,
Par ton sourire amer qui se noie dans les vagues
Naissant dans l’océan et mourant en chialant
Comme ta vie en furie, sur le sable mouvant.

Tu lui ressembles comme ça,
Quand tu cries à l’erreur, conjurant le malheur
En serrant fort le poing qui martèle ton cœur,
Ressassant la vengeance qui pourrait les punir
De t’avoir pris ton père en te faisant souffrir.

Tu lui ressembles comme ça,
Quand tu pleures sur ton sort, sur la fatalité,
Les lèvres serrées et l’âme écartelée,
Refusant le constat de l’échec.
Et la ferme intention de ne pas vivre avec.

Tu lui ressembles tant
Que cela me fait peur
De voir ta pire peine se gorger de rancœur
Et de savoir qu’au fond je ne pourrais rien faire
Car ton drame profond tu ne veux pas le taire.

Tu lui ressembles.
Ton fardeau infini et tes épaules si frêles
Tes rêves abandonnés au profit d’une querelle
Entre toi et le monde et qui va t’asphyxier,
Tu risques de te tuer, à trop lui ressembler.

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La Gare

Y a Ahmed qui passe son balai dans tous les recoins dès 6 heures du matin.
Il a aussi une grosse machine, Ahmed, qui lave le sol et qui fait un bruit terrible. L’autre jour, elle est tombée dans les escaliers sa machine, ça a fait un fracas du tonnerre. Ceux qui étaient là restaient les bras ballant à le regarder se dépatouiller tout seul. Ils attendaient qu’il dégage du chemin pour passer. Ahmed tentait de la remonter mais elle était vraiment très lourde. C’est Marlène qui est venue l’aider. Elle a 64 ans Marlène, et une vigueur à ranimer les voyageurs qui baillent en traversant le hall. Elle distribue des journaux à l’entrée de la gare et ce n’est pas de bon cœur qu’elle fait ça, c’est pour manger. Les gens lui prennent ses journaux mais ils s’en foutent, ils les jettent dés qu’elle a les yeux tournés, comme ça, au milieu de la gare, et c’est Ahmed qui les ramasse sans rien dire, il va les mettre à la poubelle prévue à cet effet.
Y a aussi les employés de la gare qui arrivent au compte goutte, jamais à la même heure. Ils entrent dans leurs bureaux et en ressortent 5 minutes après pour aller boire le café. Ils sont tous chefs, chef de quelqu’un ou de quelque chose, ils portent tous le même costume. C’est pour que les voyageurs les reconnaissent, au cas où ils voudraient un renseignement. Mais c’est toujours à Marlène que les gens demandent parce que les autres ne répondent pas, de part leur position de chef ils ont bien d’autres choses à faire, comme entrer et sortir du bureau pour aller Dieu sait où et ils reviennent, pour fermer leurs portes à clef, à l’heure du déjeuner. Il y a bien un bureau des renseignements mais la queue est tellement longue et puis Marlène elle connaît tous les horaires par cœur et elle les aide à trouver leur chemin. Ils disent à peine merci, ils trouvent ça normal, ils fument une cigarette et l’écrasent sur le sol. Alors Ahmed arrive et c’est lui qui ramasse leurs mégots avec son regard qui brille. Parce que sous son bonnet Ahmed, il a un esprit épatant, et de l’humour à en revendre, toujours le mot pour rire, la remarque qui tue mais personne ne fait attention, on ne se doute pas, il n’a pas l’air comme ça avec sa blouse bleue et ses sceaux de détergent.
Y a les trains du matin qui sont souvent en retard et qui ne mettent pas les gens de bonne humeur, alors quand Marlène leur dit bonjour ils baissent la tête pour ne pas se sentir obligés de le prendre son journal. Quelques uns pourtant font le détour, exprès, parce qu’il est gratuit et que pour une fois qu’on leur donne quelque chose ils sont prêt à traverser la ville.
Y a les têtes qu’on reconnait parce qu’ils prennent toujours le même train et qui finissent par lui faire un sourire en passant à Marlène, Ahmed n’a droit à rien, il est juste là pour nettoyer et il fait chier avec sa machine qui laisse de l’eau par terre, les gens rouspètent parce qu’ils manquent de se casser la gueule mais ils râleraient si le sol était sale, alors.
La voix dans le micro on ne sait pas très bien d’où elle vient, sûrement du premier étage. Elle dit qu’il ne faut pas s’éloigner car le train en retard n’aura peut-être pas tout le retard prévu, et le retard il finit toujours par être encore plus long. Ce doit être pour cela qu’on la met à l’étage la voix, pour que personne n’ait l’idée de lui faire avaler son micro.
Il y a des gens qui en entrant dans la gare demande à Marlène où est l’entrée de la gare. Ceux qui cherchent le quai qui est devant leur yeux, ceux qui attendent l’ascenseur alors qu’il est en panne et partent en grommelant avec leur valise dans les escaliers où Ahmed ramasse leurs déchets. Les mouchoirs qui traînent là, les papiers des sandwichs, et les journaux de Marlène.
Y a ceux qui ne savent pas quoi faire en attendant leur train alors ils discutent avec elle. Elle entend tous les soucis du monde Marlène, tous les problèmes des gens mais les siens ils ne les écoutent pas. Ils ne lui demandent pas. Et pourtant elle en a : La police municipale qui passe 3 fois par jour pour vérifier qu’elle est bien sur les dalles qui appartiennent à la gare et non pas sur celles qui dépendent de la voirie. Sans quoi elle aurait une amende. Ils attendent de la chopper mais elle les voit venir de loin et elle se remet dans son coin, même si de là elle ne peut plus distribuer son journal. Et puis il y a son patron qui vérifie à tout bout de champs combien elle en donne et menace de la virer quand elle n’a pas tout écoulé.
Les gens se croisent, sans un mot, sans un sourire. Ils sont inquiets, le train va-t-il partir à l’heure ? Les panneaux clignotent, indiquent un départ, une arrivée. Il y a ceux qui pleurent sur le quai de la gare, et ceux qui sont contents. Ceux qui portent de grosses valises et qui crient à Marlène « vous ne voyez donc pas que je suis chargé ! » quand elle leur propose gratuitement de la lecture pour leur voyage. Alors Ahmed fait une réflexion, à voix basse, et ça la fait rire Marlène, tout ce qu’il dit. Et ça ferait rire aussi des tas de gens s’ils prenaient le temps de l’écouter.
Y a des grèves souvent. Les trains sont annulés. C’est que les chefs et sous chefs et chefs de chefs de la gare ne sont pas très contents. Peut-être à cause du surmenage.
Ceux qui courent et ceux qui vont lentement. Des jeunes des vieux, des gens de tous les âges, c’est qu’il y en a du monde qui prend le train, qui part en voyage. Et Marlène et Ahmed ils restent là, à regarder le train qui s’en va, à se préparer pour celui qui arrive. Il y a une bande de voyous qui traîne. Toujours le même manège, ils arrivent à plusieurs et se dispersent. Vont boire un café, gardent le gobelet et vont faire la manche sur le quai. Dés que quelqu’un quitte des yeux sa valise, hop, ils la choppent et partent avec en courant.
« Demandez le journal ! », on le prend, on le regarde vite fait, il est gratuit, il ne vaut rien, alors on le jette, par terre, de toute façon il y a Ahmed. Il est là pour ça, pour ramasser. C’est grâce à tous ces malpropres qu’il a du boulot. Car, admettons que chacun prenne la peine de jeter ses ordures dans les poubelles et s’essuyait les pieds sur les tapis devant la gare, il s’ennuierait Ahmed. Là, il n’a pas le temps de voir le temps passer, à passer le balai.
A longueur de temps il passe le balai, ou sa grosse machine, il nettoie et les gens resalissent, il re-nettoie. Marlène lui a demandé une fois s’il avait conscience de faire un travail perpétuel, quelque chose qui ne se termine jamais, c’est bien la première fois qu’elle le faisait rire. D’habitude c’est lui qui la fait rire. Il s’amuse de la vie sans se moquer des gens. Il élimine les traces des gens de passage, il est fier d’avoir du travail quand tant de monde n’en a pas. Même s’il ne consiste qu’à effacer les pas.

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Au Promeneur des Pages

 

Je sais que tu passes sur mon profil.
Tu lis ce que j’écris, tu regardes mes photos.
Tu comptes mes amis, les nouveaux.
Les bribes de vie que je distille,
Les mots que j’envoie à qui les voudra,
Je sais que tu les reçois.
Tu viens, souvent.
Chaque phrase échangée tu l’entends, tu l’attends.
Furtivement, tel un souffle de mystère fuyant,
Tu passes, tous les jours,
Sans rien dire, sans consentir à te livrer en retour, à réagir,
Sans me donner des bouts de toi à ton tour.
Tu surviens et tu repars, tu reviens,
Mine de rien, tu n’emportes rien.
Tu ne laisses rien.
Sauf des traces.
Car vois-tu dans mes pages,
Sous mes mots, mes images,
Qui s’étalent un moment, fugaces,
Et s’entrelacent sous tes yeux,
Pour te conter un peu
Ce que je suis et ce que je deviens,
Il y a des traceurs,
Ton ordinateur, ton routeur, les miens.
Il y a des voleurs
D’empreintes de passages
Qui me laissent des messages
Me disant qui tu es, d’où tu viens.
De quel pays, de quelle ville,
A quelle heure. Et pour les plus subtils,
Ton nom, ton adresse, et tes liens.
Ceux par lesquels tu arrives, les fenêtres,
Ceux vers lesquels tu disparais, anonyme que tu crois être.
Tout se voit tu sais,
Tout se sait tu vois.
Alors, quand tu passes sur mon profil,
Quand tu lis ce que j’écris, que tu regardes mes photos,
N’oublie pas de me faire un signe, c’est facile,
Un simple salut, une envolée versatile, voire un commentaire futile,
Ou juste un petit mot, déposé incognito.

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Les Tomates

 

Quand je vois sur tes joues, le rouge se montrer
Comme un pavot planté au cœur d’un champ de blé
La fièvre te surprend et tu vacilles un peu
Devinant ton visage, doucement prendre feu.

Quand je sens dans mes veines ourdir un rodéo,
Le sang ne fait qu’un tour et me monte au cerveau,
J’assaille de questions ma tête embarrassée,
Et mon cœur vermillion en est presque oppressé.

Tes regards et les miens s’enfuient vers l’infini
Nos sourires mutins s’empourprent de non-dits
Et nos rires écarlates éclatent à l’unisson
D’une valse béate, sans aucune raison.

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Solarium

Sous le faste éclatant de l’astre de lumière,
Je dormais dans les pluies de ses rayons inouïs,
La chaleur écrasante avalait mes prières
Adressée tout là-haut à l’auguste infini.

Je cherchais un écho à la lueur intense
Qui dansait dans mon âme, jusqu’au fond de la nuit.
La flamme de mon cœur se perdait dans les transes,
Appelant de ses vœux qu’il en reste rempli,

L’été poudrait de joie mes sens ébahis.
Le corps offert  aux rais sous le ciel torride,
Et l’esprit en osmose avec le paradis,

Je  me déshabillais de cette chrysalide,
Qui craquait sous la foi et les feux du soleil,
Dans l’émoi flamboyant, la conscience en éveil.

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Humanoïdes

Vous traînez dans nos rues vos masques d’infortune,
L’indifférence acide a rongé votre peau,
Vos désirs sont des luttes et vos cris nos fardeaux,
Gens blessés que l’angoisse a gorgés de rancune.

Hier vous aviez tout, on vous ouvrait la porte,
Vos maisons étaient pleines à crouler sous les biens,
Les yeux clos sur l’effroi de ceux-là qui n’ont rien,
Hors des plaintes affamées que la ville transporte.

L’enfer vous a happé dans son gosier de haine
Un matin de printemps que vous n’attendiez pas,
Vous a jeté dehors comme le poids qui nous freine

D’avancer toujours plus vers l’habile constat
Que l’homme qui ne sert, quand il perd son emploi,
N’est plus au consortium qu’une vague âme en peine.

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Ton Silence

Sous les cieux éplorés de paroles non dites,
De mots qu’on n’entend pas, ou qui prennent la fuite,
Je voudrais tant saisir dans les pluies de l’orage,
Les gouttes de tes phrases où les serments s’engagent
A ne pas oublier.
Ta voix ne distille plus de promesses inondées
De larmes d’allégresse exultant nos pensées;
Elle a péri noyée dans les flots de la vie
Qui s’écoule emportant les espoirs infinis
De ne pas oublier.
Ces vocables, ruisselants, de n’avoir pas su dire,
S’abritent un court instant, liquoreux de soupirs,
Pour avaler les pleurs chavirés par la grâce
De croire encore en nous, lorsque le ciel menace
De nous faire oublier.
Les limpides lexies qu’on a choisi de taire,
Au profit de sentences débordant de mystères,
Flottent encore alentour, que tu puisses les prendre,
Et jaillira soudain, un cri, dans les méandres:
Je n’ai pas oublié!

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