La Clé d’Or – Roman Fantasy

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Chapitre 1

Le Sanctuaire

      – As-tu suffisamment pour écrire ? Car cette histoire est longue et riche en aventures. Je vais te la conter au mieux de ma mémoire. Elle est survenue il y a bien longtemps, au temps où les souvenirs de la magie et des êtres extraordinaires s’étaient évanouis pour beaucoup, flétris pour d’autres et gâtés pour certains. Très peu de cœurs s’alanguissaient de cet Âge Maudit comme des Hommes aimaient encore à le nommer.

       Dìona demeurait avec son frère dans une forteresse du nom de Dìon. Celle-ci était blottie au creux des rochers et des rocailles d’une petite île. Deux nacelles amarrées à un ponton permettaient de voguer sur le lac afin d’atteindre la grande terre ou de rejoindre le verger sur l’île voisine. Une plus grande embarcation avait été conçue pour transporter à la fois bêtes et hommes. Le maître de Dìon disposait de peu de moyens pour entretenir la forteresse et en garantir la sûreté. Cependant les deux enfants ne manquaient de rien et faisaient la joie de leur père. Si la très grande beauté de Dìolan attirait sur lui les regards émerveillés, les yeux de sa sœur inquiétaient et avaient engendré nombre de médisances. Leur couleur était à l’unisson de son âme : émeraude lorsque son père lui fit présent de Fîrinna, un beau poulain à la robe noire comme la plume du corbeau et au crin blanc comme la neige, et marcassite lorsque sa mère rendit son dernier soupir. Mais l’azur était celle consacrée au bonheur quotidien.

      Nul ne pouvait douter des liens étroits qui unissaient les jumeaux. Leurs rires et fous rires résonnaient fréquemment dans la forteresse. Ils aimaient à se cacher dans les coins et les recoins afin d’effrayer les serviteurs. Mais c’est la cuisinière qui avait toujours eu leur faveur. Les forfaits qu’ils commettaient envers cette pauvre femme avaient pris, au fil du temps, l’apparence d’un rite fort bien rodé : après avoir attendu qu’elle eût un plat entre ses mains, les enfants s’approchaient discrètement d’elle, poussaient un hurlement féroce et s’enfuyaient à toutes jambes. Elle sursautait tant qu’elle envoyait par là même le plat et son contenu en l’air. Une fois que le tout fut retombé à terre dans un grand fracas, le chien sachant quel avantage tirer de cette farce, s’enfuyait avec l’objet de son désir. La cuisinière, rouge de peur et de colère, s’appuyait quelques instants contre la cheminée afin de reprendre ses esprits et choisir qui elle allait poursuivre avec la première chose sur laquelle ses mains se poseraient. Souvent se fut le chien et une botte de navets.

            Elle retrouvait alors le voleur à l’extérieur de l’enceinte se délectant de son butin. À sa vue, le responsable de cette honteuse spoliation se lançait dans une fuite éperdue autour de la forteresse. La victime se mettait immédiatement à le pourchasser en proférant les pires insultes. Ceci à la grande satisfaction des enfants qui, de la pièce la plus haute de la forteresse, ne perdaient jamais rien de la scène. C’est à cet instant qu’arrivait la nourrice. Avertie par les cris et le bruit, elle sortait et observait d’un regard irrité la cuisinière tentant d’arracher le larcin au voleur en lui assénant de furieux coups de légumes. Lasse, la nourrice jetait d’abord un regard rapide et noir vers le haut de la forteresse, puis se dirigeait promptement vers le curieux couple. C’est alors qu’elle arrachait l’arme végétale de la main de la malheureuse, laissant ainsi le coupable s’échapper avec sa proie.

            La punition, toujours identique, s’appliquait dans l’instant : les enfants devaient en premier lieu faire amende honorable auprès de la cuisinière et enfin être entièrement à son service durant six jours, du lever au coucher du soleil. Cette décision piquait toujours Dìolan au vif. Il clamait haut et fort que telle n’était pas la place du fils du maître de Dìon. Mais son père considérant que le châtiment était pleinement mérité, il ne pouvait que s’y plier. La rancœur toutefois n’avait de cesse de le tenailler.

            Les charges étaient réparties de la façon suivante : Dìolan se devait de veiller à la propreté des cuisines ainsi que des ustensiles. La cuisinière aimait alors à détacher le chaudron de la crémaillère et le lui donner afin de le récurer un nombre impressionnant de fois dans une journée. De biais, elle l’observait s’exécuter d’un œil réjoui. Dìona, quant à elle, devait plumer les volailles, vider les poissons et, de temps à autre, écorcher les lapins. Ces besognes lui étaient particulièrement difficiles et la firent à chaque fois renoncer à manger toute viande pendant longtemps. Elle se faisait alors le serment solennel de ne jamais plus se mettre dans une situation aussi délicate. Mais cette intention ne résistait jamais longtemps à la tentation.

      Lorsque la nourrice venait lever la sanction, les enfants accueillaient l’heureuse nouvelle en silence et sortaient têtes baissées du lieu de leur purgatoire. La cuisinière les suivait alors des yeux, regrettant ces renforts trop éphémères. Une fois dans le couloir, Dìolan prenait l’escampette et se retranchait dans sa chambre jusqu’au lendemain matin ; sa soeur, quant à elle, se hâtait de rejoindre Fîrinna dans l’écurie ; car la plus cruelle des punitions avait été d’être séparée de son amie. Et la pouliche partageait ce sentiment. À son entrée, elle tournait rapidement la tête et hennissait en frappant le sol de ses frêles sabots. Dìona se jetait alors à son cou en sanglotant et la couvrait de baisers. Puis une grande lassitude s’emparait d’elle. Elle se laissait doucement glisser vers le sol et s’endormait aux côtés de sa confidente sans même pouvoir lui raconter sa nouvelle mésaventure. Fîrinna penchait alors la tête vers son visage et l’effleurait doucement de son nez. Peu de temps passait avant que le père n’aille chercher sa fille et ne la porte jusqu’à sa chambre. Après avoir posé un tendre baiser sur son petit front, il quittait doucement la pièce en souriant.

      Le temps s’écoula, puis vint le jour où Dìona et son frère fêtèrent leurs 17 ans.

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