A propos poilaucoeur

Auteure d'un blog sur les cardiopathies congénitales.

La cicatrice

J’ai une fermeture éclaire.On pense que je suis étourdie, que je ne prends pas soin de mes affaires ou qu’elles sont victimes de trop de maladresse. En réalité, elles sont très bien rangées. Leur cachette est simplement gardée secrète. Y sont enfouis des tas de babioles, un portable, un trousseau de clés, quelques mots d’espoirs et un coeur. Toutes ces choses que je n’ai jamais perdues se renferment en moi. Non, jamais mon portable n’a glissé, mon trousseau de clé n’est tombé ou mon coeur s’est amputé. A l’ouverture de ma fermeture (car le but premier d’une fermeture est d’être ouverte et non fermée), nous les avons retrouvés. Mon portable a vibré, mes clés ont brillés et mon coeur s’est réparé.

J’ai une plaie. On pense que je suis boutonneuse, que je ne prends pas soin de ma peau ou qu’elle est victime d’une maladie intraitable. En réalité, elle est saine. Mon décolleté est orné d’un collier de grand couturier, chirurgien cardiaque à ses heures perdues. Cette marque indélébile n’est pas le signe d’un mal être, mais d’un atout esthétique. Dans la rue, elle intrigue les regards fixes, dégoûte les sourcils froncés et interpelle les visages déroutés. Beaucoup d’yeux m’ont demandés ce qu’était cette chose, peu de bouches l’ont fait.

J’ai une cicatrice. On pense que je suis tout à fait banale, que ma santé est bonne et qu’elle l’a toujours été. En réalité, cette entaille nous rappelle à tous à quel point les apparences sont trompeuses. Elle est un frein au masque de mon existence d’une excessive normalité, la preuve de mon vécu, soit l’extraordinaire de mon ordinaire. Objet de nombreux complexes, l’acceptation de cette ligne boursouflée est aussi longue et douloureuse que le chemin de la guérison. Lorsque notre reflet s’observe dans la glace, à travers cette blessure resurgissent toutes celles qui sont imperceptibles. La cicatrisation est la concrétisation de nos afflictions.

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