La mort aux trousses

Partis de Paris depuis trois heures, nous allions vers le centre de la France sans rien voir des pays traversés.

Tout à coup, le ciel se dégageait de façon à ce que l’on vit partiellement la lune. En même temps, je sentis que le train perdait de la vitesse. Etions-nous déjà arrivés à la gare de Châtellerault ? Le train s’arrêta complètement. Mais nous n’étions point à la gare. Plutôt au milieu des bois. Un froid glacial envahit tout d’un coup le wagon. La pâle lueur de la lune laissait paraitre une brume épaisse.

Il y eu des bruits. Du silence, puis encore des bruits. C’étaient de petits chocs, des bruits sourds. Je vis des lampes. On marchait, dehors. On parlait, aussi. Un problème avec les roues semblait-il…

Une heure était passée, je n’en pouvais plus d’attendre. J’interpellai alors le contrôleur pour lui demander où nous étions et quand nous allions repartir. Il m’annonça que l’on devait attendre le service de réparation qui venait de Poitiers et que nous étions tout près de Lencloître.

En regardant par la fenêtre, je reconnu le bois de La Garenne. Ma maison ne devait être qu’à vingt minutes à pied à l’ouest de la voie ferrée. Je décidai d’y aller. Je me levai, pris ma valise et sortis. Un vieillard, que je n’avais pas remarqué jusqu’à lors, me regarda et me lança, la voix tremblante :

-          Ne passez pas par le bois.

-          Pourquoi donc, monsieur, lui répondis-je.

-          Ne passez pas par le bois, répéta t-il.

Je décidai de l’ignorer. Je partis, ma valise à la main. Malgré le froid, j’avançais. Marcher me réchauffa.

Il faisait noir. Les arbres cachaient la lune. Je savais que je devais aller tout droit. Cependant, quelque chose n’allait pas. Il devait y avoir un problème. Voilà trop longtemps que je marchai. Je pris une allumette dans ma poche et l’allumai afin de voir l’heure sur ma montre. Une heure ! Voilà une heure que je marchai. Le froid et la fatigue avaient engourdi mes sens. Je ne m’étais pas aperçu que je n’allai plus dans la bonne direction. Je sortis ma boussole. J’étais trop au Nord. Je repartis dans la bonne direction.

Froid ! Il faisait froid ! Le froid mordait ma peau tel un serpent. L’angoisse me gagnait. C’était une fatalité. J’étais perdu ! Dans la forêt la plus grande et la plus dense de la région. Je n’avais pas de carte. Il ne me restait qu’une allumette. Je décidai de la garder pour plus tard.

Soudain, je crus entendre des bruits de pas, à ma droite. Une main se posa brusquement sur mon épaule. Je hurlai ! Je me retournai brusquement. Je ne vis rien, la nuit était trop noire. Pourtant, je pouvais sentir sur ma joue un souffle froid. J’allumai ma dernière allumette. C’était le vieillard qui était avec moi dans le train.

-          Mais que faîtes vous ici ? lui dis-je

-          Elles approchent !

-          Qui ?

-          Les ombres. Elles seront bientôt là. Vous devez fuir.

L’homme fit quelques pas autour de moi tout en observant la forêt. Je scrutai moi aussi. Quand je me retournai pour lui parler, j’eu beau chercher. Rien ! Il avait disparu, tel un fantôme.

J’entendais maintenant des cris. Ils se rapprochaient. Je repensais aux ombres dont m’avait parlé le vieil homme. J’étais épuisé. Je ressentis une présence, je perçus que des choses bougeaient dans la nuit ; me frôlaient. Pour me protéger, je me recroquevillai dans le creux d’un arbre. Je distinguai un visage fantomatique, ensanglanté, hurlant autour de moi. Je n’en pouvais plus. Soudain, quelque chose tomba dans le creux de ma main. C’était un petit os. J’étais épouvanté. Je paniquai. Je m’évanouis.

Les secours, alertés par ma femme, me trouvèrent au matin. Je rentrai chez moi. Enfin ! Le froid avait du m’endormir, et j’avais fais ce rêve affreux. J’ouvris ma porte et entrai. Je me fis quelque chose de chaud et m’assis. Je vis alors, sur la table, un petit objet blanc. Je m’approchai. C’était un os.

Post to Twitter