« Joyeux Noël Liette !
— Joyeux Noël Line !
— Joyeux Noël Loïse !
— Vite, vite, c’est l’heure ! »
Les trois petites sœurs n’ont pas trainé. Comme toujours, coquettes, malignes, les joues cerise, toutes proprettes après le bain, elles se sont bien brossées les dents, avant de ranger soigneusement leurs habits, sur la chaise, au pied de leur lit. Puis elles sont retournées déposer leurs chaussons au pied du sapin, bien alignés par ordre de grandeur, suivant à la lettre, les consignes de Papa Joe. Et tout aussi vite, mais sans taper des pieds cette fois, elles sont parties se coucher, dès que maman Tilde leur a demandé, toutes excitées à l’idée de ce qui va se passer pendant leur sommeil, mais ne voulant rien laisser paraitre.
Depuis plusieurs semaines, elles ont rêvé de ce moment. « Quand est-ce que c’est Noël ? » Maintes et maintes fois, elles ont répété la même question à leur maman : « Quand est-ce que c’est Noël ? » Elle finissait par s’en agacer et ça se voyait ! Mais elles oubliaient bien vite les paroles
prononcées : « Les bonnes choses, ça se mérite ! Avez-vous été suffisamment sages ? Je vais me mettre en colère ! Si vous continuez, je téléphone au Père Noël ! »
Même Papa s’était fâché un jour : « Ca suffit, je ne veux plus en entendre parler, vous ne méritez vraiment pas de cadeau… »
Toutes ces menaces, elles n’y ont guère prêté attention, parce qu’elles savent combien Papa et Maman les aiment. Elles savent que même s’ils les grondent ou leur donnent de petites punitions, ils finissent toujours par leur pardonner leurs bêtises.
Oui mais voilà, ce soir, veille de Noël, et à cet instant précis, bien bordées dans leurs petits lits douillets, elles tournent et retournent les mêmes questions dans leur tête : Est-ce qu’elles ont quand même été un peu sages ? Est-ce que les parents sont vraiment en colère ? Est-ce qu’ils ont pour de vrai prévenu le Père Noël qu’elles ont été parfois un peu coquines ? Est-ce que Papa a bien posté LA lettre qu’elles ont écrite, avec tant de soin, et qui portait l’espoir de si beaux cadeaux ? Est-ce qu’il a pensé à coller un timbre, est-ce qu’il ne l’a pas encore oubliée dans son cartable ?
Ce soir, Maman a eu beau insister, leur expliquant que le Père Noël ne passait jamais tant que les enfants ne dormaient pas à poings fermés, elles ne parviennent pas à s’endormir et l’attente leur semble longue, longue, longue.
Surtout que depuis un bon moment, Rubis, leur espiègle petit chat, n’arrête pas de miauler ! A cause de lui, papa et maman vont se réveiller et les accuser d’avoir fait les petites folles. Pourtant elles ont été bien sages et n’ont pas bougé depuis que maman a éteint la lumière. Elles n’ont même pas eu le fou-rire quand Rubis a poussé la porte et qu’il est venu ronronner en se promenant sur leur couette. Elles se sont bien retenues d’éternuer quand il leur a chatouillé les narines avec sa queue en panache ! Non vraiment ce n’est pas le quart d’heure !
Déjà, il avait commencé ses bêtises à l’heure du bain, prenant plaisir à se promener dans le fond de la baignoire, au milieu des petits canards qui flottaient dans la mousse ! A-t’on jamais vu pareil matou ?
Et pour finir, Papa avait du réinstaller les guirlandes du sapin, car sa majesté le chat s’en était fait un joli boa, qu’il promenait tout autour du salon en se dandinant ; miaulant de-ci et de-là, aux oreilles de qui voulait bien l’entendre, comme s’il réclamait des applaudissements.
Alors on avait fini par l’applaudir, mais cela ne l’avait pas calmé.
Voilà, il faisait bien noir dans l’appartement silencieux et qui se faisait entendre au milieu du grand silence ? Rubis !
« Rubbbbbbbbbiiiiiiis ! Tais-toi, s’écrièrent Liette, Line et Loïse à l’unisson, en essayant de ne pas trop lever la voix ! Miaaaaaaaaou ! Miaaaaaaouu ! Mais comment se faisait-il qu’il n’avait pas réveillé les parents ! » Alors les trois petites se concertèrent à voix basse : « Bon, et bien, qu’est-ce qu’on fait ? Il va tout faire rater !
— D’accord, on va le chercher toutes les trois, annonce Liette, qui aime montrer qu’elle sait prendre les décisions parce qu’elle est la plus grande !
— Et on le range dans sa boîte ? dit Loïse. Loïse, elle adore tout mettre en boîte, des boîtes roses, des boîtes à paillettes. Elle passe des journées à empiler ou emboiter des cartons.
— Et on le cache derrière le rideau de la penderie, comme ça, s’il continue à pleurer, ni les parents, ni le Père Noël ne l’entendront. Et en plus, il aura quand même bien chaud, dit Line, qui aime bien prendre soin des animaux. Elle ne voudrait pas que Rubis se fasse trop gronder ! »
Et hop, aussitôt dit, aussitôt fait, toutes les trois sautèrent du lit en cœur et coururent à toutes jambes jusqu’à la salle.
Mais là, quelle ne fut pas leur surprise de voir le dos d’un grand et gros bonhomme habillé de rouge et de blanc, qui se penchait pour ramasser sa hotte, et la remettait sur son dos avant de se diriger, l’air pressé, vers la cheminée !
Toutes les trois restent bouche bée ! Que va-t-il se passer s’il se retourne et les aperçoit ! Vite, elles s’accroupissent derrière le canapé, mais ne peuvent s’empêcher de se pencher pour regarder sur le côté ! Et là malheur, elles voient Rubis, le poil tout scintillant et enrubanné de guirlandes multicolores, sauter du haut du sapin dans la hotte du Père Noël, qui bien vite disparait dans la cheminée ! Elles sont sans voix ! Que faire pour rattraper Rubis ? Elles courent devant l’âtre et passant la tête dans le conduit, elles appellent « Rubis, Rubis, revient vite ! » Il miaule, de joie ou de peur, on ne sait pas trop, mais le Père Noël ne l’entend pas, car il y a beaucoup de vent et une tempête de neige s’est levée. Il doit se dépêcher de finir sa tournée.
Elles s’assoient par terre, découragées, ne sachant que faire. Liette pense qu’il faudrait réveiller Papa et Maman. Line a peur qu’il ait froid et Loïse pleure « J’veux pas qui s’en aille, Rubis ! » Elles discutent longtemps, et finalement, épuisées par tant d’émotion, mais un peu rassurées que Rubis se promène avec le vieux monsieur le plus gentil de la terre, elles finissent par s’endormir sur le tapis, bien au chaud au milieu des coussins que Rubis a fait tomber et des cadeaux de toutes les couleurs, auxquels elles ne prêtent guère attention.
Quand le jour se lève, elles sont réveillées par un léger miaulement sur la terrasse : « C’est Rubis ! » Elles le voient sur le balcon, s’étirant langoureusement, allongé de tout son long sur le gros gâteau que Maman avait posé sur le rebord de la fenêtre pour le laisser refroidir.
Rubis est couvert de flocons, de guirlandes et de poils blancs et gris. Surement un peu de fourrure du manteau du Père Noël et des poils de ses rennes : ils ont du lui tenir chaud ! Elles le brossent et le câlinent, tellement contentes, qu’elles n’ont toujours pas vu les cadeaux empilés au pied du sapin !
Tout à coup, elles entendent bailler très fort au fond du couloir. « Vite les parents vont se réveiller ! » Sur la pointe des pieds, tout le monde court se recoucher et Rubis tout content, finit sa nuit, roulé en boule, sous les couvertures ! Décidément il a été bien coquin depuis hier soir.
Et quand Papa Joe et Maman Tilde, viendront les réveiller, une heure plus tard, ce sont trois petites filles, coquettes, malignes aux joues cerise, qu’ils trouveront sagement endormies dans le même lit, les poings bien fermés, avec un petit chat ronronnant sur leur bedon !
Ah, on peut dire que Liette, Line, Loïse et Rubis se souviendront longtemps de la nuit de Noël ! Quel dommage que Rubis ne parle pas pour leur raconter la course en traineau avec le Père Noël, bien au chaud dans la hotte au milieu des ours en peluche. Heureusement que le vieux monsieur n’a pas vu les filles, il aurait peut-être repris les cadeaux ! Elles se font un clin d’œil et s’écrient en cœur :
« Joyeux Noël, Papa et Maman !
— Joyeux Noël Liette !
— Joyeux Noël Line !
— Joyeux Noël Loïse !
— Joyeux Noël Rubis ! »
24/12/2010