Mon petit vélo rouge

Quelques jours avant Noël, chaque année, une force irrésistible m’incitait à explorer les moindres recoins de la maison de mes parents. Était-ce conscient ? Qu’est-ce qui me poussait à braver l’interdit ? Étais-je mue par la peur d’être privée, punie, déçue, ou bien était-ce l’envie de connaître la vérité ?
La quête devenait bien vite une aventure extraordinaire dans l’imaginaire de la petite fille que j’étais. A peine ma mère avait-elle franchi le seuil de la maison, que je partais à l’aventure, à l’affût du moindre bruit de clef dans la serrure.
Tremblante de peur, rampant à plat ventre sous le lit de mes parents, le cou tordu pour regarder derrière les armoires, le cœur battant, perchée sur la pointe des pieds, en équilibre périlleux sur un tabouret pour en scruter le « sommet », je vivais les mêmes émotions que mon héroïne préférée, Fantomette, à la recherche de l’objet volé.
Une année je fus déçue de découvrir, dans la cave à charbon, à peine caché sous une bâche, le magnifique vélo rouge, tant convoité, qui me donnerait le statut de « grande » fille. Les jours qui suivirent furent terribles. Je fus partagée entre le sentiment de culpabilité et la peur de m’être trompée : peut-être d’autres adultes cachaient-ils ici ce cadeau pour leur enfant, ce concurrent déloyal !
Des sentiments contradictoires se catapultaient dans mon esprit enfantin : impatience de pouvoir chevaucher cette magnifique bicyclette, crainte de ne pas avoir l’air assez surpris le jour de Noël, et par-dessus tout celle d’avoir perdu ainsi la confiance de mes parents.
Et puis le grand moment arriva. Du fond de mon lit, bien blottie et tremblante sous mes couvertures, « je faisais mine » de dormir à poings fermés. Après les chuchotements et les fous rires mêlés de mes parents et de mes frères et sœurs, ces traîtres qui m’avaient exclue de leur complot, je fus appelée au rez-de-chaussée. J’oubliai soudain tous les tourments des semaines passées, découvrant un magnifique vélo rouge, qui m’était bel et bien destiné.
Aussi incroyable que cela puisse paraître, il me sembla ne l’avoir jamais vu auparavant !

La Titite, le 16 novembre 2007 – publié dans « Les petits feuilletons de la vie » -
Chapitre : Petits bonheurs de Noël

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Désillusion – des illusions

Tu as voulu froisser les murs de ta prison, jeter au loin tes émotions. Tu n’as pas vu les larmes à l’horizon. Tu n’as pas entendu les clameurs des oppressions. Croyant humer le parfum de la liberté, tu as découvert la puanteur de l’exploitation. Tu as vécu l’humiliation. Perdu, tout espoir de feu de joie, de richesses qui chatoient. Oubliée, l’envie de hausser la voix. Anéantis, rêves de gloire, et beaux espoirs. Tu portes encore plus haut l’étendard de ton désespoir. Alors enferme tes pleurs dans mes bras, que mes paroles étouffent ta fureur, que mon écoute éteigne tes doutes, que mes chants pansent tes plaies, que mon amour t’apaise pour toujours.

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Esprits, êtes-vous là ?

Esprits, êtes-vous là ?
Galériens du quotidien
Affamés ou assoiffés
Naufragés de la vie sans envie
Rameurs de la première heure
Hordes d’épuisés par de durs labeurs
Myriades de nomades
Peuplades en quête d’ambassades
Prisonniers de corps abimés
Nauséeux des injustices
Agressés par les agressions
Amoureux sans amour
Écroués au ban des différents
Harassés par des boulots amoraux
Esseulés sans famille
Solitaires sans solitude
Usés par les maux sans pitié
Blessés par des paroles qui affolent
Amis sans amitiés
Voyageurs de la peur fuyant les dictateurs
Égarés en recherche de leur Moi
Âmes sans âmes et esprits appauvris
Corps mutilés et consciences meurtries
Orphelins de joies et de rires
Divorcés des alliances sereines
Cœurs de larmes et lames d’émotions
Surfeurs des déserts virtuels
Indignés, effrayés, déçus ou lassés
Esprits, soyez là
La vie vous tend les bras

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A douleur lexicale, remède sémantique

« Bonjour ma petite expression, comment vas-tu en ce premier jour de la semaine ? — J’ai du mal à manifester mes émotions, à sortir de la banalité. — Qu’est-ce qui te met dans un état pareil ? — Trop de pression sur les adjectifs, pas moyen d’être consacrée. Le vocabulaire est ampoulé, la rime est trop profonde, la ponctuation inappropriée ! — Tes locutions ne peuvent-elles t’aider ? — Penses-tu, elles m’accusent d’être familière ou impropre, au lieu d’être savoureuse : d’usuelle je deviendrais presque vulgaire ? — Pourtant, tu leur donnes souvent l’exemple des conjugaisons, toutes de terminaisons et d’auxiliaires, qui aident le verbe à porter haut, et le langage à rester châtié ! Tu n’y peux rien, si la voix ne parvient pas à choisir : être active, passive ou pronominale, C’est un choix cornélien… — Écoute, notre mère, la grammaire, a toujours voulu que nous nous montrions normatives ou traditionnelles : tout est dans l’art de parler et d’écrire correctement, nous assénait-t-elle chaque soir au coucher de la plume ! Vous n’avez pas d’orthographe, se plaint notre père, le dictionnaire ! Entre l’orthographe d’accord et l’orthographe d’usage, comment trouver sa graphie, sa situation ou son rôle dans la phrase. Les règles nous contraignent à les connaître ! — Faites œuvre d’imagination, sans souci des règles formelles, vous n’en serez que plus belles ! Les rimes ou formes libres orneront votre propos de fioritures linguistiques, et de détails ornementaux. La calligraphie vous donnera belle tournure ! Sans souplesse de syntaxe, votre langue sera sans couleur et sans nuance, il est vrai. — Ah merci ami poète, joyeux humoriste, tu m’enlèves une épine du pied, mes accords sont plus souples ; mon imagination soudain manifeste sa volonté joyeuse, son impatience et sa joie de composer avec toi. J’entends déjà balbutier tes amis les mots prêts à sauter par-dessus les fautes qui veulent émailler les textes, pour donner un sens à nos alliances et une couleur à notre langage. »

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Poèmes croquignolets

Mignonne, allons voir si le parfum de tes matins chagrins saura plaire à mon destin.
Mignonne, allons voir si tes larmes séduiront l’aube de mes sanglots.
Mignonne, allons voir si tes tristes pensées pourront partager mes regrets.
Mignonne, allons voir si tes jardins secrets ressemblent à mes paradis perdus…

La couleur de tes incertitudes
A vaincu le gris de l’habitude.

Les bleus de ton âme ont cogné mes défauts.
Le rose de tes joues réchauffe mes maux.

Le soleil de ta voix tue mon désarroi.
L’écho de tes plaintes cache mon émoi.

L’émeraude de tes doux yeux
Endort mon esprit furieux.

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Le beau Noël de Rubis

« Joyeux Noël Liette !
— Joyeux Noël Line !
— Joyeux Noël Loïse !
— Vite, vite, c’est l’heure ! »

Les trois petites sœurs n’ont pas trainé. Comme toujours, coquettes, malignes, les joues cerise, toutes proprettes après le bain, elles se sont bien brossées les dents, avant de ranger soigneusement leurs habits, sur la chaise, au pied de leur lit. Puis elles sont retournées déposer leurs chaussons au pied du sapin, bien alignés par ordre de grandeur, suivant à la lettre, les consignes de Papa Joe. Et tout aussi vite, mais sans taper des pieds cette fois, elles sont parties se coucher, dès que maman Tilde leur a demandé, toutes excitées à l’idée de ce qui va se passer pendant leur sommeil, mais ne voulant rien laisser paraitre.

Depuis plusieurs semaines, elles ont rêvé de ce moment. « Quand est-ce que c’est Noël ? » Maintes et maintes fois, elles ont répété la même question à leur maman : « Quand est-ce que c’est Noël ? » Elle finissait par s’en agacer et ça se voyait ! Mais elles oubliaient bien vite les paroles
prononcées : « Les bonnes choses, ça se mérite !  Avez-vous été suffisamment sages ? Je vais me mettre en colère ! Si vous continuez, je téléphone au Père Noël ! »
Même Papa s’était fâché un jour : « Ca suffit, je ne veux plus en entendre parler, vous ne méritez vraiment pas de cadeau… »

Toutes ces menaces, elles n’y ont guère prêté attention, parce qu’elles savent combien Papa et Maman les aiment. Elles savent que même s’ils les grondent ou leur donnent de petites punitions, ils finissent toujours par leur pardonner leurs bêtises.

Oui mais voilà, ce soir, veille de Noël, et à cet instant précis, bien bordées dans leurs petits lits douillets, elles tournent et retournent les mêmes questions dans leur tête : Est-ce qu’elles ont quand même été un peu sages ? Est-ce que les parents sont vraiment en colère ? Est-ce qu’ils ont pour de vrai prévenu le Père Noël qu’elles ont été parfois un peu coquines ? Est-ce que Papa a bien posté LA lettre qu’elles ont écrite, avec tant de soin, et qui portait l’espoir de si beaux cadeaux ? Est-ce qu’il a pensé à coller un timbre, est-ce qu’il ne l’a pas encore oubliée dans son cartable ?

Ce soir, Maman a eu beau insister, leur expliquant que le Père Noël ne passait jamais tant que les enfants ne dormaient pas à poings fermés, elles ne parviennent pas à s’endormir et l’attente leur semble longue, longue, longue.

Surtout que depuis un bon moment, Rubis, leur espiègle petit chat, n’arrête pas de miauler ! A cause de lui, papa et maman vont se réveiller et les accuser d’avoir fait les petites folles. Pourtant elles ont été bien sages et n’ont pas bougé depuis que maman a éteint la lumière. Elles n’ont même pas eu le fou-rire quand Rubis a poussé la porte et qu’il est venu ronronner en se promenant sur leur couette. Elles se sont bien retenues d’éternuer quand il leur a chatouillé les narines avec sa queue en panache ! Non vraiment ce n’est pas le quart d’heure !

Déjà, il avait commencé ses bêtises à l’heure du bain, prenant plaisir à se promener dans le fond de la baignoire, au milieu des petits canards qui flottaient dans la mousse ! A-t’on jamais vu pareil matou ?

Et pour finir, Papa avait du réinstaller les guirlandes du sapin, car sa majesté le chat s’en était fait un joli boa, qu’il promenait tout autour du salon en se dandinant ; miaulant de-ci et de-là, aux oreilles de qui voulait bien l’entendre, comme s’il réclamait des applaudissements.

Alors on avait fini par l’applaudir, mais cela ne l’avait pas calmé.

Voilà, il faisait bien noir dans l’appartement silencieux et qui se faisait entendre au milieu du grand silence ? Rubis !

« Rubbbbbbbbbiiiiiiis ! Tais-toi, s’écrièrent Liette, Line et Loïse à l’unisson, en essayant de ne pas trop lever la voix ! Miaaaaaaaaou !  Miaaaaaaouu ! Mais comment se faisait-il qu’il n’avait pas réveillé les parents ! » Alors les trois petites se concertèrent à voix basse : « Bon, et bien, qu’est-ce qu’on fait ? Il va tout faire rater !

D’accord, on va le chercher toutes les trois, annonce Liette, qui aime montrer qu’elle sait prendre les décisions parce qu’elle est la plus grande !

— Et on le range dans sa boîte ? dit Loïse. Loïse, elle adore tout mettre en boîte, des boîtes roses, des boîtes à paillettes. Elle passe des journées à empiler ou emboiter des cartons.

— Et on le cache derrière le rideau de la penderie, comme ça, s’il continue à pleurer, ni les parents, ni le Père Noël ne l’entendront. Et en plus, il aura quand même bien chaud, dit Line, qui aime bien prendre soin des animaux. Elle ne voudrait pas que Rubis se fasse trop gronder ! »

Et hop, aussitôt dit, aussitôt fait, toutes les trois sautèrent du lit en cœur et coururent à toutes jambes jusqu’à la salle.

Mais là, quelle ne fut pas leur surprise de voir le dos d’un grand et gros bonhomme habillé de rouge et de blanc, qui se penchait pour ramasser sa hotte, et la remettait sur son dos avant de se diriger, l’air pressé, vers la cheminée !

Toutes les trois restent bouche bée ! Que va-t-il se passer s’il se retourne et les aperçoit ! Vite, elles s’accroupissent derrière le canapé, mais ne peuvent s’empêcher de se pencher pour regarder sur le côté ! Et là malheur, elles voient Rubis, le poil tout scintillant et enrubanné de guirlandes multicolores, sauter du haut du sapin dans la hotte du Père Noël, qui bien vite disparait dans la cheminée ! Elles sont sans voix ! Que faire pour rattraper Rubis ? Elles courent devant l’âtre et passant la tête dans le conduit, elles appellent « Rubis, Rubis, revient vite ! »  Il miaule, de joie ou de peur, on ne sait pas trop, mais le Père Noël ne l’entend pas, car il y a beaucoup de vent et une tempête de neige s’est levée. Il doit se dépêcher de finir sa tournée.

Elles s’assoient par terre, découragées, ne sachant que faire. Liette pense qu’il faudrait réveiller Papa et Maman. Line a peur qu’il ait froid et Loïse pleure « J’veux pas qui s’en aille, Rubis ! » Elles discutent longtemps, et finalement, épuisées par tant d’émotion, mais un peu rassurées que Rubis se promène avec le vieux monsieur le plus gentil de la terre, elles finissent par s’endormir sur le tapis, bien au chaud au milieu des coussins que Rubis a fait tomber et des cadeaux de toutes les couleurs, auxquels elles ne prêtent guère attention.

Quand le jour se lève, elles sont réveillées par un léger miaulement sur la terrasse : « C’est Rubis ! » Elles le voient sur le balcon, s’étirant langoureusement, allongé de tout son long sur le gros gâteau que Maman avait posé sur le rebord de la fenêtre pour le laisser refroidir.

Rubis est couvert de flocons, de guirlandes et de poils blancs et gris. Surement un peu de fourrure du manteau du Père Noël et des poils de ses rennes : ils ont du lui tenir chaud ! Elles le brossent et le câlinent, tellement contentes, qu’elles n’ont toujours pas vu les cadeaux empilés au pied du sapin !

Tout à coup, elles entendent bailler très fort au fond du couloir. « Vite les parents vont se réveiller ! » Sur la pointe des pieds, tout le monde court se recoucher et Rubis tout content, finit sa nuit, roulé en boule, sous les couvertures ! Décidément il a été bien coquin depuis hier soir.

Et quand Papa Joe et Maman Tilde, viendront les réveiller, une heure plus tard, ce sont trois petites filles, coquettes, malignes aux joues cerise, qu’ils trouveront sagement endormies dans le même lit, les poings bien fermés, avec un petit chat ronronnant sur leur bedon !

Ah, on peut dire que Liette, Line, Loïse et Rubis se souviendront longtemps de la nuit de Noël ! Quel dommage que Rubis ne parle pas pour leur raconter la course en traineau avec le Père Noël, bien au chaud dans la hotte au milieu des ours en peluche. Heureusement que le vieux monsieur n’a pas vu les filles, il aurait peut-être repris les cadeaux ! Elles se font un clin d’œil et s’écrient en cœur :

« Joyeux Noël, Papa et Maman !
— Joyeux Noël Liette !
— Joyeux Noël Line !
— Joyeux Noël Loïse !
— Joyeux Noël Rubis ! »

24/12/2010

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La triple peine – 21 septembre 2011

Votre mémoire fait des siennes et chaque jour, je traîne un peu plus ma peine, à la recherche d’un coupable répit. Chacun perçoit vos phrases qui font la culbute, vos mots qui trébuchent et vos pensées qui s’égarent, quand ce ne sont pas ces « silences-refuges » qui engloutissent votre regard.

Votre souffrance est inacceptable ; vos troubles sont un délit de la vie. Ces difficultés sont une offense à votre dignité.

Quand se taire pour mieux vous écouter ? Comment vous entendre et vous soulager ? Pouvoir vous souffler, vous insuffler ce qui s’évapore : les particules de verbes, les idées qui fuient, les raisonnements égarés, les prénoms oubliés, les syllabes enchevêtrées…

Revenir en arrière, emboîter votre pas pour mieux grandir, se régaler de votre œil qui pétille, reconnaître l’écho cristallin de votre rire, écouter votre histoire, savourer vos conseils, déguster votre tendresse, aimer votre amour.

Souvent, je tente d’enfermer dans ma mémoire la plus infime particule de vous, celle d’aujourd’hui qui nous échappe et nous bouleverse, celui d’avant que j’aimais tant.

Quelquefois je fuis et je me terre.

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