Dieu, quel silence ! Oh, je sais, Dieu n’y est sans doute pour rien. D’ailleurs, il a abandonné la France quand elle a perdu son triple A. Je n’y suis pour rien. Mais, tout de même, quel silence. Cela tient au fait que le normand est lâche. Il attend que la route soit damée pour s’y risquer timidement à cinq kilomètres heure en poussant des hurlements de terreur à chaque fois que la bagnole dérape un peu. Du coup, la première voiture de la journée ne s’est pointée qu’à midi, à l’heure du petit déjeuner. Mais j’ai tout de suite remarqué la clarté étrange qui sourdait à travers les rideaux de bure. (De pure bure, normal, on est en Normandie). Et votre serviteur de s’interroger. Un anti hollandiste aurait il repeint le jardin à la farine ? Les lutins voleurs de couleur de feu Kodak seraient ils revenus de l’enfer des faillis pour agresser mes roses congelées ? Ou, plus improbable, aurait il neigé, au grand dam de mon chat, qui ne prise guère les sports d’hiver ? Sachez quand même qu’en Normandie, quand il neige, il ne tombe pas de télé sièges ni de tire fesses, d’où la consternation récurrente des animaux de compagnie amateurs de glisse. Mais bon. Je reconnais que ça fait quand même propre. Et ça m’évitera d’avoir à tondre ma pelouse. Ben oui. On se sent tout de suite moins coupable quand il neige. Plus de mauvaises herbes. Plus besoin de ranger les planches de coffrage des travaux d’il y a trois ans, ni de replier le Workmate mangé aux vers. Tout est nickel, à part les traces de raquettes laissées par le chien du voisin, qui est décidément un lève tôt. Ca n’est pas une critique. Après tout, ça n’est qu’une bête. Et, pour une fois, personne ne se cassera le col du fémur en glissant sur une de ses crottes, même si ça n’est que partie remise en attendant le dégel, quand tu commenceras à reprendre confiance, mais bon. Ceci dit, il ne fait que son devoir, Médor. Des fois, ça m’agréerait qu’il aille le faire chez lui, son devoir, mais pour mon malheur, il est très propre, ce chien. Propre, ingénieux, et avisé.
On s’en fout. Bizarrement, il ne fait plus froid. Faut dire que j’ai enfilé ma combinaison de ski et chaussé mes Pataugas chinoises. Je sais déjà que cette tenue ridicule va devenir ma vêture quotidienne jusqu’au printemps, si ça ne tient qu’à moi. Ceci dit, on s’habitue plus facilement aux quolibets qu’au froid qui vous transperce les os dès qu’on risque un pied hors de la voiture. Et puis, il y a pas mal d’éboueurs qui fréquentent le Penalty. Je pourrai tenter de me faire passer pour l’un d’eux.
Petite ballade jusqu’au panorama, ainsi nommé du fait de la vue accablante qu’on y a sur Evreux. Quelques enfants manifestement débiles s’y adonnent aux joies de la luge. Je les observe durant quelques minutes en me demandant à quel moment l’un d’entre eux va basculer dans l’espèce de ravin qui conclut leur piste improvisée. Laisse toute espérance. Ils ne savent pas se diriger, mais se plantent à chaque fois sur la bosse précédant le précipice. Le Samu devra se contenter des automobilistes trop confiants et des personnes âgées mais sportives et mal chaussées.
Retour à la case départ après avoir pris quelques photos particulièrement insipides. La neige, ça n’est beau qu’à la montagne. En Normandie, ça ne produit que du noir et blanc sans soleil.
Mais ça change quand même un peu.