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L’Exode des chefs.

Bonjour. Je vous présente mon premier roman. L’exode des chefs. Voici le synopsis:

 

Laurène, Arnaud, Bertrand et Élise sont quatre jeunes étudiants de gauche. Tout juste adultes, ils partent en quête de leur identité. Chacun à leur manière, ils devront faire face à la condition humaine, marquée d’incertitudes et de solitude, tout en vivant leurs convictions dans un temps troublé et un ordre social complexe. C’est l’histoire éternelle du poids de nos pères, et de la volonté farouche de s’en émanciper pour revendiquer son époque. Si leur parcours, leur vision du monde et leur personnalité divergent, ils s’engagent ensemble dans un même combat, qu’ils savent perdu d’avance : la conquête de la liberté. Engagement, amour et amitié se croisent dans ce théâtre étrange, celui de la vie et de la jeunesse. Arnaud, étudiant en économie, cherche désespérément à vivre en harmonie avec ses convictions. Élise, brillante élève désabusée à Sciences Po, trouve refuge dans un cynisme glacial. Laurène et Bertrand sont étudiants en sociologie. L’une se bat pour croire en quelque chose, l’autre pour la révolution. C’est ce dernier qui résumera tout le propos, en confiant à Arnaud ces mots : « Ce qu’il y a de terrible, quand on devient adolescent, c’est qu’on prend conscience de ses faiblesses. Ce qu’il y a de terrible, quand on devient adulte, c’est qu’on prend conscience que l’on devra toujours vivre avec.»

 

 

Et voici l’incipit:

Elle était là, debout, raide et fatiguée.  Derrière elle, des drapeaux rouges. La CGT devant. Elle fit péniblement un pas en avant, une goutte de sueur roulait sur son front. Elle écoutait lointaine les chants des militants.

Laurène était bien incapable de dire ce qu’elle foutait là, elle avait simplement suivi un ami assez convaincant pour la traîner ici. Bien sûr, il avait disparu dans la confusion des foules et elle se retrouvait seule, obligée de se concentrer pour essayer de trouver au fond d’elle assez de force pour se prendre au jeu.

Elle comprenait la rage et les cris. On a tous une bonne raison de s’indigner et de contrer la marche du monde. On a tous, au moins, une bonne raison d’essayer, mais elle restait désespérément sceptique dans cet étrange théâtre où tous semblaient rejouer une vieille pièce à succès des années cinquante. Elle sourit un peu, essayant de s’imaginer incarner une majorité silencieuse ruminant dans le secret la frustration des choses. Elle se sentait idiote, surtout. Idiote d’être venue, juste pour suivre Bertrand, se disant ainsi devenir pour lui une sœur de lutte, avant de devenir enfin davantage. Elle s’était crue un peu privilégiée de l’accompagner. Elle pensait désormais qu’elle n’était qu’une des centaines de personnes invitées ici juste pour grossir le rang. Il serait faux d’affirmer une quelconque indifférence. Comment cela se pourrait-il ? Elle qui avait été élevée dans une famille de gauche, volontiers altermondialiste, où on lui avait appris tôt à manger bio et à donner quelques euros par mois aux organisations humanitaires. Son père votait socialiste, et riait sans doute de sa jeunesse trotskiste, quand il était plus facile de trouver son combat dans un monde encore simple. Sa mère, elle, était la caricature de la jeune provinciale désintéressée par l’univers galvaudé de la politique. Elle tenait ses indignations de son éducation campagnarde teintée d’un catholicisme lointain, jusqu’au jour où elle rencontra son mari, beau parleur amoureux, qui l’emmena voter pour la première fois. Mais aucun d’eux n’était des militants. Les débats de fin de repas étaient leurs seules actions et, comme beaucoup, ils témoignaient d’une méfiance convenue contre l’encartement. Ils avaient préféré la liberté de ne rien faire à la doctrine. Le combat politique n’admet pas de nuance.

Alors oui, les retraites, il fallait les protéger. Il fallait engager plus de professeurs, « mettre le paquet » sur l’éducation. Il fallait augmenter les salaires. Quoi de plus juste ? Mais Laurène savait qu’il n’y avait plus d’argent dans le pays et que, contre l’évidence, seuls restaient les nostalgiques qui voient toujours dans l’impossible une idée cloisonnée par la pensée unique, celle des puissants. Aux prochaines présidentielles, elle choisira un socialiste, comme ses parents. Elle ne l’avait pas dit à Bertrand, préférant s’improviser camarade du Front de Gauche.  Pour lui et ses amis, l’idée des sociaux-traîtres restait ancrée. Bertrand étudiait la sociologie comme elle. Dans les couloirs de son université, il était de bon ton de croire à la révolution. On y lisait Lénine et Marx, cités à chaque assemblée générale. Elle aussi, elle aimait ces auteurs, comme on aime un patrimoine dans lequel on s’inscrit. Eux, ils les aimaient comme on aime une idée éternelle, persistant à jamais comme une vérité insensible au chemin de l’histoire.

Elle quitta le cortège pour prendre un bus et rentrer chez elle. Avant de disparaître à l’angle de la rue, elle se retourna pour voir si elle n’apercevait pas Bertrand, par hasard.

 

 

Foutoir. Ça gueule et ça reste droit. La fierté n’est pas une stature, c’est une arme. C’est ce qu’il reste à ceux à qui il ne reste rien. C’est l’essence ultime du combat, c’est ce qui fait qu’un homme battu peut rester victorieux aux yeux de l’histoire. La fierté, c’est le contre-pouvoir ultime, un mur qu’aucun gouvernement ne peut renverser, un habit qui rend le soldat insensible aux balles. Il fallait voir le peuple avancer comme s’il pouvait traverser les édifices. Le sol vibrait sous les pas, et de la foule rugissait l’unité d’une nation abusée à qui on avait tout pris.

Ils n’auront pas notre dignité, nous resterons indignés.

- Bertrand ! Putain, ça tabasse en fin de cortège !

Bertrand se retourna vers son camarade : « Il se passe quoi ? ».

- Y’a des casseurs et les gars de la CNT, mais les flics font pas de différences.

- Bordel ! Demande aux étudiants d’accélérer, il faudra se disperser vite place de la Rep ! Fit Bertrand.

- Pourquoi les étudiants ?

- Ils terminent la manif ! Magne-toi, putain !

Bertrand tira sur sa clope et jeta un regard sombre sur le cortège. Ils pourront dire que nous n’étions qu’une poignée. Ils pourront mentir. Il n’y aura personne pour les croire.

Il était grisé, certain que se jouait ici la dernière carte. Après des décennies d’erreurs, nous étions au bord du précipice. L’accélération du monde avait poussé tous les peuples à croire qu’il n’existait qu’une solution, qu’un système, quitte à taire l’intelligence humaine, sa capacité créative infinie, la force de l’espoir, la beauté de l’imagination. Le jeune homme savait la force des idées. Elles construisaient une logique complexe et un monde compliqué dans lequel il était impossible de toucher à une variable sans en bouleverser une autre. Preuve que notre système détruisait la liberté humaine, s’imposant à tous. Les intellectuels avaient trahi. Eux qui jadis portaient avec suffisance la voix des populations, se perdaient maintenant sans cesse à nuancer, à mettre en garde contre ce qu’on ne voyait pas, à souligner que rien n’est simple. Eux qui écrivaient des manifestes, rédigent maintenant des dissertations en thèse/antithèse qui se concluent toujours par un compromis désespéré et maladroit. A trop nuancer, on ne se bat plus. Personne n’a raison, personne n’a tort, rentrons chez nous. La révolution, Bertrand en était persuadé, commencera dans les esprits. Le jour où enfin la France verra que l’évidence n’est qu’une construction imposée par le hasard des temps. Puis ce sera le Domino. Quand le premier prisonnier brisera ses chaînes, rien ne pourra nous arrêter. Ni le FMI, ni la BCE. Quand nous imposerons la certitude que rien n’est certain, le nouveau siècle commencera vraiment.

On ne lève jamais le poing par hasard. Depuis toujours, Bertrand contestait. Enfant, il observait avec ferveur la colère qui était la sienne. Il se sentait révolté viscéralement et faisait de la rébellion une conviction aveugle qui s’imposait par sa morale. Plus tard, il découvrit les thèses communistes, les écrits argumentés, sérieux, construits. Il connut alors l’allégresse de constater, enfin, que ses indignations spontanées trouvaient écho dans des théories bâties sur la raison. Sa rage n’était plus seulement une passion résonnant dans nos adolescences et qui s’éteint avec l’âge, comme un passage obligé. C’était aussi un projet structuré et cohérent défendable sur l’autel de la logique véritable. Non, la révolution n’était pas le corollaire de ses acnés passées, une éruption passionnelle destinée à s’estomper jusqu’à ce que la sagesse impose sa véracité. Au contraire, la jeunesse est la pureté, puisqu’elle est la pensée encore préservée des artifices qui s’imposent à nous. Les refuser, c’est le premier pas vers la raison. Le premier pas vers cet ordre nouveau qui, puisqu’il naîtra de la pureté vierge de l’homme, naîtra par nécessité.

 

Si vous désirez en lire plus, n’hésitez surtout pas à vous procurer le livre!!!

Marc Vassey, L’exode des chefs, Edilivre, Avril 2012, ISBN 9782332492890

 

lien direct: http://www.edilivre.com/l-exode-des-chefs-marc-vassey.html

 

 

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Une réflexion au sujet de « L’Exode des chefs. »

  1. Un bon début: j’attends de lire la suite; et de chercher à savoir qui a inspiré tes personnages.

    La croyance (vocabulaire religieux?) dans l’importance de la politique, a -t-elle été influencée par ton passage à la fac de Mendoza oû il semblait régner un parfum des années 70 en France;

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