Le temps qui passe!!! Entre Bocains et Maraichins il y à Mimite!!

Comme j’ai toujours adoré les contes, je pourrais commencer l’histoire par:

 » Il était une fois……… »

Mon imagination débordante et féconde réunirait les sorcières et bonnes fées, toutes ces « bougresses », d’un monde plutôt Vendéen. Ma version serait exemplaire et riche, pourvue de sagesse et de générosité, exhalerait les chaudes journées de juin: le foin et le crottin. Ma conclusion serait fidèle à mes connaissances littéraires préférées: « ils se marièrent, ont vécu longtemps heureux et eurent beaucoup d’enfants…. » Mais voilà, ces bougresses sont toutes à ce jour me dit-on « ménopausées, taries par une sécheresse hormonale irréversible ». Déçue, je crains aujourd’hui que leurs pouvoirs déclinants puissent encore éclairer mon esprit vagabond. Que pourrais-je alors vous conter, vous mon amie, qui séduirait votre appétit de récente retraitée?

La vérité soudainement accouche des pores de mon épiderme. Telle la bouffée parfois ardente qui coule dans mes veines et finit par ruisseler comme un orage d’été. Mon héroïne se précise, se révèle et s’attarde. Elle entr’ouvre délicatement les paupières de mes yeux, danse avec frénésie sur les lueurs de la bougie allumée  et finit par se coucher paisiblement sur ma plume, en s’abreuvant de la substance de  l’encrier.  Elle s’appelle Marie-Laure, mais je préfère la nommer comme beaucoup d’autres « Mimite ». Pourquoi, Mimite, me diriez-vous? Je n’ai jamais cherché à comprendre!!!! Ce personnage n’est pas un « mi-mythe », puisque bien réelle, vivante, elle séjourne paisiblement entre canaux et rivières, une petite commune ensoleillée des Isles du Marais Poitevin. Son domicile est un château de princesse où règnent son prince, la sérénité, la convivialité et l’amour. Toujours soucieuse de son apparence en s’apprêtant de quelques artifices très discrets, de parfaire ces diverses connaissances culturelles, de s’initier pour de nouvelles curiosités, elle cherche avant tout à séduire ceux qui l’approchent. Un sourire réservé, une allure distinguée, un regard bienséant, autant d’éléments qui caractérisent et déterminent cette femme de la cinquantaine. Deux filles, issues de cette union princière ont contribué au bonheur de ces châtelains sans histoires. Adultes, ravissantes, autonomes, elles se sont envolées vers d’autres horizons abandonnant le nid douillet et protecteur. Mimite n’ayant jamais eu à son service, de valets, femmes de chambre et même de cuisinière, à toujours assumer avec patience et courage toutes les tâches ménagères de ses appartements et accompagner fièrement ses petites princesses dans l’éducation des bonnes manières. De plus, et depuis son plus jeune âge a toujours eu le sens de l’aide, du soutien pour toutes les âmes défaillantes croisant son chemin. Elle a ainsi et pendant plusieurs années œuvré et contribué au bien-être et au confort des vieilles personnes d’une grande institution.

Soudain ma main se fige, mes doigts se crispent. Ce sang qui circulait jusqu’alors librement dans l’artère de ma plume,vient de jaillir de son bec et s’effondrer entre le point et la virgule. Délicatement, le buvard absorbe une partie de cette essence gisant sur le papier mais trahira à jamais l’empreinte noirâtre et indélébile de cet incident impromptu. Est-ce une manifestation diabolique, de sorcellerie, qui s’oppose à ce voyage littéraire? Est-ce un signe de mauvaise conduite, m’obligeant à freiner sur cette voie jusqu’alors inconnue?  En tout cas maintenant, je suis fatiguée, épuisée, désabusée et frissonnante. Déjà l’aube se dessine derrière les voilages de ma fenêtre entr’ouverte. Je décide alors de refermer cette page et d’aller dormir. Après le breuvage d’une infusion d’aubépines, je rejoins le lit de ma rivière accueillante qui m’enveloppera pour quelques heures, dans ses vastes bras et me bercera sur son ventre. Sans réticence, les yeux clos, je vais me laisser transporter sur le fil de l’eau, la tête sur un tronçon de bois couvert de mousse et roseaux. Voilà, mon pèlerinage presque solitaire et vital entre nénuphars et cygnes blancs peut enfin démarrer.

Le rêve

Un grognement, un vrombissement, je n’arrive pas à définir ce bruit régulier et profond. Je n’arrive pas à capter la localisation. Je stoppe mon allure et ma respiration, je tourne et me retourne, j’épie discrètement derrière les feuillages verdoyants de ce bois quasi-ombragé. Rien, je ne vois rien qui puisse m’indiquer une ombre, un mouvement, une présence. Une impression de danger alerte toutes les cellules de mon système nerveux. Mon cœur commence à battre la chamade, mes jambes flageolent, mes mains sont moites. Ca y est maintenant, j’ai peur, je tremble, je suffoque, enfin je manque d’air malgré cet espace dynamisant et ressourçant  avec lequel je voulais quelques instants flirter. Puis soudain, les oiseaux reprennent leurs gazouillements et se remettent à virevolter se posant ça et là, sur les branches hospitalières de vieux chênes et de fiers noisetiers. Le bruit vient de cesser et un léger souffle lumineux, doux et caressant me permet de reprendre un peu mes esprits. S’est enfuie? Est-elle morte? Cette chose! Cette bête!  Je décide enfin de rebrousser chemin en me moquant de cette stupide peur qui m’a paralysé quelques instants. Quelques pas, puis de nouveau le bruit ressurgit de plus belle. Je veux crier mais aucun son ne sort de ma bouche. Je veux m’enfuir, courir, mais je reste immobile, clouée sur place, malgré des efforts herculéens. J’aperçois dans ma folie craintive, une énorme et gigantesque toile d’araignée, « une arantelle » suspendue à un arbrisseau aux tiges aériennes. Quelques rayons du soleil déclinant viennent illuminer et caresser ce berceau qui semble-t-il est occupé par un résident. Timidement et sans bruissement apparent, j’arrive à bouger quelque peu et ainsi m’approcher prudemment de cette magnifique et étincelante dentelle. Le bruit est là tout proche…. J’aperçois à présent des yeux fermés, une bouche souffler, une poitrine se soulever. Le bruit se repose, dort et surtout ronfle, tel un roulement de tambour précédant l’annonce d’une nouvelle. La silhouette ressemble étrangement à celle d’une femme et son visage me semble pourtant familier. Au bout d’un instant d’observation, après avoir presque frôlé le tissage de la toile transparente, je reconnais là maintenant , c’est sûr, grâce à ses traits particuliers et stature: La Mimite!! A demie-nue, femme délicieuse et coquette, qui sommeille sur les terres de Mélusine, femme fée à la queue burelée d’argent et d’azur, bâtisseuse d’un autre monde. Malgré ma présence, le ronflement ne décline pas. A chaque inspiration, le bruit tempête, à chaque expiration, il m’insuffle une rafale de frissons faisant voltiger mes pensées délicates. A cet endroit précisément la vie semble suspendue. Insectes, oiseaux, feuillages et petits rus attendent très certainement tout comme moi, une accalmie bienvenue. Malgré son immobilité et inertie, un vague sentiment d’irritabilité et d’agacement m’envahit. Je voulais en venant ici, éprouver moi aussi une sensation de quiétude, de bien-être, d’apaisement, et apprécier le réveil de tous mes sens étourdis. Je voulais tout simplement après une période confuse me réchauffer, me ressourcer dans ce lieu magique et forestier. Et voilà que maintenant à cause de cette princesse, mon souhait à échouer et qu’il est temps pour moi de rentrer. A peine ai-je le temps de me retourner, que déjà  je chois brutalement dans un puits ténébreux et profond, aspiré par un gigantesque tourbillon.

Le Réveil

Le soleil est à son point le plus haut lorsque j’ouvre un œil, puis l’autre. Une étrange sensation de fatigue. L’impression d’avoir peu dormi. La traversée du cours semble avoir été difficile. Assise sur le rebord de mon lit, je repense au manuscrit abandonné il y à quelques heures seulement, accidenté tel un fâcheux présage. Y- a-t-il un lien entre cette mésaventure et le rêve qui encore me poursuit? Pourquoi cette femme enchanteresse, cette mère généreuse, cette princesse très modeste m’est apparue dans mon rêve soudainement indécente et bruyante? Je me lève d’un bond et accoure à ma table de travail où mes outils de fécondation demeurent encore somnolents, à l’exception de ma plume qui git blessée à terre. J’ouvre la page 5, et là surprise, la tâche a disparu. je n’en crois pas mes yeux et reste perplexe devant ces 2 mystères obscurs. Installée dans mon vieux fauteuil rouge Lois Philippe, les bras croisés, un peu pantoise, j’observe à présent un petit insecte aux ailes peintes couleur pastel qui posé sur le chandelier semble curieusement m’épier. D’un bruissement d’ailes il s’échappe de la branche argentée et tournoie au-dessus de ma tête. Il visite furtivement les contours de la pièce et se pose maintenant et délicatement, sur le bout de la plume toujours couchée au sol. Attentivement je guette cet étranger indiscret qui cherche et parvient comme une chenille audacieuse, à s’introduire dans les entrailles de mon instrument de composition. A genoux, je redresse ce dernier qui semble rétablit, guérit d’un accident de communication. Ma main et cette plume semblent soudées et ne font désormais, plus qu’une seule entité. Je m’installe fébrilement sur ma chaise devant l’écritoire et promptement, une énergie nouvelle, une volonté secrète accompagne mes doigts et la plume sur la trame du papier quelque temps délaissé. Je ne contrôle plus la rédaction de ce qui suit. Non ce n’est point moi qui dirige, qui gouverne le voyage, qui abreuve de la sève ce bec affamé. Du bout de sa patte frêle et agile, j’entends vaillamment grattouiller sur la page en guettant curieusement une par une les lettres transcrites d’un alphabet indéchiffrable.

Désolée, rien, je ne comprends rien à ce charabia là!! Est-ce de l’Hébreu, du Télégu ou de l’Urdu? Je veux comprendre!! –  » S’il te plaît, toi la bête, aide-moi à traduire ton langage inconnu lui dis-je en l’implorant… »  Avec élégance, la patte se baigne dans l’encrier et revient humecter le papier.

La Vérité

Je saisis tout à coup le pourquoi de la mutation corporelle et de la pénétration intellectuelle de cet insecte dans le corps de ma plume. Hasard, coïncidence, destinée, lequel de ces trois est le plus approprié? Ce qui est certain c’est qu’il est entré ici pour m’informer!!  –  » S’il te plaît, toi la bête, fée, muse ou insecte, colporte- moi la raison de ton invitation lui dis-je en l’invoquant… »  Avec délicatesse, elle s’exécute et dépose en caractères gothique ce message surprenant.

Rapidement de ma main gauche, je couche le buvard sur ces traces comme un écran absorbant et ainsi préserver cette étonnante vérité. Assouvies pour un instant, ma main droite et la plume, attendent très patiemment.  –  » S’il te plaît, toi petit Elfe, continue ton récit qui m’intrigue et me divertit… »  Sans plus attendre et comme par magie, le bout de la plume acquiesce et poursuit son récit.

A peine ai-je le temps d’achever cette lecture, que déjà l’Elfe des bois s’extirpe tel un nouveau-né, me libère la main de son étreinte et s’envole tout léger. Étourdie par ce moment mystérieux, j’essaie un instant de refermer mes yeux en songeant fébrilement à cet authentique aveu.  Puis soudain, la clochette de ma maison retentit m’obligeant à sortir d’une profonde léthargie.Je me lève un peu ivre, et me dirige à pas lourds vers la porte. Le soleil tout puissant m’éblouit, mais je reconnais dans ce halo de lumière, là c’est sûr: Marie-Laure  La Mi Mythe.  Un peu confuse, un peu honteuse, je suis surprise, je suis heureuse!!!

Oh quel plaisir!! Je suis comblée de vous voir enfin chère amie. Mais entrez- donc… Après un baiser, des nouvelles sur le temps qui passe, je lui demande en l’invitant à s’asseoir:

- « Avez-vous bien dormi cette nuit? » Avec un sourire éloquent, j’ai compris qu’elle avait croisé l’Elfe bienveillant.
Voulez-vous partager mon goûter ? J’ai une faim de LOUP !!
Je peux vous proposer :
Merveilles à la rosée royale des lutins et
Mystère au parfum féal et divin!!!

 



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Le Bonsaï maléfique

Pour une fois, le hasard avait bien fait les choses.

On l’avait placé dans le salon juste en face d’un miroir, tout près de la fenêtre. À certaines heures de la journée, il pouvait bénéficier de quelques rayons de soleil qui venaient illuminer ses feuilles d’une belle couleur orangée marquant le début de l’automne.
La journée la température ambiante était agréable, ni trop chaude ni trop froide, cependant l’air était tout de même un peu sec à son goût.
Mais il avait vu pire.
Bien pire.
Il s’était parfois retrouvé dans des endroits sordides, comme par exemple dans une cave où la lumière du jour filtrait avec difficulté à travers les grilles d’un soupirail, ou encore sur une terrasse exposée en plein soleil où il avait bien failli mourir par manque d’eau.
Par contre, il redoutait chaque soir le moment où l’homme viendrait allumer la cheminée. Comme à chaque fois, il exhalerait abondamment et ses feuilles se recroquevilleraient légèrement sur elles-mêmes jusqu’à ce que le feu s’éteigne durant la nuit, ce qui mettrait fin à son abominable calvaire.
Pourtant, mis à part la cheminée, il aimait bien cet endroit ! Et surtout le fait de pouvoir passer de longues heures à se contempler dans le miroir.

« Ô miroir, gentil miroir, dis-moi qui est le plus beau… »

Il s’enorgueillit en pensant qu’il devait être le plus bel arbre de la terre.
Plus beau encore que ses grands frères qui peuplaient les forêts par milliers.
Comme il aurait aimé lui aussi devenir grand ! Un arbre majestueux de plusieurs mètres de haut devant lequel de nombreux promeneurs viendraient s’arrêter pour l’admirer.
Et à nouveau un sentiment de haine l’envahit et fit frémir ses feuilles. L’être humain. Cette aberration de la création, ce monstre mouvant qui se donnait le droit de vouloir domestiquer la nature et qui l’empêchait de devenir grand en taillant et en ligaturant ses branches sans aucun scrupule.

Mais il savait que bientôt il prendrait sa revanche. Personne ne soupçonnait son étrange pouvoir qui augmentait de jour en jour et lui permettrait dans un avenir proche de venger ses frères. Il était déjà parvenu à se débarrasser de cette maudite créature à quatre pattes, boule de poils puante, qui était venue le lacérer de ses griffes.
Comme c’était pathétique le jour où la femme et l’enfant avaient pleuré la mort du chat !

Ses feuilles pointues et échancrées se mirent à nouveau à vibrer.

Quelques jours plus tard

- Bon anniversaire grand-père ! déclara Jean-Baptiste.

Toute la famille était réunie dans la salle à manger du vieux, enfants, petits-enfants, frères et sœurs encore vivants.
Il fêtait ses quatre-vingt-cinq berges!

Ses petits-enfants le fixaient avec un mélange subtil de respect et d’étonnement.
Ses deux fils quant à eux, le regardaient avec un regard rempli de convoitise qui en disait long sur leurs intentions : C’est peut-être le dernier…
Bientôt tes biens et ta maison nous reviendront…

« Souffle papa, souffle ta dernière bougie ! »

L’octogénaire était veuf depuis maintenant deux ans. Ses seules occupations se résumaient à quelques activités de jardinage et à couper du bois pour le fourneau de la cuisine lorsque son arthrite lui laissait un moment de répit.
Le soir venu, il s’endormait la plupart du temps sur le canapé, les pieds posés sur la table basse, en regardant un film qu’il revoyait pour la énième fois.

Pourtant, malgré le poids de toutes ces années et son arthrite, il se sentait solide comme un chêne.
Le moment était venu qu’il déballe ses cadeaux.
Jean-Baptiste, le plus jeune de ses petits-fils âgé de cinq ans, s’approcha de lui et lui tendit un petit paquet qu’il s’empressa d’ouvrir. Il en ressortit une étrange paire de ciseaux.
Il s’efforça de masquer son étonnement et se mit à sourire :
- C’est pour me couper les cheveux ? demanda-t-il d’un air amusé.
» Malheureusement j’en ai presque plus !
L’enfant se mit à rire.
Ce fut au tour de son second petit-fils, âgé de huit ans, qui lui offrit un flacon d’engrais.
Il s’efforça à nouveau de sourire, masquant à nouveau son étonnement qui allait en s’accentuant.
- Ah ! J’ai compris… c’est pour faire repousser mes cheveux !
Nouvel éclat de rire.
Et pour finir, il ouvrit son dernier cadeau qui venait de la part de ses belles-filles. Il avait une forme plutôt bizarre.
Il s’agissait un arbre miniature, plus exactement un petit érable palmé avec de superbes feuilles orangées.
Bûcheron de métier, puis garde forestier, il connaissait toutes les espèces d’arbres qui poussaient dans les Ardennes. C’était bien un érable, cela ne faisait aucun doute, mais jamais il n’en avait vu de si petits !
- C’est un Bonsaï. Déclara son fils aîné. » Nous avons pensé que ça te rappellerait de bons souvenirs…

En réalité, il avait saisi l’opportunité de l’offrir à son père pour s’en débarrasser, car sa femme se plaignait sans arrêt que c’était un nid à poussière, que ce n’était pas sain d’avoir un arbre à l’intérieur. Une amie lui avait offert quelques semaines auparavant, et par politesse, elle n’avait pas osé le refuser.

Le vieillard essuya une larme avant de souffler ses bougies.
- C’est un cadeau magnifique ! déclara-t-il ému.

Première semaine

Après avoir parcouru rapidement des yeux un petit guide intitulé « Comment entretenir son Bonsaï », le vieil Eugène s’approcha de l’arbuste muni d’une grosse paire de ciseaux dans la main droite.

Il avait placé le petit érable sur une vieille commode en bois de merisier joliment sculptée qui ornait la salle à manger. Juste au dessus, une énorme scie passe-partout d’environ deux mètres de large était accrochée au mur, celle qui avait été son outil de travail pendant de nombreuses années.
Il en avait coupé des arbres durant sa vie ! à grands coups de hache et de longs mouvements de va et vient avec la scie qu’ils manipulaient à deux, il était même venu à bout de chênes énormes.
Il n’avait pas fait dans la dentelle, mais à présent le moment était venu pour lui de se lancer dans une activité un peu plus « artistique ».
Il avait lu dans le petit guide que l’on pouvait personnaliser la forme de son arbre suivant la manière dont on taillait ses branches.
Cette perspective le réjoui.
Il tint avec fermeté l’extrémité d’une branche entre son pouce et son index, avant de refermer les ciseaux dans un mouvement sec.
Immédiatement, un jet de sang aspergea la commode.
Ses yeux s’écarquillèrent et son sourire laissa soudain place à une horrible grimace d’effroi.
Ce n’était pas l’extrémité de la branche qu’il venait de sectionner, mais son petit doigt qui tomba juste devant ses pieds.
Il courut jusqu’à la cuisine pour prendre un linge qu’il enroula autour de sa main, puis se précipita vers le téléphone avant que sa vue ne commence à se brouiller.

Deuxième semaine

Il ne ressentait presque plus la douleur, mais sa main gauche était toujours couverte d’un épais bandage, ne laissant dépasser que l’extrémité des quatre doigts qui lui restaient.
Les médecins lui avaient dit que s’il avait mis son doigt immédiatement dans de la glace après son accident, ils auraient peut-être pu le sauver en ayant recours à la microchirurgie.
Mais à son âge…
Il s’était demandé à plusieurs reprises comment il avait pu commettre une telle maladresse sans trouver d’explication plausible à ce qui s’était passé. Peut-être souffrait-il d’une maladie débilitante du style Alzheimer ou autre ?
Il chassa immédiatement cette idée de son esprit. C’était une maladie de vieux, et lui ne se sentait pas vieux !
Certes, il lui arrivait parfois d’avoir des trous de mémoire et ses mains n’avaient plus l’assurance d’autrefois, mais il se sentait toujours l’âme d’un jeune homme.

Perplexe, il resta un long moment immobile sur une chaise de la salle à manger à fixer le petit arbre.
Par moments, il semblait que ses feuilles frémissaient légèrement alors qu’il n’y avait aucun courant d’air dans la pièce. Une vague de frayeur le parcouru.
Il se leva ensuite pour aller chercher la grosse paire de ciseaux qu’il avait rangé dans la cuisine, puis revint quelques minutes plus tard, bien décidé à accomplir ce qu’il avait à faire.
Il se tint debout face à l’arbrisseau, sa main gauche bandée posée à plat sur la commode, et décida de ne se servir cette fois que de sa main droite.
Au moment où il s’apprêta à cisailler l’une des branches, la grosse scie passe-partout fixée au mur se décrocha brusquement et lui sectionna en tombant l’extrémité des quatre doigts qui lui restaient.

Troisième semaine

Après plusieurs jours d’hôpital, il était enfin de retour à la maison.
Sa main gauche, du moins ce qu’il en restait, le faisait atrocement souffrir malgré la dose massive d’anti-douleurs prescrite par les médecins.
Personne n’avait voulu le croire lorsqu’il avait déclaré que la scie s’était décrochée toute seule du mur et que la lame était tombée comme une guillotine sur sa main.
Tout le monde pensait qu’il s’agissait d’une nouvelle balourdise de sa part, qu’il commençait sérieusement à perdre la tête.
Marie-Noëlle, la plus généreuse de ses belles-filles, avait même insisté pour qu’il vienne habiter chez eux.
Ce qu’il refusait catégoriquement.
Il avait toujours dit à ses enfants que quoi qu’il arrive, il finirait ses vieux jours chez lui, et qu’il refuserait d’aller vivre chez l’un d’entre eux, et encore moins dans un hospice de vieillards.
Il n’était pas vieux.
Résignée, sa belle-fille lui avait alors proposé de venir le voir une fois par jour pour l’aider dans ses tâches quotidiennes et lui préparer ses repas.

Ce jour là, il attendit que Marie-Noëlle ait tourné les talons, et se précipita dans le garage.
Il examina un moment ses outils qui étaient soigneusement alignés sur leurs supports, et son choix se porta sur un gros sécateur qu’il utilisait habituellement pour tailler les rosiers.
Il était à présent convaincu que tous ses malheurs avaient commencé depuis le jour où on lui avait offert ce maudit arbuste.
Mais il n’allait pas se laisser abattre, car il était fermement décidé à tuer le mal à la racine.
Il prit son courage à deux mains, et se dirigea tout droit vers la salle à manger.
Il fixa l’arbre pendant quelques secondes, tout en vérifiant qu’il n’y avait rien à proximité qui présente un quelconque danger.

Un sourire sarcastique illumina son visage :
- Cette fois, je vais te faire ta fête petit salopard… ce n’est pas tes branches que je vais couper, mais ton tronc ! s’exclama-t-il.

Au moment où il s’approcha avec le sécateur, une douleur fulgurante lui paralysa la jambe gauche, identique à une crampe. Il se roula par terre, et voyant que la douleur devenait de plus en plus intense, il fit un effort surhumain pour se relever avant de se traîner péniblement vers le téléphone.

Deux jours plus tard, il se réveilla dans un lit d’hôpital.
Lorsqu’il ouvrit les yeux, sa famille était à son chevet et le regardait d’un air apitoyé.
Il se rappelait vaguement qu’il avait été victime d’une thrombose, et que les médecins avaient procédé à une série d’examens avant de le transférer au bloc opératoire. Puis le trou noir.
André, son fils aîné, se racla la gorge et déclara d’une voix d’outre-tombe :
- Je suis désolé papa, mais ils n’ont pas eu d’autre choix que d’amputer ta jambe… la gangrène, tu comprends ?

Le vieil Eugène se redressa les yeux exorbités et fixa la couverture qui ne se soulevait plus que d’un seul côté à l’extrémité du lit.

Pendant ce temps

Ses feuilles frémirent de joie.
Cette petite pluie fine pulvérisée par un vaporisateur avait rafraîchit son feuillage et humidifié sa terre. Cela lui avait fait un bien fou et revigoré.
Pour couronner le tout, il avait eu droit à une bonne dose d’engrais. Il se sentait de plus en plus vigoureux, mais il savait aussi qu’il serait bientôt à l’étroit dans ce pot.
La femme était venue l’arroser à plusieurs reprises durant l’absence du vieux chnoque, avant de s’adonner à quelques travaux de ménage. Elle avait même nettoyé les vitres et le miroir. Dès lors, il lui semblait que ses belles feuilles dorées resplendissaient d’avantage.
En plus, il avait grandi.

Un mois plus tard

Le vieil Eugène franchit la porte d’entrée de la maison dans son fauteuil roulant, accompagné d’André et de Marie-Noëlle.
Toute la maison respirait la fraîcheur et la propreté.
Ses enfants l’avaient qualifié de « vieille tête de mule » lorsqu’il avait refusé catégoriquement d’aller finir ses vieux jours dans un centre pour handicapés. Plutôt clamser ! avait-il ajouté.
Ils firent ensuite rapidement le tour de la maison et étudièrent la meilleure façon de disposer le mobilier afin de faciliter le passage du fauteuil roulant.
Lorsqu’ils arrivèrent dans la salle à manger, les yeux du vieil homme se révulsèrent et tout son corps fut parcouru de tremblements.
Le bonsaï semblait avoir doublé de volume. Ses feuilles pointues et dentelées flamboyaient sous l’effet d’un rayon de soleil.
- T’as vu comme il est beau ! déclara Marie-Noëlle avec fierté. » C’est comme les plantes, il faut prendre soin de bien les arroser et leur parler ! Je lui ai même donné une dose d’engrais…

Le visage du vieillard se décomposa d’un seul coup. Il aurait voulu hurler, mais aucun son n’émana de sa bouche.
Cela ne faisait à présent plus aucun doute : ce maudit arbuste était la cause de tous ses malheurs. Jamais un arbre ne lui avait donné autant de fil à retordre.
Il n’avait osé débagouler cette histoire à personne, de peur qu’on ne le prenne pour un vieux fou…

Marie-Noëlle promit qu’elle passerait le voir une fois par jour afin de préparer ses repas et l’aider à faire sa toilette, puis il attendit patiemment que son fils et sa belle fille tournent les talons.
Lorsque qu’il se retrouva enfin seul, il se dirigea avec peine vers un vieux buffet dans lequel il rangeait toutes sortes de produits.
Il examina un à un les flacons qui étaient soigneusement alignés sur un rayon, et son choix se porta sur une bouteille de désherbant encore à moitié pleine. Un sourire sarcastique illumina son visage.
Il se dirigea ensuite vers la salle à manger, et fixa l’arbuste quelques instants avec effroi avant de dévisser le bouchon du flacon.
- Maintenant, à nous deux ! tu vas voir petite ordure de quel bois je me chauffe ! Si tu crois que tu vas prendre racine ici et me pourrir la vie…

Tout à coup, les branches de l’arbuste se mirent à s’allonger comme les tentacules d’une pieuvre, et s’enroulèrent autour des bras du vieillard, l’immobilisant.
Les yeux exorbités, il se mit à hurler et au même moment une autre branche s’enroula autour de son cou.
Dans sa lente agonie, il vit les yeux et la bouche de la chose qui le gratifia d’une horrible grimace.

Quelques jours plus tard

Toute la famille était venue assister aux funérailles du vioque.
Ils l’inhumèrent à l’arrière du cimetière, un peu en retrait des autres tombes, dans un coin relativement tranquille.
Ses petits enfants vinrent déposer à tour de rôle des bouquets de fleurs sur sa tombe, les yeux remplis de larmes.
- C’est tout de même curieux ! Déclara André. »C’est arrivé si vite ! son état de santé s’est détérioré pratiquement du jour au lendemain.
- Oh tu sais, à cet âge là tout peut arriver ! répondit Jean-Paul son frère cadet.

Ils fixèrent pendant un moment le petit bonsaï qu’ils avaient fait planter à l’arrière de la tombe, juste derrière la croix.
- Je crois que c’est une bonne idée ! il semblait très attaché à cet arbre et celui-ci représentait probablement un symbole pour lui. L’effigie de sa vie de bûcheron…

Ils laissèrent échapper quelques sanglots avant de se diriger lentement vers la sortie du cimetière.

Pendant ce temps, les racines du petit érable s’enfonçaient de plus en plus profondément dans la terre.
Dans leur lente progression, elles finirent par traverser les fines planches en bois du cercueil pour aller ensuite s’enrouler autour de la dépouille du malheureux défunt.

Il lui fallait de l’engrais, car il voulait devenir un grand arbre.
Un très grand arbre.

Fin

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Le destin de Chloé

Un jour, une énorme boule entourée d’un nuage de fumée blanche arrosée d’éclairs, atterri à grande vitesse sur terre. Plus exactement dans une cours d’école dans le village de Castagnède  avec  grand fracas. C’était la récréation à ce moment là et les enfants jouaient, riaient, se disputaient comme tous les jours. Une petite fille se tenait  un peu à l’écart lorsque l’objet tomba quasiment à ses pieds. Elle resta tétanisée. Regardant  autour d’elle, elle vit que personne ne semblait réagir. Les autres continuaient leurs jeux, leurs cris, sans se rendre compte de rien.

Une vieille dame les yeux exorbités, les cheveux hirsutes, sortie du toit de l’engin en hurlant : « petite ! Prend cette précieuse machine avant qu’on ne me la vole, je suis poursuivie par des monstres qui veulent me la prendre mais elle ne doit pas atterrir dans leurs mains ce serait une catastrophe ! ils l’utiliseraient pour une mauvaise cause  tu m’entends ? Une catastrophe ! Ne la perd pas prends en soin !!! Elle lança l’objet qui atterri dans les mains de la fillette qui ne bougeait toujours pas, et dans un horrible hurlement et une lumière aveuglante, elle disparu, sa machine avec elle. La petite était tétanisée, choquée et ne bougea pas lorsque la sonnerie, annonçant la fin de la récréation, sonna. La maîtresse l’interpela : « Chloé que fais tu ? Il est l’heure d’aller en classe ! Tu n’as pas entendu la cloche ? » N’observant aucune réaction de sa part elle se rapprocha et la secoua doucement par l’épaule. Chloé sortie enfin de sa torpeur et  retourna en cours avec son mystérieux objet que personne ne semblait remarquer à part elle. A la fin de la journée elle rentra chez elle.

Sa mère ne s’intéressait pas vraiment à elle, trop d’enfants à s’occuper : 4 dont le plus petit âgé de 3 mois, sa fille existait uniquement lorsqu’elle avait besoin d’elle pour l’aider vu que c’était l’aînée des filles et que son père avait quitté la maison depuis un moment. La petite grimpa directement dans sa chambre où elle observa  l’objet sous toutes les coutures se demandant ce qu’elle pouvait bien en faire, à quoi il pouvait servir, qui pouvait vouloir le lui prendre et pourquoi ? Elle entendit la voix de sa mère lui crier de venir l’aider. Elle planqua l’objet dans une boîte à chaussure où elle mettait tous ses petits trésors et descendit rejoindre celle-ci.

Sa nuit fût agitée, elle voyait des éclairs, la vieille échevelée avec ses gros yeux qui lui criait de faire attention et sentait une ombre mauvaise planer sur elle sans trop savoir ce que c’était. Elle se réveilla plusieurs fois apeurée se sentant observée !

Le lendemain, après avoir aidé sa mère, déjeuné, elle parti pour l‘école. La journée se déroula normalement sans problème ce qui laissa penser à Chloé qu’elle avait rêvé. Seulement, le soir, seule dans sa chambre elle vit que l’objet était toujours là et à la nuit tombée il commença même à projeter une lumière sortant de petits trous qu’elle n’avait pas vus au premier abord.

Au dehors 2 personnes l’observaient au travers de la fenêtre de sa chambre. Elle se coucha sans se rendre compte de rien.

L’école accueillit un nouvel arrivant Enzo qui se trouva être dans sa classe, ils devinrent vite inséparable. Il lui confia que sa sœur était malade, qu’il était très triste et qu’il avait entendu parler d’un objet exhaussant les rêves, que quelqu’un l’avait volé et qu’il serait tombé pas  très loin d’ici et qu’il le cherchait désespérément  pour sa sœur. La petite lui répondit qu’elle n’était pas au courant mais qu’elle était triste pour lui et que si il avait besoin de quoique ce soit elle serait là.

Se rendant chez elle, elle commença à se poser des questions sur  l’objet qu’elle détenait, pourrait il être celui que cherche Enzo ? Exhausse-t-il vraiment des rêves ? Comment marche-t-il ? Pourquoi voudrait-on le lui voler ? Pour en faire quel mauvais usage ? Et comment Enzo est il au courant puisqu’elle est sensée être la seule au courant ?

Soudain, par la fenêtre grande ouverte de sa chambre elle voit une tête. Elle crie, prise de panique ! Une personne est là dehors la regardant. Elle lui dit : « n’aie pas peur ! Je ne te veux aucun mal je suis là pour la machine, pour te guider. Ton nouvel ami est un traitre, il est méchant, il travaille pour ceux qui ont tué la vieille dame qui te l’a donné  laisse moi t’expliquer l’histoire je t’en supplie !! Notre avenir dépend de toi ! ». Après une longue réflexion, elle décida de lui faire confiance et l’aida à rentrer dans sa chambre. La dame se prénommant  Angeline dit venir d’une autre planète qui a été décimée par ces méchants parasites. « En fait l’objet que tu détiens permet le rêve, l’espoir aux enfants et autres malheureux. Il redonne un peu de vie et de joie aux gens. Seulement ces parasites veulent le détruire pour asservir et anéantir l’humanité car si les enfants n’ont plus de rêves, d’espoirs, ils vont sombrer dans la souffrance et la tristesse et leur parents désespérés de voir leurs petits ainsi se mourront avec eux et c’est la fin ils auront ainsi le contrôle tu comprends ?  Crois moi ils sont dangereux fais moi confiance ! »

Chloé, perdue, ne sait que croire et ne comprends pas pourquoi elle a été choisie pour garder cette chose  !! Plus tard, un de ces frères tomba gravement malade et, inquiète de son sort, elle demanda conseil à Angeline pour la machine car si elle exhaussait  vraiment les rêves, elle en avait besoin à l’heure actuelle pour sa famille, il fallait qu’elle lui montre comment cela fonctionne c’est urgent ! Et notre inconnue de lui expliquer le fonctionnement de l’objet : il doit se charger au soleil pour ressourcer la lumière et faire qu’il y ait une multitude de couleur qui se propageront sur celui ou celle qui le maintien ce qui provoquera une poudre de rêve envoyée sur la personne malade.

Elle la remercia  et se mit en route vers l’hôpital l’objet caché sous son manteau et là elle voit Enzo avec son air d’enfant innocent s’approchant d’elle : « je crois que tu as quelque chose qui nous appartient ! » et elle de répondre « ce n’est pas vrai laisse moi passer je vais à l’hôpital voir mon frère qui est gravement malade ! » « Et alors je m’en fiche ! Nous tout ce qu’on veut c’est l’objet pour accomplir notre destinée ! Tu dois être au courant non ? » « Comment peux-tu être monstrueux à ce point ? Tu n’as donc pas de cœur ? » « Eh non on nous l’a enlevé petit et cela évite beaucoup de complication tu devrais me croire on est libre de faire ce que l’on a envie et on est plus fort et ça c’est plus important que tout le reste !! Allez donne le moi je ne suis pas venu seul ! Je ne voudrais pas qu’il t’arrive quelque chose !! » Comme elle refuse plusieurs personnes l’air diabolique, sortant de leurs cachettes  lui tombent dessus et lui volent son appareil. Chloé est par terre, elle pleure. Angeline vient à sa rescousse mais trop tard ! Son frère va très mal et ils ne savent pas comment récupérer la boîte ! Elle est tellement triste !

Un soir elle a une vision, elle voit l’objet s’illuminer alors qu’elle ne l’a plus. Comment est ce possible ? Elle en parle à Angeline qui dit « écoute ton cœur c’est pour cela que l’on ta choisi car tu ne perds pas espoir, tu as un grand cœur et du courage ! » elle écoute son conseil. La boîte se met à lui envoyer des lettres brillantes et lumineuses : appelle mes couleurs avec ton cœur ! Ce qu’elle fait et  la boîte apparaît comme par magie devant elle ! Peu de temps après, les monstres arrivent pour  la reprendre mais  elle sut quoi faire pour les en empêcher : utiliser la machine contre eux en leur envoyant de la poudre de rêve et d’espoir, mêlée d’un peu de magie, tout ce qu’ils détestaient et cherchaient à détruire  ce qui les anéantis ! Et ce fût la fin de leur règne !

Et voilà ! A l’aide d’un peu de magie et de rêve, son frère guérit au bout du compte.

Anne D.

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Le cri des animaux

Vous qui êtes si érudits connaissez-vous les différents cris et sons des espèces vivantes qui peuplent la Terre ?
Et bien moi, oui.

Je pourrais parfaitement les citer et remplir cette page de vagissements, beuglements, piaillements, rugissements et autres grincements sans que vous n’en reteniez aucun. Alors permettez plutôt que je vous narre l’origine des sons et cris distinctifs de chacun de ces peuples.
Au début, bien avant que les poissons n’habitent les aquariums et que les chiens ne dorment dans des paniers ou que les chats ne jouent avec les souris, régnait sur notre planète un vacarme incroyable !
En effet comme aucune espèce vivante ne possédait de cri particulier chacune s’exprimait comme elle l’entendait et aucune ne se comprenait. Ainsi il n’était pas rare d’entendre beugler un oiseau, braire une cigale ou japper une grenouille. On raconte d’ailleurs la triste histoire de ce ban de poisson buvant la tasse en tentant de rugir, ou bien encore celle de ce lion qui rencontrait les plus grandes difficultés à asseoir son autorité naturelle de roi des animaux en cancanant comme un canard.
Mais le pire brouhaha était bien celui des hommes qui déjà ne partageaient aucun cri, son ou langage distinctif avec ses infortunés congénères. Dans la plus grande confusion et l’incompréhension la plus complète, petits, grands, noirs ou blancs se livraient bataille en s’insultant copieusement et sans aucun sens !
Ainsi bien avant le cri de guerre qu’on leur connaît les indiens discouraient dans un japonais approximatif et teinté d’un fort accent méditerranéen. Nous mêmes français nous exprimions le plus souvent en Inuit et parfois en Ougandais, quand aux femmes ougandaises elles, elles pilaient le millet en entonnant des chants folkloriques d’outre Rhin !!!!
Bref cette situation ne pouvait durer plus longtemps !

Le Maître des sons et cris distinctifs décida alors de réunir autour d’une même table un représentant de chaque espèce vivante, afin d’attribuer à chacune d’elle un son ou cri distinctif.
Il fallut plusieurs mois pour rédiger en autant de sons ou cris connus une convocation compréhensible par tous, puis autant de mois pour l’aller placarder sur les arbres où vivaient les oiseaux, dans les grottes où s’abritaient les hommes et sur les roses des vents qui embaumaient de leur parfum les déserts les plus arides… bref partout dans le monde un représentant désigné vint siéger autour de l’immense table des attributions.
A l’échelle de l’Humanité cette réunion dura longtemps, très longtemps et l’on vit souvent le soleil se lever sous les roucoulements d’un coq et la nuit coucher à son horizon la lune ronde et lumineuse, et qui accueillait en son cercle l’ombre d’un loup hennissant péniblement vers les étoiles.
Fort heureusement la sagesse animale vint à bout des réticences de chacun. Et c’est à l’unanimité ou presque que furent attribué les sons ou cris distinctifs de chaque espèce bestiale en ces termes sentencieux et prononcés par le maître des lieux.
- Nous Maître des sons et cris distinctifs attribuons ce jour au lion, le RUGISSEMENT !
- Nous Maître des sons et cris distinctifs attribuons ce jour à la baleine, le CHANT !
- Nous Maître des sons et cris distinctifs attribuons ce jour au cochon, le GROGNEMENT !
- etc.…

Chaque nouvelle élection était accueillie par le vacarme du son ou cri produit par l’espèce toute entière.
Maintenant c’est une vague d’apaisement qui inondait la planète et l’on pouvait enfin découvrir le bruit du silence ou du vent qui s’engouffrait dans les vallées.
Ne restaient plus autour de la table que les hommes.
Petits ou grands, blancs, noirs, rouges ou jaunes et pleins de leurs mots qu’ils projetaient en l’air comme des armes destinées à vaincre le verbe assassin d’un voisin d’une autre race.
Toujours sur l’échelle de l’Humanité ce tapage devait durer longtemps, très longtemps, et fort heureusement la délivrance vint encore cette fois de là où on l’attendait le moins.
Barbouillé par toutes ces élucubrations, un petit homme malingre et mal installé en bout de table ne put s’empêcher de lâcher un pet, mais un énorme pet qui tonna si fort que tous s’interrompirent interloqués par une telle liberté d’expression.
Terriblement gêné de s’être ainsi fait entendre l’homme s’excusa d’un sourire crispé cependant qu’ un long silence pesant s’installait.
Puis les regards complices se croisèrent et l’assemblée toute entière éclata d’un rire aux milles éclats.
En un instant les bouches à canons des hommes devinrent autant de moues plissées libérant tout à trac les prouts et les pfuiiiits les plus incongrus qu’aucun ne pouvait produire d’une autre manière.
Alors le Maître des lieux se leva et de la façon la plus solennelle qui soit prononça ces mots :
- Nous Maître des sons et cris distinctifs attribuons ce jour à l’Homme ……… le ……
….. le RIRE !
Car il convenait d’admettre en ce jour de félicité que le seul son ou cri distinctif et «prononçable» commun à tous les hommes était bien le rire.
Alors riez, riez et riez encore de tout ……… mais pas avec n’importe qui !!!!!!

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La p’tite larme du bonheur

Ce soir là, après une journée bien remplie, Théo rentra encore bien triste dans sa chambre. Le club de vacances, c’était le sport, la rigolade et les jeux ! Mais lui, il préférait la solitude.

En le voyant toujours seul, les autres l’avaient affublé de multiples sobriquets comme « bouche fermée », « tristounet » ou pire encore « le tout nul ».

Ce soir, Théo était particulièrement anxieux. Le lendemain, était organisée la fête générale dans le club. Chaque enfant devait préparer un petit spectacle qu’il présenterait  devant le groupe : un poème à réciter, une chanson, une morceau de musique célèbre à jouer avec son instrument favori, un numéro de clown etc.…Mais voila le problème : Théo était tellement timide qu’il n’osait rien faire.

De grosses larmes lui coulaient sur la joue si bien que son visage et ses mains posées sur ses genoux étaient tout mouillés.

Soudain, il sentit un drôle de picotement sur sa main comme si une larme essayait de le chatouiller. Alerté par cette drôle de sensation, il regarda attentivement la paume de sa main et vit avec surprise qu’une larme essayait de remonter vers son bras et ses épaules.

Quelle drôle de larme ! D’habitude elles descendent vers le sol. Maintenant, elles essaient de monter vers le ciel !

Théo regarda de plus près et vit que la larme ressemblait à une très grosse goutte de pluie. Il la pris délicatement dans le creux de sa main et découvrit qu’elle renfermait une minuscule petite créature ressemblant un peu à la fée Clochette du célèbre Peter Pan.

« Mais qui es-tu ? Je ne savais pas que les larmes étaient peuplées de si petites créatures ! »

« Qu’est-ce que tu crois ? On est vivante comme les fleurs, les arbres ou l’océan ! - s’écria la petite fée- seulement les humains ne le savent pas. En ce moment tu vois, j’essaie de me sauver d’une mort certaine ! »

« Mais pourquoi risques- tu de mourir ? »

« Tout simplement parce qu’en pleurant, tu m’as expulsée de mon milieu naturel qui est l’eau du regard. En tombant sur les joues des humains, les larmes s’écrasent sur le sol et sans eau, elles meurent »

« Comme les poissons qui sortent de l’eau ! »

« C’est exactement cela ! Et vous, les humains, vous ne prenez aucun soin de nous. Il est très rare que l’on tombe dans une piscine ou dans un verre d’au. On s’écorche sur un sol tout dur et on s’assèche progressivement avant de rendre l’âme. Moi, je suis une petite larme encore bien jeune qui a envie de vivre de belles années alors je tente de remonter dans l’océan de tes yeux ! »

« C’est une expression drôlement poétique ! Alors mon œil est comme un vaste océan ! »

« Bien sûr ! Si cela n’était pas le cas, où veux-tu que se forment tes larmes ? Nous sommes comme des poissons dans l’eau. Et parfois nous  sommes péchées hors de notre milieu naturel et nous en mourrons ! »

« Mais n’y a-t-il pas un moyen de sauver de si charmantes créatures ? Il faudrait tout le temps pleurer au dessus d’un aquarium ou d’un verre d’eau ! »

« Pas seulement ! Je vais te révéler le secret du pays des larmes : on dit que lorsque qu’une larme est expulsée de l’océan du regard et qu’elle entre dans le monde des humains, elle a une possibilité de ne pas mourir et de rejoindre un océan bien plus grand que celui du regard »

« Cela doit être la mer ou l’océan. Mais que doit faire la larme ? »

«  Je crois que cela va t’intéresser ! Il faut qu’elle réalise le vœu de celui ou celle qui l’a expulsée de l’océan du regard. En un mot, il faut qu’elle arrive à ne plus le faire pleurer ! »

« Cela veut dire que tu dois me rendre heureux ! Là,  tu as un rôle très dur à jouer, ce n’est pas gagné ! »

« Ne t’inquiètes pas ! J’ai le moral ! Alors, quel est ton problème ? »

« Demain, il y a une fête ; tous les enfants doivent faire un petit spectacle et moi, comme d’habitude, je ne sais pas quoi faire puisque je n’ai aucun don : je suis nul en sport, je n’ai aucun humour et je ne sais pas jouer d’instruments de musique »

« Alors tu n’as qu’à te déguiser comme au carnaval ! » s’exclama la petite larme, toujours installée dans le creux de la main de l’enfant, comme une grosse bulle de savon transparente.

« En quoi veux-tu que je me déguise ? Je n’ai pas de costume et en plus, je n’aime pas faire la fête ! »

« Mais il y a bien quelque chose que tu aimes faire ! »

« Bien sûr, mais lorsque je suis seul : rêver devant ma fenêtre à la nuit tombée, regarder les étoiles filantes, lire des contes ou les enfants arrivent toujours à régler leurs problèmes »

« Dans les contes, les enfants arrivent à régler leurs problèmes parce qu’ils ont un ange gardien ou parce qu’ils rencontrent une jolie fée. Moi, je veux bien devenir la larme du bonheur ! Dis-moi, en parlant de conte, tu sais à quoi tu me fais penser : à un Pierrot au clair de lune qui est toujours mélancolique et qui rêve tout le temps. Je crois que j’ai trouvé ton déguisement ! »

« Tu as raison, j’aime bien ce personnage. C’est l’un de mes contes préférés. Mais je n’ai pas de costumes de pierrot ! »

« Il y a bien un magasin de déguisement pas loin de chez toi. Va te promener un peu et laisse-moi nager dans un peu d’eau pour que je reprenne des forces ! »

« Tu crois que je peux te mettre dans mon petit aquarium ? »

« Bien sûr, du moment qu’il y a de l’eau, je me sens dans mon élément. A ton retour, tu n’auras qu’à plonger ta main dans l’aquarium pour me reprendre ! »

Pendant que la petite fée de larmes nageait parmi les petits poissons rouges, Théo partit à la recherche de son costume. Il y avait bien un magasin de déguisements pas loin de chez lui mais, il n’avait pas l’habitude d’y aller. Le carnaval, quelle corvée ! Mais aujourd’hui, il avait décidé de ne pas décevoir la petite larme. Il surmonta donc sa timidité et entra donc dans la maison de la fête pour demander son costume mélancolique :

« Bonjour monsieur, je voudrais un costume de Pierrot, s’il vous plaît. »

« Oh, oh, costume bien triste pour une fête ! Mais ce n’ai pas grave, tu te déguises, c’est ce qui compte ! »

Théo ramena donc son costume chez lui et plongea tout de suite sa petite main dans l’eau pour récupérer la petite larme

« Ah, cela m’a fait tellement du bien de replonger dans l’eau que cela m’a donné de nouvelles idées ! »

« Ah non, ne me dis pas que tu as décidé de me faire changer de déguisement ! »

« Non, non mais que dirais-tu de faire un petit spectacle avec moi demain ? »

« Comment cela ? J’ai mon déguisement, cela me suffit amplement ! »

« Bien sûr, parce que tu crois que tu  vas pas faire rire tout le monde avec ton costume de Pierrot ! Tout le monde va t’appeler le tristounet si tu ne fais pas un spectacle ! »

« De toutes façons, on m’appelle déjà le tristounet ! »

« Raison de plus ! Pour vaincre cela, il faut que tu transformes la tristesse en joli spectacle et je me propose de t’aider. Maintenant que tu es le seul de ta classe à avoir percer le secret des larmes, je peux participer à ton spectacle en leur faisant croire que c’est de la magie. »

« Alors que me proposes-tu ? »

« Tu me remets dans ton œil avant le spectacle et quand tout est prêt je m’efforce de prendre une très grosse goutte dans l’océan de ton regard puis je coule sur ta joue. Toi tu me prends dans ta main et tu me fais me promener sur tes bras, sur ton costume et sur ton visage. A la fin, tu me caresses contre ta joue et me remets dans ton œil »

« C’est une très bonne idée et c’est très beau. Tu crois qu’après cela, je ne serais plus appelé le tristounet »

« Peut-être que si, mais dans tous les cas, tu seras un tristounet artiste ! »

Théo remit la petite larme dans l’aquarium pour qu’elle passe une bonne nuit, alla manger avec ses parents et se coucha de bonne heure.

Dès le soleil levé, Théo se précipita auprès de son aquarium pour dire bonjour à sa larme bienfaitrice.

« Alors, petite larme, es-tu prête pour une dure journée ? »

« Dure pour toi si tu veux mais pour moi, c’est sans doute le grand jour ! Si j’arrive à te rendre heureux, vive le grand océan ! Allez, mets ton déguisement de Pierrot et en route pour le spectacle ! »

Une demi-heure après, Théo était déjà arrivé à la garderie. Au début, son costume de Pierrot suscita bien des moqueries.

« Alors le marchand de tristesse, toujours en déprime ! »

Pour une fois, Théo le petit Pierrot résista à ses attaques ; il voulait réserver ses larmes pour le spectacle !

Le défilé des enfants commença : il y avait des rockers, des clowns, des chanteurs. Que de la joie et de la bonne humeur !

Théo en tremblait ; comment allait-on accueillir un spectacle certes beau, mais exaltant la tristesse ?

Ce fut enfin son tour.

« Alors Tristounet, tu veux nous faire pleurer ! »

Avant de monter sur scène, Théo avait demandé au moniteur d’éteindre les lumières et d’éclairer la scène d’une bougie. Théo salua doucement la scène d’une révérence. Un électrophone diffusait une petite musique. La flamme éclairait légèrement le visage de Pierrot et les spectateurs purent distinguer une larme magistrale coulant le long de la joue du petit Théo. De loin, personne ne pouvait distinguer la petite créature dirigeant son enveloppe d’eau. Il la pris délicatement dans les mains, ferma les yeux et la fit vaguer sur son visage blanc. Puis la petite larme se promena le long de ses bras que Théo étirait le plus possible. A la lueur de la bougie, on aurait pu croire qu’une petite boule d’or se promenait sur le costume noir et blanc de Pierrot. Théo prit une coupe remplie d’eau posée près de la bougie et reprit la larme magique dans la paume de sa main. C’est alors que la petite boule dorée tomba délicatement dans l’eau, sous la lueur  de la flamme.

Les spectateurs étaient restés bouche bée devant une telle tristesse transformée en beauté.

« Bravo, bravo Tristounet, tu es un véritable artiste ! »

Théo descendit de l’estrade, avec sa coupe à la main, sous les applaudissements de ses camarades.

« Viens Théo, viens l’artiste, viens jouer avec nous ! »

« Attendez un peu s’il vous plaît ! Je suis très heureux que vous ayez aimé mon spectacle. Maintenant, je ne suis plus triste, il faut que je change de costume ! Je reviens bientôt. »

Mais vous avez tous deviné que Théo avait une tâche très importante à accomplir avant de rejoindre ses nouveaux amis : réaliser le vœu de la petite larme !

Le petit garçon sortit délicatement la larme magique de la coupelle du spectacle.

« Alors, tu es devenue, selon ton désir, la larme du bonheur ! »

« Ce qui veut dire que je vais pouvoir vivre éternellement dans l’élément liquide et ne plus risquer de me dessécher sur le carrelage ! »

« Je connais une rivière qui longe la maison de mes parents. Qu’en penses-tu ?

« Je pense que c’est ce qu’il me faut ! Allons-y ! »

Arrivés au bord de la rivière, Théo regarda avec émotion et reconnaissance la petite créature qui lui avait redonné goût à la vie.

« Adieu, petite larme du bonheur ! Prends bien soin de toi, je ne t’oublierai jamais ! »

« Adieu mon Pierrot bienfaiteur ! Et surtout, ne pleure plus ou très rarement ! Je ne veux pas qu’une nouvelle larme magique me remplace dans ton cœur ! »

Théo fit tomber la petite larme dans la rivière argentée. La petite créature, virevoltant dans les flots, était fière d’avoir mis en spectacle la tristesse. Pendant ce temps, le Pierrot ayant perdu ses larmes, rejoignait ses nouveaux amis. Peut-être y trouverait-il sa Colombine !

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Le beau Noël de Rubis

« Joyeux Noël Liette !
— Joyeux Noël Line !
— Joyeux Noël Loïse !
— Vite, vite, c’est l’heure ! »

Les trois petites sœurs n’ont pas trainé. Comme toujours, coquettes, malignes, les joues cerise, toutes proprettes après le bain, elles se sont bien brossées les dents, avant de ranger soigneusement leurs habits, sur la chaise, au pied de leur lit. Puis elles sont retournées déposer leurs chaussons au pied du sapin, bien alignés par ordre de grandeur, suivant à la lettre, les consignes de Papa Joe. Et tout aussi vite, mais sans taper des pieds cette fois, elles sont parties se coucher, dès que maman Tilde leur a demandé, toutes excitées à l’idée de ce qui va se passer pendant leur sommeil, mais ne voulant rien laisser paraitre.

Depuis plusieurs semaines, elles ont rêvé de ce moment. « Quand est-ce que c’est Noël ? » Maintes et maintes fois, elles ont répété la même question à leur maman : « Quand est-ce que c’est Noël ? » Elle finissait par s’en agacer et ça se voyait ! Mais elles oubliaient bien vite les paroles
prononcées : « Les bonnes choses, ça se mérite !  Avez-vous été suffisamment sages ? Je vais me mettre en colère ! Si vous continuez, je téléphone au Père Noël ! »
Même Papa s’était fâché un jour : « Ca suffit, je ne veux plus en entendre parler, vous ne méritez vraiment pas de cadeau… »

Toutes ces menaces, elles n’y ont guère prêté attention, parce qu’elles savent combien Papa et Maman les aiment. Elles savent que même s’ils les grondent ou leur donnent de petites punitions, ils finissent toujours par leur pardonner leurs bêtises.

Oui mais voilà, ce soir, veille de Noël, et à cet instant précis, bien bordées dans leurs petits lits douillets, elles tournent et retournent les mêmes questions dans leur tête : Est-ce qu’elles ont quand même été un peu sages ? Est-ce que les parents sont vraiment en colère ? Est-ce qu’ils ont pour de vrai prévenu le Père Noël qu’elles ont été parfois un peu coquines ? Est-ce que Papa a bien posté LA lettre qu’elles ont écrite, avec tant de soin, et qui portait l’espoir de si beaux cadeaux ? Est-ce qu’il a pensé à coller un timbre, est-ce qu’il ne l’a pas encore oubliée dans son cartable ?

Ce soir, Maman a eu beau insister, leur expliquant que le Père Noël ne passait jamais tant que les enfants ne dormaient pas à poings fermés, elles ne parviennent pas à s’endormir et l’attente leur semble longue, longue, longue.

Surtout que depuis un bon moment, Rubis, leur espiègle petit chat, n’arrête pas de miauler ! A cause de lui, papa et maman vont se réveiller et les accuser d’avoir fait les petites folles. Pourtant elles ont été bien sages et n’ont pas bougé depuis que maman a éteint la lumière. Elles n’ont même pas eu le fou-rire quand Rubis a poussé la porte et qu’il est venu ronronner en se promenant sur leur couette. Elles se sont bien retenues d’éternuer quand il leur a chatouillé les narines avec sa queue en panache ! Non vraiment ce n’est pas le quart d’heure !

Déjà, il avait commencé ses bêtises à l’heure du bain, prenant plaisir à se promener dans le fond de la baignoire, au milieu des petits canards qui flottaient dans la mousse ! A-t’on jamais vu pareil matou ?

Et pour finir, Papa avait du réinstaller les guirlandes du sapin, car sa majesté le chat s’en était fait un joli boa, qu’il promenait tout autour du salon en se dandinant ; miaulant de-ci et de-là, aux oreilles de qui voulait bien l’entendre, comme s’il réclamait des applaudissements.

Alors on avait fini par l’applaudir, mais cela ne l’avait pas calmé.

Voilà, il faisait bien noir dans l’appartement silencieux et qui se faisait entendre au milieu du grand silence ? Rubis !

« Rubbbbbbbbbiiiiiiis ! Tais-toi, s’écrièrent Liette, Line et Loïse à l’unisson, en essayant de ne pas trop lever la voix ! Miaaaaaaaaou !  Miaaaaaaouu ! Mais comment se faisait-il qu’il n’avait pas réveillé les parents ! » Alors les trois petites se concertèrent à voix basse : « Bon, et bien, qu’est-ce qu’on fait ? Il va tout faire rater !

D’accord, on va le chercher toutes les trois, annonce Liette, qui aime montrer qu’elle sait prendre les décisions parce qu’elle est la plus grande !

— Et on le range dans sa boîte ? dit Loïse. Loïse, elle adore tout mettre en boîte, des boîtes roses, des boîtes à paillettes. Elle passe des journées à empiler ou emboiter des cartons.

— Et on le cache derrière le rideau de la penderie, comme ça, s’il continue à pleurer, ni les parents, ni le Père Noël ne l’entendront. Et en plus, il aura quand même bien chaud, dit Line, qui aime bien prendre soin des animaux. Elle ne voudrait pas que Rubis se fasse trop gronder ! »

Et hop, aussitôt dit, aussitôt fait, toutes les trois sautèrent du lit en cœur et coururent à toutes jambes jusqu’à la salle.

Mais là, quelle ne fut pas leur surprise de voir le dos d’un grand et gros bonhomme habillé de rouge et de blanc, qui se penchait pour ramasser sa hotte, et la remettait sur son dos avant de se diriger, l’air pressé, vers la cheminée !

Toutes les trois restent bouche bée ! Que va-t-il se passer s’il se retourne et les aperçoit ! Vite, elles s’accroupissent derrière le canapé, mais ne peuvent s’empêcher de se pencher pour regarder sur le côté ! Et là malheur, elles voient Rubis, le poil tout scintillant et enrubanné de guirlandes multicolores, sauter du haut du sapin dans la hotte du Père Noël, qui bien vite disparait dans la cheminée ! Elles sont sans voix ! Que faire pour rattraper Rubis ? Elles courent devant l’âtre et passant la tête dans le conduit, elles appellent « Rubis, Rubis, revient vite ! »  Il miaule, de joie ou de peur, on ne sait pas trop, mais le Père Noël ne l’entend pas, car il y a beaucoup de vent et une tempête de neige s’est levée. Il doit se dépêcher de finir sa tournée.

Elles s’assoient par terre, découragées, ne sachant que faire. Liette pense qu’il faudrait réveiller Papa et Maman. Line a peur qu’il ait froid et Loïse pleure « J’veux pas qui s’en aille, Rubis ! » Elles discutent longtemps, et finalement, épuisées par tant d’émotion, mais un peu rassurées que Rubis se promène avec le vieux monsieur le plus gentil de la terre, elles finissent par s’endormir sur le tapis, bien au chaud au milieu des coussins que Rubis a fait tomber et des cadeaux de toutes les couleurs, auxquels elles ne prêtent guère attention.

Quand le jour se lève, elles sont réveillées par un léger miaulement sur la terrasse : « C’est Rubis ! » Elles le voient sur le balcon, s’étirant langoureusement, allongé de tout son long sur le gros gâteau que Maman avait posé sur le rebord de la fenêtre pour le laisser refroidir.

Rubis est couvert de flocons, de guirlandes et de poils blancs et gris. Surement un peu de fourrure du manteau du Père Noël et des poils de ses rennes : ils ont du lui tenir chaud ! Elles le brossent et le câlinent, tellement contentes, qu’elles n’ont toujours pas vu les cadeaux empilés au pied du sapin !

Tout à coup, elles entendent bailler très fort au fond du couloir. « Vite les parents vont se réveiller ! » Sur la pointe des pieds, tout le monde court se recoucher et Rubis tout content, finit sa nuit, roulé en boule, sous les couvertures ! Décidément il a été bien coquin depuis hier soir.

Et quand Papa Joe et Maman Tilde, viendront les réveiller, une heure plus tard, ce sont trois petites filles, coquettes, malignes aux joues cerise, qu’ils trouveront sagement endormies dans le même lit, les poings bien fermés, avec un petit chat ronronnant sur leur bedon !

Ah, on peut dire que Liette, Line, Loïse et Rubis se souviendront longtemps de la nuit de Noël ! Quel dommage que Rubis ne parle pas pour leur raconter la course en traineau avec le Père Noël, bien au chaud dans la hotte au milieu des ours en peluche. Heureusement que le vieux monsieur n’a pas vu les filles, il aurait peut-être repris les cadeaux ! Elles se font un clin d’œil et s’écrient en cœur :

« Joyeux Noël, Papa et Maman !
— Joyeux Noël Liette !
— Joyeux Noël Line !
— Joyeux Noël Loïse !
— Joyeux Noël Rubis ! »

24/12/2010

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Deux Sang-bleu dans une bérgerie

Ceci est un conte. Il est né de l’imaginaire propre de ceux qui vous le racontent. Toute ressemblance à une personne ou à un événement connu n’est que pur hasard.

A force de dire des contes à ma nièce  Mamyka, qui m’est très chère, l’idée lui traversa un jour de me suggérer d’en écrire ensemble un, issu de nos imaginations cumulées.

Ce conte ci en est le premier résultat

Il était une fois … ( Tous les contes commencent  d’habitude par cette phase magique, destinée à éveiller  l’attention du privilégié pour qui nous prenons à chaque fois le temps de raconter  une histoire.  Oui! si vous avez la chance de vous faire lire un conte, par votre père, mère, oncle ou n’importe quelle autre personne de votre entourage avant d’aller au lit le soir, vous pouvez vous sentir privilégié ; tous les enfants n’ont pas cette chance de se voir accorder par les siens , un peu de ce temps si éphémère et pourtant si précieux  car d’une importance et d’un intérêt si grand pour tout enfant ; surtout pour les guider vers un doux sommeil peuplé de rêves magiques.

Le conte est par là également une preuve d’amour et d’attention. Celui qui vous accorde le temps de vous lire un conte vous donne par là une preuve que vous lui êtes très chers, c’est une preuve d’amour et de l’importance que vous revêtez à ses yeux quel que soit votre âge; d’où encore le privilège d’être aimé …..revenons à notre conte….)
Il était une fois, Dans le royaume de Relaxoum , un grand royaume dirigé par un roi du nom d’Ange-Michel. Il était un jeune, beau, riche comme tous les rois et fort.  Mais il était également doux et très attentionné à l’égard de son peuple. Ange-Michel était très juste et équitable, c’est pourquoi il était très aimé par ses sujets. Il défendait les pauvres dans leurs droits et punissait les riches dans leurs torts.
Souvent , Ange-Michel organisait des banquets dans son palais et invitait tout le peuple. Les portes de son beau palais étaient ouvertes à tout le monde sans distinction de classe, ou d’âge. Les seules personnes que l’on chassait était ceux qui étaient sales et crasseux.

- Être pauvre, n’empêche pas être propre , disait souvent le bon roi.

C’est ainsi qu’à chaque fois que l’organisation prochaine d’un banquet  était annoncé par le crieur public du roi à travers le royaume, la rivière qui partageait le royaume en deux était assaillie par les gens du peuple ; d’aucuns pour se laver plus de cinq fois par jour , d’autre pour laver les habits qu’ils allaient mettre le jour de la fête. Ils jouaient, chantaient , dansaient déjà avant l »arrivée du grand jour, oubliant pour quelque temps leur pauvreté.

Ils  étaient tous déjà si heureux, parce qu’ils savaient qu’ils allaient bien manger, bien boire et surtout danser. Les plus chanceux pouvaient même danser avec la reine Alexia, la plus belle et la plus élégante femme du royaume.

La reine Alexia était toute aussi généreuse et ouverte que son roi de mari qui le regardait avec tendresse, danser avec les gens ordinaires du royaume, l’air amusé. La reine Alexia aimait surtout danser avec les enfants, mais souvent, ne voulant pas offusquer les pauvres, elle acceptait toujours de danser avec eux si la fatigue ne l’épuisait pas encore. Ils se précipitaient pour être les premiers à danser avec elle. Elle se prêtait volontiers  à ce jeu qu’elle aimait de plus en plus.

La reine Alexia  était très simple malgré sa grande noblesse. Elle se promenait souvent à travers le royaume à pieds et sans aucun garde, laissant la carrosse royale au palais , le petit prince Elixire dans les bras d’une de ses ………………..( à suivre )

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