A propos JPierre

Adore écrire mais manque de temps!

Au long cours !

Préambule

Court, long, court, à moins que ça ne soit normalement long, court, long.

On en vient parfois à détester avoir été oublieux des règles de bienséances et ne pas avoir écouté à l’école. Il faut dire que sur la masse de choses qu’on nous force à apprendre peu nous serviront un jour finalement. Et encore on ne peut imaginer qu’en de telles circonstances on aurait mieux fait d’être attentif en classe…

C’est fou comme le temps peut sembler élastique parfois, court, long, ou bien long, court, comme un chewing-gum trop longtemps mâché que l’on étire entre deux doigts, il se tend, jusqu’à se fendre, créant deux longs fils que l’on recolle.

Il est des heures qui semblent être des secondes, et des secondes qui semblent être des heures. Pourquoi faut-il que ce soit toujours dans des situations compliquées, bizarres qu’on réfléchisse. Pourquoi ne peut-on libérer la réflexion lorsqu’on est en train de profiter de la vie?

Long, court, long… Non, le son de cette séquence n’est pas le bon, ça doit être court, long, court, de toute façon pour ce que ça servira. Cela servira-t’il ?* A quoi ? Quand ? Comment ? A vouloir tout apprendre, nous ne pourrions pas vivre. A moins que vivre ne soit apprendre ? Et Apprendre serait donc vivre ! Et forcément mourir… La nature insoupçonnée du cerveau devrait nous inciter à la méfiance. Des masses de cours, nous n’en utiliserons que fort peu. Ces meubles de l’esprit en ont le même effet : une masse d’objets, au final, peu utilisés ! Ainsi quel est alors l’objet le plus utilisé dans une maison ? Nous pourrions penser à la cuisine, une simple casserole. Ou le lit ? Le fauteuil ? Une chaise ? L’ordinateur ? Le peigne ? Pour ce dernier encore faudrait-il ne pas être chauve ! Conclusion simpliste : tout dépend de qui ? A l’image de l’instruction… Nous pourrions reproduire la même liste pour les données ingurgitées sans parvenir à un résultat probant quand à une domination d’un secteur instructif ou d’une particularité quelconque. Le cerveau ne nait pas libre et égal en droit. Il fait ce qu’il peut avec le corps qui l’héberge, la culture qui le nourrit, l’hérédité et la réalité socio-culturelle où il immerge. D’où un probable contexte de globalité où il apparaitrait qu’il faut un tout. Qu’une cuisine sans source de cuisson frise l’inutilité métaphysique, un cerveau sans donnée ne serait qu’un muscle réflexe. Encore faudrait-il définir la qualité des données ou, plutôt leur teneur !

* :  Rendons à César ce qui est à « jesuisecrivain.com », texte d’un concours passé aux résultats jamais annoncés et au fonctionnement apparemment erratique.

Hartila en était là de ses méditations vagabondes. Il aimait laisser partir son cerveau dans tous les sens comme un papillon virevoltant, soumis uniquement à des effluves sensoriels de nectar de fleurs. Souvent en contre plongée, comme maintenant, sans rapport apparent, une image s’imposait, comparaison, courson, chaque idée peut se comparer à un rameau porteur d’éventuels fruits, soumis à la taille aléatoire des évènements. Aucun jardinier n’était là pour la diriger afin que la sève puisse s’y concentrer. L’esprit humain est une forêt vierge, un entrelacs sombre où domine la pourriture des feuilles mortes utiles comme engrais parfois mais possible instigateur d’une mort lente aussi, des branches cassées, de la mousse des versants non exposés au soleil, des parasites en tous genres. Seul le sommet prospère, nourrit et éclairé par un soleil non équitable. La loi du plus fort ! En dépit de tout code, encore moins valeur, humaniste, il croît, écrasant, amassant un fatras de biens dont le profit comparé en temps/valeur humain donnerait un ratio coût/matière tellement haut qu’il sonnerait le glas de n’importe quelle entreprise.

Le monde n’est ni juste, ni équitable, ni réfléchi, encore moins sensé, d’un illogisme extrême le rendant abominablement logique. Le bien être de tout un chacun, vanté par tous dans le choix déterminant de leurs actions ne se révèlent être qu’extrêmement réducteur aux acquêts d’une minorité oublieuse de cette hérésie inventée par l’être humain : la roue. Pour autant qu’elle le soit, elle n’en détermine pas moins le mode de fonctionnement de nos sociétés. Cette contrevérité humaine, dominatrice de nos actions, possède cette qualité : elle tourne ! D’où son défaut, elle tourne, ramenant tout le monde à un point de départ ou un recommencement, un jeu de chaises silencieux, assonant et harmonieux, bridé et vain. Une fois le tour du cadran effectué, peu importe sa circonférence, le seul changement possible est le poste pour poste où l’individu importe peu, pas du tout en fait. Seule la posture compte. Celui qui est à l’intérieur n’a pas d’importance. Qu’il soit nouveau ou ancien, les mêmes effets produiront les mêmes causes. Vice du versa, ver sot du vice…

Sortir du schéma ainsi créé n’est guère possible sans en passer par une réalité matérialiste, prosaïque : tout détruire pourvu que cette remise à zéro ne reprenne pas le chemin de l’ornière si profonde créée par un nombre de siècles vertigineux. Court, long, court, au long cours, le remède ne prendrait que quelques secondes là où l’incubation dure depuis une éternité. Sauf que bien entendu la convalescence prendrait tout autant de temps partant du principe que toute bonne guérison n’est qu’une image inversée de toute bonne incubation. N’en est-elle pas une d’ailleurs, d’une certaine manière ? Suivant une route piégeuse où le moindre écart peut provoquer une chute, rechute, accélération, décuplement, démultiplication, stagnation, arrêt. Autant de points additionnés, additionnants qui produiront une moyenne dont la durée ne sera guère différente de la précédente mais dont la route empruntera une direction autre et ne vous ramènera pas à un point de départ. Dans l’existence, il ne devrait y avoir que deux repères certains dont l’origine et la conclusion reste inconnues, non connues, non maitrisées par son propre, parfois par son figuré : la naissance, la mort ! Entre les deux, il y a nous !

C’est le moment que choisit un poteau pour lui rentrer dedans, manière de confirmationmanu militari que s’il n’avait pas raison, il n’en avait pas forcément tort. Il émit quelques jurons, pas intérieurs, s’attirant quelques regards désapprobateurs d’une foule ovni-ne bien-pensante, honnie soit qui mal y pense, oublieuse de ses propres désirs refoulés, réduite à ses non propres conventions. La vie par moment vous met des obstacles en travers histoire de vous rappeler le pourquoi du comment pour quoi vous êtes là. Il dut faire un effort de quelques milli-secondes pour faire remonter à la surface la raison de sa présence en cet endroit. Signe impérieux qu’il n’y était pas pour son plaisir, sinon, il n’en aurait pas eu la nécessité. Contre son gré, contresens existentiel, le devoir de sa présence était requis dans un lieu qu’en temps coutumier, il n’aurait pas daigné fouler autrement. En fait il était arrivé. Finalement, il revint un pas en arrière et salua, intérieurement, le poteau en forme de remerciement. N’aurait-il pas été là, il aurait poursuivi tant que son cerveau aurait produit des réflexions aussi puissantes que virtuelles. Respirer un bon coup, pousser la porte, voir une foule sagement dérangée dans une imitation de queue d’attente matérialisée par quelques poteaux et une corde. Etait-ce sensé présenter une valeur quelconque hors une brimade insidieuse, à moins que ce ne soit la traduction d’une forme d’inhumanité érigée en valeur humaniste ou une reconnaissance de la fatuité vaniteuse d’un groupe quelconque de dirigeants incapables de visualiser leurs incompétences. Un con pète en ce lieu produisant un semblant d’ordre et de civilité, image d’une tentative de symbolisation piètre de l’ordre moral de la société, hordes maux râlent chassant ce saint sein ?, que nous ne saurions voir, face à face bien sûr, pas caché derrière un écran non différentialiste. Aurait-il la patience d’attendre ? De mettre en place la vieille excuse : se prouver qu’on peut le faire ? Après convocation de ses forces vives plénières et décisionnaires, la résolution à l’unanimité, fut oui. Tout en laissant la place à un éventuel « quoique », histoire de flagorner son sens anarcho-syndicaliste et son concomitant esprit libertaire !

Destin

- 5 ?

- Pas moins !

- T’es ouf !

- Pas toi ?

- Si !

- Alors ?

- Banco !

Singularité

Elawyn se lève. Sans vraiment s’en apercevoir ! Elle aurait pu rester couchée. Elle pourrait se recoucher. Seule l’habitude, sa force routinière, vêt cette volonté de réveil. Machinalement son œil accroche le réveil : 6 H 45. Elle aurait pu s’en épargner la vue. Tous les jours, son corps, pas toujours son esprit, s’éveille, métronome infaillible, à la même heure. Une idée fulgure. Même heure ? Et les secondes ? Chaque matin de son quotidien, qu’il pleuve, vente, soleil, travail, repos, fériés. Aujourd’hui ? Rien ne la presse, ne l’urgence, ne l’attend. Des rêves de sommeil long, grasse matinée, flemmardise languissante, paresse délicieusement coupable, câlins effleurants, affleurants, virant caresses érotiques vers un sommet de sensualité virant libido non freinée. Impossible ! Réponse devenue lot quotidien à une non question incongrue. Une con de grue qu’elle était, solitaire là où le câlin réclame deux. Cherchez la causalité… Une boule obstrue sa gorge qu’elle avale pour mieux la laisser peser sur son ventre. Les réflexes jouent. Refouler ces pensées insidieuses, intruses, importun paramètre connotant directe d’une durée sensible, ersatz insuffisant d’un sensoriel indispensable à l’humain, version être. Tentative de refoulement purement abstraite, défaitisme inéluctable confronté à la relation pensée/durée. 18 mois ! D’incompréhension, leitmotiv décliné en tout plan, depuis son largage par une belle nuit d’hiver glaçante, la disparition progressive de son « tissu social » comme pourrait le nommer tout bon ?, mauvais ?, pléonasme ?, sociologue, l’impossible regard à croiser, l’inutile observation de son environnement, un jour après l’autre passent formant des semaines, des mois, des années, sans à-coup, lentement et tellement vite. Court, long, court. Courte, la phrase sentence, marqueur d’un début de séquence balayant 5 années d’un simple revers affleurant mais tellement douloureux ; longue, la journée quotidienne ; courte, l’agglomération des jours passés, miroir inversé d’une quotidienneté morne où le seul élément éclairant réside dans la phase travail. Peu importe que ce dernier soit plaisant, labeur subi ; l’ai simplement été ou devenu. C’est comme aspirer dans une décharge une goulée d’air vicié après avoir été enfoui dans un monceau d’ordures : bienvenu ! Il en devient attrayant, presque pur. Paradoxe, donnée factorielle variable d’un coefficient ondoyant de l’existence en général. Tout et son contraire pourrait être la devise de l’existence Tout produit son contraire. Le contraire produit tout. Court, long, court mais suivant l’angle de vision, ce pourrait tout aussi bien, valablement, défendable, devenir, long, court, long. Pourquoi pas long, long, court ou court, court, long ? Un nombre possible de combinaisons qui, au bout du compte, ramènerait au point de départ : court, long, court ! Elle s’ébroua, se traitant d’ergoteuse philosophe à trois balles. K out shouté aurait pu dire l’héros I no man ! Direction la cuisine pour y accomplir l’acte de plaisir quotidien, parfois le seul, souvent en réalité, toujours pour sa subjectivité personnelle. Elle allume la machine à café, superbe percolateur à broyeur, dernier cadeau de départ d’un homme devenu inconnu, prophétisant inconscient d’une rupture désirée, décidée, dés, si, dés joués unilatéralement, pair, impair et passe. La nature est une bonne mère. Totalement incomprise, tellement qu’elle se venge souvent. Elle fait en sorte de nous envoyer des signaux que nous nous empressons de ne pas décoder. Soit ? Par ignorance, par négligence, par rapacité, inconscience, inhumanité, nous faisons en sorte de ne pas voir comment éviter les catastrophes. Soit ! Ce cadeau, absolument aux antipodes des manières de Marc, était une sirène d’alerte, annonce claire d’un chambardement de son cours de vie. Il aurait du résonner strident dans ses neurones. Elle n’avait rien entendu. Ou, plutôt, surement, elle ne l’avait pas voulu. « Il » était parti, l’objet était resté, totem d’un idéal révolu. Le voyant dessilla vert. Elle appuya sur le gros bouton. Ces journées ne comportaient guère de vrais bons moments. Celui-ci en faisait partie. Le café était sa boisson de base. Sa machine, pourvoyeuse d’un bon expresso, était bruyante, un tout petit peu plus même. Conjuguée à des cloisons aussi minces que ses relations socio-culturelles actuelles, ses voisins en profitaient. A coup sur, à cette heure matinale, il y avait quelques chances qu’au moins un des deux en soient réveillés. D’une manière complètement subjective, elle les détestait, symbolique fantasmé, ressenti sans fondement concret, exutoire bien pratique de tout le contraire de ses aspirations existentielles. Pas plus mesquin que la moyenne nationale beaufisante, guère plus qu’elle au final, elle leur opposait néanmoins celle-ci, sans gloire mais avec ténacité et pourvoyeuse d’un petit plaisir renouvelé à l’arrière goût de vengeance salvatrice, indiciblement courte mais tellement bonne ! Toute mesquinerie a cette particularité d’apporter un petit agrément voire jouissance sur une durée fugace. Au-delà ? Elle ne peut que vous ramener à vos errements. N’en est-elle pas un d’ailleurs ? Sa tasse en main, elle ouvrit la fenêtre, geste machinal ritualisant un autre de ces bons instants : l’observation de sa rue, à cette heure matinale déserte condition sine qua none à la qualité de cette séquence, non dénuée d’une aura prédictive irrationnelle sur l’éventuelle possibilité que la journée à venir soit bonne ou mauvaise. Stupide réflexe connu, reconnu, assimilé mais néanmoins, chaque jour, elle le ritualisait. Oublieuse, oubliante, oubliette du simple plaisir originel ! Posture dévergondée, masochiste, intégratrice de destruction de la volonté primaire. Volonté de tout réduire à un sentiment de maussaderie sans fin pour mieux niveler le journalier en une si petite vastitude de platitude couverte, recouverte d’un végétal indéfinissable entre l’herbe rabougrie et la mousse végétative. Pour mieux allonger une journée si courte dans son lot de non évènements… Court, long, court…

Le résultat fut en adéquation avec sa volonté. Aurait-il pu en être autrement ? Il est facile pour l’être humain de marquer et d’adapter chaque action à sa volonté au-delà de sa bonne/mauvaise foi ; d’en faire un bon ou un mauvais signe pour peu que la journée est démarré pied gauche, pied droit. Un intrus, travailleur se rendant en son lieu d’opération, simple promeneur ou passant, fêtard rentrant au bout d’une nuit d’agapes, lui détermina la tonalité de sa journée : grise ! Elle ne remarqua pas le rayon de soleil, le chant des oiseaux, le chaton dans sa crise de jeux dans le jardin en face, le vert tendre des feuilles bruissant au vent léger, les fleurs de sa jardinière invitant à humer. Un simple piéton, importun passager, aveugla son horizon. Elle avala le café sans même le remarquer, regardant après coup sa tasse vide sans comprendre pourquoi elle l’était. Il lui fallait la remplir de nouveau pour reprendre cours dans son existence. Mieux réaliser aussi qu’aujourd’hui l’attendait une corvée incontournable, aller chercher un paquet au bureau de poste. Avec une telle galère, comment la journée aurait-elle pu être bonne ?

Moyen

-  A quatre ? Ca va pas être de la tarte !

- Tu connais des keums ?

- Peut-être !

- Et ?

- Disons que j’en connais peut-être deux qui tiendraient la route, un peu baltringues mais question baston, ils sont fiables. Accessoirement les armes, ils maitrisent.

- Seraient pas un peu fondus par hasard ?

- Anars!

- Ouais ! Un peu quand même… Basta, si tu crois qu’on peut les driver, pourquoi pas ? Ils sont loin ?

- Tout prêt, il faudrait à peine un quart d’heure pour aller les chercher. Quand même faut être clair, je peux pas garantir le risque d’un pétage de plomb. Ca aiderait quand même.

- Ca ira. Phone-les.

- Anars !

- Ok ! Fais ce que tu as à faire. On change pas le rencard. Ca ira ?

- Yep !

- Comme on a guère le temps, tu vois, tu décides, tu brieffes et tu emmènes ou pas. Si c’est foireux, je te fais pas un dessin. Rappelle-leur juste que c’est un casse, pas la révolution donc pas un tir aux pigeons capitalistes.

- Yep !

Courte

En temps ordinaire, si tant est qu’il est existé perdu dans les abysses lointain du temps passé, se préparer pour sortir ne lui avait jamais pris beaucoup de temps. Elle était une fervente adhérente au minimum syndical en matière de paraître. Hormis son aversion, intime conviction de son égo personnel, pour l’apparence érigée en tant que valeur primordiale, elle n’y voyait qu’avantages. A ne pas faire d’efforts superflus, les différences d’un jour à l’autre ne choquaient personne et c’était bien pratique pour remarquer ceux qui la regardaient pour ce qu’elle était vraiment. Encore plus en ce jour, pourquoi s’attifer avec soin ? Pour personne ? Elle n’était qu’une passante anonyme, ni belle, ni laide, ni maigre, ni grosse, ni pourvue exagérément ou dénué de tissus mammaires adipeux, derrière absolument banal tendance tombant. Succomber au paraître était suffisant pour les jours de travail. Comme prévue, en forme de souhait justificateur d’une maussaderie presque attendue, presque assumée, la journée affichait une tendance grise au grand dam de l’aurore ensoleillée du début. Il pleuvotait, pluie fine plus mouillante qu’une grosse averse d’orage, plus réfrigérante aussi, glaçante comme ses idées noires, assez gélifiante pour laisser place à une invite de demi-tour pour aller retrouver la chaleur de sa couette et s’enfoncer dans le pays des pensées non conscientes. Pourtant, alors que dans son réactionnel type, archer habituel de ses réflexes conditionnés, cette pensée aurait du enclencher le réflexe « aussitôt dit, aussitôt fait », elle ne fit pas demi-tour. A sa grande surprise, sa colère endémique prolongée des tiges naturelles de rancœurs récurrentes ne surchargeait pas son égo agissant. Dans un contexte de morbidité latente, elle pouvait même qualifier son état de « guilleret ». Pire, alors qu’elle aurait dû lui trouver un zeste de louche, ben, elle acceptait le fait ! Allait-elle pousser le bout chon plus loin et laisser filer ? Peut-être un peu, sans tenter de prendre le poisson… Elle prenait temporairement congé de ses marottes passant à une focalisation sur les passants, s’attardant à des détails, vétille, vestige, oubliées d’une simple balade retrouvant sa raison d’être : flânerie. La peur l’envahit d’un coup provoquant le retour à son rituel. Percevoir tout de son environnement, le réceptionner, le cataloguer, le faire converger vers son centre de réception emphatique dans un but unique, éviter d’avoir à affronter son ennemie intime : Elle ! Son état maniaco-dépressif ne la dispensait pas d’une certaine lucidité. Elle savait mettre le nom sur ce qu’il fallait bien appeler manie, TOC, tique, taque, tacle. Tout ceci ne servait qu’un but : démission généralisée. Elle ralentit le pas presque volontairement, en droite ligne avec la tonalité ambiante. Une pensée surgit, l’effrayant presque dans sa soudaineté, presque un concept dans son ravin personnel, canyon soigneusement labouré et pourtant continuellement envahi par des herbes que d’aucun aurait pu appeler mauvaise. Mais en quoi donc ? Pour qui ? Par rapport à quoi ? Sinon une présupposition à œillères dont le seul but n’est et ne sera toujours qu’un égocentrisme exacerbé ! L’être humain a tendance à ne voir qu’au travers des focales réductrices de son instant immédiat, de son environnement proche, déniant tout avenir, toute projection, ignorant la globalité pour ne s’occuper que de particularismes, de détails et d’incidents qui dans un contexte large n’auraient pas la moindre importance. Nous oublions trop souvent que l’ensemble est un conglomérat harmonieux ou discordant de sous-ensembles. Lesquels peuvent être à l’instar et composés de parties fonctionnant sur le même schéma. Jusqu’à la plus infime particule, point de départ de ce qui pourrait devenir un univers. Pouvons-nous en conclure que du point de départ, s’il est laid, la finalité donnera une horreur ? Ou son contraire ? La beauté est-elle un concept ? Pas sur surtout si ce dernier est soumis au sentiment qui peut sembler être le trait de caractère principal de la beauté. Il n’est pas contrôlable, docile ou même simplement palpable sinon préhensile… Cette sensation, car telle est-elle, peut être ressentie en vecteur unique ! En opposition complète avec l’harmonie qui serait le pendant global, le père spirituel de la beauté. La filiation fonctionnerait-elle dans les deux sens ? Pas sûr encore une fois, l’harmonie parait nécessairement inclure une option de beauté. Le contraire n’est pas vérité. Reste qu’il est plus aisé d’atteindre à la beauté qu’à l’harmonie. L’une peut se contenter d’un état stable basé sur des sentiments vrais ou faux, créés par un rassemblement d’avis convergents, forcés par des lobbys plus guidés par le profit, l’intérêt personnel donc particulier ou simplement par une volonté d’uniformisation, une normalité, oubliant d’en préciser les modalités et les champs d’action. Il serait bien en peine de le faire car sur de telles bases, la fluctuation est incontournable ainsi que l’adaptation au mouvement perpétuel. L’harmonie est une fragile passerelle menaçant de se briser à chaque instant. Vous pensez l’atteindre et ce simple fait peut la rompre. Tout l’ouvrage est à reprendre. La beauté est un moment fixe qui ne peut en aucun cas se satisfaire d’un mouvement alors que l’harmonie est une parcelle de temps qui ne peut en aucun cas se contenter de l’immobilisme. L’un peut aller avec l’autre, l’un peut s’en passer, l’un n’est ni significatif, ni signifiant de l’autre. Ce sont deux frères siamois qui tantôt tirent dans le même sens, tantôt dans le sens contraire sans jamais vraiment pouvoir se détacher sous peine de succomber. L’harmonie est tout simplement un univers, l’univers et la beauté son corollaire, le déclencheur de création des galaxies occupant cet espace.

En droite ligne avec ses pensées, elle constata qu’elle pouvait dire qu’elle n’était pas loin de pouvoir confirmer son sentiment premier. Son coupage de cheveux en quatre sur la beauté et l’harmonie pouvait tout à fait être considéré comme une mauvaise herbe. Tout comme une véronique l’est et qui, pourtant, produit une fort belle fleurette bleue. Ou comme un bouton d’or et son jaune. Jaune ? Poste ! Retour à la réalité de l’instant… Peut-être n’y aurait-il pas grand monde à cette heure et pour une fois ? Deux conditions, luxe démentiel, une seconde idée la percuta. Ce jour ? A marquer d’une pierre blanche, pour la première fois depuis une éternité, elle s’autorisait un rêve !

Longue

-  Voitures ?

- Prêtes, deux 4*4 et un BM

- Pas discret le BM mais bon on sait jamais si on est pisté. Déguisement ?

- Cagoules, ça suffira.

- Armes ?

- Kalachnikov

- Bien.

- Le plan ?

- On entre, on prend, on se tire. Le premier qui fait mine de protester, on flingue. Ca calmera les autres.

- Vigiles ?

- Non, pas dans ce coin.

- Y a quoi à rafler. Surement pas beaucoup d’argent, les caisses doivent être sécurisées.

- Sans doute mais à cette heure, y aura du monde, donc des cartes. Et puis c’est un gros centre de distribution de paquets. On prend tout. Et on s’en fout, le vrai but n’est pas là. Juste du vent pour mettre le bouzin et être plus tranquille sur le dernier. Faites gaffe les mecs à ne pas vous pieuter trop tard ce soir. Ce sera sportif demain. Pas d’overdose d’alcool ou de substances diverses et variées SVP.

Moyen

Au guichet, une femme tentait d’expliquer son problème. Sans écouter, il poursuivait un dialogue intérieur se résumant à contenir une fureur de l’attente. Un afflux de paroles lui parvenait en contre champ, se mêlant à ses propres pensées formant une liste brouillonne, éphémère et erratique :

« J’aime pas attendre »

«C’est le genre malheureusement »

« Peuvent pas mettre plus de guichets ? »

« A quoi ça sert 6 guichets quand je n’en ai jamais vu que trois ouverts et encore une seule fois ? »

« l’a attrapé un virus et… »

« T’as vu Ko Kaka l’aut’fois, l’aurait… »

« Crains celle-là… »

Il se faisait quand même l’effet d’être un bestiaux dans une file en attente du coup fatal avant un équarrissage en règle. Il se demandait pourquoi chaque fois que nous faisions une queue, un incident se passait, faisant en sorte de stopper cette dernière. Comme à l’hypermarché : « Au-delà de cette ligne, nous faisons en sorte d’ouvrir une autre caisse afin de limiter votre temps d’attente » qu’il disait… Carrefour patenté des contres réalités dissimulatrices du but réel d’estampage du gogo client. Cette pensée déclencha un sourire, hors contexte, en se rappelant que la dernière fois qu’il avait été dans ce lieu où était affiché cette promesse publicitaire mensongère, la ligne, bleue, héritière directe de celle des Vosges pour ne pas la nommer, affleurait les têtes de gondole. Ainsi pas de risque d’être derrière, sauf à s’assoir sur les étagères. C’est à ce genre de détail que nous pouvons nous apercevoir du sens du respect, dit en forme primaire, ainsi que du décalage entre des penseurs déconnectés et des utilisateurs des cons nec thés… Vive la mondialisation qui parvenait à un résultat, un seul, probant : l’uniformisation de la connerie. Dommage que cette dernière fut déjà un zeste universel ! Pas sur non plus qu’elle est eu un besoin irrépressible d’en lisser les différences inter culturelles et inter ethniques… Bon n’empêche, il était là depuis déjà 20 minutes et une seule personne était passée. Il respira un grand coup et réussit à s’auto formuler une pensée sensément réconfortante. Au-delà de l’apparence des siècles passés à attendre, à l’arrivée, ce sentiment n’aurait duré qu’une goutte d’eau, long, court, long. Trois mots signifiant individuellement devenant sentiment dans leur association. Ce n’était peut-être qu’un moyen pas cher pour détourner l’attention mais il eut l’effet escompté et se retrouva un peu plus serein.

Evidence

Elle entra dans le bureau de poste. A l’évidence, son vœu ne serait pas exaucé, le cours normal des choses, en somme et sans surprise. Sa belle humeur retomba d’un cran reprenant le cours normal de son quotidien de morne attitude. Il y avait un certain avantage, a minima, il lui attribuait une capacité à la résignation plus rapide, débarrassée de la case justification, faux semblant, faux prétextes. Dès la porte franchie, elle était déjà dans une posture d’attente qui pourrait durer le restant de son existence sans en être contrariée outre mesure. Pire, plus elle serait longue, plus elle pourrait s’auto-congratuler de sa perspicacité mono focale sur sa destinée de poissarde congénitale.

De son image fadasse, auto jugement pas forcément objectif, pas plus que subjectif d’ailleurs, elle se reconnaissait néanmoins une qualité : la malchance récurrente. Si le signe astrologique avait existé, si elle y avait porté une quelconque foi, elle en aurait été l’incarnation. Dommage qu’elle ne puisse monnayer ce talent improbable. Elle aurait pu devenir rentière. Elle stoppa là ces pensées, les qualifiant in petto de déviantes, incitation à sortir de son ornière pour frôler ce qui pourrait devenir un rêve, luxe invraisemblable, dérèglement non envisageable de son tempo crédo melo drame à tique ! Au guichet, une femme, fichu mal fichu sur la tête, pantalon grisâtre, couleur idyllique de l’informe bas de jogging, veste tailleur vert bouteille sur le dos, les pieds dans d’improbables espadrilles de couleur indéfinissable tirant sur le vert vomi ; lui faisant face un homme, le préposé, entre deux âges, las, de vivre cette partie si envahissante de son existence, l’agacement montant et menaçant de déborder sa fleur de peau. La femme tentait de lui faire comprendre que son problème était une question de vie ou de mort, un Dallas sans tata Barbara. Elle avait manqué le premier épisode mais le connaissait par cœur, trame connue, scénari prévisible et interchangeable, schéma rigide, seuls quelques mots, quelques noms à changer, histoire de faire paraître l’ensemble un tant soit peu original. Elle était prête à parier sa chemise qu’il y était question d’argent, si possible pas encore crédité pour d’obscures raisons de date de valeur à rallonge. Le ton montant le lui confirma. Le dialogue de sourd pouvait commencer. L’un ne voulait pas donner parce que le compte pas approvisionné et l’autre voulait parce que ceci, cela ; l’un disait qu’il n’était pas encore crédité ma bonne dame, il fallait tant de jours et l’autre que c’était une honte qu’il faille tant de temps ! Ainsi de suite…

Devant elle un homme, jean’s, basket, t’shirt, air blasé, agacé. Elle sentait l’être se moquant royalement de son paraitre, pire le mettant en bandoulière comme une écharpe d’édile. Un extrémiste du « je suis comme je suis » dont le résultat rejoignait les adeptes de l’apparence : regardez comme je suis. Probablement même s’irritait-il quand il parvenait au résultat in souhaité et méprisait-il dans le cas contraire, représentant qualifié de la contradiction humaine permanente. Elle se prit à souhaiter qu’il se retourne pour qu’elle puisse mettre un visage sur ce négligé et vérifié son soupçon : logiquement il devait avoir en plus une moue méprisante pour bien souligner qu’il était là contre son gré.

- Connard !

L’insulte avait fusé en même temps que la femme se décidait à tourner les talons, vaincue. Le mot glissa manifestement sur le guichetier qui haussa les épaules. Il en avait entendu d’autres. Enfin la file d’attente bougea. Un client s’avança. Il venait chercher un paquet comme en témoignait le papier qu’il avait à la main. Au moins il n’y en aurait pas pour une éternité.Le préposé le prit, le déchiffra longuement comme ayant affaire à une langue inconnue et se leva. Il disparut derrière une porte. Un remue-ménage de cartons percuta le silence. Puis plus rien ! Le rien durait et l’attente continuait. Quelque chose se brisait en elle. Elle le ressentait au plus profond d’elle-même. Comment expliquer sinon cette exaspération galopante qui menaçait de déborder ? Pour un peu, elle serait prête à faire demi tour et laissez tomber ce qui, au fond, n’était qu’une corvée même pas obligatoire. Tout ça pour des sels de bain, même pas pour elle, une vague réminiscence lui ayant fait accomplir un geste socialisant qui lui coûtait. Même pas la possibilité de se dire que c’était une quinte Foch maréchal de sa poisse sérial qui leurre !

Désespérant !

Terme

La curiosité, un trait caractériel à double tranchant dont aucun humain ne pouvait revendiquer l’absence. Que nombre de ceux-ci confondent avec ce que, personnellement, il appelait du commérage, connotation malsaine et péjorative dument connotées. En établir la frontière est difficile comme ne pas en franchir la limite ou ne pas en être victime. Cette curiosité, version malsaine faisant plus que friser avec le manque de respect rejoignant parfois, souvent, le manque patent d’humanité basique. En tant que timide introverti, être l’objet de la curiosité d’autrui le mettait dans un état de gêne rédhibitoire, lui coupait ses moyens en perturbant le moindre acte simple.

Par moment, un trop plein s’opérait provoquant alors les plus grandes démonstrations, souvent provocatrices ; une jouissance à s’exposer, être pour quelques secondes le centre d’une attention. A tous prix ! Fusse celui d’une part de ridicule… A d’autres, au contraire, sa nature solitaire, version misanthrope le poussait à un plus grand renfermement. Dans les deux cas, cela n’aurait pas du être ! Il aurait du y appliquer le principe d’ignorance. Il n’y était parvenu qu’à de très rares occasions. Toujours de se savoir observer impliquait le questionnement : pourquoi ? Qu’ai-je ? Que n’ai-je pas ? Au-delà pointait le soupçon du jugement porté sur sa personne. En dépit de toute logique, de toute pensée rationnelle, de tout mode de fonctionnement, alors que sa mise extérieure, son apparence et le peu d’importance qu’il accordait à ce que les autres pensaient de lui. Autant de paramètres facteur de valeur nulle pour sa logique personnelle de pensées. Il en arrivait néanmoins à se laisser déborder par ce qu’il fallait bien appeler une paranoïa. Combattre ce penchant était difficile, jamais acquis, permanent. Jusqu’à son dernier souffle, il savait qu’il l’aurait en face de lui. Comme s’il avait été le centre d’un monde où l’occupation principale des résidents de ce nombril virtuel aurait été sa personne ! Stupide… De le savoir n’était pas toujours un soulagement, ni une aide ! Cette psychose ne le prenait pas partout. Elle était centrée surtout dans ces moments d’arrêt obligatoire comme le quai d’un métro, l’arrêt d’un bus, le hall d’une administration, la salle d’attente d’un quelconque praticien. Une file d’attente quelconque, hors magasin curieusement ! Comme maintenant, là, il se sentait observé. Le vieux réflexe ne tarda pas à surgir. Pourquoi ?

Instinctivement il se redressa, conscience aiguë subite de sa position légèrement avachie. Il se serait bien retourné mais il n’osa pas, timidité congénitale sans assise en ce moment. Routine ! Indue ! Il savait qui. Il avait parfaitement remarqué la femme assez jeune, dernière entrée. Il la voyait maintenant encore, reflétée dans un miroir déplacé en ce lieu, bien pratique à cet instant. Il la sondait indirectement, essayant de la percevoir. Y parvenant parfaitement bien : trentaine basculante, air rébarbatif de la victime expiatoire qui voudrait bien qu’on la distingue en tant que telle, attifée comme une bourgeoise en deuil de son existence, sans soin sans être négligée loin de là. Percé ce premier rideau, il pouvait déterminée qu’elle aurait pu être jolie, attirante même, en dépit de son air latent défaitisme récurent. Il était coutumier de ce genre d’inquisition. Elle était même à ranger comme péché mignon. Du plus loin qu’il s’en souvienne, il avait pratiqué cette évaluation ultra rapide des gens rencontrés. Pas tous, juste ceux qui l’interpellaient. Ou qu’il pensait comme observateur de sa personne. Il avait cette espèce de faculté à jauger son prochain pour peu qu’il y ai une connexion quelle qu’elle soit. Cette dernière pouvait être de n’importe quelle sorte, elle n’en incluait pas moins une part d’intimité, rendant l’ensemble parfois assez douloureux voire très. C’était comme les barres symboliques d’une connexion à un réseau. Plus il y en avait, plus l’implication était grande, sans être pourtant étalée au grand jour. La portée induisait directement la curiosité, non malsaine s’entend, l’envie d’en savoir plus. Il pratiquait ainsi depuis toujours au risque flagrant de graves désillusions. Longtemps s’était posé à lui la question de la pérennité d’une telle attitude. Quand il faisait le bilan, il avait du se tromper autant que le contraire. Mais il avait remarqué que cette perception marchait formidablement dans le malheur. Alors, il pouvait poursuivre son exploration, voire aidé avant de se faire rejeter. Il avait appris deux choses dans l’existence : l’être humain n’aime pas être percé au-delà de l’apparence qu’il veut bien envoyer. L’être humain n’aime pas reconnaître qu’il a besoin d’aide, ne sais pas dire merci à la main tendue. Les trois conjugués biaisent forcément une relation, ne lui laissant pas la moindre chance de survivance. Il avait fini par décider de ne pas se séparer de cette faculté, acceptant d’en payer le prix de solitude, refusant absolument de ne pas avoir à dire ce qu’il fallait dire. Il l’avait juste bridé et limité à ses proches, à quelques rencontres fulgurantes, fugaces et sans espoir. Un bruit de voix le ramena aux réalités. Le guichetier, être humain basique, oublieux de l’endroit où il se trouvait, négligeant d’une insonorisation illusoire disait :

- Cette pute de connasse, elle va finir par arriver ?? Je veux bien qu’elle soit en retard mais là, elle abuse. Encore son môme de malade.

Parlait-il à quelqu’un ? Soliloquait-il ? Il ne le saurait jamais. L’employé réapparut avec un petit carton. Il le posa sur le comptoir et c’est là que le destin décida qu’il était temps de mettre un peu d’animation. Plus tard il s’en souviendrait comme d’une liste non classée, non ordonnée, précise pourtant :

1. Des ordres, des cris ?, rauques, incompréhensibles amortis par les vitres.

2. Regards :

Toujours sur sa nuque

Effaré d’un client

Atterré du préposé

Se tournant dans la même direction que celui du guichetier

Prenant un air paniqué

3. La porte ouverte à la volée

4. L’ennui suintant par tous les pores d’un homme deux places devant lui

5. Odeur

Agréable, pas savon de luxe occultant, de la femme derrière lui

Chocolat de la femme derrière lui

Relents de transpiration par cascade

6. Une femme se retourne et pour augmenter les statistiques machistes se met à hurler, mode aigu crescendo

7. Réflexion vite faite sur le fait que cette odeur chocolat l’agrée au plus haut point

8. Des portières qui claquent

9. Un crissement de freins enregistré en arrière-plan

Son cerveau ayant décidé que présentement la curiosité était de bon ton, il décida qu’il était temps de tourner la tête. Trop tard, la bougre l’avait précédé, réfutant la relation normale pensée/action ! Quatre individus, cagoules sur le tête, armés, courant, explosent la porte à coups de pied tout en hurlant : « à plat ventre et on ne bouge plus sinon boum ! » Incongrument il se dit qu’ils auraient pu dire les phrases classiques : « hands up this is an hold-up ! » Soit il regarde trop de films, soit ils manquent de respect ! Il est paralysé. Autant que la jeune femme , qu’incongrument qu’il se dit qu’il voit enfin en vrai. Il espère ne pas avoir son regard extatique version sépulcral aveugle. Enfin le terme n’est pas approprié, excuses, mais il ne trouve pas le bon adjectif. Quoique s’il tient compte de l’attitude statufiée, il n’est pas loin de la vérité. Elle parle, répétant une litanie peu ecclésiaste : « pas de chances, pas de chances, je suis maudite ! » Il ne s’aperçoit pas que toute son attention est fixée sur elle, sans le moindre rapport avec la situation réelle. Cette fois le désespoir qu’il ressent en elle n’a plus rien à voir avec un étalage, une démonstration. Il est profond, sincère comme quand on joue à être, sans risque et que d’un seul coup la réalité prend le dessus transformant le fantasme, fantôme, rêve en cauchemar. Il sent comme une pointe aiguë que cette volonté du malheur pour justifier une inaction coupable, faible vient de lui tomber dessus comme une masse. Elle le regarde, les yeux implorant un secours. Il commence à remuer la main mais trop tard, un des braqueurs hurle :

- Oui, t’es maudite la pouffiasse !

Il accompagne cette envolée hautement lyrique d’une brusque poussée dans le dos avec la crosse de son arme. Ce n’est pas vraiment un coup mais il suffit pour la déséquilibrer complètement. Elle le heurte de plein fouet. Leurs têtes se cognent violemment. Ils se retrouvent par terre. Pour le coup, le sol il y est mais à plat dos, écraser par la fille. Il voit qu’elle est complètement sonnée. Même lui se sent un peu floconneux. Elle est plus lourde qu’il ne l’aurait cru. Il a un peu de mal à retrouver son souffle et se sent oppressé. Sur son front, la douleur se fait lancinante. Il refoule pour se concentrer sur l’état présent. Le constat est simple : il est mort de peur. Avec tout ce qui va avec, tremblote et sphincters qui menacent de se désolidariser de sa dignité humaine. Une pure démission sans préavis, avec cause non négligeable mais qui ne justifie pas un tel manque de solidarité. Alors, pour montrer qui est le maitre, il serre les dents, enfin pas que ! Ne plus bouger  ! C’est une situation totalement inédite en tant que vécu. Son cerveau habitué à vadrouiller par monts et par vaux, à partir dans tous les sens à la moindre opportunité, parfois même sans la moindre raison, pour le coup, joue au casanier, refusant obstinément de fonctionner.Il se sent nu et dans un élan de lucidité prend acte de son impuissance. Que c’est enrageant, vexant même comparé à ses fantasmes récurrents, sa marotte de vouloir jouer au héros. L’abime est profond entre le réel et son imaginaire, débridé à l’aube de l’endormissement, pas encore inconscient, pas tout à fait éveillé ; là il s’incarne, dépouillé de son froc quotidien, revêtu d’une armure cinétique affrontant mille situations bloquées avec panache, gloire et chevalerie ; toujours plein de sang-froid, étudiant la situation pour trouver la meilleure solution, l’idéale pour sauver (tout) le monde. Aujourd’hui, dans cette présente matérialité, il en va tout autrement. Une forteresse est à prendre mais le chant des sirènes de la survie offre un choix plus rassurant, plus harmonieux. Concret ! Moins prestigieux pour sur, moins fat aussi, il se devait bien de l’avouer. Il aurait pu penser à de la lâcheté mais il était convaincu que le courage, l’héroïsme, du commun des mortels, pas celui des inconscients, n’est qu’une forme d’extrémisme de la peur ! Cette bosse sur son front serait son seul acte de gloire, pour le reste, il se contenterait de ne pas faire de vagues et d’attendre que ça passe, vite ! Il stoppe là ses cogitations en intimant l’ordre à ses pensées d’arrêter de chercher chercher un justificatif à son inaction. Il n’a pas à le faire. La vue d’un canon d’une arme automatique le frôlant devient un argument de choix, confortant. Un homme, pas celui qui avait asséné le coup de crosse, est venu vérifier l’état de la jeune femme. Pire il lui parle :

- Elle est dans les vaps… ?

Il n’achève pas sa phrase. Cet élan, de quoi au juste ?, le surprend mais ce n’est pas le moment de s’y attarder. Il fait non de la tête en mimant la collision de leurs deux fronts. L’autre se détourne sans commentaire. Pendant ce temps, deux de ses acolytes se se sont précipités derrière le guichet. L’employé s’évertuait à leur dire qu’il n’y avait rien à voler, que l’argent était… Son discours fut stoppé net par un coup de crosse, violent celui-là, qui l’étendit pour le compte. Toujours prompt dans les constats, il se dit que le groupe d’agresseur est dichotomique. Certains sont d’une violence gratuite pendant que d’autres se préoccupent de la santé des victimes. Etrange ! Une mini dispute éclate dans le groupe. Celui qui est venu vérifier l’état de la jeune femme dit :

- Vous êtes malades ou quoi ? A quoi ça sert de l’assommer ?

- T’a un problème…

- Suffit ! Les explications plus tard, ailleurs. Y a un taf à finir.

Il y a fort à parier que ce dernier doit être le meneur. En tout cas le silence se fait et les braqueurs s’agitent. Il ne voit pas en quoi, n’y tient pas particulièrement non plus. Sa seule volonté est que tout ceci s’achève, sans rêver que ce n’eusse pas existé.

Mesure

Elle émerge. Elle ne se rappelle de rien. Deux douleurs bien ciblées l’envahissent : une au bas du dos, lourde et large ; l’autre sur son front, lancinante. La plus douloureuse ? Elle ne saurait pas le dire mais sa sensation est que celle de son front est plus vivace, celle de son dos plus sourde, profonde et durable. Elle allait pouvoir retirer sa pierre blanche de son calendrier virtuel comptable de la balance poisse/chance pour la remettre dans la carrière dont elle l’avait tirée. Elle aurait du le savoir ! Une gigantesque détresse l’étreint. Elle sent les larmes, ce mouillement si longtemps refoulé, si patiemment repoussé à coups de digues brumeuses, en brousse aillées de surcroit. Elle n’a plus qu’à se laisser aller, n’a pas envie de lutter contre. Une voix grave, douce, parlant bas parvient à son cerveau : «  Essayez de rester calme. C’est une attaque et ils n’ont pas l’air de rigoler. » Pourquoi lui inspire-t-elle, en dépit de toute logique, confiance ? Elle trouve le mot : digue ! Elle ressent et associe la voix à une digue,  un rempart où elle se sent en sécurité relative. Où elle n’a rien à faire que se laisser guider, pas de décisions à prendre, le luxe incommensurable en somme ! Que la situation ne s’y prête pas est une évidence. La voix l’a ramenée au souvenir. Elle comprend qu’elle est impliquée dans une attaque, une prise d’otages même mais n’en ressent aucune peur, ni angoisse. Rien ! Elle se sent en sécurité. Un coin de son cerveau lui fait observer que ce n’est pas très factuel comme attitude. Elle l’envoie balader en le traitant de rabat-joie. Pour une fois qu’elle peut s’abandonner ! Elle se relâche complètement et du coup perçoit son environnement, la position inconfortable, les gens allongés autour d’eux. Elle est étendue sur un homme, probablement celui qui lui a parlé si doucement, si tendrement en fait se dit-elle. Il la tient pour qu’elle ne bascule pas. Le bizarre ne l’atteint pas. Seule réflexion à émerger : il y a bien longtemps que ce ne lui était pas arrivée ! Un éblouissement la submerge porteuse d’une vérité. Elle discerne au milieu de son ombre mélancolique, un ressac violent libératoire. Du tréfonds de son âme, de son corps, elle goute un mets exquis, pourtant connu, reconnu, perdu au détour d’un chemin, négligé par pusillanimité du cœur et de l’âme : les sensations. Comme reprendre pied dans sa maison après une longue absence, ses perceptions reconquièrent une varenne trop longtemps désertée. Comme une ile, un point d’orgue, sous elle, à travers le tissu de sa robe légère, informe même pense-t-elle, elle sent une raideur, à peine plus haut que son bas-ventre. Il n’y a pas à se tromper et attribue le ressenti à sa juste valeur. L’inconnu sous elle est pris de désir. Choquée ? Même pas ! Pire ? Heureuse ! De se réveiller d’un long cauchemar, une longue nuit d’errance sans fin, sans faim. De nouveaux quelques larmes coulent accompagnant sa pensée qu’elle aurait envie de hurler : « Mais, euh !, je vis ! »

Terme

Sur lui, un mouvement imperceptible. Elle se réveillait. Elle allait hurler, il le sentait. Probablement avec justesse car elle devait avoir mal. Avec douceur il lui met la main sur la bouche tout en lui disant : «  Essayez de rester calme. C’est une attaque et ils n’ont pas l’air de rigoler. » Un relâchement se produit chez elle. Soit elle est retournée dans les vapes, soit elle a compris. Il sent sa poitrine sur sa poitrine et, incongrue, une sensation de chaleur s’empare de lui. Une vraie panique le prend. Qu’est ce qui lui prend ? Dans cette situation ? Ce n’est vraiment pas le moment ! Il lutte mais il sait que c’est perdu d’avance et que son bas-ventre va le trahir. Il ferme les yeux dans l’espoir vain que tout s’envole. Tout part en quenouille aujourd’hui et sa fameuse théorie du contrôle permanent se révèle absolument pour ce qu’elle est : fumeuse. Fumer tue qu’ils disaient ! Ils ne savent pas à quel point ! Il renonce et s’abandonne. Tant pis ! Avec un peu de chance, elle est tellement dans le cirage qu’elle ne remarquera rien. Une humidité lui arrive sur les joues. Elle pleure. Il y a de quoi pour elle. S’il pouvait, voulait ?, il en ferait autant !

Le moins qu’il pensait est que la situation était bizarre et qu’il était incapable de la gérer, la comprendre. Le pire de ce qu’il pouvait lui arriver : ne pas comprendre ! Action qu’il détestait issue en droite ligne de son éternel crédo, volonté de tout contrôler, enfin anticiper, surtout, afin d’être le plus apte possible à la réaction. Pas question dans cette démarche d’éviter les surprises, plutôt désir de pouvoir les recevoir à leurs justes valeurs et être capable de leur offrir une alternative digne. Mais à ce petit jeu poussé à l’extrême, il s’en rendait compte maintenant, il reniait toute part d’improvisation, une grande portion d’humanité, une édification lourde contre la spontanéité, des œillères pour mieux ne pas voir et un manque de réactivité complet. « Je ne vis plus ! » se dit-il. Avec une grande mauvaise foi, il prolongea sa pensée ainsi : « Mon attitude a du bon puisque je m’en rends compte et que je suis capable d’en prendre le contre-pied. A partir de maintenant, je vis ! » Restait à savoir comment ? Pour lui ? Il décida qu’il y avait urgence à remettre à plus tard. « Pourquoi faire maintenant ce que je pourrais tout aussi bien faire demain ??? » Il fut interrompu dans le cours de ses errances par la voix connue :

- Tout le monde à genoux, une main posée au sol. L’autre vous servira à sortir tout ce que vous avez comme valeurs : portables, portefeuilles, bijoux, argent. Avec des gestes lents, s’il vous plait !

Pour se mettre à genoux, il allait falloir que sa couverture humaine soit éveillée. Il approcha sa tête de l’oreille de la jeune femme et lui demanda si elle avait entendu. Elle ouvrit les yeux. Choc d’ultra violence. Verts ! Les yeux. Lumineux, racoleurs. Son cœur fit boum, boum. Rebelote, son accès de désir qui était passé revint au triple galop. Il sentit que le choc avait été réciproque. Surtout ne pas se demander pourquoi ? Autant appliquer tout de suite les décisions et ne pas chercher à comprendre. Elle fit oui de la tête et commença à bouger, pas assez vite au gout des braqueurs.

- Hé ! Les amoureux, vous voulez une deuxième tournée ? Magnez-vous !

Celui qui avait frappé une première fois venait de hurler ! Pré, maux, ni, toi, re… Elle accéléra son mouvement. Ils se mirent à genoux. Tous deux, d’un seul coup, dans une compréhension mutuelle, se sentirent perdus, de retour vers un monde qui ne leur convenait pas. Deux mains se détachèrent du sol pour se trouver. L’homme qui leur avait hurlé d’accélérer allait remettre ça quand il fut interrompu par un « laisse béton ! » ferme et peu incitatif à la rébellion. Elle prit son sac et le retourna carrément. Pour un sac de fille, il n’y avait pas grand-chose dedans, le strict nécessaire : papiers, menu monnaie, pas de téléphone. Elle n’avait pas de bijoux sur elle. Lui n’avait rien à part sa carte d’identité. Il n’avait jamais d’argent sur lui, des bijoux encore moins, n’avait pas pris son portefeuille parce que gênant, pas son téléphone par flemme, surtout rien parce qu’il n’avait que l’intention de faire aller-retour sans plus et qu’il ne voyait pas l’intérêt de s’encombrer. Deux hommes commencèrent à faire la récolte. Face à lui, ils s’arrêtèrent et l’un deux dit :

- T’as rien d’autre ?

- Non !

- Retourne tes poches.

Ce qu’il fit d’autant plus vite qu’il n’en avait que deux. Celui qui semblait commander dit :

- On s’arrache, il est temps.

Ils partirent sans plus de formes. C’est à cet instant qu’il se dit qu’ils étaient vraiment nombreux pour un profit qui semblait devoir être maigre proportionnellement. « Stop » se dit-il « Ce n’est pas ton problème et t’y connais que dalle ! » Ils ne purent partir que trois heures après l’arrivée de la police. Durant tout ce temps, sans même se parler, juste des échanges de regard passant sur toutes les bandes émotionnelles, leurs mains ne se quittèrent pas. Elle refusa d’aller à l’hôpital. Les secouristes soignèrent leurs fronts et donnèrent un anti douleur à la jeune femme en lui conseillant vivement de consulter au plus vite. Un lieutenant de police enregistra leurs déclarations et leur demanda de venir confirmer leurs plaintes le lendemain matin. Ils sortirent.

Ou

Le soleil était réapparu.Ils ne le remarquèrent pas. Pas bégueule, il ne leur en voulut pas et continua son combat face aux bandes nuageuses, les sournoises, qui voulaient l’occulter. Après quelques secondes d’un stop sur le pas de porte, ils commencèrent à marcher. Au hasard, sans que, ni l’un, ni l’autre n’en est la moindre conscience. Quelle importance de fait ? Le silence, de rigueur, pas pesant, leur tenait compagnie. La communication était autre. Le vent, un peu froid, provocant un léger frisson se transmettant à l’autre ; répondant par un autre frémissement, vecteur d’une émotion éternelle, neuve dans son ancienneté, promesse d’autres vibrations. Ils étaient dans la découverte du plus connu des sentiments, si vieux et pourtant si neuf ! Subitement il s’arrêta et dit :

- Long !

- Court !

- Long cours

- Cour ?

- Faire !

- La !

- Là ?

- Si !

- I !

Ils avaient une histoire à démarrer, une naissance à faire vivre, une jachère fertile à entretenir, court au long cours !

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