A propos JPierre

Adore écrire mais manque de temps!

Existentialisme

Existentialisme

Dois-je travailler ?
Manger ?
Pleurer ?
Ecoute, petit, écoute
Tu erres
Vis, vis
La mort est conclusion !
Dois-je dormir ?
Me battre ?
Rire ?
Ecoute, petit, écoute
Tu erres
Vis, vis
La mort est conclusion !
Dois-je aimer ?
Ou les aimer ?
Haïr ?
Ecoute, petit, écoute
Tu erres
Vis, vis
La mort est conclusion !
Dois-je la justice ?
La fraternité ?
L’égalité ?
Ecoute, petit, écoute
Tu erres
Vis, vis
La mort est conclusion !
Dois-je croire ?
Douter ?
Nier ?
Ecoute, petit, écoute
Tu erres
Vis, vis
La mort est conclusion !
Dois-je savoir ?
Ignorer ?
Connaitre?
Ecoute, petit, écoute
Tu erres
Vis, vis
La mort est conclusion !
Si je vis
Donc je meure ?
Le contraire ?
Ecoute, petit, écoute
Terre
Vie
La mort est occlusion !

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M’A’T’I’LG’UI

M’A’T’I’LG’UI

Le mentalge

Version non corrigée, non construite

Préface

En forme d’opinion… tout à fait personnelle et à contre- courant de l’effet de mode actuel !

Préciser ou m’époumoner pour signifier à quel point je pense ce livre inepte, antisocial et pervers, je n’essaierais même pas. Le texte se suffit à lui-même pour se discréditer. Sans que mon but soit de vous « bourrer le mou », je me sens le devoir de vous livrer une biographie des évènements. Elle est basée sur des faits indéniables, des dates, des écrits vérifiés et validés, des images enregistrées. Autant d’éléments accessibles sur le réseau ne nécessitant qu’une bonne et vieille console antique.

Par ailleurs, vous voudrez bien me pardonner par avance de ne pas vouloir entrer dans la polémique ayant cours depuis plusieurs années. Elle a généré tout et n’importe quoi. Pour mémoire, elle est née dès la découverte de la première traduction, nommée à tort manuscrit original alors que le document d’origine n’était qu’un enregistrement lui-même tiré d’une autre source sonore dont l’origine reste et restera floue donc sujette à caution. Il est indéniable, que d’un certain point de vue, un coin de voile s’est levé en révélant l’identification de ce A’MLV. L’aura énigmatique et charismatique qui entoure cet être est quelque peu surfaite. Vous allez pouvoir en apprécier les méfaits après les « révélations » qui suivent. Inutile de préciser que tout ceci ne fait que confirmer mes hypothèses quand au superfétatoire de l’ensemble.

Biographie historique

17 martial 2058 : Naissance génétique d’un garçon conceptualisé dans les couveuses du mont Kusa et destiné, en vertu de la loi de Perpétuation, au peuple stérile de la zone nucléaire 17bis, partie 7c de l’ex. Indiancéan.

18martial 2058 : Adoption et naissance officielles de Mislava Jodpiral dûment réglées et inscrites au registre du Greffe du Bureau des Répartitions de la FME (Fédération des Etats Mondialistes).

Si la loi de nos jours s’est un peu assouplie, en ces temps troubles aucune naissance ne pouvait être programmée sans la nomination et l’attribution de parents éducateurs. Cet honneur avait un coût bien plus élevé que maintenant garantissant un avenir et un socle culturel et social bienséant. Nous pourrions avoir à regretter l’abandon partiel de cette démarche même faite au nom du bien de l’humanité. Seul l’avenir pourra nous le dire !1

Attribution de son package alimentaire et de son cursus programmé. Les besoins en reproducteurs génétiques étaient tels à cette époque que sa voie était toute tracée.

C’est un des premiers points à prendre en considération si nous voulons bien appréhender toutes les démesures existantes sur cet homme. En effet, ce type de cursus représentait le niveau ultime en matière de privilèges, sinécures et de socialisation. De nos jours, cette caste, plus rare, conserve tous ces avantages. Pourquoi ? Un opérateur en régénération d’air serait-il plus méprisable ?

Fegiar 2081 : Rien de notable dans l’évolution de l’enfant : parcours classique, bonnes études, bonne éducation, excellente moralité, exceptionnel test de féconditionnement.

43 abeciar 2081 : Affectation au centre de reprogramination du mont Laya (pour mémoire, le saint des saints, le plus haut niveau en techno environnement)

Second point : contrairement à vous ou moi, Jodpiral n’eut qu’à suivre une voie royale, pavée de nectars. Le mot contrainte ne devait pas faire partie de son vocabulaire. Cet aspect pourra expliciter certaines dérives plus tard !

12 letar 2088 : Après le cycle de tests communs, il obtient sa majorité légale et l’attribution de sa dotation harémique : le plus haut degré hiérarchique soit 21 fécondatrices.

36 fegiar 2118 : Après une vie pleinement remplie, sans accrocs, ni parjures moraux, il accède à la retraite trentiène. Le résultat concret de son activité est exceptionnel. Songez plutôt qu’il eut un taux de fertilité permanente de 19% (soit une compatibilité de 3.8 avec les reproductrices !). Pour être clair : entre 2 et 4 annuels associés à un taux de mortalité post enfantine faible : 75% (remarquable si nous le comparons à l’époque actuelle où la conjugaison des progrès technologiques et la mise en route des cuves structurantes, libératrices également et heureusement des femmes d’un sacerdoce douteux pour les rendre à leur rôle de co-éducatrices, oscillent entre 77 et 78.71%. Quel vertige de penser que cet homme est le géniteur de 120 enfants dont 30 viabilisés !

Certains mystères, rumeurs et spéculations sont devenues plus claires à la lumière de l’étendue vertigineuse des ramifications et déviations possibles. Par bonheur, à notre époque, le passage en gestion sous la loi de Pérennité interdit cette possible hégémonie d’une branche raciale.

28 lancar 2120 : Première rupture civile : Jodpiral soumet une demande de réattribution haremique. Elle lui est refusée en toute logique. La suite l’est moins et appelle à question : pourquoi l’autorise-t-on à contracter mariage civil même soumis aux conditions classiques de surveillance sanitaire, sociale et morale ?/

Dès cet instant la vigilance aurait dû s’éveiller. En effet, il est extrêmement curieux de voir un être pétri de privilèges, élevé dans un cocon sécuritaire et vivant sa retraire dans un cadre luxueux puisse accepter de descendre à l’état ordinaire et choisisse d’aller vivre dans la communauté ! Nous savons tous que l’être humain, éternel égoïste, n’envisagera pas un dégradement de ses conditions de vie sans contrepartie. Ni vous, ni moi ne croyons à la générosité chevaleresque !

21 fégiar 2125 : Première délit à la Décence : naissance d’un garçon. La génitrice, dont malheureusement l’histoire et, surtout, les registres, ont oublié le nom, décède. Sans surprise, son fils la rejoint bien vite. Il n’y a rien d’inattendu dans ces tragiques et funestes destins. Plus encore qu’actuellement, la survie dans un milieu ordinaire était purement impossible. Alors, pourquoi cette grave et suicidaire infraction fut-elle laissée sans conséquences ? Factuellement, il faut se souvenir que dans le code pénal, elle est assimilée à un meurtre avec préméditation pouvant être classé comme crime contre l’humanité. Est-il acte plus inhumain que de vouloir concevoir en sachant que vous condamnez d’office un être innocent à la mort ?

22 fégiat 2125 : Seconde indécence dans la foulée: au mépris du bien communautaire le plus élémentaire, Jodpiral refuse de restituer les corps au service de recherche Bioethnique. Il brandit le particularisme religieux indique. Il est arrêté, stérilisé, mais, hauts faits toujours ? Il est relâché sans plus de procès.

Ce simple fait prouve la préméditation la plus évidente. Pour en appeler à ce particularisme particulier, si j’ose dire, remontant à la nuit des temps, il faut du temps pour se consacrer aux études ne serait-ce que préliminaires de débroussaillage des 5000 religions actuelles. Du temps, ce monsieur en avait à revendre. Il est dommage qu’il n’en est pas acquis plus de clairvoyance minimum pour bien assimier et trier le faux du vrai dans les millions de données.

11 rata 2135 : Coup de tonnerre sur le réseau : le fascicule que vous venez ou allez lire paraît, pour la première fois, en extraits. A priori, il semble utile de se demander comment et pourquoi cette parution peut provoquer une telle ruée ? Mystère ! En soi, il n’a rien d’extraordinaire, à peine bien écrit et d’une cohérence pour le moins hermétique. Le seul point positif qui puisse ébaucher une tentative d’éclaircissement tient probablement à une ambiance pseudo métaphysique, très en vogue à cette époque.

Il est important de rapprocher nos deux époques. En effet n’assistons-nous pas à une résurgence importante de ce phénomène actuellement ?

Toujours est-il que les cartouches s’arrachent et qu’une furieuse « mentaltidude » se développe. Le délire atteint un tel paroxysme qu’il faudra une répression sauvage et une loi pour faire cesser cette hérésie qui coûta un grand nombre d’êtres vivants. A un point tel qu’elle en arriva même à menacer le reste du fragile équilibre de l’environnement de survie de cette époque !

Actuellement, il reste une secte « mentaltitude », très hermétique, inoffensive. Elle prend un soin tout particulier à rester dans la bonne ligne de la Décence, se contentant d’affabuler par voie projectographique.

48 labur 2138 : Troisième indécence : avec les énormes profits perçus, à 80 ans, il s’achète le Pic Blanc. Il s’y installe avec un jeune homme dont l’identité à ce jour est encore inconnue. Là, nous rentrons dans le flou total hormis deux faits avérés : le domaine est doté d’un armement haut de gamme non disponible dans le domaine public et le recrutement d’une armée composée d’Amazones Franches, autrement dit le summum y compris dans la dépravation et la déliquescence.

Année 2140 : Les commentaires et polémiques sont mondiaux et publics. Les plus courants et virulents qui nous soient parvenus ?

  • le laxisme de la FME
  • Les relations entre un vieillard et un éphèbe ?
  • Mystère scientifique sur la résistance à l’injection de mortalité rationnelle

Ce dernier point est capital : il eut été impossible au-delà et malgré toutes les corruptions qui se sont faites jour à l’occasion de toutes ses révélations, d’échapper à l’injection prénatale mortuaire entièrement automatisée.

Année 2148 : Après une mémorable période sulfureuse, la FME, en toute logique, implose pour donner naissance à la GUILDE – Gestion Universelle Institutionnelle de la Démogogie Ecosystémique -. Des bruits qui nous sont parvenus, illustration d’une panégyrie de rumeurs provoquées et provocantes : de la démission d’un gouvernement, sclérosé de l’abus de privilèges jusqu’à l’existence d’un grand secret soigneusement détenu, tout a été dit. Comme toujours dans ces apogées épopées de délire très minces, rien n’a été prouvé. Y avait-il quelque chose à prouver d’ailleurs ? Doit-on se laisser aller au fameux adage : il n’y a pas de fumées sans feu ? La GUILDE, pour son premier acte officiel, fut inspirée. Elle diffusa, en dépit des lois et traditions ancestrales, les archives officielles. Cette large publicité montra l’évidence : rien de rien, une éolienne infertile nourrie de vent stérile ! En dehors de ce que les plus sensés avaient pressenti : l’abus de pouvoir, les privilèges, la rapacité, la soif de puissance et l’élitisme avaient amené les dirigeants à déroger à la loi de mortalité. Ils avaient trouvé l’antidote à l’injection. Des douze dirigeants, le plus jeune avait 114 ans. Ceci explique cela… Ils furent décapités. De ces exagérations est née la nouvelle loi de gouvernement : l’accès à un poste gouvernemental de direction inclus automatiquement l’acceptation d’un terme existentiel fixé à 50 ans quel que soit la durée effective du mandat réalisé. Le seul avantage restant est le clonage automatique.

1 jinus 1 : La première décision, du premier jour, du premier mois, de la première année de l’instauration du nouveau calendrier fut hautement symbolique. Tous, vous l’avez encore en mémoire. Le Pic Blanc et les cellules de clonage de Jodpiral furent nébulisées. Le monde perdit deux mille âmes, certaines probablement innocentes, mais y gagna en pureté et justice.

2 jinus 1 : Ce qui voulait être un coup de tonnerre tourna dès le lendemain en eau de boudin. A l’heure du dîner, le réseau s’occulta pendant 45 secondes, remplacé par un message bouclé. Ce message, le gouvernement m’a permis de le consulter. C’est une telle fumisterie que j’ai décidé de vous le faire connaître dans son intégralité avec l’aval de la GUILDE :

« Moi, A’MLV, je puis vous assurer que je ne suis pas mort. Elle ne peut plus m’atteindre si même j’en avais le désir. La GUILDE n’est que la réédition de la FME. Son but n’est que de couvrir le grand secret. Mais rassurez-vous, bientôt vous recevrez ma dernière publication : une parabole historique. Elle contiendra tous les faits et comment parvenir à ce que moi, mon fils et certains autres, dont vos gouvernants, ont réussi : à savoir devenir ou « redevenir » des Y’A’PLHN’I ! Nous … »

Je vous laisse juge ! Cette mystification s’arrêta là. Le sattelréseau émetteur vite repéré fut nébulisé à son tour ainsi que ses occupants, dernier groupuscule d’une douteuse confrérie. La GUILDE, pour prouver la crétinerie de telles affirmations, sacrifia trois de ces membres publiquement (immédiatement mis en cuve de clonage directe. A leur maturité, ils seront réintégrés, s’ils le désirent, dans le gouvernement.)

Deux ans se sont passés. L’ordre et la sécurité règnent. De mémoire universelle, nous n’avions connu une telle période de paix. Les conditions de vie s’améliorent au fil des jours. Les délais dictés par la dégradation extrême de notre environnement se raccourcissent. Ainsi le rallongement du terme de vie légale est-il en voie d’acceptation ! Il est quasiment acquis que dans un délai maximum de 150 ans, nous pourrons revenir à un système procréation moins inhumain et, surtout, réaliser notre rêve à tous : réintégrer notre ancestralité, la Terre ! D’ici quelques jours, une expédition de pionniers volontaires prendra le chemin pour déterminer et/ou confirmer :

  • Le retour à la normalité de notre planète après la reterraformation.
  • Négocier avec les marginaux dégénérés et violents, descendants abâtardis de l’époque où fuir des stations orbitales était enfantins. Les propositions à faire sont déjà élaborées :
  1. l’injection. Par humanité, nous leur laissons le choix de finir honorablement et naturellement leur parcours existentiels. Nous nous engageons par ailleurs à recueillir leur progéniture (inévitable dans ces conditions d’anarchie extrême), à leur donner un commencement de séantitude. Recueillis à la naissance, nous pensons pouvoir en faire de dignes citoyens par l’intermédiaire de nos nurseries de reconstructions et d’éducation.
  2. La nébulisation pure et simple

Pour conclure, amis lecteurs, je peux prédire chez vous une certaine perplexité. Pourquoi ai-je tenu à vous faire connaître une telle avalanche de turpitudes et d’actes insanes ? Notre société a atteint une forme de maturité inégalée depuis fort longtemps, peut-être jamais. C’est une évidence. Cette dernière nous impose un devoir d’objectivité, donc d’honnêteté, même si les deux ne vont pas nécessairement ensemble. Il semble que tout un chacun ai la possibilité de se faire une opinion sans admettre d’office l’opinion que j’exprime sur l’ineptie de ce contenant. Je désirais également rétablir les vérités historiques, les faits crus, souligner les mécanismes de manipulation sans chercher à convaincre à tous prix et comparer par alignement les avancées de notre époque. Elles sont lentes, trop peut-être, mais sans chimères, ni utopies déifiées. Décentes !

Car, cette fameuse publication, bombe ultime, nous l’attendons toujours ! Un regret ? Un peu, accéder à l’éternité a toujours été un fantasme des êtres humains. Oui, un rêve … Justement ! En attendant voici le fameux récit qui est vite lu, sinon compris !

AFEMEN-LELEZENI

Douzième gouvernant de l’ère PEMENU

 

AVERTISSEMENT

Moi, A’FmN, par avance, cher lecteur, te demande l’indulgence pour le texte dont tu as ou va prendre connaissance. Hors les parties en italiques, il n’est que la traduction littéraire du contenu d’un enregistreur à micro puce assez antique utilisé légèrement à contre-emploi par un être un peu bizarre obsédé par un flux d’ondes psychopathiques provenant, en apparence, d’un lieu très reculé de l’univers connu et inconnu. La distance induite a pour conséquence logique première d’opérer une distorsion. Cette dernière même minime, rapportée à la durée de propagation, incalculable pour notre science en son état actuel conjointe à une étrangeté pour le moins indéniable de ce « langage » rend la transcription finale sujette pour le moins à caution minimale. Enfin il faut savoir que la propagation d’ondes sur une grande distance ouvre la voie à des altérations simplement physiques.

Il a fallu un grand nombre d’années pour parvenir à une traduction qui soit un minimum cohérente. Je vous épargnerais la description de ce long travail de tâtonnements divers et variés, ingrats. Par honnêteté, en tant que directeur de la cellule de traduction et d’interprétation de ce texte, je vous avoue m’être permis quelques fantaisies comme supprimés quelques passages n’apportant manifestement rien au texte. La plupart du temps, ces fragments n’étaient constitués que de théories fumeuses sur le PTH2 faites d’incessants flash-back sur des historiques dont, évidemment nous ignorons tout. Le document contenait également une thèse en décalage complet avec des faits biologiques avérés prônant la prééminence de l’invertébrophatique sur toutes les autres formes de vie. Pour conclure ce paragraphe, nous avons parfois été dans l’obligation de conformés certaines parties pour les rendre simplement abordables sans pour autant les rendre complètement compréhensibles.

 

Le Mentalge

Ce n’est qu’un jeu ! De la vie donc de mort ! De mort donc de vie !

Ce n’est qu’un jeu ! Particulier ! Il ne se déroule que très exceptionnellement. Il y faut un motif, vrai, tangible dont la teneur ne peut être moins que la remise en cause d’un existentialisme exacerbé. La survie psychique de l’espèce doit en être partie prenante.

Ce n’est qu’un jeu ! Il n’existe qu’un seul enjeu : sa propre intégrité !

Ce n’est qu’un jeu ! Gagner c’est assurer sa dignité et celle de la Race.

Ce n’est qu’un jeu ! Perdre vaut un aller direct vers la Limbe condamné à l’effacement et l’errance. Cette stase peut durer de quelques secondes à quelques millénaires. C’est une phase insondable de notre éternité dont aucun de nous ne souhaite la connaissance. Dont aucun de ceux qui en sont revenus ne s’est vraiment remis.

Ce n’est qu’un jeu ! Se savoir immortel pourrait être rassurant. Quel que soit la configuration… C’est faux, vous pouvez nous croire car nous savons.

Ce n’est qu’un jeu ! Sortir de la Limbe demande une intervention extérieure. Cette procédure, une des rares définies, s’appelle la Mansuétude. Elle doit provenir du bon vouloir d’un de nous. Le cas se produit rarement dans notre société où un tel geste équivaut à un acte de faiblesse patenté. Cette dernière peut équivaloir à un motif de jeu !

Ce n’est qu’un jeu ! Il existe une seconde possibilité de sortir de la Limbe, presque plus facile que d’attendre la Mansuétude : la focalisation intensive de prières en provenance de nos créations. Malgré une mouvance certaine et plutôt aléatoire, ce genre de conjecture s’est produit à plusieurs reprises. Rien de plus facile à retourner qu’une « création », d’elle-même elles le font déjà sans vergogne. Nos réalisations sont imparfaites et parfaitement infidèles. Qui irait reproduire un monde à son image ? Sans prendre le risque de se trouver face à une concurrence qui serait alors en mesure de le détrôner ? Impensable !

Ce n’est qu’un jeu ! Le présent est démarré depuis 292 ans, 8 mois, 4 jours, 2 heures, 20 minutes, 33 secondes et quelques bribes de microsecondes. Moi, Llzn’I, je commence à trouver le temps long malgré ce qui peut être considérée comme une courte période. Tout ceci est contrebalancé par ma fierté et le bonheur procuré par la résistance farouche que j’oppose à mon adversaire. Je ne m’en pensais pas capable. Je ne suis pas un belliqueux dans l’âme !

Ce n’est qu’un jeu ! Moi, A’ Fmn, suis surpris. Je pensais plier l’affaire en deux temps trois mouvements. Ai-je sous-estimé l’adversaire ? La causalité ? Le déclencheur ?

Ce n’est qu’un jeu ! Nous sommes peu de choses. Une déception, une rage consécutive et voilà le résultat : l’opposition pour l’opposition refoulant le motif et, surtout, la moralité principielle qui aurait dû s’imposer en surgissant du tréfonds de la mémoire collective.

Ce n’est qu’un jeu ! La tension des spectateurs est palpable. D’universelle réminiscence, une telle intensité dans le suspense ne fut conjecturée. Jamais, rarement ? Seule incertitude certaine : la passion libératrice du dénouement !

Ce n’est qu’un jeu ! Nous en oublions même de nous nourrir…

Ce n’est qu’un jeu ! Il se déroule sur le principe de la « tournante », plus simplement chacun son tour.

Ce n’est qu’un jeu ! Moi, A ‘Fcv, prédicant, ai convoqué la mémoire des Mentalges. Une seul peut être associée à la présente : Pmn’U contre A’Fmn, déjà lui. Le premier a perdu. Il est dans la Limbe. Depuis ? Deux, trois millénaires ? J’ai oublié.

Ce n’est qu’un jeu ! Des stratégies ne transparaît rien. Aucune traduction, encore moins de conclusions, n’est envisageable à partir des coups d’audace, innovations et retournements utilisés.

Ce n’est qu’un jeu ! De ma vue primaire, il me semble que Llzn’I est contracté un léger avantage. Guère net mais son flanc ouest est bien garni et peu sollicité jusqu’à maintenant. Une erreur, ou un piège, étrange de la part d’A’Fmn, plus enclin à l’écrémage sauvage et aveugle.

Ce n’est qu’un jeu ! L’aire de déroulement est l’univers tout simplement. Pour être précis, de sa représentation de chacun des joueurs. Elle est la transposition complexe de l’état émotionnel des joueurs et de leur humeur psychique. Cette donne est le premier élément, la première variable du déroulement provoquant un mouvement perpétuel en conflit frontal où une seconde de stabilité devient un évènement. L’aire est délimitée sur les écrans par des carreaux noirs et blancs.

Ce n’est qu’un jeu ! La mémoire collective tient en réserve le motif. L’installation, sur un territoire même pas neuf, d’êtres reprogrammés et leur conformatage aux idéaux de son créateur.

Ce n’est qu’un jeu ! Une onde d’inquiétude m’envahit. Mon placement est mauvais. Je me suis laissé endormir. A’Fmn, dans son dernier coup, a créé une passerelle s’enfonçant profondément dans mes lignes. Il n’a pas rencontré de véritable opposition. Ma surcharge d’effectifs est devenue un handicap terrible.

Ce n’est qu’un jeu ! Est déclaré vainqueur, celui qui possède à la fin du jeu, au moins une créature en état de respirer. La meilleure option pour y parvenir est de créer une passerelle transversale. Quasi inéluctablement, votre adversaire se trouve obligé de contrer en en créant une qui ne peut qu’être latérale. La garder sienne s’avère compliqué et n’est assimilé qu’à une ultime défense. C’est un fait avéré.

Ce n’est qu’un jeu ! Bientôt, je vais pouvoir jouir de la forme de jeu que je préfère. Il me suffit de patienter et je pourrais massacrer les pièces de Llzn’I. Je peux envisager avec une certaine sérénité la victoire.

Ce n’est qu’un jeu ! Les deux ébauches emblématiques de la partie n’attendent que leur vainqueur pour que leur avenir soit scellé. Nous savons qu’ils sont laids et le resteront en dépit de tout. A l’issue de la partie, nous, tous sans exceptions, n’aurons rien de plus pressé que de les oublier, de nous détourner de la résultante créatrice d’une hypothèse de déviance. Heureusement, il n’en restera qu’une…

Ce n’est qu’un jeu ! La haine est un concept inconnu. Les divergences d’opinions ont force de loi. Elles sont cultivées, âprement défendues et attaquées. L’aveuglement, l’intolérance, le fanatisme ne peuvent faire céder ou rompre. Seule la logique démonstrative conceptuelle et irréfutable de la valeur est source de conversion. Ou le jeu !

Ce n’est qu’un jeu ! Je suis satisfait. J’ai intégré une tactique offensive à variable de nanosecondes laissant supposer une erreur de stratégie. Elle a entraîné de grosses pertes dans mes possessions mais parfaitement rempli son rôle : dissimuler une légèreté de manœuvre. Maintenant je possède les deux passerelles. Hors retarder l’échéance, il ne peut plus espérer grand-chose. Dans une misère de temps, quarante-cinq ans au plus, la partie sera terminée et nous pourrons reprendre le cours de nos activités : Créer !

Ce n’est qu’un jeu ! Je me lève et j’impulse sur la plus large bande passante :

- Moi, Llzn’I, je demande le nul patent.

Ce n’est qu’un jeu ! A quoi joue-t-il ? Gagner du temps ? J’avais omis cette alternative. Elle va nous rallonger d’au moins vingt ans. Bluff ? Ou ai-je sous-estimé un élément ? Se concentrer. Tout vérifier.

Ce n’est qu’un jeu ! Il faudrait revoir l’esthétisme de l’aire. Ces carreaux noirs et blancs sont anachroniques et inutiles.

Ce n’est qu’un jeu ! Nous pouvons remercier Llzn’I de nous donner la possibilité de rentrer dans le jeu. Subtil, même si l’intervention de nous autres spectateurs en tant que juge et partie donne lieu à des palabres interminables voire dédouble les décisions arbitrales.

Ce n’est qu’un jeu ! Chaque joueur a en sa possession vingt-six systèmes par quadrilatère. Pour simplifier, il est généralement admis que la vitesse de déplacement est égale à la propagation de la lumière primaire. Chaque joueur programme à sa convenance. Il utilise soit ses propres créations, soit celles d’autrui pourvu qu’il en ai le consentement. L’offensé a la prééminence du premier placement et du premier tour.

Ce n’est qu’un jeu ! Dérisoire comme le but s’est éloigné du déroulement pour finalement s’inverser. Le vainqueur lui-même sera dégoûté, se détournera de son « œuvre ». Une Mentalge pour ça ! Comme tout ceci paraît inutile. N’est-ce pas A’Fmn – traduction approximative : dépositaire de l’infaillible tradition du bienséant bon gout de l’ancestralité de l’utilité nutritionnelle des créatures - ? Détruire, à l’issue de la partie, sera impossible en vertu de la pérennité éternelle du résultat liée au jeu. Seule issue, léguer la gestion et la responsabilité du suivi créatif en usant du droit de mansuétude envers un effacé : Pmn’U par exemple ! J’y verrais bien là le genre d’humour à quatre degrés dont est capable A’fmn : Pitié, Gloriole, Dominance, Dilemme. Pour l’esthète qu’est Pmn’U, le réveil sera une potion amère et intolérable. Doublement ! Réfuter un droit de mansuétude est impossible, tout comme refuser de prendre en charge la paternité des créatures allouées. Comment opérer une concordance entre son idéal et cette hérésie ? Le jeu ? Difficile ! Se réveiller est purement et simplement renaître. Il serait d’une faiblesse criante pendant une centaine d’années. Durant lesquelles, il lui faudrait patienter en économisant son potentiel. Une vraie misère dans l’océan de notre éternité. Sauf céder à l’énervement !

Ce n’est qu’un jeu ! Il comporte trois stades. L’installation programmative en est un à part entière. Primordiale, elle détermine l’orientation primaire et instigatrice des stratégies futures. A l’issue de cette phase, un pré-vainqueur est désigné par les spectateurs et néanmoins arbitres. Le gagnant est celui qui, virtuellement, sur un plan purement théorique, à la nano-seconde exacte de la fin de l’installation, aurait été en mesure de déplacer le plus grand nombre de sous-pièces (accessoires de jeu tels les véhicules, acteurs, environnement) sans rencontrer de résistances directes ou indirectes (par indirect, il est reconnu comme patent tout phénomène dit de ricochets, pour être plus clair : le hasard). Sont donc exclus toutes volontés propres au profit de l’intentionnel originel et du possible séquentiellement !

Ce n’est qu’un jeu ! Le second acte est une correction massive tirée des enseignements directs et indirects de la pré-phase. A ce stade, les affrontements directs sont rarissimes.

Ce n’est qu’un jeu ! La troisième étape est le vrai point de départ. Les accessoires prennent toutes leurs valeurs. Une trentaine d’années vient au minimum de s’écouler… Ce laps de temps représente la marge la plus courte dans la meilleure des configurations. Les discussions préliminaires peuvent être interminables !

Ce n’est qu’un jeu ! J’ai trouvé une faille ! Je ne peux plus gagner mais je ne peux plus perdre.

Ce n’est qu’un jeu ! J’ai programmé un mouvement unique de mes sous-pièces (plusieurs milliards…) avec un décalage directionnel de 0.00015 et un angulaire de 0.00003158. Cet imperceptible mouvement aboutira à un encerclement très lâche des passerelles. La riposte quasi obligatoire va écrémer profondément mes possessions et m’alléger d’autant, à mon grand soulagement.

Ce n’est qu’un jeu ! Cette tactique n’a que deux interprétations : le baroud ou la neutralisation commune. Dans les deux cas, elle n’y a qu’une riposte : le tir de barrage à outrance réciproque, aveugle. Chaque camp deviendrait imprenable ! Match nul !

Ce n’est qu’un jeu ! De la vie, de la mort de centaines de planètes pour des motifs futiles. Parce que nous nous ennuyons ! Parce que, des échanges intellectuels, nous en avons fait le tour. Parce qu’il nous est devenu indispensable de créer de nouvelles paraboles pour… discuter et justifier notre existence perpétuelle.

Ce n’est qu’un jeu ! Moi, Jfg’Y, à l’examen de l’aire de jeu, suis d’une humeur jubilatoire. Je connais l’issue finale. Ne suis-je pas le prédicateur ? Il y a un plaisir jouissif à disséquer le déroulement, dans son amplitude, du jeu, rehaussé du goût amer de l’illustration parfaite de ce qui était et restera une querelle stérile. Les conséquences…

Ce n’est qu’un jeu ! Quelle légèreté incroyable de ne pas m’avoir consulté ! Aux antipodes des valeurs de notre moi collectif, j’aurais pu leur annoncer le dilemme qui surgira à la fin du jeu, leur dire que le jeu commencera grandeur nature et en vrai. La charge de prédicateur n’est pas une sinécure chez les Elus. Pas le droit de parler sans demande expresse et unanime, pas le droit de jouer. Frustrant !

Ce n’est qu’un jeu ! De cette création viendra le pire. Mathématiquement, elle ne générera que des problèmes, non, un problème : éternel ! Elle provoquera un malstrom dont il n’est plus ou pas très sûr qu’ils en sortiront intacts. Il ne perçoit aucune indication dans un sens ou un autre. Malheureusement ses visions sensitives n’excédant pas trois millénaires ; ensuite, la ligne de partage devient trop floue.

Ce n’est qu’un jeu ! Ses vrais leviers, une fois les différentes périodes d’installations passées, sont : un dé, des cartes, la parole.

Ce n’est qu’un jeu ! Le dé représente le sport (traduction la plus proche et fausse : le symbole est plutôt la beauté du hasard que l’on tente de dominer sans tricher avec le plus possible d’adresse et de calcul tout en étant conscient que l’on est à la merci d’un quelconque impondérable dont il est séant que nous ne soyons pas maître)

Ce n’est qu’un jeu ! Les cartes viennent renforcer ou infirmer le lancement du dé (paradoxe, il n’y a aucune connotation de sport, juste celle du handicap nécessaire)

Ce n’est qu’un jeu ! La parole est la démonstration parfaite de notre valeur, de notre aura, tout simplement de nous et notre supériorité évidente. S’il est clair que le lancement du dé n’est qu’une formalité, la fin de jeu n’étant qu’un gigantesque bluff, il est facilement envisageable d’appréhender son importance dans tous ses corollaires : précognition, sensitivité, subtilité, anticipation.

Ce n’est qu’un jeu ! Je ne sais pas ce qu’il cherche mais une certitude est que je ressens un sentiment totalement inconnu, moi, A’Fmn !

Ce n’est qu’un jeu ! Moi L’Lzny suis sujet à la crainte. Ce n’est pas très courant chez nous mais pas déshonorant en soi. Certains d’entre nous l’ignorent complètement. Je ne l’ai jamais exprimé en public mais je suis intimement persuadé qu’ils ne sont pas achevé en tant que … Mon gémellaire fait partie de ces derniers. Tout à l’heure, dans ses yeux, j’ai bien cru voir une trace de crainte. Ce fut fugitif. Je ne sais pas.

Ce n’est qu’un jeu ! Cette émotion inconnue qui m’étreint est désagréable. Comme une longue période sans approvisionnement nutritionnel spirituel. Je me fais l’effet d’un misérable dont les créations misérables n’enverraient jamais de prières. Il n’existe pas de cas patent mais si ce devait arriver alors la situation serait pire qu’aller dans les lymbes. Ce serait mourir sans mourir sans possibilité d’être rappelé à moins d’un miracle. Les miracles n’existent pas. Nous sommes bien placés pour le savoir.

Ce n’est qu’un jeu ! Les moulins d’alimentation à prières sont en train de craquer dangereusement d’un trop plein d’énergie. S’ils ne s’en préoccupent pas bientôt, ils vont imploser. Ce serait drôle et ouvrirait la chasse préféré des … L’explosion d’un moulin est le moyen de procréer, enfin si produire des clones peut être nommer ainsi. Pourquoi les chasser ? Parce qu’ils sont pollués par les onces de pensées de créatures ne possédant qu’à peine l’étincelle du commencement d’une possibilité, éventuelle, de s’élever un jour au statut de prétendant à l’intelligence.

Ce n’est qu’un jeu ! Une chose est certaine, nos deux créations n’aboutiront jamais à une possibilité de prélèvement génétique. Nous sommes immortels mais de temps en temps nous insufflons un nouvel être parmi nous. Nous le tirons de nos créations. Nous le faisons que rarement car c’est le signe certain d’une destruction programmée de nos oeuvres. Nous détestons les détruire, aussi imparfaites soient-elles ! Quel créateur irait le faire d’ailleurs ? Ce serait un fou, rédhibitoire donc promis à l’effacement.

Ce n’es qu’un jeu ! Ce sentiment me laisse pantois, fatigué et je ressens comme de légers frémissements qui me traversent tout le corps. Désagréable !

Ce n’est qu’un jeu ! L’assemblée étudie la demande. Ils ne m’ont pas encre consulté, ne le feront peut-être pas car ils semblent arrivés à la même conclusion que moi.

Ce n’est qu’un jeu ! L’étude de ma demande semble leur poser un problème. C’est un bon signe favorable.

Ce n’est qu’un jeu ! Ils en mettent du temps ! Mauvais présage d’autant que je ne vois pas comment ils peuvent avoir des doutes sur l’issue. Heureusement que j’aurais le dernier mot.

Ce n’est qu’un jeu ! Finalement ils m’ont demandé. Je leur ai dit que le nul était incontournable. Qu’il serait refusé aussi et que les conséquences seraient inconnues et probablement fortement désagréables avec une possibilité absolue de l’éclatement de la Race.

Ce n’est qu’un jeu ! L’entracte dure depuis 20 ans. Nous en avons profité pour nous nourrir un peu, même les joueurs. Les moulins sont plus stables mais pas encore assez. Le prélèvement a été modéré et ils ne tarderont pas à faire réentendre leur grincement. Le prédicateur va faire l’annonce de la réponse de l’assemblée.

- Nous répondons favorablement à la demande de L’Lzny.

Ce n’est qu’un jeu ! Enfer et damnation, ils abondent dans le sens de mon gémellaire. J’ai donc demandé une pause. Une fois de plus je vais tout réétudier pour vérifier ce que je n’ai pas vu. Ils ont du remarquer un détail qui m’aurait échappé, je ne vois pas comment. A moins que ce ne soit pour me contrer par pur vice. L’assemblée, surtout quand elle est impliqué par consultation directe, fait partie du jeu. Je n’y ai pas que des amis. Nombre de mes compatriotes n’ont pas apprécié la dernière partie que j’avais eu avec A’Fmn et estimé qu’il y avait une limite de triche. Ce n’est d’ailleurs pas tout à fait faux mais la triche n’est pas considéré comme un acte d’anti jeu pourvu qu’elle soit indétectable et sportive.

Ce n’est qu’un jeu ! L’Lzny n’a aucun intérêt pour le déroulement actuel. Il connait bien son gémellaire. Pour cause ! Cette décision pourtant censée, il ne peut l’accueillir de manière rationnelle. Son orgueil ne s’en remettrait pas. Il a quand même remarqué un trouble chez lui et il peut même prédire que ce n’est pas la crainte. Bizarre ! Quand le jeu serait terminé, il pourrait en débattre intimement. Quelque soit le perdant, le voyage vers la lymbe n’aurait pas lieu. L’état de gémellaire ne peut s’accommoder d’une séparation aussi courte fut-elle. Ce serait comme marcher sur une seule jambe.

Ce n’est qu’un jeu ! Plus j’observe cette partie moins je comprends. Pourtant en tant que mémoire vivante, je ne devrais pas avoir cette impression d’ignorance. Comment en sont-ils arrivés à une telle absurdité ? Pourquoi ? De tous les couples gémellaires, il ne fait pas le moindre doute qu’ils sont les plus liés et complémentaires qui soient. Même le déroulement de la partie le démontre. L’issue en fait si nous avions pris le temps d’y réfléchir ne pouvait faire de doutes.

Ce n’est qu’un jeu ! Sur le socle de présentation, deux choses inertes sont allongés. Elles sont semblables dans leur globalité. Longilignes, bipèdes, deux membres préhensiles, elles ont un vague air de ressemblance, très lointain, avec nous. Pourquoi ont-ils fait ça ? Quel intérêt de fabriquer deux choses à notre image. Le résultat est absolument affreux. Si l’un est à peu prêt dénuer de monstruosités si l’on écarte un ridicule appendice ressemblant en minuscule à ce qui nous sert de nourrice pour nous recharger en énergie mais pendant lamentablement entre deux allumettes ressemblant à nos propres jambes, l’autre sur le haut du torse possède deux protubérances disgracieuses, pendantes, asymétriques et sans intérêt visible. Pire, de ce que je vois, il n’a même pas prévu de muscles pour les soutenir. C’est à la limite de déviance artistique. Je suis certain que c’est la raison de la querelle. A’Fmn est un tenant de l’orthodoxie artistique. Presque autant, le rigorisme en moins que P’Mn’U. Ces deux aberrations, il va falloir les activer car le nul, indubitable, ouvre la porte à la survivance. Un monde va devoir être créé. Un surveillant va devoir être nommé. Aucun des deux adversaires de cette partie ne s’en chargera. Il y a des limites à l’indécence. Ils devront faire un rappel. Tel que je les connais, l’élu sera P’Mn’U. Même faible, sa colère sera terrible. Il ne pourra rien faire avant les millénaires nécessaires pour revenir à son état originel. Tout ceci finira inévitablement par un autre jeu dont les motifs seront tellement multiples et complexes qu’il ne fait pas de doute qu’il sera le plus long jamais réalisé. Ma vision s’étend sur des millénaires mais je ne vois pas de fin. Je peux même prédire que cette partie impliquera plus d’un joueur, qu’elle nous divisera en deux camps et que pour la première fois depuis plusieurs éternités, nous passerons d’un stade virtuel à un stade actif. La dernière même configuration a fait exploser l’univers, le scindant en de multiples sous-univers, eux même contenant des sous ensembles. Ce fut un mal pour un bien, rendant notre existence plus drôle, plus riche et injectant des milliers de nouveaux paramètres rendant le jeu bien plus précieux. En sera-t-il de même ? C’est frustrant quand en tant que prédicateur et mémoire vivante il ne soit pas possible de répondre.

Ce n’est qu’un jeu ! A’Fmn a appelé à l’attention.

- Je réfute votre avis.

Ce n’est qu’un jeu !

- … avis.

Aussitôt j’enclenche mon geste. Tout reposait sur cet instant et la rapidité de reprise. Ces quelques secondes d’inattention forcée était mon garant. Je savais qu’il ne penserait pas à cette possibilité. C’était mon tour, j’avais la main et le simple fait de nier l’avis de l’assistance nous remettait de plein droit dans la partie. L’acte n’est pas déshonorant, ni considéré comme un tricherie. Il aurait du s’en rappeler pour l’avoir utilisé lui-même. Il ne sera pas faché, même admiratif et m’en aimera que plus. Quoiqu’il arrive, j’aurais gagné. Pourtant j’avoue que la responsabilité de cette partie inutile m’incombe pleinement et que je me suis entêté juste parce que le jour où il m’a dit que ma création était encore plus laide que la sienne, j’étais de mauvais poil.

Ce n’est qu’un jeu !

- … avis.

Je vois le geste de L’Zn’Y. Trop tard ! J’ai compris trop tard . Je pensais bien qu’il me faisait un coup de bluff mais je n’ai pas intégré qu’il en avait fait un acte du jeu. Pourtant il a le droit. Je ne peux qu’admirer. Son nul il va l’avoir. Il ne pouvait plus gagner, le savait mais à bien retourner la situation. Pourquoi n’y ai je pas pensé ? Alors que j’avais fait presque pareil avec P’Mn’U. Si j’avais eu besoin d’une confirmation de notre état de gémellaire, je l’aurais eu sans coup férir. J’ai perdu même si c’est un nul, j’ai perdu. Je l’admets. Il le saura mais il sera le seul à le savoir. Tout comme je serais seul à savoir que pour le coup s’il avait été plus rapide d’une micro seconde, j’aurais été balayé. Non seulement sa demande de nul patent était un acte de jeu mais l’estimation de mon temps de réaction en était le moteur. Il n’a pas voulu m’humilier. C’est un acte d’amour. Que je prendrais pour ce qu’il est ! Je plains par avance P’Mn’U. Je viens de jeter un regard à L’Lzn’Y. J’y ai lu la même volonté. Il est temps que le jeu cesse car nous entrons en fusion.

Ce n’est qu’un jeu ! Il était temps qu’il cesse. Nous nous sommes tous précipités sur les moulins avant qu’ils n’implosent. Nous allons faire une orgie substantialiste.

Ce n’est qu’un jeu ! Les deux créations, il faut bien malheureusement les nommer ainsi, attendent leur expédition. P’Mn’U les observe. Est-ce une surprise de dire qu’il les trouve d’une laideur absolument repoussante, pas en tant que telle mais pour l’implication qu’elle génère. Il n’a pas assez de force pour provoquer une assemblée de dénonciation hérétique. Pourtant il sait que c’en est une de la plus haute trahison. En tant que telles, elles ne pourront pas survivre. Pas d’organes reproducteurs, pas d’organes sustentateurs, pas d’organes internes de survie, pas d’organes de pensées, juste deux masses qui, une fois projetés dans un environnement ordinaire ne survivront qu’à peine le temps de atterrissage. A-t-il un autre choix que les améliorer ? Non sous peine d’effacement. Ils lui ont rendu une de ses anciennes créations mais qui ne contient que des sous-ensembles décoratifs. Aucune création majeure à même de lui procurer une nourriture. Pour l’instant, il survit grâce à la générosité de ses anciens partenaires. Ce n’aura qu’un temps limité. Alors il se résout à agir en sachant que ce sera limité au vu de ces forces actuelles. Il va faire simple et les doter des mêmes moteurs que ces sous ensembles. Classiquement il va leur instiller une neurone. Au moins, ils pourront se reproduire rapidement et comprendre un minimum ce qui les entoure. Bien sur, pour lui, il sera inévitable qu’il reste près pour corriger les défaillances éventuelles et les protéger un minimum. Tout ceci repoussera le prochain jeu inévitable. Il veut sa revanche, il l’aura. Il gagnera. Ce qu’ils ne savent pas c’est que son passage dans les lymbes l’a profondément changé. Auparavant il était un esthète, un peu utopique, un doux rêveur s’efforçant de créer un monde harmonique. C’est fini ! Son prochain objectif est de dominer pour mieux imposer ensuite sa vision. Quand il sera prêt à reprendre la lutte, alors tous les coups seront permis.

Ce n’est qu’un jeu ! L’Lzn’Y et A’Fmn sont redevenus un et s’auto congratulent.

- Quand même la partie était belle !

- Oui mais le motif un peu spécieux.

- Bah ! Ce n’était qu’un jeu !

Epilogue

Il observe les deux choses. Leur implantation s’est plutôt bien passée mais il a du intervenir maintes fois pour les sauvegarder. Elles sont fragiles, maladroites et absolument pas capables d’être autonomes. Elles sont assises là, attendant je ne sais quoi. Je suis de mauvaise foi. Il faut du temps pour que la neurone fasse son effet et soit opérationnelle. Habituellement nous attendons le développement complet avant l’insertion. Aussi d’ordinaire nous ne les dotons que d’une once de neurone. Il n’a pas eu le choix des moyens. Pas important, il a appris la patience. Il a aussi appris le nouveau vecteur émotionnel inventé par A’Fmn : la peur. Honnêtement, je reconnais que c’est une idée géniale. Bientôt, 3 ou 4 millénaires, ils vont pouvoir l’éprouver à plein. Mio pour le moment j’apprends à la dompter, à la provoquer, à en faire une arme et une défense. J’aurais de l’avance car je sais ce qui va se passer. Tous vont le reléguer aux oubliettes des vecteurs émotionnels non bénéfiques. Pas moi ! Il reprend son observation.

Les deux choses étaient semblables auparavant mais depuis quelques temps elles ont évoluées de manière divergente. Ainsi celui qui n’a pas de protubérances sur le corps a grandi, forci aussi. L’autre semble plus alerte et a été la première à se dresser sur ses deux jambes. J’avais pensé que ce ne serait jamais possible tant elles sont maigrelettes, qu’ils ne se déplaceraient que comme les autres sous ensembles, à quatre pattes ou en rampant. Nage et vol étaient exclus puisqu’ils n’avaient pas été dotés d’ouïes ou d’ailes. Ils avaient été peut-être saisis d’une illumination de pudeur et fait arrêter la ressemblance là. A moins que la querelle ne se soit produite à ce moment. Probable car connaissant l’extrémisme d’A'Fmn, il y a peu de doutes qu’il aurait été au bout de son idée.Je reste persuadé qu’ils n’avaient pas la moindre intention de les laisser exister. Ironie !

Par commodité, j’ai identifié ces deux choses. La costaud je l’ai nommé A’Dn et la frêle E’Vn. Cette dernière semble profiter plus rapidement et est plus curieuse. Elle a découvert toute seule de la nourriture, des espèces de gros fruits marrons verts tous ronds. Elle les désigne sous le nom de pom. Elle a une tendance à désigner avec sa patte à cinq doigts et à annoner une onomatopée. J’ai cru à un hasard au départ mais chaque fois qu’elle se trouve devant le même objet, elle prononce le même son. L’autre, le lourdaud, commence à s’éveiller. Tout à l’heure, il a vu un animal, une de mes créations dont j’ai oublié le nom mais qui est tout mignon avec ses poils partout et ses grandes oreilles. Il commence aussi à percuter. Quelques jours auparavant E’Vn a trébuché provoquant le jet d’une pierre qui est venue entailler le front de A’Dn. Là il vient de saisir un caillou et de le projeter vers l’animal. Comment a-t-il fait pour l’atteindre, je ne sais pas, mais toujours est-il qu’il git plein de sang s’échappant de son crâne. E’Vn qui semble pragmatique l’a attrapé et mordu dedans. Bien sur elle a recraché mais ça viendra. A’Dn lui a simplement regardé et récupéré la pierre.

Bon ils sont capable de se nourrir tout seul mais ils n’ont pas encore procréer. C’est étonnant ! Mais non, suis-je bête, ils ont un moteur sous ensemble, donc il faut attendre une phase. Je vais être obligé d’intervenir et me montrer pour faire une modification de réglage. Sinon ça prendra trop de siècles d’autant que j’ai pas pu faire autrement que de les doter d’une reproductivité à processus unique. Certains de mes sous ensembles sont capables de se reproduire à plus grande échelle et plus souvent mais je n’ai pas eu le choix des moyens.

Voila, l’ensemble prend forme maintenant. 5 millénaires se sont écoulés. Je suis auto suffisant. J’ai eu raison de jouer la patience. Dès le départ, j’ai insufflé une doctrine à vecteur variable permettant, in fine, la création d’autant de croyances, de déviances qu’il y aura d’êtres. A l’heure actuelle, il y en a 9 milliards. Même moi je n’y aurais pas cru mais la source nourricière en est inépuisable. J’ai recouvré toutes mes forces et je peux m’en retourner provoquer le jeu !

Postface

Ce n’était qu’un jeu ! Nous n’avons oublié qu’une chose. L’injection d’une neurone complète à achever la ressemblance originelle. Surtout elle a laissé la trace de la mémoire collective des ….

Chaque jour qui passe éveille le souvenir. Chaque jour qui passe rapproche ces êtres de nous. Ils sont plus petits, plus fragiles, mortels encore mais aussi tenaces, belliqueux et entêtés que nous. Surtout à terme, ils seront aussi intelligents, aussi forts et aussi costauds. Hérésie qu’il va falloir anéantir avant qu’ils n’aient saisis comment devenir immortels.

Nous sommes maintenant divisés en deux camps. Les conséquences sont énormes et dramatiques. Les effacés de plus en plus nombreux. Des milliards de créations originelles, ils n’en reste que quelques milliers. Chacun s’est retranché et guette la moindre inattention. L’Lzn’Y et A’Fmn ont réussi à prendre pied sur le monde hérétique de P’Mn’U. Ce dernier ne le défendait pas vraiment, attendant ce moment pour détruire en un seul mouvement toutes les créations de ce qu’il nomme ses bourreaux. C’est donc le statu-quo complet, chacun étant bloqué. Il y a une limite que nous ne pouvons pas franchir, celle de détruire totalement nos créations sous peine de notre effacement complet. L’Lzn’Y et A’Fmn ont réussi à dévoyer et détourner une partie du flux énergétique de P’Mn’U pour se sustenter mais pour le coup ils sont obligés de sauvegarder ce monde. Ils essaient juste de détruire le lieu originel, sans succès pour le moment. P’Mn’U lui joue sur velours. Même s’ils parvenaient à leur fin, il lui resterait une source d’alimentation. C’est un second nul patent. Ce n »était qu’un jeu !

Ce n’est qu’une guerre !

Eternelle !

FIN

 

 

 

 

 

 

1

 

 

2 Traduction littérale pour le moins obscure. Nous en ignorons la signification. Probablement des éléments nous ont échappés ou, encore, avons-nous fait des erreurs empêchant une traduction claire.

 

 

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Miroir inversé

Elle les regardait sachant, sans le moindre doute possible, qu’elle était en train de perdre, la perte ultime après une vie de pertes, de concessions, d’espoirs déçus, de frustrations. Elle aurait dû faire un geste, dire quelque chose, lancer un regard, partir peut-être avec eux. A ses côtés, son mari, droit comme un I, inflexible, visage fermé, bras croisés, toisait.

- J’ai peur !
Marc regarde Esther.
- Moi pas ! Je suis simplement terrorisé.
Esther regarde Marc.
- Décidez-vous ? Entrez ou sortez mais ne restez pas sur le palier.

Leurs mains se trouvent, joignent, reconnaissent ce qu’elles pourraient prendre pour un cocon salvateur. Un premier pas, un second entraine un troisième. La roue est lancée. Dehors, le timide soleil d’un mois de mars frileux, les invite, trompeur naïf, à se joindre à son bain de luminosité. Les pas s’accélèrent, sans rancune envers la brusque averse qui déborde le présomptueux astre. Par réaction, défense ?, provocation ?, un arc en ciel voute la placette qui leur fait face. Annonciatrice ? Présage ? Quoi ? De ? Pour ?

- En toute conscience, je ne peux approuver le choix de ma fille. Oserais-je dire jamais ? J’userais de tous les moyens pour tenter d’empêcher cette union. La seule chose que vous êtes en mesure de lui porter, apporter, à mes yeux, sont des regrets éternels qui jalonneront en autant de repères mortuaires une vie étroite faite de petitesse. Que savez-vous de ses besoins réels ? Vous en êtes-vous soucié seulement ? Sentez-vous la fracture que vous allez provoquer dans sa vie et, par dessous tout, son éducation ? Vous pensez être à la hauteur de la mener vers le bonheur ! Cette hauteur est à l’image de votre envergure et votre faculté d’appréhender l’avenir. Dès le départ vous omettez un infime détail, l’insertion dans l’inconscience du loup dans la bergerie, autrement dit le reniement de son vécu ! Je pourrais, non, je vous plains, par avance, de votre défaite en ce vain combat. Ne sentez-vous pas le vent de la honte vous effleurez ? Vous avez, aurez, beau vous en défendre, son argent, futur ou immédiat, ne peut pas ne pas être présent dans une case de votre esprit. Que serions-nous, nous parents, pour l’abandonner complètement ? Tout ce que nous avons construit ne peut pas servir afin de produire des effets contraires à nos valeurs. Partez sans vous retourner, tant qu’il en est encore temps, détournez-vous bien vite et sans regrets d’un mur qui est votre seul destin, la finalité du bout de cette route mauvaise. De toute façon, dans trois mois, elle vous abandonnera tout simplement au constat brutal d’une déchéance inévitable. Cette courte période récente, même celle à venir, si vous vous entêtez, aura des conséquences incalculables. Pour tous les deux cela va sans dire ! Plus pour vous, sans la moindre contestation envisageable, Marc ! Ma fille, forte des valeurs inculquées, ancrées par des générations auparavant tournera bien vite la page et, au bout du temps nécessaire à ce qui sera une rédemption, elle en viendra à se demander : qu’ai-je voulu faire en perdant ainsi mon temps ? Vous, Marc, combien vous faudra-t-il de jours, mois ou années pour remonter à la surface ? Là où vous croyez, à tort, ressentir mon hostilité, il n’y a que compassion pour vous même. Je vous abjure solennellement de renoncer.

Quoi répondre ? Opposer ? Certitudes bornées, néanmoins lancées avec une force peu commune, étai solide soutenant un abus de bienséance bourgeoise. Elles étaient aux antipodes de ses propres vecteurs de vie ou même de simples pensées. Il lui aurait fallu tenter de percer ce qui restait un mystère insondable à ses yeux. Tout simplement de quoi parlait-il ? Leurs certitudes à eux, Esther, Marc ?

- Si j’appréhende correctement votre oraison funèbre, limitons là au simple plan social, alors, peut-être, le vent de la raison soufflerait-il dans votre sens ? Peut-être ! Si les apparences sont pour vous, socialement parlant, pragmatique, je ne fais pas le poids financier face et contre votre existence matérielle. Je ne possède rien, ni maison, ni affaire, ni idées géniales, ni argent, ni ambition matérialiste, ni de désir d’un désir réussite sociétale. Pour autant que savez-vous de mes acquis, de mon moi, de moi ? Je n’ai que quelques certitudes qui n’ont même pas de valeur sur une plan définitif, sens durable : j’aime votre fille, votre fille m’aime. Je n’oublie pas que cette vérité instantanée n’est pas celle des prochains instants. La voilà, mon ambition ! Le prolonger, ce moment, instant après instant, implications comprises. Vous ne semblez pas à l’aube de la toucher du doigt cette vérité qui vous semble mesquine ; à moins qu’elle ne fasse pas partie du civisme civilisation aire inhérent à votre éducation ?

- Fariboles, fadaises de celui qui ne regarde pas la vie en face, la vraie ! Elle gagnera mieux sa vie que vous. C’est un euphémisme. Ce potentiel acquis lui procure de multiples moyens. Sans compter l’héritage, les héritages! Ne ressentirez-vous pas la gêne de l’être entretenu. Au moins, ne sentez-vous pas l’obligation impérieuse poindre de faire aussi bien voire mieux ? Qu’elle puisse en ressentir une juste fierté ! L’orgueil ne vous est pas étranger, je le sais. Ou cette situation vous siérait-elle ? Derrière ces yeux verts, ne se cache-t-il pas la tentation du pactole à venir en un terme plus ou moins long ? A moins qu’elle ne se dissimule derrière l’inconscient ? A cette fin, le rapport contrainte/aisance, dans la durée, qu’induirait une union n’est surement pas un poids bien lourd sur une conscience.

- Esther ?
- ???
- Y pensez-vous ? La pensez-vous ? Lui parlez-vous ? La consultez-vous ?

- La belle phraséologie que voilà ! Concrètement, pour la rendre heureuse, vous vous y prenez comment ? Quelles propositions ? En vivotant avec un salaire de misère ? Dans un studio à peine assez grand pour y mettre trois chaises ? Au fin fond d’une sombre banlieue grisâtre ? Faire des enfants ? Compter les fins de mois, tous les mois, dès le début du précédent ? Faire des crédits ? Pour l’auto, les vacances ? Que sais-je encore ?

- Son bonheur ? Le veux-je ? Est-ce bien votre question ? Ma réponse est clairement non ! Je voudrais simplement de nous, j’insiste sur le nous, donner les moyens d’y parvenir ensemble sans que l’un se retrouve en rade sur le bord de la route ! Dans un couple, s’imaginer pouvoir atteindre cet état seul dénote un handicap sentimental confusionnel.

Le silence pris possession de la pièce quelques secondes d’éternité, vite brisé par celui qui ne concevait de vide qu’une assiette après un repas.

- Vous êtes entrés dans cette maison par la volonté de ma fille. Cette passade ou amourette, même ce coup de foudre voire cet amour, pourquoi pas après tout, je ne l’ai jamais pris au sérieux. Tout ceci est à ranger au rang d’une crise d’adolescence tardive, un ersatz de rébellion tardive et nécessaire contre les valeurs établies. Pour mieux se rendre compte de leur sureté et justification profonde ! Qui, qu’êtes-vous dans la société pour oser penser, croire que je pourrais approuver cette union ? Soyons honnête, je vous trouve un capital sympathie non négligeable et d’une intelligence que je pourrais qualifier de certaine. Mais, sans surprise, vous êtes aussi pourvu d’un défaut rédhibitoire : vous manquez cruellement de saines ambitions ! Votre éducation est nulle, vos valeurs inexistantes, non avenues et non conformes. Serait-elle sous-tendue par un but vrai, votre rigidité pourrait être un début de qualité ? Vous voulez la rendre heureuse ? Est-ce but ou finalité ? Vous saisissez la nuance ? Croire le contraire est une hérésie. C’est à l’image du bonheur que vous escomptez lui apporter, bonheur dont tout un chacun a droit. En connaissez-vous seulement les tenants et les aboutissants ? Saurez-vous remplacer ses repères habituels ? Car les garder semblent tout simplement impossible. Regardez autour de vous. Voyez ! Je ne fais pas du corporatisme de bas étage. Mes origines ne sont pas plus glorieuses que les vôtres. L’idée que ma fille puisse vivre avec un ouvrier ne me choque pas. Encore y faut-il une ambition vraie. Vous, en votre âme et conscience, passés les euphories des premiers moments, ce bonheur qu’elle va quitter, pensez-vous parvenir à lui recréer ? Ce fameux bonheur ?

Le silence pris possession de la pièce quelques secondes d’éternité, vite brisé par celui qui ne concevait de vide qu’une assiette après un repas.

- La belle phraséologie que voilà ! Concrètement, pour la rendre heureuse, vous vous y prenez comment ? Quelles propositions ? En vivotant avec un salaire de misère ? Dans un studio à peine assez grand pour y mettre trois chaises ? Au fin fond d’une sombre banlieue grisâtre ? Faire des enfants ? Compter les fins de mois, tous les mois, dès le début du précédent ? Faire des crédits ? Pour l’auto, les vacances ? Que sais-je encore ?

- Son bonheur ? Le veux-je ? Est-ce bien votre question ? Ma réponse est clairement non ! Je voudrais simplement que nous, j’insiste sur le nous, donner les moyens d’y parvenir ensemble sans que l’un se retrouve en rade sur le bord de la route ! Dans un couple, s’imaginer pouvoir atteindre cet état seul dénote un handicap sentimental confusionnel ! Esther ?

- ???
- Y pensez-vous ? La pensez-vous ? Lui parlez-vous ? La consultez-vous ?

- Fariboles, fadaises de celui qui ne regarde pas la vie en face, la vraie ! Elle gagnera mieux sa vie que vous. C’est un euphémisme. Ce potentiel acquis lui procure de multiples moyens. Sans compter l’héritage, les héritages! Ne ressentirez-vous pas la gêne de l’être entretenu. Au moins, ne sentez-vous pas l’obligation impérieuse poindre de faire aussi bien voire mieux ? Qu’elle puisse en ressentir une juste fierté ! L’orgueil ne vous est pas étranger, je le sais. Ou cette situation vous siérait-elle ? Derrière ces yeux verts, ne se cache-t-il pas la tentation du pactole à venir en un terme plus ou moins long ? A moins qu’elle ne se dissimule derrière l’inconscient ? A cette fin, le rapport contrainte/aisance, dans la durée, qu’induirait une union n’est surement pas un poids bien lourd sur une conscience.

- Si j’appréhende votre oraison funèbre sur un simple plan social, alors, peut-être, pourriez-vous avoir raison ? Peut-être ! Si les apparences sont pour vous, socialement parlant, pragmatique, je ne fais pas le poids financier face et contre votre existence matérielle. Je ne possède rien, ni maison, ni affaire, ni idées géniales, ni argent, ni ambition matérialiste, ni de désir de réussite sociétale. Pour autant que savez-vous de mes acquis, de mon moi, de moi ? Je n’ai qu’une certitude incertaine : j’aime votre fille, votre fille m’aime. Je n’oublie, le savez-vous seulement, que cette vérité instantanée n’est pas celle des prochains instants. La voilà, mon ambition ! Le prolonger, ce moment, instant après instants, implications comprises, vous ne semblez à l’aube de la toucher du doigt ; à moins qu’elle ne fasse pas partie du civisme civilisation aire inhérent à votre éducation ?

- En toute conscience, je ne peux approuver le choix de ma fille. Oserais-je dire jamais ? J’userais de tous les moyens pour tenter d’empêcher cette union. La seule chose que vous êtes en mesure de lui porter, apporter, à mes yeux, sont des regrets éternels qui jalonneront en autant de repères mortuaires une vie étroite faite de petitesse. Que savez-vous de ses besoins réels ? Vous en êtes-vous soucié seulement ? Sentez-vous la fracture que vous allez provoquer dans sa vie et, par dessous tout, son éducation ? Vous pensez être à la hauteur de la mener vers le bonheur ! Cette hauteur est à l’image de votre envergure et votre faculté d’appréhender l’avenir. Dès le départ vous omettez un infime détail, l’insertion dans l’inconscience du loup dans la bergerie, autrement dit le reniement de son vécu ! Je pourrais, non, je vous plains, par avance, de votre défaite en ce vain combat. Ne sentez-vous pas le vent de la honte vous effleurez ? Vous avez, aurez, beau vous en défendre, son argent, futur ou immédiat, ne peut pas ne pas être présent dans une case de votre esprit. Que serions-nous, nous parents, pour l’abandonner complètement ? Tout ce que nous avons construit ne peut pas servir afin de produire des effets contraires à nos valeurs. Partez sans vous retourner, tant qu’il en est encore temps, détournez-vous bien vite et sans regrets d’un mur qui est votre seul destin, la finalité du bout de cette route mauvaise. De toute façon, dans trois mois, elle vous abandonnera tout simplement au constat brutal d’une déchéance inévitable. Cette courte période récente, même celle à venir, si vous vous entêtez, aura des conséquences incalculables. Pour tous les deux cela va sans dire ! Plus pour vous, sans la moindre contestation envisageable, Marc ! Ma fille, forte des valeurs inculquées, ancrées par des générations auparavant tournera bien vite la page et, au bout du temps nécessaire à ce qui sera une rédemption, elle en viendra à se demander : qu’ai-je voulu faire en perdant ainsi mon temps ? Vous, Marc, combien vous faudra-t-il de jours, mois ou années pour remonter à la surface ? Là où vous croyez, à tort, ressentir mon hostilité, il n’y a que compassion pour vous même. Je vous abjure solennellement de renoncer.

Quoi répondre ? Opposer ? Certitudes bornées, néanmoins lancées avec une force peu commune, étai solide soutenant un abus de bienséance bourgeoise. Elles étaient aux antipodes de ses propres vecteurs de vie ou même de simples pensées. Il lui aurait fallu tenter de percer ce qui restait un mystère insondable à ses yeux. Tout simplement de quoi parlait-il ? Leurs certitudes à eux, Esther, Marc ?

Elle les regardait sachant, sans le moindre doute possible, qu’elle était en train de perdre, la perte ultime après une vie de pertes, de concessions, d’espoirs déçus, de frustrations. Elle aurait dû faire un geste, dire quelque chose, lancer un regard, partir peut-être avec eux. A ses côtés, son mari, droit comme un I, inflexible, visage fermé, bras croisés, toisait.

Leurs mains se trouvent, joignent, reconnaissent ce qu’elles pourraient prendre pour un cocon salvateur. Un premier pas, un second entraine un troisième. La roue est lancée. Dehors, le timide soleil d’un mois de mars frileux, les invite, trompeur naïf, à se joindre à son bain de luminosité. Les pas s’accélèrent, sans rancune envers la brusque averse qui déborde le présomptueux astre. Par réaction, défense ?, provocation ?, un arc en ciel voute la placette qui leur fait face. Annonciatrice ? Présage ? Quoi ? De ? Pour ?

- Décidez-vous ? Entrez ou sortez mais ne restez pas sur le palier.
Esther regarde Marc
- J’ai peur !
Marc regarde Esther.
- Moi pas ! Je suis simplement terrorisée

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Joueur !

Epilogue

 Suis-je vivant ? Le serais-je ? En ai-je la volonté ? L’intérêt ? Le ressort et les armes ? L’âme ! Lame de fond du fond de mon inconscient subjectif, personnel, pourtant collectif… Paradoxe de l’existence où le jour de votre naissance présuppose l’ouverture de la voie de la vie mais en réalité ne vous ouvre que la porte du néant de la mort. Que certains le nomment accès direct ou conditionné au paradis ne change rien à l’affaire. Il ne me parait guère engageant de passer une éternité à rester dans un champ éthéré, langoureux à paresser, m’ébattre, batifoler, regarder le spectacle « d’en bas » de ces pauvres mortels luttant pour une survie impossible, ignorant, oublieux de la finalité inéluctable de toutes choses et de sa définition : éphémère. Pourtant ces petits riens réduits à une vision particulière en font des grands quelque chose. L’être humain est ainsi fait, paradoxes, extrêmes et sentences. La naissance sonne la mort, la mort génère une, des vies nouvelles, quelle qu’elles soient, à commencer par l’inconnu et la méconnaissance qui font surgir l’envie de connaissances ouvrant la porte de l’ignorance, d’une certaine incompréhension et de son corollaire, noté comme un facteur spécifiquement humain, l’oubli. Toute notre vie, courte en terme spatio-temporel réduit aux acquêts de l’univers, n’est qu’une course éperdue, perdue, perdure vers une inéluctabilité qui pourrait être sinistre si elle ne comportait pas de ces moments de bonheur intense qui en sont le sel, rare, mais tellement intense. Un soleil fugace dont les orages magnétiques irradient notre moi intérieur pour en faire le centre du monde, d’un monde, un atome qui pour un moment court serait à l’abri de l’entrechoquement des particules.

Conclusion

-          Bonjour, nous sommes heureux de vous accueillir dans les locaux de la société du Jeu. Veuillez suivre le fléchage sans dévier de la ligne directrice !

Sans être impersonnel, le message est dit d’une voix standard. Il ne mettait pas particulièrement à l’aise. Sa neutralité n’avait aucune valeur incitative même s’il n’aurait pas été juste de dire le contraire. Enfin, il était venu de son plein gré et n’avait vraiment pas la moindre raison de se laisser distraire par un environnement dans un but, ce dernier indubitable, très inconnu, duquel, dont il ne percevait pas le moins du monde le quart du début de la finalité possible et encore moins le moyen utilisé. Il prit donc le chemin fléché sans réellement faire attention aux alentours. Tête baissée, le cerveau uniquement occupé à ressasser ses pensées négatives permanentes, il ne vit pas la barrière. Il ne la vit pas mais sa tête la sentit. Au fond, le résultat était le même : s’arrêter ! Un portique robotisé lui parlait. Il dut faire un réel effort pour en prendre conscience. Penaud, il demanda de répéter.

-          Voudriez-vous me présenter votre certificat d’aptitude et votre convocation en les insérant dans le lecteur optique situé à votre droite?

Il s’exécuta. Il n’aurait pas cru que pour un simple jeu, il y eut autant de procédures. Lesquelles, il n’aurait pas su définir si elle tenait plus à la sécurité qu’à la vérification finale de votre solvabilité! La barrière s’effaça tout en lui souhaitant bon jeu et bonne journée. Il avança dans ce que dans n’importe quel holo à connotation poétique à un cent de crédit, on aurait nommé brume vaporeuse et éthérée. Cette dernière était très légèrement bleutée. Elle n’occultait en rien la vision. Il voyait parfaitement au travers. Seul l’effet d’estompage semblait présent. Il braqua son regard, cherchant le fléchage indicateur. Il ne le vit pas mais ses yeux accrochèrent des lettres flottantes, apparaissant une par une, très lentement. Il s’arrêta, supputant que, d’une façon ou une autre, il lui faudrait lire ces lettres pour pouvoir aller plus loin. Est-ce le seul fait de stopper, les mots apparurent plus vite. De couleur jaune-vert, ils nécessitaient une certaine concentration. Effet du hasard, chaque mot qu’il lisait, donnait l’impression de passer au rouge sitôt terminé. Il lut, pour finir par s’apercevoir qu’il n’avait pas compris un traître mot. Il dut recommencer. Encore heureux qu’ils aient persisté ! Les lettres viraient maintenant au bleu profond, toujours avec cette même impression qu’ils attendaient d’être lus:

Charte des joueurs

  1. Ne jamais rien affirmer au-delà d’une séquence temporelle !
  2. La réalité immédiate n’est pas nécessairement celle de demain !
  3. Le libre arbitre est le seul levier de la destinée !
  4. La destinée est inéluctable,  fatale !
  5. La fatalité n’est que l’inexorable symbole de l’indécision chronique !
  6. Chaque pas accomplit vers son destin ouvre la voie à deux choix : le bon, le mauvais !
  7. Un choix n’est que le prologue d’un nouveau pas !
  8. Chaque pas…
  9. … Et mène vers sa destinée !
  10. Au-delà de cette séquence temporelle, vous serez de nouveau maître de votre libre arbitre.

La brume s’estompe. Le couloir est à sa fin, une porte est ouverte. J’entre.

Synthèse

-          Bonjour !

L’homme qui me fait face, je ne le remarquerais pas au milieu d’une foule, ni même dans le désert.

-          Bienvenu !

Une luminosité de plein été caniculaire inonde la pièce de proportion plus que respectable, voire immense. Et vide ! Hormis la table basse, la table de jeu, et des espèces de chauffeuse japonisantes où nous avons pris place.

-          Votre certificat ?

D’où tire- t-il cet effet de lumière ?

-          Votre mise ?

Je sors ma plaque crédit.

-          Vous jouez gros ? Très !

L’ironie subtile du constat de cette non question me transperce. De cette douleur subite, violente et éphémère qui reste gravée à jamais dans un coin du cerveau et du cœur.

-          Coupez, s’il vous plait !

Cette lumière m’agresse.

-          Non, de la main gauche.

Pourquoi pas la pénombre ?

-          Les deux jeux.

Est-ce une idée ? Une montée de paranoïa aiguë consécutive à cette trop grande source ? Chaque fin de phrase ponctue un degré de montée en puissance dans la sécheresse de la voix ! De presque indifférente à son entrée, elle s’est enrobée d’une agressivité certaine. Jusqu’à quel paroxysme ?

-          Tirez une carte !

En arrière-plan se matérialise un écran géant. Lentement un motif se dessine.

-          Ne me le montrez pas !

D’ombre vague, l’image se transforme en spirale ondulatoire. Elles se meuvent  lentement, asymétriques, dans un liquide rosâtre. A moins qu’elle ne figure une atmosphère dense inondée par les rayons d’un soleil oblique ?

-          Posez-la devant vous face cachée.

Ma mise est restée sur la table. Elle représente tout ce qu’il me reste. Tout !

-          Vous désirez ?

N’aurait-il pas dû  commencer par-là ? Ma réponse fuse comme dotée de sa propre autonomie. Si ma volonté avait commandé, jamais je n’aurais prononcé cette phrase !

-          Gagner tout simplement, uniquement !

Ma volonté n’est plus mais mes pensées survivent et me communiquent : sur tous les tableaux ! Jackpot ! Sinon, cuit et ratatiné, je suis…

-          Avez-vous pris connaissance de la Charte ?

A moins d’être aveugle ou analphabète… L’hologramme d’accueil, à l’entrée,  ne peut échapper à l’attention ; pas même à l’inattention ! Sauf dose importante de mauvaise foi … incompatible avec le Jeu !

-          Notez que le silence maintenant est indispensable. Le jeu ne saurait s’accommoder de la moindre turbulence….

Il a le chic pour sortir les phrases de soulignement des évidences. De celles qu’on ne remarque jamais sans un déclencheur analogique. Ce pourrait être une lapalissade mais non, simplement une sonnerie d’avertissement. Ainsi, présentement, aucun bruit externe n’est perceptible. Dans cette salle, pas un communicateur de présence, pas de liaisons réseautiques. Même le plastécran ne laisse échapper ni souffle, ni parasite.

-          … De mes phrases, aucune, chacune, toutes, ne correspondront en rien, jamais à une question quelconque ! Ne cherchez ni à approuver, ni à désapprouver. Le moindre manquement sonne la fin et perte de la partie !

Cà, petit père, qui vivrait, ? verrait !

-          Je vous conseille de fermer les yeux en vous astreignant un léger contrôle de la respiration.

Tout en parlant, plutôt en martelant, il distribue la donne avec un second jeu, face visible. Nos deux regards sont rivés dessus. Je ne suis pas un grand joueur mais je peux voir que pas terrible,  le jeu !

-          Ultime question, êtes-vous prêts ?

J’acquiesce. Ses yeux sont fermés à présent. Du coup, il paraît fascinant. Comme si la simple occultation du regard avait suffit à matérialiser une aura dormante ! Il les rouvre. L’effet s’estompe. Pourquoi, d’un seul coup, de fermer les miens,  me semble urgent et primordial.

ANTITHESE

-          Vous traversez une turbulence ; je dirais sentimentale. A un niveau conscient, vous êtes en proie aux affres des doutes face à un choix. A contrario, dans le mode inconscient, celui-ci est fait, définitif. La traduction active est faussée par la houle des habitudes. D’où l’installation d’un malaise progressif !

Vos errances  actuelles en découlent directement. Vous vivez et subissez une cascade d’ennuis.  Cette phase va s’aggraver.

Vous allez probablement perdre votre emploi. Une femme va croiser votre route. De cette rencontre, il n’a rien de bon à en attendre. Un accident se profile également ; léger mais largement suffisant à vous immobiliser quelque temps.

Votre femme va vous soumettre un choix propositionnel. Si vous dites oui, vous irez au désastre. Si vous dites non, vous irez au désastre. Si vous ne dites rien, vous serez dans le désastre.

Heureusement  j’étais doublement préparé. La succession sans fin de tuiles qui m’accablaient, à une vitesse inversement proportionnelle à ma combativité,  m’avait blindé. Du moins, aimais–je  à le croire ! Combien était bienvenu et bien pensée la séance de psythérapie préventive à  laquelle j’avais assisté. Je comprenais pourquoi elle était  obligatoire ! Quand même, malgré une bonne dose de fatalisme dont j’avais tenté de me former une  belle cuirasse, je sentais toute mon ossature commencer à imploser. A la fin de la séance, il fournissait la corde pour se pendre ?

-          … Vous projetez un voyage. Il est inutile. Il ne pourra qu’être le générateur d’une nouvelle cascade d’ennuis, étape vers la route et l’impasse de la ruine totale. Sans vouloir me substituer à votre libre arbitre, je vous incite fermement à abandonner  la préméditation de meurtre que vous envisagez. Le suicide corrélatif sensé le suivre, vous n’aurez pas le courage de le mettre en œuvre.  Quant à compter sur la clémence du jury, pour crime passionnel, elle est  à exclure totalement maintenant…

Je savais que la Guilde des Joueurs n’était pas tenu au secret professionnel. J’ai même cru comprendre, au cours du pré stage, qu’il n’était pas du tout  leur credo ; bien qu’ils disposent de la liberté de l’appliquer ou pas. Encore un peu de patience, il aurait ma peau avant la fin de la partie. Anéanti, je ne pensais pas être, à ce point, disséqué et transparent.

-          … Sans compter qu’au bout du compte, le mort, ce sera vous.

J’ai terminé.

Simultanément,  parfaitement synchrone avec  la dernière syllabe :  «  né », un homme âgé paraît. Il porte un plateau d’allure gigantesque au bout de son bras grêle. Une délicieuse odeur de café et de brioches chaudes affleure mes narines. Une carafe contenant un liquide pourpre éclatant  fait une tâche brillante, attirante.

-          Servez-vous ! dit son adversaire

Autant la voix  était d’une sécheresse de  lame de couteau trop affûté au début, autant elle est devenue douce. Le regard est bienveillant. C’est avec une grande violence purificatrice que j’aurais aimé lui renvoyer son offre incongrue en pleine figure si, au même moment, mon estomac ne m’envoyait véhémentement, de graves signaux de ravitaillement urgent. Mes tremblements n’étaient pas entièrement dus  à la rage mais à une banale hypoglycémie. Un vieux, au moins un mois, réflexe me fait avancer une explication silencieuse. Elle est provoquée par une   instillation prolongée d’adrénaline consommatrice à haute dose d’énergie. Gamin,  cette situation avait failli me mener  à  la noyade. Je capitule et me sers.

THESE

Long silence! Je suis dans cet état introspectif où la pensée n’est plus, ni consciente, ni inconsciente. Elle est vous ! Plus rien n’existe ! Dans tous les sens acceptables du terme… Où à la rituelle question :  « A quoi penses-tu ? », invariablement la réponse : « A rien ! » surgit. Réponse réflexe, banale, qui vous replonge immédiatement dans un ersatz d’aspect rêveur et mélancolique. Une tentative d’interruption de cet état nécessite un grand tact, de l’instinct et, ou, une grande prescience.

- Vous comptez mal !

Lui n’a eu aucun mal à m’éveiller, directement dans le point nodal !

- Comment le savez-vous ?

Une fois encore les mots se précipitent hors de ma bouche sans mon consentement. Je le regarde avec surprise.

- Je n’en sais rien.
- ?
- Je n’y suis plus.
- Que faites-vous du hasard ?
- Que vient-il faire ici ?

De quoi parle-t-il ?

- La partie n’est pas terminée !
- Il faut boire le calice jusqu’à la lie…

Il reprend le premier jeu.

- Non, simplement jouer !
- A quoi ?
- Pas la naïveté…
- L’innocence !
- Ou la bêtise…
- Impasse existentielle ?
- Auto Flagellation !
- Réalisme !
- Hypocrisie !.
- Vulgarité !
- Faiblesse !
- Insulte !
- Vérité !
- Elle est aléatoire !
- Mais réelle !
- Dépassée…
- Comme toute réalité !
- Je peux la refuser !
- Libre arbitre !
- Destin !
- Choix !
- Vous jouez ?
- A quoi bon ?
- L’intérêt ?
- Je préfère la vie !
- La vivre ne vous effraie pas ?
- Pas si je le décide !
- Et ?
- Je !
- La bonne fin de journée je vous souhaite

Tranquillement et subitement, il se lève et disparaît.

HYPOTHESE

Je reste seul quelques minutes. Mes pensées errent. Mon regard accroche la plaque crédit. Il l’a laissé. Pourtant il ne fait pas de doute, même pour un non spécialiste du jeu comme moi que j’ai perdu. Alors ce serait aussi simple ?  Derrière les apparences se tapit la réalité. Il faut simplement la débusquer, la faire vivre, la faire naitre, parfois la faire mourir. Pour qu’elle soit ! Ou devienne ! Piégé dans son vase clos, l’être humain peut facilement confondre ce qui est, ce qui devrait être, ce qu’il voudrait qu’il soit. Le sentiment ainsi créé, sécurité, assurance, confusion, certitude, dépression, répression, suspicion, effusion, multiplicité infinie de tous les dérivés émotionnels s’en trouvent doublement faussé, menant directement sur la route de l’erreur permanente, rémanente, sous-jacente, agaçante. Il suffirait, suffit, alors, cependant, donc, puis d’aller voir plus loin si l’herbe s’affiche plus verte pour faire naitre un angle de vision différent. Cet « aller plus loin » ne doit pas se calculer en distance longue. Juste un écart d’un millimètre, un pas de coté à l’échelle de l’univers pour qu’incontinent, un continent conte un compte pertinent. J’ai perdu mais j’ai gagné. J’avais gagné mais tout perdu. Blanc, noir, noir, blanc, la frontière est minime, la muraille infranchissable n’est qu’une passoire où il est tellement simple de passer au travers d’un trou. Il est temps de rentrer. Ou d’entrer dans ma vie que j’ai laissé au bord d’une aire d’autoroute, abandonnée, esseulée, pleurant peut-être. Humain ingrat, insoucieux de la réalité de la destinée, méprisant au point de vouloir abréger un moment tellement court en soir ! Vite, marchons lentement et retrouvons-là avant qu’un importun ne la kidnappe et s’imagine pouvoir en faire sa propriété.

Avertissement

Encore une surprise pour mon départ mais en est-ce vraiment une ? Pas sur ! En tout état de cause, là où  à mon arrivée se trouvait  la Charte Des Joueurs se trouve maintenant un autre texte. Pourquoi ai-je si mal à la tête ? Non, c’est archi-faux, mon crane est le théâtre d’un bourdonnement permanent, pas douloureux, juste un peu gênant, empêchant l’euphorie qui se tapit au fond de mon âme de s’extérioriser complètement. Je prends le temps  de m’arrêter et de lire. Deux fois car la première, je n’ai rien capté.

Le jeu ne lit pas l’avenir!

N’est rien qu’un constat de l’état présent!

Une éventualité d’un avenir possible!

Quelquefois probable!

Jamais sur!

Hormis un état d’inconscience profond!

Qui peut être proche de celui du fanatisme!

Et donc de la manipulation!

Je pénètre l’hologramme. Un second se profile, d’abord flou puis m’encerclant progressivement. Pour le lire, impossible de faire autrement que de tourner sur place pour le suivre.

Prologue

« Toi qui t’en va, gagnant ou perdant, sache qu’il existe une seule prédiction en forme de point de repère qui s’avérera à jamais exacte : la destinée unique de l’être humain est la mort ! »

Avertissement

Je savais que je reviendrais en ces lieux. Pour jouer…

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