C’était un dimanche de septembre, un jour gris, un jour humide, un jour froid, c’était une journée qui annonçait la fin de l’été. Les couleurs de la forêt commençaient à tirer vers l’orangé. C’était une journée mélancolique, où tu n’as pas envie de te lever. Tu as envie de rester dans la quiétude et la chaleur de tes draps. Tu espères que si tu arrives par chance à te rendormir, tu te réveilleras dans une chambre ensoleillé et tu pourras aller tranquillement voir l’ami « Ricoré » pour petit-déjeuner.
Mais tu ne te rendors jamais, tu finis toujours par te lever, à contre cœur, mais tu te lèves. Tu te lèves dans le froid d’une mâtiné brumeuse. Tu grelottes, alors tu t’habilles de tes vêtements de la veille, tu t’habilles même si ils sont glacés et humides, tu mets une bonne heure à te réchauffer, tu bois plusieurs café, mais rien n’y fait, tu n’arrives pas à te réveiller, tu restes dans une sorte d’état semi-comateux.
Ce jour là, j’étais inquiet, une sale histoire, une de ces sombres histoires de famille dont tu n’as jamais envie de parler. Celles qui font mal que tu gardes au fond de toi et que tu traines pendant des années.
Une histoire qui touche un de tes proches, ça peut-être une maladie, un divorce ou un secret, pas un secret d’enfant plein d’innocence…, non, un secret d’adulte qui pèse, qui brule de l’intérieur, qui donne envie de tout arrêter.
Donc comme à chaque fois que je suis inquiet j’essaye de m’entourer, de voir des gens, j’évite de trop leur en parler, mais je m’aère l’esprit avec eux, histoire de garder la tête hors de l’eau, histoire de respirer, de ne pas couler. J’essaye aussi de rigoler de penser à autre chose.
Cette fois là j’étais avec une copine, une amie de longue date, elle me connaît, elle sait ce qu’il ya derrière ma gueule sympathique, derrière mes sourires parfois forcé. Les filles, on pourra dire ce qu’on veut, elles peuvent être chiantes énervantes, égoïstes mais elles savent être présentes quand tu as besoin de relâcher la pression. Elles savent quand tu essayes de cacher ta détresse.
Donc j’étais avec cette amie. On était en voiture et moi je l’écoutais, elles ont le don, les femmes, de parler sans s’arrêter sans te laisser le temps, à toi, de parler. Elles te racontent leurs journées, puis leurs semaines, un souvenir d’enfance par là, un souvenir de soirée par ci et toi tu écoutes et ça te berce, ça t’apaise.
On allait chez elle, pour boire un café, pour discuter. Enfin moi, j’y allais histoire de pas être seul, de ne pas ruminer mes pensées.
Mais quand tu n’es vraiment pas bien tu n’écoutes pas, tu entends juste, et tu te perds tout compte fait dans les méandres de tes pensées. Tu réfléchis tu ressasses tu t’abimes, tu pleures intérieurement, mais tu fermes bien ta gueule histoire de ne pas faire chier. Et tu réponds des « oui », des « effectivement », mais tu n’es pas vraiment là.
A un moment elle s’est tu, elle a du voir que j’étais plus là, elle m’a regardé comme ci elle ne m’avait pas encore vraiment vu. Et j’ai eu l’impression que son regard me transperçait, comme ci tout à coup elle prenait conscience de mon état, qu’elle comprenait que ce n’était pas un coup de blues habituel.
Et alors, elle m’a dit :
-Qu’es ce qu’il y a? tu as ta gueule des chagrins d’amour, mais je sais bien que c’est pas ça. Alors, qu’es ce qu’il y a?
Ne voyant aucune réaction de ma part, à part un sourire forcé, histoire de garder ma contenace. Elle a continué.
-Bon, vu que tu ne veux rien dire, qu’est ce que tu veux faire ? Dis-moi ce qui te plairait. Tu veux parler ? tu veux te saouler ? tu veux quoi ?
J’ai pas répondu tout de suite, il y a des choses comme ça, des mots qui ne veulent pas sortir, d’abord j’ai essayé de mimer, mais vas-y essaye de mimer quand tu conduits, je te regarde, ce n’est pas évident et tu as l’air d’un idiot.
Alors j’ai pris mon temps, j’ai avalé ma salive, j’ai essayé d’organiser me pensées j’ai bredouillé quelques paroles incompréhensible, un imbroglio de « heu… », de « voila » et j’ai finalement réussi à répondre :
-J’ai envie de crier, de crier à plein poumon, j’ai envie de tout casser, de tout détruire. J’ai envie de me faire mal.
-Et alors qu’est ce qui t’en empêche, tu as juste à le faire, vas-y.
J’étais comme un con.
C’est vrai pourquoi ne le ferais-je pas ? Ai-je pensé, mais je savais que je ne pourrais pas alors je lui ai répondu :
-J’ai peur de déranger… Et si je me force, j’ai peur de ne pas réussir à m’arrêter.