La belle endormie

Elle prenait son bain, et l’image de son corps nu dans l’eau chaude était magnifique, seul sa tête et son bras dépassaient de l’eau. Sa peau blanche rappelait la couleur de la porcelaine et se mariait à la perfection avec l’émail de la baignoire.

Elle était immobile, ses yeux étaient clos. Son visage était serein, ses belles boucles brunes s’étalaient autour de sa tête en une auréole sombre. Ses lèvres roses étaient entrouvertes comme si elle attendait, endormie là, le baiser de son prince.

Les rayons de soleil filtraient à travers la brume de chaleur. Ils éclairaient le rose du bout de ses seins. Le bout de ses seins qui perçait seuls, tel des bourgeons de fleurs, la surface de l’eau.

La fenêtre, ouverte en espagnolette, laissait entendre le chant des oiseaux. Un merle, quelques moineaux, un pic-vert au loin. Douce mélopée rythmée.

Le bain était rempli. Pourtant le robinet continué inlassablement à cracher un débit d’eau douce et chaude. L’eau s’écoulait du trop plein, dans un bruit de succion.

Son bras nu, pendait nonchalamment du bain, sa main était suspendue à quelques centimètres du tapis de bain, tout près de l’effleurer, dans une caresse pleine de promesse.

De son poignet, trois goutes de sang, surement les dernières, tombèrent sur le carrelage.

Elle gisait là, tel Marat, son bain comme dernière demeure.

Post to Twitter

Alors j’attendrais

Depuis des semaines je croisais une fille en soirée, elle était jolie, une de ces filles qui vous lance des regards en coin, mais qui évite le votre dès que vous le lui rendez. Forcément ça intrigue, on espère, on se dit pourquoi pas.

Le problème, forcément il y a un problème, sinon je n’écrirais pas, donc le problème c’est que c’est le genre de fille qu’il faut aborder, elle ne viendra jamais vous voir, c’est à vous de faire le premier pas, et souvent là elle ne vous simplifie pas les choses, elle reste entourée de ses copines et quand enfin vous osez lui parler, elle vous répond un truc du genre « oui, c’est pour quoi ? ». Le genre de phrase qui  vous met mal à l’aise, qui vous donne envie de vous faire tout petit. Alors tu réponds, « non, non, rien d’important » et tu t’en vas.

Et donc moi comme un con je n’osais pas l’approcher.

Je suis timide, non pas timide, je suis réservé, trop de coups dans la gueule je crois. Alors maintenant je fais gaffe, je garde mes distances.

Mais bon je ne sais pas pourquoi, un jour où j’étais surement un peu moins pessimiste, juste après une soirée où je l’avais croisée,  j’ai passé le pas.  J’ai donc décidé d’aller voir une connaissance commune, un type calé en histoire de cœur, genre docteur amour, mais pour les hommes.

Je lui parle de tout, de rien, de la fille, de mes difficultés, et finalement je finis par lâcher le morceau, par la poser, la question essentielle :

- Que dois-je faire pour l’avoir ? Enfin tu sais, pas « l’avoir », je sais que ce n’est pas un objet, mais j’ai envie d’être dans ses bras, et qu’elle soit dans les miens. Enfin… tu comprends ?

Il m’a regardé avec cet air supérieur des mecs qui savent, qui pense déjà avoir tout vécu, tout vu. Il se la pète mais je suis sûr qu’il habite encore chez ses parents, ça se voit ses choses là, à la pliure parfaite de ses jeans, à la thune qu’il claque en soirée alors qu’il est au chomdu, je vous dis, ça se voit ces choses là.

Donc avec son air supérieur il me dit :

- Alors là, pour avoir une fille comme elle, il y a qu’un seul moyen, met du gel, rase toi la barbe, pas de pattes hein, c’est trop décalé les pattes.

Tu mets un jean serré mais pas trop, un T-shirt décalé mais pas tape à l’œil, genre t-shirt StarsWars de Celio.

Ah oui, met une ceinture aussi, je sais que tu en mets jamais, je sais, je te vois toujours remonter ton pantalon, une ceinture en tissu hein, pas trop chic mais pas de grigri dessus.

Si tu fais ça tu l’auras, c’est comme ça qu’elle les aime les hommes.

J’étais sur le cul, je n’imaginais pas ça, je pensais qu’il allait plutôt me dire un truc genre « lis lui des poèmes » ou « écris lui une lettre », non ce con me dit de mettre un T-shirt Celio et de me raser la barbe, je rêve !

Mais bon passons, passez vous aussi, moi j’ai repris mes esprits, je reprends facilement mes esprits et je lui rétorque :

- Mais tu es entrain de me dire que cette fille aime une image, l’image d’un homme parfait, le fond elle s’en fout ! Mais…, mais moi je ne suis pas vide, je jouerais mal le rôle de l’image. Moi je vis, je cris, je ris, je… je chante, faux oui mais je chante et je danse aussi, je danse mal mais je danse merde !!! Alors pour l’image tu repasseras.

- Et ben tu l’auras pas, aujourd’hui c’est le paraître qui compte, l’être on s’en fout, il y a internet pour ça. Avec internet tu sais, tout est accessible sans avoir à apprendre.

Donc faudra attendre une fille qui vient de ta planète mon con, et ta planète, elle est bigrement loin.

- Alors, j’attendrais… Oui, c’est sûr je préfère attendre.

Post to Twitter

Une envie de crier

C’était un dimanche de septembre, un jour gris, un jour humide, un jour froid, c’était une journée qui annonçait la fin de l’été. Les couleurs de la forêt commençaient à tirer vers l’orangé. C’était une journée mélancolique, où tu n’as pas envie de te lever. Tu as envie de rester dans la quiétude et la chaleur de tes draps. Tu espères que si tu arrives par chance à te rendormir, tu te réveilleras dans une chambre ensoleillé et tu pourras aller tranquillement voir l’ami « Ricoré » pour petit-déjeuner.

Mais tu ne te rendors jamais, tu finis toujours par te lever, à contre cœur, mais tu te lèves. Tu te lèves dans le froid d’une mâtiné brumeuse. Tu grelottes, alors tu t’habilles de tes vêtements de la veille, tu t’habilles même si ils sont glacés et humides, tu mets une bonne heure à te réchauffer, tu bois plusieurs café, mais rien n’y fait, tu n’arrives pas à te réveiller, tu restes dans une sorte d’état semi-comateux.

Ce jour là, j’étais inquiet, une sale histoire, une de ces sombres histoires de famille dont tu n’as jamais envie de parler. Celles qui font mal que tu gardes au fond de toi et que tu traines pendant des années.

Une histoire qui touche un de tes proches, ça peut-être une maladie, un divorce ou un secret, pas un secret d’enfant plein d’innocence…, non, un secret d’adulte qui pèse, qui brule de l’intérieur, qui donne envie de tout arrêter.

Donc comme à  chaque fois que je suis inquiet j’essaye de m’entourer, de voir des gens, j’évite de trop leur en parler, mais je m’aère l’esprit avec eux, histoire de garder la tête hors de l’eau, histoire de respirer, de ne pas couler. J’essaye aussi de rigoler de penser à autre chose.

Cette fois là j’étais avec une copine, une amie de longue date, elle me connaît, elle sait ce qu’il ya derrière ma gueule sympathique, derrière mes sourires parfois forcé. Les filles, on pourra dire ce qu’on veut, elles peuvent être chiantes énervantes, égoïstes mais elles savent être présentes quand tu as besoin de relâcher la pression. Elles savent quand tu essayes de cacher ta détresse.

Donc j’étais avec cette amie. On était en voiture et moi je l’écoutais, elles ont le don, les femmes, de parler sans s’arrêter sans te laisser le temps, à toi, de parler. Elles te racontent leurs journées, puis leurs semaines, un souvenir d’enfance par là, un souvenir de soirée par ci et toi tu écoutes et ça te berce, ça t’apaise.

On allait chez elle, pour boire un café, pour discuter. Enfin moi, j’y allais histoire de pas être seul, de ne pas ruminer mes pensées.

Mais quand tu n’es vraiment pas bien tu n’écoutes pas, tu entends juste, et tu te perds tout compte fait dans les méandres de tes pensées. Tu réfléchis tu ressasses tu t’abimes, tu pleures intérieurement, mais tu fermes bien ta gueule histoire de ne pas faire chier. Et tu réponds des « oui », des « effectivement », mais tu n’es pas vraiment là.

A un moment elle s’est tu, elle a du voir que j’étais plus là, elle m’a regardé comme ci elle ne m’avait pas encore vraiment vu. Et j’ai eu l’impression que son regard me transperçait, comme ci tout à coup elle prenait conscience de mon état, qu’elle comprenait que ce n’était pas un coup de blues habituel.

Et alors, elle m’a dit :

-Qu’es ce qu’il y a? tu as ta gueule des chagrins d’amour, mais je sais bien que c’est pas ça. Alors, qu’es ce qu’il y a?

Ne voyant aucune réaction de ma part, à part un sourire forcé, histoire de garder ma contenace. Elle a continué.

-Bon, vu que tu ne veux rien dire, qu’est ce que tu veux faire ? Dis-moi ce qui te plairait. Tu veux parler ? tu veux te saouler ? tu veux quoi ?

J’ai pas répondu tout de suite, il y a des choses comme ça, des mots qui ne veulent pas sortir, d’abord j’ai essayé de mimer, mais vas-y essaye de mimer quand tu conduits, je te regarde, ce n’est pas évident et tu as l’air d’un idiot.

Alors j’ai pris mon temps, j’ai avalé ma salive, j’ai essayé d’organiser me pensées j’ai bredouillé quelques paroles incompréhensible, un imbroglio de « heu… », de « voila » et j’ai finalement réussi à répondre :

-J’ai envie de crier, de crier à plein poumon, j’ai envie de tout casser, de tout détruire. J’ai envie de me faire mal.

-Et alors qu’est ce qui t’en empêche, tu as juste à le faire, vas-y.

J’étais comme un con.

C’est vrai pourquoi ne le ferais-je pas ? Ai-je pensé, mais je savais que je ne pourrais pas alors je lui ai répondu :

-J’ai peur de déranger… Et si je me force, j’ai peur de ne pas réussir à m’arrêter.

Post to Twitter