L’ANTÉPOÈTE

Ma poésie cancéreuse

Infecte la chair

De mes sensations quotidiennes

Et j’ai mal.

Mon cancer ronge

Les recoins de mon cœur

En fringales.

Je m’effiloche

Et s’effondre le jeu de cartes

Des mots sublimes

Défiant la rime

Et je m’écarte

Du droit chemin

L’inhumain qui m’habite

Se rit de tout

Et je m’abrite

Derrière le néant

Ramassant mes cellules

Mes libellules

Des nuits fécondes

Mon cancer me ronge l’os

Du crâne en déroute

Et  mute en mots

Cousus de silence

Ce n’est pas fini !

On ne guérit pas t de la poésie

Même si on trépasse

Vous verrez sur ma tombe

Tomber des moineaux

Piégés par les mots

Que vous ne pourrez plus entendre.

J’ai mal.

J’ai mal pour vous tous

Contaminés inconscients

Du danger imminent

A me lire en souriant

Quand vous aurez levé les yeux

Le poème aura filé son enfer

Dans vos êtres offerts

 

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J’ÉTAIS POÈTE !

J’étais poète !

J’étais poète, les yeux rêveurs, le cœur en fête

Les mots étaient mes compagnons de jeu

Ensemble, on allumait des foyers dont le feu

Réchauffait les cœurs et tournait les têtes.

J’étais poète et je ciselais des rivières

Au diamant des lettres pures qui brillaient

Sans qu’on s’attarde à leur lumière

Et moi, j’entendais leur appel langoureux.

J’étais poète. Pas une tournure ne me résistait,

Pas un enfant, pas une fleur ne me saluaient

Et même ceux qui ne voyaient pas mes images

Baissaient les yeux à mon passage.

J’étais poète, telle la fée avec sa baguette

J’émiettais la lumière au dessus des têtes

Mes mots murmurés étaient magiques

Et avaient des pouvoirs magnifiques

On les écrivait en talisman dans les cœurs

Pour que l’amour y remplace les pleurs

On les gravait sur le flanc des pierres

Et elles fondaient en douces rivières

On les récitait aux chevets des souffrants

Et le vent emportait maux et malédictions !

J’étais poète ! j’étais poète ! poète j’étais !

Que m’est-il arrivé ? Où est le verbe fou

Qui me faisait vibrer et s’emparait de vous ?

Et qu’avec vénération vous fêtiez ?

Où est la douce brise qui coulait, sereine

De mes délires et effaçait vos peines ?

Où est mon adresse à dire sans en avoir l’air

Ce qui vous ronge le cœur et à faire

De vos larmes les plus beaux vers ?

Où est cette lumière qui traçait mes lignes

Traversait mes pages, se versait dans vos yeux ?

J’étais le poète altier, le prince digne

De tous les honneurs, ignorant la peur

De la page blanche et du ténébreux silence

Me voici, Prométhée livré au rapace rongeur

Connaitrai-je un jour la délivrance ?

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LE MENDIANT

Donnez-moi, s’il vous plait

Un poème pour nourrir

Mes petits mort-nés

Un poème pour couvrir

Mes cadavres debout

Un poème pour le courroux

De mes larmes taries

Et les cris de loup

En moi tapis

Un poème pour oublier la fin

Un poème dans ma main

Tendue vers la vie creuse

Un poème pour que demain

Terrasse l’assoiffée tueuse

S’il vous plait, un poème

A hurler en moi-même

Un poème surgi des tombes

Ou tombé du ciel blême

Un poème pour la nullité

Pour les débris d’éternité

Un poème à rugir

Un poème, menue monnaie

Des mots creux à périr.

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Me voici

 

Me voici.

Me voici, je viens frapper à ta porte,

Poésie.

Me voici, je viens, offerte et inerte,

Poésie,

M’étendre sur ton lit, jouer avec tes draps…

Poésie, ne me repousse pas.

Ton parfum de nuit est fait de mots matures,

De caresses pures.

Laisse-toi aller, Poésie, je t’aime.

Laisse-toi aller au fond de mon âme

Habite-moi !

Poésie, muse meurtrie par les profanes

Tu sais me reconnaître !

Me voici, je viens, dans tes bras, renaître.

Et, chaque fois que les blasphèmes me terrassent,

Je rampe vers ton temple

Poésie.

Et je pose ma tête chavirée sur ton genou !

J’embrasse tes doigts créateurs

Je m’abandonne à ton amour fou,

A tes baisers enchanteurs.

Poésie….

Tu te relèves, ma sêve, mon rêve ;

Et moi, j’emporte le poème embryonnaire

Tel une couronne de lumière….

Et, me voici, ma vie, je t’écris

Pour que tu berces ma poésie.

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L’artiste-peinture

Le ciel est gris, les cœurs aussi

Chacun songe à ses soucis.

Des sourires en papier, sans vie

Font grimacer les faces polies.

L’artiste vient ; il dit voilà

Et il étale ses aquarelles ça et là.

Chacun risque un regard et reste béat.

Le bleu éclabousse le ciel de son éclat,

Le rose s’exhale vers les joues jadis pâles ;

Le rouge, le vert, le jaune et l’orange

Libérés en forme de fées et d’anges

Rappellent à chacun qu’il a été enfant.

Et, on se surprend à parler vraiment.

L’artiste, qui laissait faire sa magie,

Ecoutant les compliments, l’air ravi,

Ramasse soudain ses aquarelles.

Mais, chacun se sent déjà pousser des ailes

Et les déploie pour effacer le gris

Et planter les couleurs de la vie.

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Je ne sais…

Je ne sais si je suis captive du poète en fusion

Si ses mots ont tissé les barreaux de ma prison

Si son aube a rejoint mon crépuscule sanglant

Pour me prendre vers ses cieux incandescents.

 

Poète, scrute mon front, tu y verras des vers,

Tu y liras ton nom incrusté en lettres fières

Et un sentier étroit menant je ne sais où…

« Vers le large de mes dires les plus fous

Vers le verbe qui verse son averse et lave

Vers mon feu, vers mon sang, vers ma lave ! »

  Mais mon corps repenti avant d’avoir osé

Suppose mille tortures si tes mots l’atteignaient

 

Et je ne sais que dire aux frissons en attente

Aux murmures alanguis, à ces forces latentes,

A mes cheveux au vent dont les boucles folles

Dessinent des mots de joie dans leurs farandoles

Et si jamais tu me passais ta chaine au cou

Je pourrais y voir le plus beau des bijoux !

Poète, je ne sais si tu seras alors assez téméraire

Pour explorer mes rêves et habiter mes terres.

 

 

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