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En boutant l’Anglais dehors, la Jeanne a mis le français dedans !

Le père lève les bras au ciel, il crie, gesticule. Pourtant l’adolescente ne l’entend pas. Il hurle à ses oreilles :

- Qu’est-ce que tu fais ?

- Chuuuut !

- Comment chut ? Nos moutons tombent dans le ravin, et tu voudrais que je me taise !

- Chut ! Ecoute ! Tu n’entends donc rien ?

- Tu te moques de moi ? Allez, au travail ! Et cours vite les rattraper !

Le père s’égosille. Jeanne n’obéit pas. Elle se contente d’expliquer :

- Ce sont les voix de saint Michel, de sainte Catherine et de sainte Marguerite qui me demandent de sauver la France !

Pour une bonne nouvelle, pas sûr que ce soit une bonne nouvelle !

Les collines et les vallons de Domrémy verdoient habituellement, mais aujourd’hui un chapeau de brume les habille d’une ouateuse cape grise.

Jeanne file un mauvais coton et les moutons perdent leur laine dans les ronces. Elle ne semble plus se soucier d’eux.

Ha ! Les filles ! Toutes les mêmes ! Allez donc leur faire entendre raison !

Mademoiselle Jeanne d’Arc aurait bien fait cependant de se contenter de compter ses moutons !

Entendre des voix, c’est la preuve qu’on n’est pas sourd ! Mais les écouter, c’est parfois être aveugle !

« Mais de quoi c’est-y qu’a s’mêle, notte bonne pucelle ! Qu’alle foute donc la paix à ces Inglais ! »

Pour sûr, le voisin des d’Arc a le bon sens paysan !

Mais est-ce toujours le bon sens qui guide !

Et Jeanne est une parfaite analphabète ! L’école, connaît pas ! Ca, c’est bien dommage ! Mettre un Anglais dehors, c’est bien ! Mais il se trouve que l’individu dont il est question n’est qu’à moitié Anglais. Il est tout aussi bien « Roi de France » !

Explication !

Charles IV meurt sans héritier et est de ce fait le dernier roi capétien ! Cent ans avant Jeanne ! Le roi d’Angleterre met en avant ses droits à la succession, mais on lui préfère Philippe VI de Valois.

Deux rois pour un trône : ça fait un de trop ! Et une nouvelle guerre : celle de Cent Ans.

Les Anglais tirent les premiers, (c’est un air connu, mais pas à l’époque !), et prennent pour un temps l’avantage.

Les Français sont à la peine, mais Du Guesclin d’abord, sous Charles V, et notre pucelle, sous Charles VII, remettent le roi de France en selle.

Les Français deviennent encore plus Français, les Anglais encore plus Anglais !

Henry V, roi d’Angleterre, sera le premier à rédiger son testament … en anglais ! « Zatt iz maille testamentt ! That is my testament !»

Pourtant le français est toujours bel et bien parlé à la cour d’Angleterre !

Jeanne a-t-elle compris, dans ses prairies de Domrémy, que le partage de notre douce terre passait au-dessus des connaissances de son bien juvénile pouvoir d’analyse de la situation ?

Une fois de plus, bourrage de crâne oblige, une « sottion » va se persuader qu’elle est investie d’une mission divine ! Et le bien-aimé souverain ne saura se passer de cette intrépide « Va-t-en-guerre » à qui il ne demandait rien ! Mais à qui, aubaine, il va demander tout !

Et c’est bien à cet instant que la langue française prend le mauvais destin.

Notre Jeanne se met donc en tête de sauver la France. L’idée n’est pas bête, somme toute. Mais l’ignorante va tant faire et si bien faire pour son roi qu’en se sacrifiant sur son bûcher, c’est le français qui s’envole en fumée.

Le français avait toutes les chances de devenir la langue des Anglais puisque leurs souverains anglais restaient rois de France et continuaient de parler le français. (Si, si, en suivant un peu, on peut comprendre !)

Mais les rois anglais, qui parlaient le français, vexés d’avoir été « boutés hors de France », choisirent l’anglais et délaissèrent le français ! (Of course !)

La suite ? Claire ! Limpide !

L’Angleterre qui parle anglais écume les mers et sème l’anglais par-delà les horizons.

Et, de port en port, de côte en côte, de pays en pays, de continent en continent, « God save the queen » est bel et bien ce qui aurait dû être « Dieu sauve la reine » !

Faute de mieux, nous nous prenons à vénérer notre « libératrice », la Jeanne, mais il faut avouer que c’est bien à cause d’elle que le français s’est fait damer le pion !

En attendant, Grands-pères, Grand-mères, laissez tomber, votre patois livre un combat d’arrière-garde, déjà le français est en sursis ! Pour autant, est-ce bien la peine de conseiller l’anglais, comme le roastbeef, il semble bien près d’être grillé !

Ne nous fatiguons pas, attendons de voir qui s’éveillera ! Si nous sommes encore là !

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Une réflexion au sujet de « En boutant l’Anglais dehors, la Jeanne a mis le français dedans ! »

  1. Tu sais quoi? On a peut être échappé au pire. Imagine Blue Suede Schoes dans la langue de Molière et de Marine Le Pen:
    « Un pour la monnaie,
    Deux pour les chaussures,
    Trois pour être vrai, maintenant,
    Va, chat va!
    Mais, ne pas,
    Marcher sur mes pompes bleues »

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