Ce que change l’article 1104 du Code civil dans les obligations juridiques

11 décembre 2025

Au cœur du droit des contrats, l’article 1104 du Code civil français joue un rôle fondamental en établissant le principe de la liberté contractuelle. Cette disposition législative est essentielle pour comprendre comment les parties sont autorisées à négocier, formuler et gérer leurs accords mutuels. Sa portée dépasse la simple formulation d’un contrat, touchant à la liberté d’entreprendre, la bonne foi dans les négociations et la force obligatoire des conventions. Les implications juridiques de cet article sont vastes, impactant aussi bien les transactions commerciales que les rapports entre particuliers, et conditionnent la résolution des litiges contractuels.

Les fondements de l’article 1104 du Code civil et la notion de bonne foi

Parler du droit des contrats sans aborder l’article 1104 du Code civil reviendrait à ignorer le socle de la bonne foi en matière contractuelle. Ici, la loyauté n’est en rien une simple qualité morale : la loi en fait une exigence indiscutable. La bonne foi contractuelle ne s’arrête pas aux intentions, elle encadre la lecture des accords, façonne l’analyse des juges et oriente la pratique juridique depuis des années.

La refonte du droit des obligations survenue en 2016 a bouleversé la donne. Le devoir de loyauté s’étend désormais à toutes les étapes, même avant la signature du contrat. Ce mouvement renforce la confiance indispensable à toute relation, qu’elle soit commerciale ou civile. Progressivement, le lien entre article 1104 du Code civil et bonne foi contractuelle s’ancre comme une valeur forte et bien vivante dans le paysage du droit français.

Si un manquement survient, la loi prévoit des conséquences bien réelles : l’annulation du contrat, l’obligation de verser des dommages et intérêts, ou d’autres sanctions prévues par les textes. En érigeant la bonne foi en pilier, le Code civil veille à l’équilibre entre les intérêts de chacun, protégeant tous ceux qui s’engagent dans un accord.

La mise en œuvre de la bonne foi dans les différentes phases contractuelles

Toutes les étapes du contrat sont traversées par l’exigence de bonne foi, de la première rencontre à la résolution. Lors des négociations, la jurisprudence, en particulier l’affaire Manoukian, avertit que rompre brutalement les discussions sans raison sérieuse expose à des poursuites et à la réparation des préjudices subis. Même quand rien n’est encore signé, la loyauté s’impose.

Au stade de la signature, la vigilance reste de rigueur. Toute erreur provoquée par la tromperie, une omission stratégique ou des manœuvres déloyales peut entraîner la remise en cause du consentement. L’annulation de l’accord est alors permise et montre que la validité du contrat repose sur une base solide et honnête.

Le principe de bonne foi ne s’essouffle pas après la signature. Survient un aléa, une situation imprévue ? Depuis la réforme, les parties doivent reprendre la conversation, tenter de s’adapter, voire mettre fin à leurs engagements d’un commun accord. Cette adaptation à l’imprévu traduit une capacité du droit français à suivre les évolutions économiques et sociales qui bouleversent parfois les relations contractuelles.

Cette exigence de loyauté n’a rien d’un principe abstrait. Du premier pourparler à la dernière clause, elle impose une discipline de confiance, encadrée par une jurisprudence nourrie. Le dialogue, la transparence et l’honnêteté structurent ainsi tout le droit des contrats.

Les conséquences juridiques d’une violation de la bonne foi

Quand la loyauté fait défaut, le système ne reste pas passif. De vrais mécanismes existent pour rétablir l’équilibre : des réparations financières peuvent être allouées à la victime, le contrat peut être annulé en cas de tromperie ou de dissimulation avérée, et la justice surveille la loyauté à chacune des étapes.

L’affaire Manoukian reste l’exemple parlant : rompre sans motif de bonnes foi négociations en cours expose à des condamnations. De telles décisions montrent à quel niveau la loyauté précontractuelle façonne les pratiques, et combien la confiance reste sous protection constante.

La mauvaise foi n’épargne jamais l’exécution du contrat non plus : le juge possède la faculté de modifier les engagements ou, dans certains cas, d’y mettre un terme. Chaque étape, chaque clause et même chaque silence est concerné par cette exigence. La construction contractuelle reste sous la vigilance d’un droit attentif, prêt à protéger la stabilité et la confiance réciproque.

code civil

Les enjeux contemporains et l’évolution de la bonne foi en droit des contrats

La réforme du droit des obligations de 2016 a bouleversé les habitudes : la bonne foi intervient dorénavant dès le début des discussions et se maintient tout au long du contrat. Le législateur entend placer la transparence au cœur des échanges pour minimiser les risques de conflit avant même leur apparition.

Cette même réforme a consacré la notion d’imprévision. Quand un événement imprévu compromet gravement l’équilibre du contrat, la possibilité est désormais offerte aux parties de renégocier ou d’arrêter proprement la relation. En ouvrant cette voie, le droit français admet la nécessité d’un certain degré de souplesse face à l’incertitude.

Du côté des tribunaux, la jurisprudence affine les contours de ces exigences. L’arrêt Huard, par exemple, encourage les contractants à réajuster régulièrement leurs engagements en cas de circonstances nouvelles. Les juges adaptent ainsi la règle à la réalité du terrain, confirmant l’ancrage de la bonne foi comme principe vivant, indissociable de l’équité. Pas de doute : la bonne foi n’appartient pas au passé. Elle se renouvelle, élargit son champ d’action et continue de façonner un droit des contrats capable de faire face aux défis d’aujourd’hui. Marcher dans le sillage de la bonne foi, c’est bâtir la confiance, garantir la parole donnée et donner corps à la promesse contractuelle dans toutes ses dimensions.

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